Posts Tagged ‘Shirao’

48 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1164-1182

11 juin 2011

°
(p.1164 :)

la lune croissante
est tordue :
froid saisissant

Issa

sans compagnie,
jetée sur la lande,
cette lune d’hiver

Roseki

dans la rafale desséchante
une lune seule
roule à travers ciel

Meisetsu

°
(p.1165 :)

marchant dessus, seul
dans le froid clair de lune :
le bruit du pont

Taigi

l’ombre des arbres ;
mon ombre bouge
dans le clair de lune hivernal

Shiki



rencontrant un moine
sur le pont :
lune d’hiver

Buson

°
(p.1166 :)

neige éclairée par la lune :
où la vie
sera jetée

Kikaku

les rois Deva en faction :
le clair de lune glacé
sur leurs jambes nues

Issa

°
(p.1167 :)

pas une pierre
à jeter au chien :
lune d’hiver

Taigi

un chat errant
s’enfuit sous les avant-toits –
la lune d’hiver !

Jôsô

dans le clair de lune glacé,
de petites pierres
crissent sous les pas

Buson

°
(p.1168 :)

clair de lune hivernal ;
l’ombre de la pagode en pierre,
l’ombre du pin

Shiki

le vieil homme du temple
fend du bois
sous le clair de lune hivernal

Buson

°
(p.1169 :)

lune d’hiver –
un temple sans portail :
qu’il est haut, le ciel !

Buson

ce petit portail
fermé à double-tour :
la lune d’hiver !

Kikaku

sortant du palanquin :
au-dessus de mon portail
la lune d’hiver
haut dans le ciel

Taigi

nuit de lune :
les ombres inégales
des baguettes de la nasse d’osier

Shirao

°
(p.1170 :)

sur le toit
ils regardent un feu ;
la lune d’hiver

Shiki

plus froide même que la neige
la lune d’hiver
sur des cheveux blancs

Jôsô

rencontrai et passai
un prêtre bouddhiste de grande taille
sous la lune d’hiver

Baishitsu

°
(p.1171 :)

sous la lune d’hiver
le vent de la rivière
affûte les rochers

Chora

au son de la voix
du faisan doré
qui ne peut dormir,
la lune est froide

Kikaku

°
(p.1172 :)

première averse d’hiver :
le bambou de la crémaillère
se balance

Seira

°
(p.1173 :)

première pluie d’hiver ;
on m’appellera
« voyageur »

Bashô

il pourrait se transformer
sous la pluie d’hiver,
ce parapluie prêté par un temple !

Buson

°
(p.1174 :)

se réveiller vivant, dans ce monde :
quel bonheur !
pluie d’hiver

Shôha

la pluie d’hiver teint
les lettres sur la pierre tombale –
tristesse

Rôka

dans le jardin neuf,
les pierres
harmonieusement posées ;
première pluie d’hiver

Shadô

°
(p.1175 :)

que de personnes
sous la pluie d’hiver
courent de l’autre côté
du long pont de Seta !

Jôsô

les porteurs de javelots
les brandissent encore
sous la pluie hivernale

Masahide

°
(p.1176 :)

marchant sous la pluie hivernale,
le parapluie
me repousse

Shisei-jo

le vent ne veut pas
que la pluie froide d’hiver
tombe au sol

Kyorai

qu’elles sont affairées
sur la mer
sous la pluie,
les voiles gonflées,
les voiles affalées !

Kyorai

°
(p.1177 :)

le pêcheur :
sa terrible intensité
dans l’averse du soir !

Buson

la pluie commence à tomber :
le couvreur de la chaumière
se retourne
et regarde la mer

Jôsô

°

p.1178 :)

la pluie souffle
dans la forêt de bambous ;
c’est le soir

Seisei

étoiles sur la mare ;
l’averse d’hiver
à nouveau
frise l’eau

Sora

les rayons du soleil penchent
d’un côté de la rivière ;
d’un nuage flottant
tombe une pluie froide

Buson

°
(p.1179 :)

un taureau à bord,
le traversier *
sous la pluie d’hiver

Shiki

* = bac / ferry …

la bruine d’hiver
imbibe tranquillement
les racines du camphrier

Buson

°
(p.1180 :)

il a plu suffisamment
pour que les chaumes dans le champ
noircissent

Bashô

froide pluie d’hiver
les taureaux sur la lande
croisent leurs cornes

Rankô



se faire saucer par la pluie d’hiver
sans kasa *,
eh bien, eh bien !

Bashô

°
(p.1181 :)

la pluie d’hiver
tombe sur l’étable ;
un coq chante

Bashô

pluie froide d’hiver;
dans la voix soumise du crapaud,
malheur et affliction

Buson

les soirées des anciens
étaient comme les miennes,
ce soir de pluie froide

Buson

°
(p.1182 :)

il pleut partout sur la terre,
et encore plus
sur mon logis

Sôgi (1420-1502)

il pleut partout sur la terre
et encore plus
sur le logis de Sôgi

Bashô

°
(p.1183 : à suivre...)

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60 HAIKU d’automne – Blyth – p.1056-1078

6 juin 2011

°
(p.1056 :)

au cri de la grue,
le bananier va sûrement
se déchirer !

Bashô

les rayons du soleil couchant
passent à travers le bosquet de pins rouges ;
une pie-grièche crie

Bonchô

°
(p.1057 :)

maintenant que les yeux des faucons
se sont obscurcis dans le soir,
les cailles carcaillent

Bashô



ah, cette demeure !
souvent le pivert
en piquera les piliers !

Bashô

°
(p.1058 :)

au fin fond de la forêt
le pivert
et le bruit de la hache

Buson

le pivert
reste au même endroit :
fin du jour

Issa

oiseaux de passage,
pour moi aussi maintenant,
ma vieille maison
n’est qu’un logis pour la nuit !

Kyorai

°
(p.1059 :)

la bécassine s’éloigne –
les ridules
de la houe qu’on lave

Buson

les chardonnerets sifflent
sur la haute berge ;
de petits nuages flottent par-dessus

Chinseki

les sons de petits oiseaux
sur le toit incliné :
quel plaisir !

