Posts Tagged ‘Shikô’

46 HAIKU de la préface au T. IV de HAIKU – Blyth – p.978-993

31 mai 2011

°
(p.978 :)

faisant du calme
mon seul compagnon :
solitude hivernale

Teiga

°
(p.981:)

regardant attentivement –
une bourse-à-pasteur
fleurit sous la haie

Bashô

dans le radis amer
qui me pique, je sens
le vent d’automne

Bashô

°
(p.982 :)

au sixième mois
le mont Arashi
pose des nuages à son sommet

Bashô

éclairs estivaux !
hier à l’est
aujourd’hui à l’ouest

Kikaku

on peut voir maintenant
quelques étoiles –
et grenouilles de coasser

Yayu

°
(p.983 :)

jetant les cendres,
les blanches fleurs de prunier
se troublèrent

Bonchô

le printemps bientôt fini,
la rose jaune blanchit,
la laitue devient amère

Sôdô

°
(p.984 :)

des fleurs de prunier ici et là,
il fait bon aller vers le nord,
il fait bon aller vers le sud

Buson

fleurs de colza ;
n’allant pas voir le prêtre,
passant juste à côté de chez lui

Buson

prétendant faire exprès
et traversant un temple –
la lune brumeuse

Taigi


(p.985 :)

élevant la hache
pour la couper –
elle bourgeonnait

Shiki

affûtant la faucille,
l’ansérine
a l’air de s’affliger

Meisetsu

froid matinal ;
les voix des voyageurs
qui quittent l’auberge

Taigi

°
(p.986 :)

des voyageurs
s’enquièrent du froid de la nuit
de leurs voix endormies

Taigi

sur le point de saisir l’eau,
je la sentis entre mes dents :
l’eau de la source

Bashô

le cheval rabat ses oreilles en arrière ;
les fleurs du poirier
sont froides

Shikô

ces fleurs de prunier,
comme elles sont rouges, rouges,
oui, si rouges !

Izen

°
(p.987 :)

le long du rivage
tombent les vagues, tombent et sifflent,
tombent et sifflent

Izen

à travers les cèdres
ouf, ouf, ouf,
souffle la brise

Izen

jour le plus chaud de l’année ;
le seul chapeau que j’avais :
volé !

Issa

nuit chaude ;
dormant au milieu
de sacs et de bagages

Issa

claire de lune d’automne :
des poux de mer courent
sur les pierres

Tôrin

°
(p.988 :)

dans la brise printanière
le héron neigeux vole blanc
entre les pins

Raizan

des souriceaux dans leur nid
couinent en réponse
aux jeunes moineaux

Bashô

herbes d’été ;
sur le sentier qui mène au temple de montagne,
des statues en pierre du Bouddha

Gojô

°
(p.989 :)

un coucou chante
parmi les ombres du soir ;
aucun bruit de bûcheron

Kozan

algues vertes ;
dans le creux des rochers,
la marée oubliée

Kitô

un temple de montagne ;
de l’eau claire coule sous la véranda,
de la mousse sur les bords

Kitô

élevant ses cornes,
le troupeau regarde les gens
sur la lande estivale

Seira

°
(p.990 :)

labourant le champ,
pas un oiseau ne siffle
à l’ombre de la colline

Buson

la cascade
tombe en rugissant
dans la verdure luxuriante

Shirô

combien de papillons
ont-ils franchi
ce mur de toit ?

Bashô

à l’aube
les baleines mugissent ;
une mer gelée

Gyôdai

°
(p.991 :)

