Posts Tagged ‘Ryôta’

59 HAIKU d’hiver + 1 de printemps – Blyth – p.1231-1255

13 juin 2011

°
(p.1231 :)

réclusion hivernale;
la sarcelle
a l’habitude de la baignoire

Shiki

rivière en hiver;
y flottent
les fleurs offertes au Bouddha

Buson

la cascade s’assèche –
de l’eau goutte
sur les feuilles

Shimpû

°
(p.1232 : DIEUX ET BOUDDHAS)

Les bruits qui s’y sont mêlés
ont disparu :
reste le son du bol frappé

Chora

frappant le bol,
et buvant les gouttes de pluie
de mon visage

Raizan

°
(p.1233 :)

un enfant pleurant dans la nuit ;
nous franchîmes cette chaumière aussi
frappant les bols

Buson

endormant l’enfant,
et sortant frapper les bols –
l’obscurité

Buson

dépassant une maison
où l’on se marie –
frappant les bols

Kyoroku

frappant les bols,
les frères chantent
d’une même voix

Chora

°
(p.1234 :)

les lanternes –
encore plus pathétiques ;
prières hivernales

Buson

°
(p.1235 :)

dans les nuages
il y a des voix :
prières hivernales

Ryôta

les dieux s’en vont, l’on dirait ; *
hyororo, hyororo,
crient les milans

Issa

* Au 1er octobre, au Japon, tous les dieux quittent leur sanctuaire pour rejoindre le Grand Sanctuaire d’Izumo.



le dieu est absent;
ses feuilles mortes s’entassent,
tout est déserté

Bashô

°
(p.1236 :)

dans le temple Zen
des aiguilles de pin tombent;
le mois sans dieux

Bonchô

misérables
dieux de ma maison,
s’il vous plaît, accompagnez-les aussi !

Issa

faisant leur lessive
tandis que les dieux sont absents –
il pleut aussi aujourd’hui

Issa

°
(p.1237 :)

les Dix Nuits : *
toutes sortes d’imbéciles
ce soir de pleine lune

Issa

* du 15 au 26 octobre, les croyants de la Secte de la Terre Pure se rassemblent dans les temples pour réciter le Nembutsu.

tant qu’on y est,
polir la pipe ;
la cérémonie avancée

Issa

simple et honnête,
le serviteur
balaie aussi la neige du voisin

Issa

°
(p.1238 :)

le Bouddha sur la lande ;
du bout de son nez
pend un glaçon

Issa

debout sous la pluie froide
pour le salut d’autrui,
Bouddha de la compassion

Issa

°
(p.1239 : AFFAIRES HUMAINES)

nettoyage de printemps –
Dieux et Boudhas
dehors sur l’herbe

Shiki

santé et forces défaillantes ;
mes dents raclent
sur le sable des algues

Bashô

première pluie d’hiver ;
seulement pour aujourd’hui,
que d’autres aussi soient vieux !

Bashô

°
(p.1240 :)

allant acheter du riz,
le sac couvert de neige
comme mouchoir !

Bashô

ce feu de charbon;
nos ans déclinent
de la même manière !

Issa

°
(p.1241 :)

le feu couvert;
du profond de la nuit
on cogne à la porte

Kyoroku

le feu couvert :
plus tard, ce qui est dans la poêle
se met à bouillir

Buson

m’éveillant la nuit;
la lampe basse,
l’huile gèle

Bashô

°
(p.1242 :)

apportant des veilleuses
pour chaque chambre –
le brame du cerf !

Kyoshi

j’approchai le brasero
de mes jambes, mais mon coeur
en était loin

Buson

dans la guérite, de jour,
un brasero :
personne…

Shiki

°
(p.1243

dehors, un Seigneur
trempé jusqu’aux os –
moi, sous mon kotatsu *

Issa

* Petit brasero sur lequel on étend des couvertures sous lesquelles on positionne pieds et jambes.

°
(p.1245 :)

le kotatsu
qui veille sur mon ermitage
est ma principale icône

Jôsô

pour y écrire,
le kotatsu
est juste un peu trop haut

Ensui

°
(p.1246 :)

le grillon crie
de manière oublieuse :
ce brasero !

Bashô

agité,
l’esprit du voyageur –
ce brasero portable

Bashô

dix ans d’étude dans la pauvreté :
une couverture
élimée

Shiki

°
(p.1247 :)

réparant une déchirure
dans le kamiko *
avec quelques grains de riz cuit

Buson

* : sorte de par-dessus fin pour se protéger du froid, fait de papier froissé traité au jus de kaki.

un kamiko
montre les entrailles
du haïkaï

Shiki

chrysanthèmes se fanant;
chaussettes séchant sur la clôture :
un beau jour

Shiki

°
(p.1248 :)

réclusion hivernale ;
écoutant, ce soir,
la pluie dans la montagne

Issa

cinquante ans,
mais non, jamais,
réclusion hivernale

Issa

°
(p.1249 :)

sans mérite
sans culpabilité :
réclusion hivernale

Issa



réclusion hivernale;
de nouveau je vais m’appuyer
contre ce poteau

Bashô

réclusion hivernale;
sur le paravent doré
le pin vieillit

Bashô

°
(p.1250 :)

réclusion hivernale;
au plus profond de l’esprit,
les montagnes de Yoshino

Buson

montagnes vues aussi
par mon père, comme ceci,
dans son confinement hivernal

Issa

°
(p.1251 :)

quand je vois l’océan,
chaque fois que je le vois,
ô, mère ! *

Issa

* La mère d’Issa mourut quand il avait trois ans.

la flamme immobile,
ronde sphère
de réclusion hivernale

Yaha

réclusion hivernale;
il y a une question que je voudrais poser
à Sàkyamuni

Shiki

°
(p.1252 :)

un oiseau appelle;
le bruit de l’eau s’assombrit
autour de la nasse

Buson

un clair matin d’hiver;
le charbon est de bonne humeur :
il craque, crépite !