Buson

°
(p.1060 :)

la libellule rouge
décide
du début de l’automne

Shirao

elle a teint son corps
d’automne,
la libellule !

Bakusui

fils éphémères
de gaze cramoisie :
les libellules !

Gotei

°
(p.1061 :)

sous la lune d’automne
les ailes de la libellule
sont immobiles

Môen

°
(p.1062 :)

la libellule
a tenté en vain de se poser
sur une tige d’herbe

Bashô

libellules
sur les pointes de la barrière,
dans les rayons déclinants du soleil

Buson

sur le bambou
qui marque l’endroit de la mort d’un homme,
une libellule

Kitô

°
(p.1063 :)

autour des cordages du bateau
les libellules vont et viennent
sans cesse

Taisô

vieilles tombes ;
des libellules rouges volettent
sur les anis desséchés

(auteur inconnu)

quelle beauté !
les anis
fleuris sous la pluie

Buson

libellules
dans un village sans histoire
à midi

Kyoshi

au soleil du soir
l’ombre légère des ailes
de la libellule

Karô

°
(p.1064 :)

entre la lune qui se lève
et le soleil qui se couche,
les rouges libellules

Nikyû

la libellule
s’accroche au mur ;
soleil de l’ouest

Senka

la danse des libellules :
tout un monde
dans le soleil couchant

Kigiku

°
(p.1065 :)

la libellule
se penche vers l’eau –
soleil du soir envahissant

Kempû

°
(p.1066 :)

la libellule :
cinq ou six pieds au-dessus,
c’est son ciel !

Ryôta

la libellule,
rapide vers la montagne lointaine,
rapide à revenir !

Akinobô



la libellule
perchée sur le bâton
pour la frapper !

Kôhyô

la libellule,
n’approchant pas des fleurs,
mais sur la pierre !

Kôjôdô

°
(p.1067 :)

la libellule
goûte à quelque chose
en haut de ce pieu

Eiboku

le visage de la libellule
n’est pratiquement rien d’autre
qu’yeux !

Chisoku

sois un bon garçon,
et surveille bien la maison,
ô grillon !

Issa

le roitelet
regardant de-ci de-là :
« perdu quelque chose ? »

Issa

°
(p.1068 :)

quelle pitié !
sous le casque
chante un grillon

Bashô

sauterelle,
ne piétine pas
les perles de rosée claire !

Issa

°
(p.1069 :)

dans la cabane du pêcheur,
au milieu de crevettes séchées,
des grillons chantent

Bashô

Je sors maintenant ;
soyez sages et jouez ensemble,
grillons !

Issa

ma hutte, la nuit ;
le grillon
farfouille

Issa

°
(p.1070 :)

un grillon monte
le long de la crémaillère
quelle nuit froide !

Buson

je vais me retourner ;
méfie-toi,
grillon !

Issa

mon ombre pénètre dans le mur
cette nuit d’automne,
un grillon chante

Ryôta

°
(p.1071 :)

les moustiques d’automnes
me piquent,
prêts à mourir

Shiki

mourant,
et d’autant plus bruyantes,
les cigales de l’automne

Shiki

°
(p.1072 :)

de quelle voix,
et quelle chanson chanterais-tu, araignée,
dans cette brise d’automne ?

Bashô

le « cerf-de-rivière » * chante :
dans ma manche,
mon bon vieux briquet

Buson

* kajika, une sorte de petite grenouille noire.

incité par le bruit de la rivière,
le « cerf-de-rivière »
se met à chanter

Ryôto

°
(p.1073 :)

claire lune d’automne :
dans l’ombre,
des voix d’insectes

Bunson

me réveillant la nuit,
ma toux se mélange
au bruit des insectes

Jôsô

regardant fixement
mon ombre –
la voix des insectes

Shiki

ah, insectes, insectes,
vos cris vous libèrent-ils
de votre karma ?

Otokuni

°
(p.1074 :)

la couche nocturne du mendiant
est vivante et joyeuse
de la voix des insectes !

Chiyo-ni

la couleur-son
des insectes tombant
sur les feuilles

Chora

°
(p.1075 :)

nous écoutons
insectes
et humains
d’une oreille différente

Wafû

même chez les insectes
certains chantent bien,
d’autres pas

Issa

°
(p.1076 :)

la voix des chenilles masquées :
venez dans ma cabane
et écoutez-les chanter !

Bashô

°
(p.1077 :)

des insectes crient ;
un trou dans le mur,
pas vu hier !

Issa

des insectes chantent ;
la lune se lève,
le jardin s’assombrit encore

Shiki

°
(p.1078 :)

le vieux chien
semble impressionné par le chant
des vers de terre *

Issa

* dans le Japon ancien, on pensait que les vers de terre chantaient. On dit que ce fut par confusion avec la voix de la courtilière (« grillon souterrain »).

il fait plus froid ;
le chant du ver-de-terre aussi
s’affaiblit chaque soir

Issa

°
(p.1079-1130 : à suivre : ARBRES ET FLEURS)

52 HAIKU d’automne – Blyth – p.1033-1050

5 juin 2011

°
(p.1033 :)

assis dans le palais
écoutant la nuit
les grenouilles lointaines

Buson

devant garder la maison toute la journée,
à l’écoute du coucou
lointain

Buson

frappez la mailloche de foulage pour moi,
dans ma solitude ;
maintenant, de nouveau, arrêtez

Buson

dans une maison
une voix en pleurs ;
le son d’une mailloche de foulage

Shiki

°
(p.1034 :)

« Pourquoi ne viens-tu pas au lit ? »
dit le mari, s’éveillant ;
son de la mailloche de foulage dans la nuit

Taigi

le montreur de singes
repasse la petite veste
avec la mailloche de foulage

Bashô

ma chaumière ;
dehors,
est-ce la moisson ?