à côté,
on a cessé de piler le mortier :
froide pluie nocturne

Yaha

le goutte-à-goutte
du seau à savon cesse :
la voix du grillon

Bonchô

le bruit de la carpe,
l’eau légèrement sombre,
les fleurs de prunier blanches

Uryû

jour de printemps ;
on ouvre les portes coulissantes
du grand temple

Gusai

ici et là
des grenouilles coassent dans la nuit,
des étoiles brillent

Kikaku

°
(p.992 :)

la pluie d’hiver
tombe sur l’étable ;
la voix du coq

Bashô

le jour s’assombrit,
gens du printemps qui descendent
du temple Mii

Gyôdai

un printemps non vu par les hommes –
au dos du miroir,
un prunier en fleur

Bashô

le coucou !
la terre des rizières colle
aux supports des sabots

Bonchô

°
(p.993 :)

un coucou siffle ;
entre les arbres,
une tour d’angle

Shihô

champs pour semer des haricots,
appentis à bois –
rien que des endroits célèbres

Bonchô

dans la tempête hivernale
le chat ne cesse
de cligner des yeux

Yasô

°
(p.994 : à suivre)

31 HAIKU d’automne – Blyth – p.902-916

27 mai 2011

°
(p.902 :)

kado wo dereba . ware mo yukuhito . aki no kure

Buson

dès que je franchis la porte
je suis aussi un voyageur
dans le soir d’automne

sammon wo . gii to tozasu ya . aki no kure

Shiki

fermant la porte du grand temple :
grincement !
ce soir d’automne

°
(p.903 :)

hitori kite . hitori wo tou ya . aki no kure

Buson

quelqu’un vint
voir quelqu’un d’autre
soir d’automne

kagiri aru . inochi no himaya . aki no kure

Buson

dans cette courte vie
une heure de loisir
ce soir d’automne

aki no kure . karasu mo nakade . tôri keri

Kishû

soir d’automne,
sans un cri
passe un corbeau

°
(p.904 :)

sabishisa no . ureshiku mo ari . aki no kure

Buson

soir d’automne ;
il y a de la joie aussi
dans la solitude

°
(p.905 :)

osanago ya . hitori meshikû . aki no kure

Shôhaku

personne –
un enfant endormi
sous la moustiquaire

aki no yo ya . ko hitori netaru . kaya no naka

Issa

soir d’automne ;
un homme en voyage
reprise ses habits

°
(p.906 :)

osanago ya . warau ni tsukete . aki no kure

Issa

l’orphelin –
mais quand il rit !…
soir d’automne

tsuki mo ari . kigiku shiragiku . kururu aki

Shiki

la lune
et les chrysanthèmes blancs et jaunes
– fin de l’automne

°
(p.907 :)

hitomoseba . hi ni chikara nashi . aki no kure

Shiki

allumant la lampe,
sa lueur est faible –
soir d’automne

amado kosu . aki no sugata ya . hi no kurui

Raizan

la forme d’automne
qui a passé à travers les volets –
flamme tordue de la bougie

°
(p.908 :)

aka-aka to . hi mo tsurenakumo . aki no kaze

Bashô

le soleil rouge vif,
implacablement chaud –
mais le vent est d’automne

°
(p.909 :)

chichi haha no . koto nomi omou . aki no kure

Buson

c’est le soir, l’automne,
je ne pense
qu’à mes parents

furusato ya . heso no o ni naku . toshi no kure

Bashô

pleurant mon cordon ombilical
dans ma maison natale –
la fin de l’année

°
(p.910 :)

kogoto iu . aite wa kabe zo . aki no kure

Issa

soir d’automne,
seul à partager mes plaintes :
le mur

kogoto iu . aite mo araba . kyô no tsuki

Issa

si seulement elle était là,
ma compagne de doléances,
la lune d’aujourd’hui !

nakanaka ni . hito to umarete . aki no kure

Issa

soir d’automne –
pas une mince affaire
d’être né homme !

°
(p.911 :)

gu anzuru ni . meido mo kaku ya . aki no kure

Bashô

il me semble
que le Pays des Morts est ainsi :
soir d’automne

ushi shikaru . koe ni shigi tatsu . yûbe kana

Shikô

à la voix
criant sur le boeuf,
les bécassines s’élèvent dans le soir

°
(p.912 :)

tonde kuru . yoso no ochiba ya . kururu aki

Shiki

feuilles tombantes
volant de quelque part :
l’automne s’achève

nagaki yo wo . tsuki toru saru no . shian kana

Shiki

longue nuit –
le singe se demande comment
attraper la lune

°
(p.913 :)