Issa

la nuit avance :
bruit du charbon
qu’on casse sur du charbon

Ryôta

°
(p.1253 :)

le soleil
dans l’oeil du faucon
revenu sur mon poing

Tairo

à cheval
mon ombre
rampe glacée

Bashô

le soleil brille
sur les pierres
de la lande desséchée

Buson

°
(p.1254 :)

le vieux calendrier
me remplit de gratitude
comme un soutra

Buson

soir sombre –
la couverture du calendrier
qui s’achève

Buson

°
(p.1255 :)

« les fabricants de gâteaux de riz
sont chez le voisin ! »
dit l’enfant

Issa

°
(p.1256-1265 : OISEAUX ET ANIMAUX : à suivre…)

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46 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1183-1200

12 juin 2011

°
(p.1183 :)

la pluie d’hiver
nous montre ce que nous voyons
comme si c’était il y a longtemps

Buson

pluie d’hiver;
une souris court
sur le koto *

Buson

* : sorte de harpe, longue d’un mètre environ, qui se joue horizontalement.

pluies de mai ;
une souris court autour
du vieux panier d’osier

Rankô

°
(p.1184 :)

le son d’une souris
marchant sur une assiette
est froid

Buson

le bruit des dents
d’un rat qui mord du fer
est froid

Buson



dans le froid du temple,
le bruit d’une souris
mâchant de l’anis chinois

Buson



une souris
traverse une flaque
dans la tempête d’automne

Buson

sur un parapluie, crépitement des gouttes,
mais il entre à côté;
le soir s’assombrit

Ranran

°
(p.1185 :)

qui est éveillé,
sa lampe brûlant encore ?
pluie froide à minuit

Ryôta

premier gel :
un beau matin,
le goût de l’eau de riz !

Chora

°
(p.1186 :)

une baie rouge
tombée
sur le givre du jardin

Shiki

il tombe de la neige fondue ;
insondable, infinie
solitude

Jôsô

°
(p.1187 :)

la vieille mare ;
une sandale de paille échouée au fond,
neige fondue

Buson



première neige :
les feuilles des jonquilles
plient à peine

Bashô

pluie de printemps,
assez pour mouiller les petits coquillages
sur la petite plage

Buson

averse d’été
trois gouttes à peu près
sur le visage de la grenouille

Shiki

°
(p.1188 :)

première neige de l’année
sur le pont
en construction

Bashô

la première neige –
de l’autre côté de la mer,
quelles montagnes ?

Shiki

ni ciel,
ni terre,
il n’y a que de la neige
tombant sans cesse

Hashin

°
(p.1189 :)


la neige a tout pris :
des champs et des montagnes,
rien ne subsiste

Jôsô

les lumières du palais
sont restreintes
cette nuit de neige

Shiki

la neige du soir tombe,
un couple de canards mandarins
sur un lac ancien

Shiki

tandis que les volailles
dormaient,
une abondante chute de neige

Kien

°
(p.1190 :)

après qu’on a coupé les herbes de la pampa,
sur les chaumes restant,
la neige est haute

Shiki

le gribouillis sur le mur
a l’air pitoyable
ce matin de neige

Buson

°
(p.1191 :)

nous admirons
même les chevaux,
ce matin de neige !

Bashô

un long ruban de rivière
serpente à travers
la lande enneigée

Bonchô

une femme et un moine
convoyés
à travers la neige tombante

Meisetsu

°
(p.1193 :)

comme il est beau
le corbeau d’habitude odieux,
ce matin de neige !

Bashô

sur lande et montagne
rien ne remue
ce matin de neige

Chiyo-ni

allume le feu,
et je te montrerai quelque chose de beau :
une énorme boule de neige !

Bashô

°
(p.1194 :)

la boule de neige
devint finalement
énorme

Ôemaru

comme la boule de neige
devint rapidement
trop forte pour nous !

Yaezakura

°
(p.1195 :)

en forme d’okumi, *
la neige s’infiltre
jusqu’à mon oreiller

Issa

* insert de kimono qui va en s’élargissant du col vers le bas

croque-croque :
le cheval mâchant de la paille,
un soir de neige

Furukuni

le trou droit
fait en pissant
dans la neige
à la porte

Issa

°
(p.1196 :)

debout immobile
sur la route du soir,
la neige tomba avec plus d’insistance

Kitô

Allons
maintenant admirer la neige
jusqu’à tomber !

Bashô

°
(p.1197 :)

les chiens gentiment
s’écartent
sur la route enneigée

Issa

la neige que nous avons vu tomber ensemble,
est-elle tombée
cette année aussi ?