Bashô

°
(p.1035 :)

ramassant les épis tombés,
avançant
vers la partie au soleil

Buson

amassé lors d’un pèlerinage
et assemblé :
l’épouvantail

Tôrin

°
(p.1036 :)

du jour où il est né,
il est vieux,
l’épouvantail !

Nyofû

une sauterelle chante
dans la manche
de l’épouvantail

Chigetsu-ni

l’épouvantail au loin,
marche
quand je marche

San-in

juste à ses pieds
on vole les haricots –
quel épouvantail !

Yayû

°
(p.1037 :)

l’épouvantail
protègeant l’enfant au sein
du vent

Issa

dans mon vieil âge,
même devant l’épouvantail
j’ai honte !

Issa

°
(p.1038 :)

le vent de l’automne
pénètre les os mêmes
de l’épouvantail

Chôi

gelée de minuit :
je pourrais dormir, si j’empruntais
les manches de l’épouvantail !

Bashô

leurs squelettes entourés
de soie et de satin :
ils admirent les fleurs de cerisier

Onitsura

la claire pleine lune –
comme si rien d’extraordinaire,
l’épouvantail, là

Issa

°
(p.1039 :)

les moineaux de la moisson
atteints par la flèche de l’épouvantail
tombent à la mer

Shiki

l’arc de l’épouvantail
s’est tourné de l’autre côté
dans la brise matinale

Shôha

l’épouvantail
tend son arc vers
le champ d’un autre

Setsugyo

°
(p.1040 :)

même devant Sa Majesté,
l’épouvantail ne retire pas
son chapeau tressé

Dansui

l’épouvantail :
indifférent
aux rayons du soleil couchant

Shirao

où je vis,
il y a plus d’épouvantails
que de gens

Chasei

le propriétaire du champ
va voir l’état de l’épouvantail
et revient

Buson

°
(p.1041 :)

une nuit de lune
les épouvantails ressemblent aux hommes :
si pitoyables !

Shiki

l’épouvantail
a l’air humain
quand il pleut

Seibi

le riz moissonné,
l’épouvantail
a l’air transformé

Buson

°
(p.1042 :)

l’eau descendant,
comme elles semblent fines et longues,
les jambes de l’épouvantail !

Buson

au soleil du soir
l’ombre de l’épouvantail
atteint la route

Shôha

les gens, bien sûr !
mais même les épouvantails
ne sont pas droits !

Issa

°
(p.1043 :)

son chapeau tombé,
l’épouvantail
a l’air dépité

Buson

l’épouvantail,
ses pieds dans la terre inondée,
endure tout ça

Shiki

°
(p.1044 :)

son chapeau tombé,
qu’elle est sans pitié
la pluie sur l’épouvantail !

Hagi-jo

dans ce monde fugace,
l’épouvantail aussi
a un nez et des yeux !

Shiki

d’où
vient le froid,
ô épouvantail ?

Issa

°
(p.1045 :)

de toutes les choses qui existent
la plus stupide
est l’épouvantail

Shiki

l’automne avance ;
les épouvantails portent
des feuilles tombées

Otsuyû

le regardant ce matin,
l’épouvantail s’est tourné
de ce côté-ci

Taigi

°
(p.1046 :)

nous avons lié amitié –
maintenant nous devons nous séparer,
épouvantail !

Issa

l’épouvantail :
en retard pour prendre
le bateau de la moisson

Shihyaku

les moineaux volent
d’épouvantail
en épouvantail

Sazanami

°
(p.1047 :)

« Monseigneur Moineau,
c’est l’épouvantail
qui s’adresse à vous ! »

Sôseki

l’hiver venu,
les corbeaux se perchent
sur l’épouvantail

Kikaku

le vent d’automne
bouscula l’épouvantail
puis continua sa course

Buson

°
(p.1048 :)

bruit de quelque chose :
l’épouvantail
tombé de lui-même

Bonchô

la première chose soufflée
par le vent de la tempête :
l’épouvantail

Kyoroku

°
(p.1049 :)

soufflé, relevé,
resoufflé :
l’épouvantail !

Taigi

rendant l’âme
debout :
l’épouvantail

Hokushi

sous la baignoire portative :
dernière demeure
de l’épouvantail

Jôsô

°
(p.1050 :)

pourrissant :
même pas bon pour le feu,
cet épouvantail !

Shôshû

°
(p.1051-1078 : OISEAUX ET ANIMAUX : à suivre…)

31 HAIKU d’automne – Blyth – p.902-916

27 mai 2011

°
(p.902 :)

kado wo dereba . ware mo yukuhito . aki no kure

Buson

dès que je franchis la porte
je suis aussi un voyageur
dans le soir d’automne

sammon wo . gii to tozasu ya . aki no kure

Shiki

fermant la porte du grand temple :
grincement !
ce soir d’automne

°
(p.903 :)

hitori kite . hitori wo tou ya . aki no kure

Buson

quelqu’un vint
voir quelqu’un d’autre
soir d’automne

kagiri aru . inochi no himaya . aki no kure

Buson

dans cette courte vie
une heure de loisir
ce soir d’automne

aki no kure . karasu mo nakade . tôri keri

Kishû

soir d’automne,
sans un cri
passe un corbeau

°
(p.904 :)

sabishisa no . ureshiku mo ari . aki no kure

Buson

soir d’automne ;
il y a de la joie aussi
dans la solitude

°
(p.905 :)

osanago ya . hitori meshikû . aki no kure

Shôhaku

personne –
un enfant endormi
sous la moustiquaire

aki no yo ya . ko hitori netaru . kaya no naka

Issa

soir d’automne ;
un homme en voyage
reprise ses habits

°
(p.906 :)

osanago ya . warau ni tsukete . aki no kure

Issa

l’orphelin –
mais quand il rit !…
soir d’automne

tsuki mo ari . kigiku shiragiku . kururu aki

Shiki

la lune
et les chrysanthèmes blancs et jaunes
– fin de l’automne

°
(p.907 :)

hitomoseba . hi ni chikara nashi . aki no kure

Shiki

allumant la lampe,
sa lueur est faible –
soir d’automne

amado kosu . aki no sugata ya . hi no kurui

Raizan

la forme d’automne
qui a passé à travers les volets –
flamme tordue de la bougie

°
(p.908 :)

aka-aka to . hi mo tsurenakumo . aki no kaze

Bashô

le soleil rouge vif,
implacablement chaud –
mais le vent est d’automne

°
(p.909 :)

chichi haha no . koto nomi omou . aki no kure

Buson

c’est le soir, l’automne,
je ne pense
qu’à mes parents

furusato ya . heso no o ni naku . toshi no kure

Bashô

pleurant mon cordon ombilical
dans ma maison natale –
la fin de l’année

°
(p.910 :)

kogoto iu . aite wa kabe zo . aki no kure

Issa

soir d’automne,
seul à partager mes plaintes :
le mur

kogoto iu . aite mo araba . kyô no tsuki

Issa

si seulement elle était là,
ma compagne de doléances,
la lune d’aujourd’hui !