nagaki yo ya . shôji no soto wo . tomoshi yuku

Shiki

longue nuit ;
une lumière à l’extérieur
longe le shôji



nagaki yo ya . omou koto iu . mizu no oto

Gochiku

longue nuit –
le son de l’eau
dit ce que je pense

°
(p.914 :)

kukurime wo . mitsutsu yo nagaki . makura kana

Teitoku

regardant, regardant
les fronces de l’oreiller :
longue est la nuit

yamadori no . eda fumikayuru . yonaga kana

Buson

la faisan doré sur la branche
passe d’une patte sur l’autre ;
longue est la nuit

°
(p.915 :)

zesukirishito . fumare fumarete . usetamaeri

Shuôshi

piétinée, piétinée,
l’image du Christ
est toute abimée

nagaki yo ya . chitose no nochi wo . kangaeru

Shiki

la longue nuit :
je pense
à dans mille ans

nagaki yo ya . kômei shisuru . sangokushi

Shiki

la longue nuit :
lisant L’Histoire des Trois Royaumes *
jusqu’à la mort de Kômei

* note de R.H. Blyth : « Le Sangokushi est une oeuvre historique en 65 volumes qui couvre les luttes des Royaumes de Gi, de Go, et de Shoku, entre 220 et 280. »

°
(p.916 :)

yuku aki no . kusa ni kakaruru . nagare kana

Shirao

le cours d’eau se cache
dans les herbes
de l’automne qui s’en va

yuku aki wo . obana ga saraba . saraba kana

Issa

l’herbe de la pampa
fait au-revoir, au-revoir
à l’automne qui s’en va

°
(p.917 : LE CIEL ET LES ELEMENTS – à suivre…)

22 HAIKU d’été (+ 1 d’automne) – Blyth – p.731-742

5 mai 2011

°
(p.731)

hitotsu nuide . sena ni oikeri . koromogae

Bashô

en enlevant un
et le portant sur mon dos :
le changement d’habits

kojiki kana . tenchi wo kitaru . natsugoromo

Kikaku

le mendiant !
il a Ciel et Terre
pour habits d’été

°
(p.732 :)

koromogae ya . karasu wa kuroku . sagi shiroshi

Chora (1729-1781)

changement d’habits –
le corbeau est noir
le héron, blanc

hirune shite . te no ugokiyamu . uchiwa kana

Taigi

sieste dans la journée –
la main arrête d’agiter
l’éventail

(trad. de R. Munier, in Haïku, Fayard, 1978, p.76 :
Un léger somme –
la main s’arrête qui agitait
l’éventail
)

nikai kara . yanebune maneku . uchiwa kana

Shiki

D’en haut, faisant signe
à une péniche,
l’éventail

°
(p.733 :)

me ni ureshi . koigimi no sen . mashiro naru

Buson

contentant tant l’oeil,
l’éventail blanc si pur
de toi que j’aime tant

yamamizu ni . kome wo tsukasete . hirune kana

Issa

Je fais la sieste,
laissant l’eau de la montagne
battre le riz

°
(p.734 :)

hototogisu . akatsuki kasa wo . kawasekeri

Kikaku (1660-1707)

un hototogisu chante –
à l’aube
on me fait acheter un parapluie

hiya-hiyato . kabe wo fumaete . hirune kana

Bashô

sieste à midi :
posant mes pieds contre le mur,
fraîcheur

°
(p.735 :)

« Sans Réalité (: sincérité, fidélité à la nature, vérité,) il n’y a pas de haïkaï. »
Onitsura. (1660-1738)

motaina ya . hirune shite kiku . taue-uta

Issa

durant ma sieste de mi-journée,
j’entends le chant des planteurs de riz,
et me sens plutôt honteux

shinanoji ya . ue no ue ni mo . taue-uta

Issa

route de Shinano :
plus haut, toujours plus haut,
le chant des planteurs de riz

°
(p.736 :)

sazanami ni . ushiro fukaruru . taue kana

Taigi (1709-1772)

plantant le riz –
vaguelettes,
le vent souffle par derrière

waga kasa ya . taue no kasa ni . majiriyuku

Shikô (1664-1731)