Bashô

la neige ventée
tombe et souffle autour de moi
debout

Chora

°
(p.1199 :)

devrais-je périr
sur cette lande enneigée,
je deviendrai aussi
un Bouddha de neige

Chôsui

admirant la neige
un à un
ils disparaissent
dans la neige qui tombe

Katsuri

°
(p.1200 :)

quand je pense que c’est
ma neige
sur mon chapeau,
il semble léger

Kikaku

quand je pense qu’elle est mienne,
la neige sur le parapluie
est légère

(Kikaku)

« oui, oui ! » m’écriai-je,
mais l’on continua de frapper
au portail enneigé

Kyorai

°
(p.1201 : à suivre…)

53 HAIKU d’automne + 1 d’été – Blyth – p.1101-1124

7 juin 2011

°
(p.1101 :)

leurs noms inconnus,
mais à chaque herbe sa fleur
et sa beauté

Sampû

une herbe fleurie ;
entendant son nom,
je la regarde autrement

Teiji

°
(p.1102 :)

des centaines de gourdes différentes
de l’esprit
d’un seul vin

Chiyo-ni

°
(p.1103 :)

une orchidée du soir
cachée dans son parfum,
fleur blanche

Buson

ayant planté un bananier,
j’éprouve maintenant du mépris
pour le lespédèze en germe

Bashô

°
(p.1104 :)

la lampe voisine
éclaire
le bananier

Shiki

à chaque coin
du corridor,
le bananier !

Shiki

le jardin
de ce temple est plein
du bananier

Bashô

l’ombre verte
du bananier
sur l’écran de papier

Shiki

°
(p.1105 :)

la lampe du jardin s’éteint ;
son du vent
dans le bananier !

Shiki

dans le si pauvre
temple en ruine,
un bananier

Shiki

le corbeau de la lande
se perche habilement
sur le bananier

Issa

°
(p.1106 :)

ce matin juste
une seule feuille de paulownia
est doucement tombée

Issa

la feuille du paulownia
sans un seul souffle de vent
tombe

Bonchô

une feuille de paulownia est tombée ;
ne viendras-tu pas visiter
ma solitude ?

Bashô

°
(p.1107 :)

chaque jour,
ne mangeant pas les raisins,
buvant mes médicaments

Shiki

les kakis que j’aime tant
ne peuvent être mangés :
je suis malade

Shiki

°
(p.1109 :)

malade
d’avoir abusé des
kakis

Shiki

vous écrirez
que j’adorais la poésie
et les kakis

Shiki

les kakis me font penser
au visage d’une serveuse
dans une auberge de Nara

Shiki

°
(p.1110 :)

jugeant
trois mille haïkus :
deux kakis

Shiki

mangeant des kakis ;
la cloche du temple d’Hôryuji
sonne

Shiki

°
(p.1111 :)

le vieux village :
pas de maisons
mais son plaqueminier

Bashô

kakis sauvages,
la mère mange
les bouts amers

Issa

le soleil couchant
se glissant à travers les tiges du sarrasin
les teint

Buson

°
(1112 :)

au bord de la route
des fleurs de sarrasin
qu’une main éparpilla

Buson

le pont suspendu :
des plantes grimpantes
enlacent notre vie

Bashô

°
(p.1113 :)

ma voix
devient le vent ;
cueillette de champignons

Shiki

le vent d’automne souffle,
mais les bogues de châtaigne
sont vertes

Bashô

°
(p.1114 :)

la rafale froide d’hiver ;
sur la côte
de vertes aiguilles de pin volent

Meisetsu

une châtaigne tombe :
les insectes dans l’herbe
se taisent

Boshô

°
(p.1116 :)

qu’elle était grosse,
qu’elle était splendide,
la châtaigne
que je ne pouvais atteindre !

Issa

châtaignes bouillies ;
un petit garçon
s’accroupit habilement

Issa

°
(p.1117 :)

dans la forêt sombre
tombe une baie :
le bruit de l’eau !

Shiki

un oiseau chanta
faisant chuter
une baie rouge

Shiki

pelant une poire
des gouttes suaves coulent le long
du couteau

Shiki

°
(p.1118 :)

une courge-serpent en fleur :
étouffé par le phlegme,
un mourant

Shiki

(Note de R.H.Blyth : « ceci est le premier de trois « poèmes de mort » écrit par Shiki sur son lit de mort, le 19 septembre 1902. »

les pommes volées
que je mangeai,
me firent mal au ventre

Shiki

°
(p.1119 :)

le riz récolté,
les camomilles sauvages (faiblissent et) s’étiolent
le long du sentier

Shiki

la cueillant,
la tige de la camomille
mesure un mètre

Gekkyo

devant les chrysanthèmes blancs
les ciseaux hésitent
un moment

Buson

ayant coupé la pivoine,
je me sentis déprimé,
ce soir-là

Buson

°
(p.1120 :)

ayant coupé la pivoine,
il ne resta plus rien
dans le jardin

Kyoshi

Ils ne dirent rien,
l’hôte, l’invité
et le chrysanthème blanc

Ryôta

mes yeux, ayant tout vu,
revinrent vers
les chrysanthèmes blancs

Isshô

°
(p.1121 :)

chrysanthèmes blancs !
où y a-t-il couleur
si heureuse, si gracieuse ?

Buson

chrysanthèmes blancs,
chrysanthèmes jaunes,
si seulement il n’y avait pas d’autres noms !

Ransetsu

°
(p.1122 :)

chrysanthèmes blancs ;
tout autour, maintenant,
est plein de grâce et de beauté

Chora

°
(p.1123 :)

une petite boutique
qui sculpte des poupées ;
fleurs de chrysanthèmes

Shiki

à Nara ;
l’odeur des chrysanthèmes,
les anciennes effigies du Bouddha

Bashô

la rose jaune s’épanouit
quand les fours à thé, à Uji
sont odorants

Bashô

°
(p.1124 :)

à Hôryûji,
le parfum des orchidées
est frais et moderne

Kyoshi

la mer de juin
vues de loin :
les statues de Bouddha du temple

Shiki

tous les chrysanthèmes que vous avez,
jetez-les
sur ce cercueil !