nakanaka ni . hito to umarete . aki no kure

Issa

soir d’automne –
pas une mince affaire
d’être né homme !

°
(p.911 :)

gu anzuru ni . meido mo kaku ya . aki no kure

Bashô

il me semble
que le Pays des Morts est ainsi :
soir d’automne

ushi shikaru . koe ni shigi tatsu . yûbe kana

Shikô

à la voix
criant sur le boeuf,
les bécassines s’élèvent dans le soir

°
(p.912 :)

tonde kuru . yoso no ochiba ya . kururu aki

Shiki

feuilles tombantes
volant de quelque part :
l’automne s’achève

nagaki yo wo . tsuki toru saru no . shian kana

Shiki

longue nuit –
le singe se demande comment
attraper la lune

°
(p.913 :)

nagaki yo ya . shôji no soto wo . tomoshi yuku

Shiki

longue nuit ;
une lumière à l’extérieur
longe le shôji



nagaki yo ya . omou koto iu . mizu no oto

Gochiku

longue nuit –
le son de l’eau
dit ce que je pense

°
(p.914 :)

kukurime wo . mitsutsu yo nagaki . makura kana

Teitoku

regardant, regardant
les fronces de l’oreiller :
longue est la nuit

yamadori no . eda fumikayuru . yonaga kana

Buson

la faisan doré sur la branche
passe d’une patte sur l’autre ;
longue est la nuit

°
(p.915 :)

zesukirishito . fumare fumarete . usetamaeri

Shuôshi

piétinée, piétinée,
l’image du Christ
est toute abimée

nagaki yo ya . chitose no nochi wo . kangaeru

Shiki

la longue nuit :
je pense
à dans mille ans

nagaki yo ya . kômei shisuru . sangokushi

Shiki

la longue nuit :
lisant L’Histoire des Trois Royaumes *
jusqu’à la mort de Kômei

* note de R.H. Blyth : « Le Sangokushi est une oeuvre historique en 65 volumes qui couvre les luttes des Royaumes de Gi, de Go, et de Shoku, entre 220 et 280. »

°
(p.916 :)

yuku aki no . kusa ni kakaruru . nagare kana

Shirao

le cours d’eau se cache
dans les herbes
de l’automne qui s’en va

yuku aki wo . obana ga saraba . saraba kana

Issa

l’herbe de la pampa
fait au-revoir, au-revoir
à l’automne qui s’en va

°
(p.917 : LE CIEL ET LES ELEMENTS – à suivre…)

34 HAIKU d’été – Blyth – p.871-886

23 mai 2011

°
(p.871 :)

yûkaze ya . shirobara no hana . mina ugoku

Shiki

dans la brise du soir
les roses blanches
bougent toutes



kisagata ya . ame ni seishi ga . nebu no hana

Bashô

Kisagata :
Seishi dormant sous la pluie;
les fleurs de mimosa

°
(p.872 :)

oki-oki no . yokume hipparu . aota kana

Issa

dès qu’il se lève
les champs verts attirent
ses yeux avides

°
(p.873 :)

togadera ya . mizakura ochite . hito mo nashi

Shiki

temple de Toga ;
les fleurs de cerisiers restent à terre,
personne.



yûgao ni . miyako namari no . onna kana

Shiki

un liseron vespéral
et une fille
parlant le dialecte de Kyôto

yûgao no . naka yori izuru . aruji kana

Chora

le maître
émerge des profondeurs
des liserons du soir

°
(p.874 :)

yûgao no . hana de hana kamu . musume kana

Issa

la petite fille
se mouche le nez
dans le volubilis du soir

yûgao no . hana de hanakamu . obata kana

Issa

la vieille femme
mouche son nez
dans le volubilis du soir

°
(p.875 :)

hirugao no . hana ni kawaku ya . tôriame

Shiki

la pluie passagère
sèche
sur la fleur de convolvulus



ka no koe su . nindô no hana . chiru goto ni

Buson

le chèvrefeuille –
à chaque pétale qui tombe,
la voix des moucherons

tori naite . yama shizuka nari . natsuwarabi

Shiki

un oiseau chante,
la montagne se calme ;
fougère d’été

°
(p.876 :)

iriai no . kiku tokoro nari . kusa no hana

Issa

juste quand j’entends
la cloche du soir,
la fleur de cette mauvaise herbe !

natsugusa ya . tsuwamonodomo ga . yume no ato

Bashô

ah, herbes d’été !
tout ce qui reste
des rêves des guerriers !

°
(p.877 :)

natsugusa ya . saga ni bijin no . haka ôshi

Shiki

herbes d’été à Saga ;
nombreuses sont les tombes
des belles femmes !

furazu tomo . take ueru hi wa . mino to kasa

Bashô

le jour du plantage des bambous,
bien qu’il ne pleuve pas,
manteaux et chapeaux de pluie !