passant,
mon kasa et celui des planteurs de riz
se mélangent

°
(p.738 :)

fûryû no . hajime ya oku no . taue-uta

Bashô

l’aube de la poésie :
le chant des planteurs de riz
dans la province d’Ôshû

okurare-tsu .okuri-tsu hate wa . kiso no aki

Bashô

prenant congé des gens,
étant raccompagné ;
l’automne à Kiso

°
(p.739 :)

yuku haru ya . tori naki uo no . me wa namida

Bashô

le printemps s’en va :
les oiseaux pleurent,
larmes dans les yeux des poissons

yabu-kage ya .tatta hitori no . taue-uta

Issa

dans l’ombre du fourré,
une femme pour elle-même
chante le chant des planteurs

°
(p.740 :)

yabumura ya . bimbô narete . yûsuzumi

Issa

un hameau retiré ;
habitués à leur pauvreté,
assis dans le frais du soir

(trad de R. Munier, Haïku, p.78 :
Hameau perdu –
habitués à leur misère
ils prennent le frais dans le soir)

mi no ue no . kane to mo shirade . yûsuzumi

Issa

fraîcheur du soir ;
ne sachant pas que la cloche
sonne notre glas



mi no ue no . kane to shiritsutsu . yûsuzumi

Issa

fraîcheur du soir
sachant que la cloche
sonne notre glas

°
(p.741 :)

 » Voir est voir directement. Hésitez, pensez-y, et vous vous êtes fourvoyé. »

Ryûtan Sôshin.

sara hachi mo . honokani yami no . yoisuzumi

Bashô

assiettes et bols
faiblement au crépuscule,
dans la fraîcheur du soir

°
(p.742 :)

yûsuzumi . abunaki ishi ni . noborikeri

Yaha (1662-1740)

fraîcheur du soir ;
grimpant sur un
dangereux rocher

tsuki to ware . bakari nokorinu . hashisuzumi

Kikusha-ni (f. 1752-1826)

fraîcheur sur le pont ;
la lune et moi
restons seules

(tr. R. Munier,Haïku, p.78 :
Prenant le frais sur le pont –
la lune et moi
demeurons seuls)

°
(à suivre, p.743)

33 Haiku + 3 waka – printemps – Blyth – p.616-628

10 février 2011

°
(p.616 :)
saku hana no . naka ni ugomeku . shujô kana

Issa

« Hommes »

nous autres humains,
qui nous tortillons parmi
les fleurs épanouies

yûzuki ya . nabe no naka nite . naku tanishi

Issa

« Enfer »

la lune du soir :
les escargots d’étang pleurent
dans la casserole

hana chiru ya . nomitaki mizu wo . tôgasumi

Issa

« Les fantômes affamés »

les fleurs s’éparpillent :
l’eau que nous désirons boire,
dans le brouillard, au loin

chiru hana ni . butsu tomo hô tomo . shiranu kana

Issa

« Animaux »

Dans la chute des fleurs,
ils ne voient pas de Bouddha,
pas de Loi

koegoe ni ; hana no kokage no . bakuchi kana

Issa

« Esprits-de-Nature malveillants »

à l’ombre des fleurs de cerisiers
voix contre voix,
les parieurs

°
(p.617 :)

kasumu hi ya . sazo tennin no . gotaikutsu

Issa

« Dieux »

jour brumeux :
même les Habitants du Ciel
le trouvent sûrement pénible !

hana ni kurete . waga ie tôki . nomichi kana

Buson

parmi les fleurs, il se fait tard,
et je suis loin de la maison –
ce chemin sur la lande

yû-zakura . kyô mo mukashi ni . nari ni keri

Issa

fleurs de cerisiers du soir :
aujourd’hui appartient maintenant aussi
au passé

°
(p.618 :)

gekkô nishi ni watareba . kaei higashi ni . ayumu kana

Buson

La lune passe à l’ouest,
l’ombre des fleurs
passe à l’est

°
(p.619 :)