Sôseki

°
(p.1125 : à suivre…)

60 HAIKU d’automne – Blyth – p.1056-1078

6 juin 2011

°
(p.1056 :)

au cri de la grue,
le bananier va sûrement
se déchirer !

Bashô

les rayons du soleil couchant
passent à travers le bosquet de pins rouges ;
une pie-grièche crie

Bonchô

°
(p.1057 :)

maintenant que les yeux des faucons
se sont obscurcis dans le soir,
les cailles carcaillent

Bashô



ah, cette demeure !
souvent le pivert
en piquera les piliers !

Bashô

°
(p.1058 :)

au fin fond de la forêt
le pivert
et le bruit de la hache

Buson

le pivert
reste au même endroit :
fin du jour

Issa

oiseaux de passage,
pour moi aussi maintenant,
ma vieille maison
n’est qu’un logis pour la nuit !

Kyorai

°
(p.1059 :)

la bécassine s’éloigne –
les ridules
de la houe qu’on lave

Buson

les chardonnerets sifflent
sur la haute berge ;
de petits nuages flottent par-dessus

Chinseki

les sons de petits oiseaux
sur le toit incliné :
quel plaisir !

Buson

°
(p.1060 :)

la libellule rouge
décide
du début de l’automne

Shirao

elle a teint son corps
d’automne,
la libellule !

Bakusui

fils éphémères
de gaze cramoisie :
les libellules !

Gotei

°
(p.1061 :)

sous la lune d’automne
les ailes de la libellule
sont immobiles

Môen

°
(p.1062 :)

la libellule
a tenté en vain de se poser
sur une tige d’herbe

Bashô

libellules
sur les pointes de la barrière,
dans les rayons déclinants du soleil

Buson

sur le bambou
qui marque l’endroit de la mort d’un homme,
une libellule

Kitô

°
(p.1063 :)

autour des cordages du bateau
les libellules vont et viennent
sans cesse

Taisô

vieilles tombes ;
des libellules rouges volettent
sur les anis desséchés

(auteur inconnu)

quelle beauté !
les anis
fleuris sous la pluie

Buson

libellules
dans un village sans histoire
à midi

Kyoshi

au soleil du soir
l’ombre légère des ailes
de la libellule

Karô

°
(p.1064 :)

entre la lune qui se lève
et le soleil qui se couche,
les rouges libellules

Nikyû

la libellule
s’accroche au mur ;
soleil de l’ouest

Senka

la danse des libellules :
tout un monde
dans le soleil couchant

Kigiku

°
(p.1065 :)

la libellule
se penche vers l’eau –
soleil du soir envahissant

Kempû

°
(p.1066 :)

la libellule :
cinq ou six pieds au-dessus,
c’est son ciel !

Ryôta

la libellule,
rapide vers la montagne lointaine,
rapide à revenir !

Akinobô



la libellule
perchée sur le bâton
pour la frapper !

Kôhyô

la libellule,
n’approchant pas des fleurs,
mais sur la pierre !

Kôjôdô

°
(p.1067 :)

la libellule
goûte à quelque chose
en haut de ce pieu

Eiboku

le visage de la libellule
n’est pratiquement rien d’autre
qu’yeux !

Chisoku

sois un bon garçon,
et surveille bien la maison,
ô grillon !

Issa

le roitelet
regardant de-ci de-là :
« perdu quelque chose ? »

Issa

°
(p.1068 :)

quelle pitié !
sous le casque
chante un grillon

Bashô

sauterelle,
ne piétine pas
les perles de rosée claire !

Issa

°
(p.1069 :)

dans la cabane du pêcheur,
au milieu de crevettes séchées,
des grillons chantent

Bashô

Je sors maintenant ;
soyez sages et jouez ensemble,
grillons !

Issa

ma hutte, la nuit ;
le grillon
farfouille

Issa

°
(p.1070 :)

un grillon monte
le long de la crémaillère
quelle nuit froide !

Buson

je vais me retourner ;
méfie-toi,
grillon !

Issa

mon ombre pénètre dans le mur
cette nuit d’automne,
un grillon chante

Ryôta

°
(p.1071 :)

les moustiques d’automnes
me piquent,
prêts à mourir

Shiki

mourant,
et d’autant plus bruyantes,
les cigales de l’automne

Shiki

°
(p.1072 :)

de quelle voix,
et quelle chanson chanterais-tu, araignée,
dans cette brise d’automne ?

Bashô

le « cerf-de-rivière » * chante :
dans ma manche,
mon bon vieux briquet

Buson

* kajika, une sorte de petite grenouille noire.

incité par le bruit de la rivière,
le « cerf-de-rivière »
se met à chanter

Ryôto

°
(p.1073 :)

claire lune d’automne :
dans l’ombre,
des voix d’insectes

Bunson

me réveillant la nuit,
ma toux se mélange
au bruit des insectes

Jôsô

regardant fixement
mon ombre –
la voix des insectes

Shiki

ah, insectes, insectes,
vos cris vous libèrent-ils
de votre karma ?

Otokuni

°
(p.1074 :)

la couche nocturne du mendiant
est vivante et joyeuse
de la voix des insectes !