°
(p.878 :)

hiyajiru ni . utsuru ya sedo no . takebayashi

Raizan

par la porte arrière
la bambouseraie se reflète
dans le breuvage froid



hasu no hana . sakuya sabishiki . teishajô

Shiki

gare de chemin de fer
solitaire :
des lotus fleurissent

°
(p.879 :)

jôroku ni . naru kumo mo ari . hasu no hana

Boryu

un nuage aussi
va devenir un Bouddha ;
fleurs de lotus

°
(p.880 :)

matsutake ya . shiranu ko no ha no . hebaritsuku

Bashô

colle au champignon,
la feuille
d’un arbre inconnu



wasuregusa wa . sakedo wasurenu . mukashi kana

Moroku-ni

le myosotis fleurit ;
mais les choses d’antan,
comment puis-je les oublier ?

°
(p.881 :)

funanori no . hitohama rusu zo . keshi no hana

Kyorai

tous les pêcheurs de la plage
sont partis ;
les coquelicots fleurissent

mizuumi no . mizu masarikeri . satsukiame

Kyorai

les eaux du lac
ont gonflé :
pluies d’été



hanakeshi ni . kunde ochitaru . suzume kana

Shirao

les moineaux
se chamaillant, tombèrent
au milieu des coquelicots

°
(p.882 :)

hitohako no . sara ayamatsu ya . susuharai

Shûha

une boîte en porcelaine
brisée
pendant le ménage d’hiver



keshi sagete . gunshû no naka wo . tôrikeri

Issa

fendant la foule
avec, à la main,
un coquelicot

zen tsukushi . bi wo tsukushite mo . keshi no hana

Issa

quintessence de la bonté,
extrême de la beauté :
une fleur de pavot

°
(p.883 :)

keshi no hana . amari bôzu ni . nariyasuki

Shiki

la fleur du coquelicot
trop facilement
tonsurée

keshi saite . sono hi no kaze ni . chiri ni keri

Shiki

un coquelicot fleurit
et dans le vent de ce jour
s’effeuilla et tomba

chiru toki no . kokoroyasuki yo . keshi no hana

Etsujin

les coquelicots :
comme ils tombent
calmement !

°
(p.884 :)

mugi no ho wo . chikara ni tsukamu . wakare kana

Bashô

ils serraient convulsivement
des épis d’orge
lors de leurs adieux

yuku haru ya . tori naki uo no . me wa namida

Bashô

Printemps qui s’en va,
les oiseaux pleurent,
des larmes dans les yeux des poissons

°
(p.885 :)

tabishibai . homugi ga moto no . kagamitate

Buson

le théâtre itinérant
a posé ses miroirs
sous les épis de l’orge

°
(p.886 :)

mugikari ni . kiki kama moteru . okina kana

Buson

le vieil homme
a une faux merveilleuse
pour couper l’orge

ame ni orete . homugi ni semaki . komichi kana

Jôsô

courbés par la pluie
les épis d’orge
font un chemin étroit

°
(à suivre : AUTOMNE, p.888-1130)

32 HAIKU d’été – Blyth – p.850-864

19 mai 2011

°
(p.850 :)

wakaba shite . mizu shiroku mugi . kibamitari

Buson

les jeunes feuilles sortent,
l’eau est blanche,
l’orge jaunit

yamabuki no . u no hana no ato ya . hana-ibara

Buson

la rose de montagne
puis la fleur d’U
puis la rose sauvage

taniji yuku . hito wa chiisaki . wakaba kana

Buson

qu’ils sont petits les hommes
le long du sentier de la vallée
au milieu des jeunes feuilles !

°
(p.851 :)

fuji hitotsu . uzumi nokoshite . wakaba kana

Buson

seul le Mont Fuji
n’est pas enterré
sous les jeunes feuilles

yamabata wo . kosame hareyuku . wakaba kana

Buson

sur le champ à flanc de montagne
la pluie fine se dégage ;
les jeunes feuilles !

mado no hi no . kozue ni nokoru . wakaba kana

Buson

à la lumière de la fenêtre
les jeunes feuilles
dans les branches

°
(p.852 :)

kaya wo dete . nara wo tachiyuku . wakaba kana

Buson

sortant de la moustiquaire,
sortant de Nara :
les jeunes feuilles !

kite mireba . yûbe no sakura . mi to narinu

Buson

venant les regarder,
les fleurs de cerisier du soir
sont devenues fruits

°
(p.853 :)

zecchô no . shiro tanomoshiki . wakaba kana

Buson

plein d’espoirs et de promesses :
le château sur le sommet
parmi les jeunes feuilles !

ara tôto . aoba wakaba no . hi no hikari

Bashô

comme elles sont glorieuses,
les jeunes feuilles, les feuilles vertes
qui brillent au soleil !

°
(p.854 :)

hayanagi no . teramachi suguru . amayo kana

Shirao

passant sous les saules feuillus
d’une rue de temples
un soir de pluie

sumadera ya . fukanu fue kiku . hoshitayami

Bashô

entendant de la flûte sans bouche
dans l’ombre profonde des arbres
du temple de Suma

°
(p.855 :)

u-no-hana no . naka ni kuzureshi . iori kana

Chora

l’ermitage
en ruines
parmi les fleurs d’U

u-no-hana no . taema tatakan . yami no mon

Kyorai

je frapperai
dans l’obscurité à la porte
d’où partent les fleurs d’U

°
(p.856 :)

u-no-hana wo . kazashi ni seki no . haregi kana

Sora

une fleur d’U au chapeau
je franchis la Barrière
comme sur mon trente-et-un

°
(p.857 :)

u-no-hana ya . kuraki yanagi no . oyobi goshi

Bashô

un saule sombre
se penche
sur une fleur d’U

°
(p.858 :)

shishoku shite . kaki no u no hana . kurôsuna

Hôrô

sous la haie, fleurs de U –
ne les obscurcissez pas
avec la lampe !

kusonoki no . yoroi nugareshi . botan kana

Kikaku

ah, les pivoines !
pour lesquelles Kusunoki
retira son armure !