hana ni kite . hana ni ineburu . itoma kana

Buson

je vins voir les fleurs
je dormis sous elles;
ce fut mon loisir

hana wo fumishi . zôri mo miete . asane kana

Buson

il dort tard;
voici ses sandales de paille
qui foulèrent les pétales tombés

haru no yo wa . sakura ni akete . shimai keri

Bashô

la nuit de printemps
s’est achevée,
l’aube sur les fleurs de cerisiers

°
(p.620 :)

ikada-shi no . mino ya arashi no . hana-goromo

Buson

les manteaux de paille des draveurs :
la tempête en fait
des robes à fleurs

hana wo en . shisha no yomichi ni . tsuki wo kana

Kikaku

pour m’apporter les fleurs,
oh, que le sentier du messager au soir
soit éclairé de lune !

°
(p.621 :)

rakka eda ni ; kaeru to mireba . kochô kana

Moritake

une fleur tombée
retournée sur sa branche !
non, c’était un papillon

kasho yorimo . gunsho ni kanashi . yoshinoo-yama

Shikô

plus que les chants,
les annales de la guerre m’ont chagriné
sur le mont Yoshino

ki no moto wa . shiru mo namasu mo . sakura kana

Bashô

sous les cerisiers,
sur la soupe, la salade de poisson et tout le reste,
pétales des fleurs

°
(p.622 :)

nawashiro no . mizu ni chiri-uku . sakura kana

Kyoroku

les fleurs de cerisiers
tombent et flottent sur l’eau
des plants de riz



shizukasa ya . chiru ni sureau . hana no oto

Chora

calme :
le bruit des pétales
descendant ensemble

(or :

le son des fleurs
qui se frottent
en tombant)

saku-karani . miru-karani hana no . chiru-karani

Onitsura

les fleurs de cerisiers éclosent;
nous les admirons;
elles tombent, et puis…

°
(p.623 :)

hito koishi . hitomoshi goro wo . sakura chiru

Shirao

mon coeur plein de désirs,
on allume les chandelles,
les fleurs de cerisiers tombent

hana chiru ya . omotaki oi no . ushiro yori

Buson

derrière moi,
vieux et faible,
les fleurs s’éparpillent

°
(p.624 :)

tada tanome . hana mo hara-hara . ano tôri

Issa

Aie simplement confiance :
les pétales ne tombent-ils pas aussi
juste ainsi ?

mizu-tori no . mune ni wake-yuku . sakura kana

Rôka

l’oiseau aquatique nage
séparant de son poitrail
les pétales de cerisiers

°
(p.625 :)

hana chirite . ko-no-ma no tera to . nari ni keri

Buson

les fleurs de cerisier tombées,
le temple appartient
aux branches

hana chirite . shizuka ni narinu . hito-gokoro

Koyû-ni

les fleurs de cerisiers tombées :
nos esprits maintenant
sont tranquilles

n’y aurait-il pas de fleurs de cerisiers
dans notre monde,
que le coeur des hommes au printemps
pourrait connaître la sérénité

(: waka de Narihira (825-880))

hana ni nenu . kore mo tagui ka . nezumi no su

Bashô

n’est-ce pas comme un nid de souris
d’être incapable de dormir
à cause des fleurs ?

°
(p.626 :)

hana chitte . take miru noki no . yasusa kana

Shadô

les fleurs tombées,
regarder les bambous
est reposant sous les auvents

hana chitte . mata shizuka nari . enjôji

Onitsura

Les fleurs de cerisiers tombées,
le temple Enjôji
est calme de nouveau

ume chitte . soreyori nochi wa . tennôji

Onitsura

après que les fleurs de prunier
sont tombées,
le temple Tennôji

°
(p.627 :)

kiniitta . sakura no kage mo . nakari keri

Issa

ces fleurs de cerisiers
qui me plaisaient tant
ont disparu de la terre

kutabirete . yado karu koro ya . fuji no hana

Bashô

épuisé,
et cherchant un toit pour la nuit –
ces fleurs de glycine !