Chiyo-ni

la couleur-son
des insectes tombant
sur les feuilles

Chora

°
(p.1075 :)

nous écoutons
insectes
et humains
d’une oreille différente

Wafû

même chez les insectes
certains chantent bien,
d’autres pas

Issa

°
(p.1076 :)

la voix des chenilles masquées :
venez dans ma cabane
et écoutez-les chanter !

Bashô

°
(p.1077 :)

des insectes crient ;
un trou dans le mur,
pas vu hier !

Issa

des insectes chantent ;
la lune se lève,
le jardin s’assombrit encore

Shiki

°
(p.1078 :)

le vieux chien
semble impressionné par le chant
des vers de terre *

Issa

* dans le Japon ancien, on pensait que les vers de terre chantaient. On dit que ce fut par confusion avec la voix de la courtilière (« grillon souterrain »).

il fait plus froid ;
le chant du ver-de-terre aussi
s’affaiblit chaque soir

Issa

°
(p.1079-1130 : à suivre : ARBRES ET FLEURS)

32 HAIKU d’automne – Blyth – p.936-948

29 mai 2011

°
(p.936 :)

nashi no ki ni . yotte wabishiki . tsukimi kana

Buson

approchant du poirier
solitaire
contemplation de la lune



shizu no ka ya . ine surikakete . tsuki wo miru

Bashô

l’enfant pauvre
pilant le riz,
contemple la lune

yamadera ni . kometsuku oto no . tsukiyo kana

Etsujin (1656-1702)

au temple de montagne
le bruit du pilage du riz,
une nuit de pleine lune

°
(p.937 :)

meigetsu ni . inukoro suteru . shimobe kana

Buson

pleine lune –
un domestique
laissant mourir un chiot



tsuki ni kikite . kawazu nagamuru . tanomo kana

Buson

écoutant la lune,
contemplant le croassement des grenouilles –
la surface de la rizière

°
(p.938 :)

miidera no mon . tatakaba ya . kyô no tsuki

Bashô

je frapperais volontiers
au portail du temple Mii
sous cette pleine lune

tsuki wo matsu ni . kaketari hazushite . mo mitari

Hokushi

je n’arrêtais pas
d’accrocher la lune au pin
et de l’en dépendre,
tout en la contemplant

yoshinaka no . nezame no yama ka . tsuki kanashi

Bashô

sont-ce les collines
où Yoshinaka s’éveilla ?
la lune est triste

°
(p.939 :)

hitotsu to wa . omowanu yo nari . kyô no tsuki

Ryôta

la lune de cette nuit ! –
impensable
qu’il n’y en eut qu’une !

tachiyoreba . meigetsu motanu . matsu mo nashi

Atsujin (1857-1936)

marchant jusqu’à eux :
aucun pin
qui n’ait sa pleine lune !

°
(p.940 :)

fude toranu . hito mo arô ka . kyô no tsuki

Onitsura

la lune d’aujourd’hui :
y aura-t-il quelqu’un
qui ne prendra pas son pinceau ?

nusubito ni . torinokosareshi . mado no tsuki

Ryôkan

le voleur
a laissé
la lune à la fenêtre

mi no aki ya . tsuki wa mukizu no . tsuki nagara

Issa

l’automne de ma vie ;
la lune est parfaite,
malgré tout

°
(p.941 :)

tsukimi suru . za ni utsukushiki . kao mo nashi

Bashô

parmi la foule qui admire la lune,
pas un n’a
visage de beauté

nani kite mo . utsukushiku naru . tsukimi kana

Chiyo-ni

quoique l’on porte
on a l’air beau
en admirant la lune

meigetsu ya . chigotachi narabu . dô no en

Bashô

pleine lune d’automne ;
des enfants assis en rang
sur la véranda du temple

°
(p.942 :)

meigetsu ya . umi ni mukaeba . nana-komachi

Bashô

pleine lune :
se tournant vers la mer,
les sept Komachi *

* Bashô compare les différentes beautés de la lune aux sept formes que prit dans sa vie Ono no Komachi (834-900).

meigetsu wo . totte kekuro to . naku ko kana

Issa

l’enfant pleure :
« Donne-la moi ! » :
pleine lune éclatante

akai tsuki . kore wa tare no ja . kodomotachi

Issa

à qui appartient-elle,
mes enfants,
cette rouge, rouge lune ?

°
(p.943 :)

tera ni nete . makotogao naru . tsukimi kana

Bashô

séjournant dans un temple :
admirant la lune
avec mon véritable visage

°
(p.944 :)

yûzuki ya . nabe no naka nite . naku tanishi

Issa

claire lune d’automne :
crient dans la poële
les escargots
(d’étangs)

meigetsu no . goran no tôri . kuzuya kana

Issa

pleine lune –
mon cabanon :
tel que vous le voyez

°
(p.945 :)

meigetsu no . kosumi ni tateru . ashiya kana

Issa

lune d’automne –
ma chaumière
poussée dans un coin

hashimori to . katarite tsuki no . nagori kana

Taigi

parlant au garde du pont,
je lançai un dernier au-revoir
à la lune

ukiyo no . tsuki mi sugoshi ni keri . sue ninen

Saikaku

deux ans de plus *
ai-je vu la lune des moissons
de ce monde éphémère


* Saikaku vécut jusqu’en 1693, âgé de 52 ans. Cinquante ans était alors considéré comme l’âge qu’atteignaient les Japonais avant de mourir.