botan saite . atari ni hana no . naki gotoshi

Kiitsu

quand les pivoines fleurirent
on aurait dit qu’il n’y avait
aucune fleur autour

°
(p.859 :)

hôhyakuri . amagumo yosenu . botan kana

Buson

les pivoines ne permettent pas
aux nuages de pluie de les approcher
à moins de cent lieues

shakuyaku no . zui no wakitatsu . hinata kana

Taigi

étamines et pistil
de la pivoine jaillissent
au soleil

°
(p860 :)

seki to shite . kyaku no taema no . botan kana

Buson

dans le silence
entre les arrivées d’invités,
les pivoines



sono kuraki . yo wo shizuka naru . botan kana

Shirao

le jardin est sombre
dans la nuit, et calme
est la pivoine

tokoknoma no . botan no yami ya . hototogisu

Shiki

obscurité de l’alcôve
où se trouvent les pivoines ;
un coucou chante

°
(p.861 :)

hana kurete . tsuki wo dakikeri . shiro-botan

Gyôdai

soir sur la fleur
de la pivoine blanche
qui étreint la lune



rôsoku ni . shizumari kaeru . botan kana

Kyoroku

à la bougie,
la pivoine
d’un calme de mort

jiguruma no . todoro to hibiku . botan kana

Buson

le lourd chariot
gronde en passant ;
la pivoine tremble

°
(p.862 :)

botan kitte . ki no otoroeshi . yûbe kana

Buson

ayant coupé la pivoine,
je me sentis épuisé
ce soir

ari ôkyû . shumon wo hiraku . botan kana

Buson

la pivoine
ouvre le Portail cramoisi du Palais
de la Reine des Fourmis



en-ô no . kuchi ya botan wo . hakan to su


Buson

la bouche d’Emma
sur le point de cracher
une pivoine !

°
(p.863 :)

hiro-niwa no . botan ya ten no . ippô ni

Buson

les pivoines
du grand jardin –
dans un coin du paradis



botan orishi . chichi no ikari zo . natsukashiki

Tairo

pivoines –
j’en cassai une : la colère de mon père !
maintenant je la regrette

°
(p.864 : à suivre…)

17 HAIKU d’été – Blyth – p.764-770

10 mai 2011

°
(p. 764 :)

kusa ikire . hito shini oruto . fuda no tatsu

Buson

herbes chaudes, luxuriantes ;
une pancarte y dit
que quelqu’un est mort

aoume ni . mayu atsumetaru . bijin kana

Buson

prunes vertes;
les sourcils de la beauté
se rejoignent

°
(p.765 :)

aoume ni . uchinarasu ha ya . kai no oto

Buson

la dent
grince sur la prune verte –
bruit d’une coquille

°
(p.766 :)
OISEAUX ET ANIMAUX

hototogisu . naku ya ariso no . nami-gashira

Gyôdai (1732-1793)

un hototogisu* chante ;
sur la côte sauvage
crêtes mousseuse des vagues

* : coucou.

hototogisu . naku ya yoake no . umi ga naru

Shirao (1735-1792)

un hototogisu chante ;
la mer gronde
à l’aube

hototogisu . ôtake yabu wo . moru tsukiyo

Bashô

le clair de lune penche
à travers la grande bambouseraie :
un hototogisu chante

°
(p.767 :)

tsuki no de no . kusa ni kaze fuku . hototogisu

Shiki

la lune se lève,
vent dans les herbes –
un coucou chante



kore wa sate . nemimi ni mizu no . hototogisu

Issa

soudain frappé –
Dieu me bénisse !
la voix du coucou

chôchin de . daibutsu miru ya . hototogisu

Shiki

admirant le Grand Bouddha
à la lumière de la lanterne –
la voix du coucou !

°
(p.768)

hototogisu . ika ni kijin mo . tashika ni kike

Sôin

un coucou !
bien que vous soyez des Dieux,
ô, écoutez !

hototogisu . naki naki tobu zo . isogashiki

Bashô

le coucou,
volant, chantant, volant :
quelle vie affairée !

sewashisa wo . ware ni utsusu na . hototogisu

Issa

hototogisu !
ne me prends pas
à tes affaires !

°
(p.769 :)

hototogisu . naku ya goshaku no . ayamegusa

Bashô

la voix du coucou,
et les iris
d’un mètre-cinquante

haiwataru . hashi no shita yori . hototogisu

Issa

de dessous le pont suspendu
grimpant dessus :
la voix du coucou

hototogisu . kieyuku kata e . shima hitotsu

Bashô

le cri d’un coucou
disparaît vers
une île solitaire

°
(p.770 :)

hototogisu . heianjô wo . sujikai ni

Buson

Ah, le coucou !
il a volé en diagonale
sur Kyôto *

* « le château des Heian »

hototogisu . akatsuki kasa wo . kawasekeri

Kikaku

un coucou crie ;
l’aube me fait acheter
un parapluie

°
(p.771- à suivre…)

33 Haiku + 3 waka – printemps – Blyth – p.616-628

10 février 2011

°
(p.616 :)
saku hana no . naka ni ugomeku . shujô kana

Issa

« Hommes »

nous autres humains,
qui nous tortillons parmi
les fleurs épanouies

yûzuki ya . nabe no naka nite . naku tanishi

Issa

« Enfer »

la lune du soir :
les escargots d’étang pleurent
dans la casserole

hana chiru ya . nomitaki mizu wo . tôgasumi

Issa

« Les fantômes affamés »

les fleurs s’éparpillent :
l’eau que nous désirons boire,
dans le brouillard, au loin

chiru hana ni . butsu tomo hô tomo . shiranu kana

Issa

« Animaux »

Dans la chute des fleurs,
ils ne voient pas de Bouddha,
pas de Loi

koegoe ni ; hana no kokage no . bakuchi kana

Issa

« Esprits-de-Nature malveillants »

à l’ombre des fleurs de cerisiers
voix contre voix,
les parieurs

°
(p.617 :)

kasumu hi ya . sazo tennin no . gotaikutsu

Issa

« Dieux »

jour brumeux :
même les Habitants du Ciel
le trouvent sûrement pénible !