°
(p.628 :)

Le dernier jour du troisième mois au temple Jionji :

ce matin, le printemps finissait à Jionji;
tout le jour j’errai près de la porte du temple.
Nous avons beau nous lamenter, le printemps ne restera ni ne reviendra;
le crépuscule jaune tombait sur les fleurs violettes des glycines

(: waka d’Hakurakuten / Po Chu yi)

bouquet de glycine dans le vase;
les fleurs retombent,
dans la chambre de malade;
le printemps commence à s’assombrir

(: waka de Shiki)

fuji no hana . ayashiki fûfu . yasumi keri

Buson

fleurs de glycine;
reposant sous elles,
un couple étrange

°
(suite, p.629-)

12 HAIKU de printemps – Blyth – p.586-591

27 janvier 2011

°
(p.586 :)

fumi wa ato ni . ume sashiidasu . tsukai kana

Kikaku

Le messager :
il offre la branche de fleurs de prunier
puis la lettre

ume chirite . sabishiku narishi . yanagi kana

Buson

les fleurs de prunier tombées,
comme est solitaire
le saule !

°
(p.587 :)

shiraume ya . kaki no uchisoto ni . koborechiru

Chora

fleurs blanches de prunier;
à l’intérieur, à l’extérieur de la haie,
elles tombent et s’éparpillent

chiru tabi ni . oi-yuku ume no . kozue kana

Buson

avec chaque pétale qui tombe,
les branches du prunier
vieillissent

ume chiru ya . sôdô ni hiwo . tomoshiyuku

Gyôdai

allant allumer les bougies
dans le temple couvert de chaume,
des fleurs de prunier tombent

°
(p.588 :)

yûzuki ya . ume chirikakaru . koto no ue

Shiki

lune du soir –
des fleurs de prunier tombent
sur le luth

kôbai no . rakka moyuramu . uma no fun

Buson

les fleurs tombées du prunier rouge
semblent brûler
sur les crottes de cheval

akindo wo . hoeru inu ari . momo no hana

Buson

un chien aboie
après un colporteur –
pêchers en fleurs

°
(p.589 :)

(du Saikontan *
:

l’aboiement d’un chien dans un village de fleurs de pêchers;
le chant d’un coq au milieu des mûriers

* cf HAIKU, vol 1, p.74.)

kûte nete . ushi ni narabaya . momo no hana

Buson

après manger, s’endormir
et devenir un boeuf
sous les fleurs de pêcher !

°
(p.590 :)

akebono ya . koto ni tôka no . tori no koe

Kikaku

l’aube –
et la voix, par-dessus tout,
du coq des fleurs de pêcher !

(p.591 :)

l’aube –
la voix, par-dessus tout
du coq-de-combat couleur pêche !

furudera no . momo ni kome fumu . otoko kana

Bashô

près du vieux temple
des fleurs de pêcher;
un homme foulant du riz

sendô no . mim no tôsa yo . momo no hana

Shikô

fleurs de pêcher !
mais le passeur
est sourd…

°
(à suivre, p.592 -)

16 HAIKU de printemps – Blyth, p. 516-520

16 novembre 2010

°

umi koete . kasumi no ami e . iru hi kana

Buson

traversant la mer,
le soleil couchant
dans le rets du brouillard

°

kôbai ya . irihi no osou . matsu kashiwa

Buson

fleurs rouges de prunier ;
le soleil couchant rougit
pins et chênes

°

asa kare to . yûhi konogoro . naname naru

Buson

coupez les cannabis !
le soleil couchant
penche tôt

°

waka-take ya . yûhi no saga to . nari ni keri

Buson

jeunes bambous ;
maintenant, c’est Saga
au coucher du soleil

°
(p.517) :

hakidame e . tsuru ga orikeri . waka no ura

Issa

Waka-no-Ura * :
la grue s’est posée
sur une décharge

* « un des lieux les plus beaux du Japon » (Blyth)