ie ko nari . tsuki ochikakaru . kusa no ue

Shiki

une maison seule ;
la lune décline
sur les herbes

°
(p.946 :)

ware wo tsurete . waga kage kaeru . tsukimi kana

Sodô

après avoir admiré la lune,
mon ombre rentre
avec moi

iru tsuki no . ato wa tsukue no . yosumi kana

Bashô

la lune a sombré sous l’horizon :
il ne reste que
les quatre coins d’une table

°
(p.947 :)

akisame ya . mizusokono kusa wo . fumaretaru

Buson

sous la pluie d’automne
marchant sur l’herbe
sous l’eau

akisame ya . waga sugemino wa mada . nurasaji

Buson

tombe la pluie d’automne ;
je n’ai pas encore mouillé
mon imperméable en carex

°
(p.948 :)

nikenya ya . niken mochitsuku . aki no ame

Issa

deux maisons !
deux maisons où l’on confectionne des gâteaux de riz –
pluie d’automne

kuchi akete . oya matsu tori ya . aki no ame

Issa

bec ouvert
ils attendent leurs parents
sous la pluie d’automne

°
(p.949 : à suivre)

34 HAIKU d’automne – Blyth – p. 921-935

28 mai 2011

°
(p.921 :)

akebono ya . kiri ni uzumaku . kane no koe

Bashô

la voix de la cloche
tournoie dans le brouillard
à l’aube naissante



asagiri ya . e ni kaku yume no . hito-dôri

Buson

le brouillard du matin
peint :
un rêve de gens qui passent

asagiri ya . mura sen-gen no . ichi no oto

Buson

village de mille foyers :
le bruit du marché
dans le brouillard matinal

°
(p.922 :)

kiri fukashi . nani yobariau . oka to fune

Kitô

dans le brouillard dense
qu’est-ce qu’on crie,
de colline à bateau ?

kawagiri ya . uma uchiiruru . mizu no oto

Taigi

brouillard de rivière ;
exhortant le cheval vers l’eau :
le bruit !



kaze ni noru . kawagiri karushi . takasebune

Sôin

au gré du vent,
un léger brouillard de rivière
que traverse une barge

°
(p.923 :)

hito wo toru . fuchi wa kashiko ka . kiri no naka

Buson

l’endroit profond de la rivière
qui engloutit les gens,
est-ce là-bas, dans le brouillard ?

asagiri ya . kuize utsu oto . chô-chô-tari

Buson

dans le brouillard matinal
le bruit d’un pieu qu’on enfonce :
Pan ! Pan !



ariake ya . asama no kiri ga . zen wo hau

Issa

aube –
le brouillard du mont Asama
rampe sur la table

°
(p.924 :)

tombô ya . kurui-shizumaru . mikka no tsuki

Kikaku

les libellules
cessent leur vol fou
au lever de la lune

matsuyoi ya . onna aruji ni . onna kyaku

Buson

soir à attendre la lune ;
la maîtresse de maison
a eu un visiteur

°
(p.925 :)

kudakete mo . kudaketemo ari . mizu no tsuki

Chôshû

la lune dans l’eau,
brisée, et encore brisée,
mais toujours là !

°
(p.926 :)

mizu no tsuki . mondori utte . nagarekeri

Ryôta

la lune dans l’eau
fit un saut périlleux
puis continua de flotter

tsuki hayashi wa ame wo . mochinagara

Bashô

la lune s’enfuit rapidement,
les branches retiennent encore
les gouttes de pluie

suzushisa no . katamari nare ya . yowa no tsuki

Teishitsu

la lune à minuit :
une masse solide
de froid ?

°
(p.927 :)

yo no naka no . mono no kage yori . kyô no tsuki

Nangai

des ombres
de tout sur terre –
la lune d’aujourd’hui

meigetsu ya . tatami no ue ni . matsu no kage

Kikaku

la lune claire;
sur le tatami,
l’ombre du pin

°
(p.928 :)

ochiguri no . oto wo ugetsu no . sôka kana

Usen

pluie par-dessus la lune d’automne :
sous la fenêtre,
les châtaignes

fuku kaze no . aite ya sora ni . tsuki hitotsu

Bonchô

compagne du vent tempêtueux,
une lune seule
roule à travers cieux



meigetsu ni . nani wo isogu zo . hokakebune

Baikin

sous la lune d’automne,
pourquoi te presser,
navire à la voile gonflée ?

°
(p.929 :)

meigetsu ya . o sus no sugishi . zenkôji

Issa

après le nettoyage
du temple Zenkôji :
la lune claire d’automne

imo wo niru . nabe no naka made . tsukiyo kana

Kyoroku

même dans la casserole
où bouillent les pommes de terre,
une nuit de lune

°
(p.930 :)

tsuki tenshin . mazushiki machi wo . tôrikeri

Buson

la lune au plus haut,
je passe dans
un quartier pauvre

aosagi no . gyatto nakitsutsu . kyô no tsuki

Ransetsu

le héron
crie
sous la lune d’aujourd’hui

arashi fuku . kusa no nakayori . kyô no tsuki

Chora

la lune d’aujourd’hui
se lève
d’entre les herbes bousculées par l’orage

°
(p.931 :)

meigetsu ya . kemuri haiyuku . mizu no ue

Ransetsu

sous la claire lune d’automne
la fumée rampe
à la surface de l’eau

mizutori no . tsutsuki-kudaku ya . nami no tsuki

Zuiryu

le gibier d’eau
pique, et fait trembler
la lune sur les vagues

kumo oriori . hito wo yasumuru . tsukimi kana

Bashô

de temps à autre,
les nuages donnent du repos
aux contemplateurs de la lune

°
(p. 932 :)

hitotose no . tsuki wo kumorasu . koyoi kana

Sôgi

Et t’es-tu ennuagée,
cette nuit,
lune de l’année ?