hana ni kurete . waga ie tôki . nomichi kana

Buson

parmi les fleurs, il se fait tard,
et je suis loin de la maison –
ce chemin sur la lande

yû-zakura . kyô mo mukashi ni . nari ni keri

Issa

fleurs de cerisiers du soir :
aujourd’hui appartient maintenant aussi
au passé

°
(p.618 :)

gekkô nishi ni watareba . kaei higashi ni . ayumu kana

Buson

La lune passe à l’ouest,
l’ombre des fleurs
passe à l’est

°
(p.619 :)

hana ni kite . hana ni ineburu . itoma kana

Buson

je vins voir les fleurs
je dormis sous elles;
ce fut mon loisir

hana wo fumishi . zôri mo miete . asane kana

Buson

il dort tard;
voici ses sandales de paille
qui foulèrent les pétales tombés

haru no yo wa . sakura ni akete . shimai keri

Bashô

la nuit de printemps
s’est achevée,
l’aube sur les fleurs de cerisiers

°
(p.620 :)

ikada-shi no . mino ya arashi no . hana-goromo

Buson

les manteaux de paille des draveurs :
la tempête en fait
des robes à fleurs

hana wo en . shisha no yomichi ni . tsuki wo kana

Kikaku

pour m’apporter les fleurs,
oh, que le sentier du messager au soir
soit éclairé de lune !

°
(p.621 :)

rakka eda ni ; kaeru to mireba . kochô kana

Moritake

une fleur tombée
retournée sur sa branche !
non, c’était un papillon

kasho yorimo . gunsho ni kanashi . yoshinoo-yama

Shikô

plus que les chants,
les annales de la guerre m’ont chagriné
sur le mont Yoshino

ki no moto wa . shiru mo namasu mo . sakura kana

Bashô

sous les cerisiers,
sur la soupe, la salade de poisson et tout le reste,
pétales des fleurs

°
(p.622 :)

nawashiro no . mizu ni chiri-uku . sakura kana

Kyoroku

les fleurs de cerisiers
tombent et flottent sur l’eau
des plants de riz



shizukasa ya . chiru ni sureau . hana no oto

Chora

calme :
le bruit des pétales
descendant ensemble

(or :

le son des fleurs
qui se frottent
en tombant)

saku-karani . miru-karani hana no . chiru-karani

Onitsura

les fleurs de cerisiers éclosent;
nous les admirons;
elles tombent, et puis…

°
(p.623 :)

hito koishi . hitomoshi goro wo . sakura chiru

Shirao

mon coeur plein de désirs,
on allume les chandelles,
les fleurs de cerisiers tombent

hana chiru ya . omotaki oi no . ushiro yori

Buson

derrière moi,
vieux et faible,
les fleurs s’éparpillent

°
(p.624 :)

tada tanome . hana mo hara-hara . ano tôri

Issa

Aie simplement confiance :
les pétales ne tombent-ils pas aussi
juste ainsi ?

mizu-tori no . mune ni wake-yuku . sakura kana

Rôka

l’oiseau aquatique nage
séparant de son poitrail
les pétales de cerisiers

°
(p.625 :)

hana chirite . ko-no-ma no tera to . nari ni keri

Buson

les fleurs de cerisier tombées,
le temple appartient
aux branches

hana chirite . shizuka ni narinu . hito-gokoro

Koyû-ni

les fleurs de cerisiers tombées :
nos esprits maintenant
sont tranquilles

n’y aurait-il pas de fleurs de cerisiers
dans notre monde,
que le coeur des hommes au printemps
pourrait connaître la sérénité

(: waka de Narihira (825-880))

hana ni nenu . kore mo tagui ka . nezumi no su

Bashô

n’est-ce pas comme un nid de souris
d’être incapable de dormir
à cause des fleurs ?

°
(p.626 :)

hana chitte . take miru noki no . yasusa kana

Shadô

les fleurs tombées,
regarder les bambous
est reposant sous les auvents

hana chitte . mata shizuka nari . enjôji

Onitsura

Les fleurs de cerisiers tombées,
le temple Enjôji
est calme de nouveau

ume chitte . soreyori nochi wa . tennôji

Onitsura

après que les fleurs de prunier
sont tombées,
le temple Tennôji

°
(p.627 :)

kiniitta . sakura no kage mo . nakari keri

Issa

ces fleurs de cerisiers
qui me plaisaient tant
ont disparu de la terre

kutabirete . yado karu koro ya . fuji no hana

Bashô

épuisé,
et cherchant un toit pour la nuit –
ces fleurs de glycine !

°
(p.628 :)

Le dernier jour du troisième mois au temple Jionji :

ce matin, le printemps finissait à Jionji;
tout le jour j’errai près de la porte du temple.
Nous avons beau nous lamenter, le printemps ne restera ni ne reviendra;
le crépuscule jaune tombait sur les fleurs violettes des glycines

(: waka d’Hakurakuten / Po Chu yi)

bouquet de glycine dans le vase;
les fleurs retombent,
dans la chambre de malade;
le printemps commence à s’assombrir

(: waka de Shiki)

fuji no hana . ayashiki fûfu . yasumi keri

Buson

fleurs de glycine;
reposant sous elles,
un couple étrange

°
(suite, p.629-)

20 HAIKU de printemps – Blyth – p.556-561 (Arbres et fleurs)

15 janvier 2011

°
(p.556-640 :)
ARBRES ET FLEURS

tsubaki ochi . tori naki tsubaki . mata ochiru

Baishitsu

une fleur de camélia tombe;
un coq chante;
une autre tombe

tori naite . akaki ko-no-mi wo . koboshikeri

Shiki

des oiseaux chantent
et font tomber
des baies rouges

hitotsu ochite . futatsu ochitaru . tsubaki kana

Shiki

un tombe –
deux tombent –
camélias

(note de R.H. Blyth : « Plus le verset devient simple, plus le sens est fort, pur et profond. »)

ochizama ni . mizu koboshikeri . hana tsubaki

Bashô

la fleur du camélia
tombe,
renversant son eau

°
(p.557 :)