°

shokûdo ni . suzume naku nari . yûshigure

Shikô

au réfectoire,
les moineaux pépient
sous la pluie vespérale

°

nureashi de . suzume no ariku . rôka kana

Shiki

le moineau sautille
le long de la véranda,
pattes mouillées

°
(p.518) :

ochite naku . ko ni koe kawasu . suzume kana

Taigi

les pépiements de l’oisillon tombé
se mêlent à ceux
de la maman moineau

°

ina-suzume . cha-no-ki-batake ya . nige-dokoro

Bashô

moineaux des rizières ;
la plantation de thé
est leur havre de paix

°
(p.519 :)

cha no hana ni . kakurenbo suru . suzume kana

Issa

les moineaux
jouent à cache-cache
parmi les fleurs de thé

°

neko no ko no . kakurenbo suru . hagi no kana

Issa

le chaton
joue à cache-cache
au milieu des fleurs de lespedeza

°

kusa no ha ni . kakurenbo suru . kawazu kana

Issa

parmi les feuilles d’herbes
les grenouilles
jouent à cache-cache

°

suzume-go ya . akari-shôji no . sasa no kage

Kikaku

sur la fenêtre de papier,
les ombres des bambous nains ;
des moineaux pépient

°
(p.520 :)

hito ni nige . hito ni naruru ya . suzume no ko

Onitsura

maintenant amical,
maintenant craintif,
le bébé moineau

°

suzume-go to . koe nakikawasu . nezumi no su

Bashô

des souris dans leur nid
vagissent en réponse
aux jeunes moineaux

°

ware to kite . asobe ya oya no . nai suzume

Issa

viens jouer avec moi,
moineau
sans père et sans mère !

°
(suite, p.521…)

11 Haïkus de printemps – Blyth – Affaires humaines, p.476-481

24 octobre 2010

°

mizu ni chitte . hana nakunarinu . kishi no ume

Buson

un prunier sur la rive :
tombant sur l’eau
ses fleurs disparaissent

°

hata utsu ya . ugokanu kumomo . nakunarinu

Buson

cultivant le champ :
le nuage qui ne bougeait jamais
est parti

°

kumo mushin . nanzan no shita . hatake utsu

Shiki

les nuages distants,
il cultive le champ
sous les montagnes du sud

°
(p.477 :)

nawashiro ya . niô no yôna . ashi no ato

Yaha

comme si les Rois Deva
avaient marché dans la plantation de riz :
ces empreintes de pas !

°

nawashiro ya . tanzakugata to . shikishigata

Shiki

les plants de riz :
le rectangle d’un tanzaku,
le carré d’un shikishi

« Un tanzaku est une bande de papier rigide utilisé pour écrire des poèmes. Un shikishi est un carré de papier épais pour les peintures (…) » (R.H. Blyth).

°
(p.478) :

nawashiro ya . kohebi no wataru . yûhikage

Shiki

sortant dans le jardin
j’ai planté quelques graines,
convalescent

°

samazuke ni . sodateraretaru . kaiko kana

Issa

Les élevant,
ils appellent les vers à soie
« Monsieur »

°
(p.480 :)

kamidana no . hi wa okotaraji . kaiko-doki

Buson

même au temps des vers à soie
ils ne négligent pas
les lampes de l’autel domestique

°

sanmon wo . dereba nihon zo . chatsumi-uta

Kikusha

sort par le portail du temple,
la chanson des cueilleurs de thé :
c’est le Japon !

°
(p.481 :)

suge-gasa wo . kite kagami miru . chatsumi kana

Shikô

cueillette des feuilles de thé :
essayant son kasa de roseau,
elle se regarde dans le miroir

°

rofusagi ya . toko wa yuima ni . kakekaeru

Buson

fermant l’âtre,
je remplace la peinture dans l’alcôve
par une de Yuima

« Quand on ferme l’âtre, au printemps, on change la peinture dans le tokonoma, l’alcôve. Le printemps est arrivé avec toute sa joie et son activité, mais nous disons au-revoir à l’âtre, ce vieil ami, et un léger sentiment de solitude nous envahit. Pour cette raison il choisit une peinture de Yuima, malade parce que le monde entier était malade, et qui, quand on lui demanda la signification des choses, répondit par le silence. (…) » R.H. Blyth.

°

(À suivre : Printemps – Oiseaux et animaux – p.482-555 : 197 haïku et 8 waka. )