meigetsu ya . ike wo megurite . yomosugara

Bashô

lune d’automne ;
j’ai fait le tour de la mare
toute la nuit

°
(p.934 :)

meigetsu ya . motarete mawaru . enbashira

Shôfû-ni

ah, la claire lune d’automne
s’appuie sur le pilier de la véranda
et en fait le tour

meigetsu ya . ittemo ittemo . yoso no sora

Chiyo-ni

lune claire d’automne –
j’eus beau marcher, toujours lointaine,
dans un ciel inconnu

°
(p.935 :)

tsukikage wo . kumi-koboshikeri . chôzubachi

Ryuho

prenant la lune
dans la vasque
puis l’éparpillant

meigetsu ya . haifuki suteru . kage mo nashi

Fugyoku

lune claire :
aucun endroit sombre
pour vider le cendrier

°
(p.936- à suivre…)

20 HAIKU d’automne – Blyth – p.887-896

24 mai 2011

°
(p.889 :)

LA SAISON

kasubana wo . egaku nikka ya . aki ni iru

Shiki

entrant dans l’automne,
peindre des plantes fleuries :
une tâche quotidienne

shichigatsu ya . mazu awa no ho ni . aki no kaze

Kyoroku

le 7ème mois ;
d’abord sur les épis de millet,
le vent d’automne !

°
(p.890 :)

byônin ni . hachijûgo-do no . zansho kana

Shiki

pour l’homme malade
une « chaleur persistante d’été »
de 85 degrés

ieie ni . asagao sakeru . hazuki kana

Ryôta

autour de chaque maison
le volubilis fleurit
au mois des feuilles

°
(p.891 :)

tsugi no ma no . tomoshi mo kiete . yosamu kana

Shiki

la lumière dans la chambre voisine
s’éteint aussi ;
nuit froide



asazamu ya . kozô hogaraka ni . kyô wo yomu

Shiki

froid matinal ;
l’acolyte entonne le soutra
avec entrain

ôdera ni . hitori yadokaru . yosamu kana

Shiki

logeant seul
dans un grand temple ;
nuit froide

kobôzu no . hitori kane tsuku . yosamu kana

Shiki

l’acolyte
sonne lui-même la cloche du temple ;
soirée froide



ôdera no . tomoshi sukunaki . yosamu kana

Shiki

dans le grand temple
peu de lumières ;
la nuit est froide

°
(p.892 :)

sumadera no . mon wo sugiyuku . yosamu kana

Shiki

passant devant
la porte du temple de Suma,
le soir est froid

yaya samumi . hi ni yoru mushi mo . nakarikeri

Shiki

il fait plus froid
aucun insecte
ne s’approche de la lampe

aki tatsu ya . nani ni odoroku inyôshi

Buson

début de l’automne ;
par quoi est-il surpris,
le diseur de bonne aventure ?

hatsuaki ya . yoso no hi miyuru . yoi no hodo

Buson

début de l’automne ;
on voit une lampe chez quelqu’un ;
il ne fait pas encore tout-à-fait nuit

°
(p.893 :)

harinuki no . neko ni miekeri . kesa no aki

Bashô

on le voit
dans le chat en papier mâché,
ce matin d’automne

bimbô ni . oitsukarekeri . kesa no aki

Buson

submergé
par la pauvreté,
ce matin d’automne



fumitsuketa . kani no shigai ya . kesa no aki

Shiki

le corps sans vie
d’un crabe écrasé
ce matin d’automne

°
(p.894 :)

chûshû ya . imobatake ni dete . wagaya no hi

Suibutsu

mi-automne,
allant dans le champ de pommes-de-terre –
la lampe chez nous

°
(p.895 :)

kono ni aki wa . nan de toshiyoru . kumo ni tori

Bashô

cet automne,
comme je vieillis :
ah, les nuages, ah, les oiseaux !

°
(p.896 :)

fue no ne ni . nami mo yorikitaru . suma no aki

Buson

au son de la flûte
les vagues aussi s’approchent ;
Suma en automne

aki fukaki . tonari wa nani wo . suru hito zo

Bashô

automne profond ;
mon voisin,
comment vit-il ?

°
(p.897 : à suivre)

13 HAIKU d’été – Blyth – p.811-815

15 mai 2011

°
(p.811 :)

sabishisa ya . wazurau ko ni . hotaru-kago

Ryôta

une cage de lucioles
pour l’enfant malade :
solitude

utsusu te ni . hikaru otaru ya . yubi no mata

Taigi

entre les doigts
de la main qui la fit entrer,
brilla une luciole

°
(p.812 :)

kawa bakari . yami wa nagarete . hotaru kana

Chiyo

dans la rivière seule
coule l’obscurité –
les lucioles !