oto nashite . tatami e ochiru . tsubaki kana

Shirao

la fleur de camélia
tombant sur le tatami
produit un son

hakisôji . shite kara tsubaki . chiri ni keri

Yaha

après qu’on a
nettoyé le jardin,
quelques camélias tombent

ochinan wo . ha ni kakaetaru . tsubaki kana

Shôha

La fleur de camélia
allait tomber,
mais se prit dans ses feuilles

°
(p.558 :)

mizu irete . hachi ni uketaru . tsubaki kana

Onitsura

y versant de l’eau,
le vase reçut
le camélia

nagare ezaru . mizu no yodomi no . tsubaki kana

Shiki

dans le marigot,
l’eau qui ne pouvait s’écouler ;
des camélias

°
(p.559 :)

shrotsubaki . otsuru oto nomi . tsukiyo kana

Rankô

toute la soirée un seul bruit :
la chute
des fleurs blanches de camélia



akatsuki no . tsurube ni agaru . tsubaki kana

Kakei

à la surface du seau du puits
à l’aube,
un camélia

yanagi ari . funematsu ushi no . nisanbiki

Shiki

un saule –
et deux ou trois vaches
attendant le bateau

°
(p.560 :)

kishi kuzurete . kouwo tamarinu . kawayanagi

Shiki

où la falaise s’est affaissée
des petits poissons s’assemblent
sous le saule de la rivière



hashi ochite . ushiro samushiki . yanagi kana

Shiki

le pont est tombé;
sous le saule,
il fait seul



machi-naka wo . ogawa nagaruru . yanagi kana

un cours d’eau
traversant la ville
et les saules tout du long

°
(p.561 :)

massugu ni . horiwari tôki . yanagi kana

Shiki

dans la distance
la ligne droite du canal
et les saules

ômon ya . yanagi kabutte . hi wo tomosu

Shiki

allumant les lampes
de la Grande Porte,
un saule au-dessus de lui

shigohon no . yanagi torimaku . koie kana

Shiki

quatre ou cinq saules
entourant
une petite maison

ara ao no . yanagi no ito ya . mizu no nagare

Onitsura

Comme ils sont verts
les fils du saule
sur les eaux glissantes !

hito-gomi no . naka e shitaruru . yanagi kana

Rôka-Shônin

tombant
au milieu de la foule,
les branches du saule

°
(suite, p. 562-)

22 Haïkus tirés de R.H. Blyth vol II Printemps (p.404-441)

15 octobre 2010

PRINTEMPS –Le ciel et les éléments – p. 404-441


(p.404) :

korekiri to . miete dossari . haru no yuki

Issa

Comme si c’était tout,
Il en tomba beaucoup –
Neige de printemps.



akebono ya . mugi no hazue no . haru no shimo

Onitsura

L’aube du jour;
Au bout de la feuille d’orge
le gel du printemps.

suppon mo . toki ya tsukuran . haru no tsuki

Issa

La tortue aussi
peut dire l’heure,
cette lune de printemps !


(p.406) :

asakawa ya . nabe susugu te ni . haru no tsuki

Issa

la face de la lune –
douze ans d’âge, à peu près,
je dirais !

oborozuki . kawazu ni nigoru . mizu ya sora

Buson

sous la lune embrumée,
l’eau et le ciel obscurcis
par la grenouille


(p.407) :

ushi-beya no . ushi no unari ya . oborozuki

Shiki

meuglement de la vache
dans l’étable
sous la lune brumeuse

kawa-shimo ni . ami utsu oto ya . oborozuki

Taigi

en aval de la rivière
le bruit d’un filet jeté;
lune brumeuse


(p. 408):

izakaya no . kenka mushidasu . oborozuki

Shiki

la querelle dans le débit de vins
reprend,
sous la lune brumeuse

onna oute . kawa watarikeri . oborozuki

Shiki

portant une fille
pour traverser la rivière;
la lune brumeuse


(p.409) :

ume ga ka no . tachinoborite ya . tsuki no kasa

Buson

le halo de la lune –
n’est-ce pas l’odeur des fleurs de prunier
qui s’élève jusqu’au ciel ?

kagerô ya . ume chirikakaru . ishi no ue

Shiki

vagues de chaleur;
les pétales du prunier en voletant
descendent sur les pierres

kagerô ya . konogoro dekishi . koishi-michi

Shiki

vagues de chaleur
du sentier de gravier
récent

(p.410) :

kagerô ya . horohoro ochiru . iwa no suna

Tohô

vagues de chaleur;
le sable du rocher
tombe par à-coups



kagerô ya . hito-kuwa-zutsu ni . tsuchi kusaki

Rankô

vagues de chaleur ;
quelle odeur de terre
à chaque coup de la houe !

kagerô ya . sanzen gen no . ie no ato

Shiki

(Du grand incendie de Kanda :)

les vagues de chaleur
des ruines
de trois mille maisons

kagerô ya . hakisute gomi no . zeni ni naru

Issa

vagues de chaleur ;
de la poubelle nettoyée,
de l’argent !


(p.411)

kagerô ni . kodomo asobasu . kitsune kana

Bonchô

la renarde
laisse ses petits jouer
dans la vague de chaud

kasa de suru . saraba ya . usugasumi

Issa

avec leur kasa *:
au-revoir, au-revoir !
dans la brume fine

* « un kasa est une sorte de parapluie, fait de lamelles de sauge, de lamelles de bambou, ou de l’enveloppe extérieure de pousses de bambou. » (R.H. Blyth).


(p.412) :

komabune no . yorade sugiyuku . kasumi kana

Buson

le bateau coréen
ne s’arrête pas, mais passe
dans la brume


(p.413) :

futamatani . narite kasumeru . nokawa kana

Shirao

se divise
dans le brouillard
la rivière de la lande

hoku hoku to . kasunde kuru wa . donata kana

Issa

clic, clac,
l’homme qui vient dans la brume,
qui est-il ?



kasumi keri . yama kie-usete . tô hitotsu

Shiki

il s’embrume,
les montagnes s’estompent et disparaîssent :
un seul stupa *

* « tumulus ou montagne funéraire en forme de dôme, contenant les restes d’un défunt… »


(p.414 : à suivre…)

°