sashiyanagi . hotaru tobu yo to . nari ni keri

Issa

le saule né d’une bouture
est devenu une nuit
remplie de lucioles



mayoigo no . naku naku tsukamu . hotaru kana

Ryûsui

l’enfant perdu,
pleure, pleure, mais il
continue d’attraper les lucioles

°
(p.813 :)

sabishisa ya . isshaku kiete . yuku hotaru

Hokushi

dans l’espace d’un pied
la lumière de la luciole s’éteint –
solitude

yûdachi ni . hashirikudaru ya . take no ari

Jôsô

averse du soir :
les fourmis descendent en courant
le long des bambous

°
(p.814 :)

ari nagasu . hodo no ôame to . nari ni keri

Kuson

cela devint une pluie
assez forte
pour balayer les fourmis

yukue naki . ari no sumika ya . satsukiame

nulle part où aller ;
les logis des fourmis
sous la pluie d’été



haari tobu ya . fuji no susono no . koie yori

Buson

des fourmis ailées s’envolent
d’une petite maison
au pied du Mont Fuji

aogaeru . naku ya wakaba no . tôriame

Rogetsu

les grenouilles vertes coassent
tandis que l’averse passagère
tombe sur les jeunes feuilles

(trad. Munier :
Quand l’averse qui passe
tombe sur les jeunes feuilles
les grenouilles crient)

°
(p.815 :)
amagaeru . bashô ni norite . soyogikeri

Kikaku

la grenouille arboricole
sur la feuille du bananier
se balance et tremble

nabe migaku . oto ni magiruru . amagaeru

Ryôkan

la voix des grenouilles arboricoles
se mêle au bruit des casseroles
qu’on récure

°
(p.816- à suivre…)

35 HAIKU d’été – Blyth – p.798-810

15 mai 2011

°
(p.798 :)

hae utsu ni . hana saku kusa mo . utarekeri

Issa

frappant la mouche,
je frappai aussi
une plante en fleur



hito hitori . hae mo hitotsu ya . ôzashiki

Issa

un humain,
une mouche,
dans la pièce spacieuse

(trad. Munier :
Un humain
une mouche
dans la vaste chambre)

°
(p.799 :)

hae nikkushi . utsu ki ni nareba . yoritsukazu

Shiki

mouches haïssables ;
quand je veux les tuer
elles n’approchent pas !

hae utte . shibaraku yasushi . yojôhan

Shiki

tuant la mouche,
pour un temps, la petite pièce
est calme

°
(p.800 :)

nemuran to su . nanji shizuka ni . hae wo ute

Shiki

je voudrais dormir ;
tuez les mouches
doucement, s’il vous plaît !

hiru no ka wo . ushiro ni kakusu . hotoke kana

Issa

les moustiques du jour,
le Bouddha les cache
derrière lui !

furuido ya . ka ni tobu uo no . oto kurashi

Buson

dans le vieux puits
un poisson saute sur un moucheron :
le son de l’eau est sombre

(trad. Munier :
Dans le vieux puits
un poisson gobe un moustique –
le bruit de l’eau est sombre)

°
(p.801 :)

waga yado wa . ka no chiisaki wo . chisô kana

Bashô

dans ma cabane,
tout ce que j’ai à vous offrir
c’est la petitesse des moustiques



waga yado wa . kuchi de fuite mo . deru ka kana

Issa

dans ma cabane
il suffit que je siffle
pour qu’arrivent les moustiques !



medetasa wa . kotoshi no ka ni mo . kuwarekeri

Issa

de quoi me féliciter :
les moustiques de cette année aussi
m’ont piqué

°
(p.802 :)

ka no koe su . nindô no hana . chiru tabi ni

Buson

la voix des moustiques
chaque fois qu’une fleur de chèvrefeuille
tombe



ka ga chirari . horari kore kara . oi ga yo zo

entrevu un moustique :
dès lors,
le monde des seniors

himabito ya . ka ga deta deta to . fure akuru

Issa

gens oisifs
le bruit se répand
que les moustiques sont là !

°
(p.803 :)

ka mo orazu . demizu no ato no . sabishisa yo

Shiki

même après l’inondation,
il n’y a pas de moustiques :
quelle solitude !

nowake shite . semi no sukunaki . ashita kana

Shiki

après l’orage
peu de cigales
ce matin d’automne

neya no ka no . bun to bakari ni . yakarekeri

Issa

moustique dans la chambre :
un seul zzz
et il brûla !

°
(p.804 :)

kabashira ni . yume no ukibashi . kakaru nari

Kikaku

de l’autre côté des colonnes de moustiques,
le pont flottant
de mes rêves

kabashira ya . futoshiki tatete . miyazukuri

Shiki

des colonnes de moustiques
grosses, épaisses,
comme celles d’un palais



kabashira no . ana kara miyuru . miyako kana

Issa

par un trou à travers
la colonne de moustiques,
on voit
la capitale !

°
(p.805 :)

kabashira ya . natsume no hana no . chiru atari

Gyôdai

colonnes de moustiques
près des fleurs de jujube
qui tombent et se dispersent



yoigoshi no . tôfu akari ni . yabuka kana

Issa

le tofu d’hier soir
brille blanc ;
des moustiques rayés le survolent

°
(p.806 :)

hatsuhotaru . tsui to soretaru . tekaze kana

Issa

la première luciole !
partie, envolée :
le vent seul dans ma main

nigete kite . tameiki tsuku ka . hatsubotaru

Issa

t’échappant ici,
as-tu poussé un soupir de soulagement,
première luciole ?

°
(p.807 :)

kusa no ha wo . otsuru yori tobu . hotaru kana

Bashô

la luciole,
en tombant de la feuille,
s’envola !

owarete wa . tsuki ni kakururu . hotaru kana

Ryôta

pourchassée,
la luciole
se cache dans la lune

(trad. Munier :
Poursuivie
la luciole
se cache dans la lune)

tobu hotaru . are to iwan mo . hitori kana

Taigi

une luciole voltigeant :
« Regarde ! », faillis-je dire ;
(mais) j’étais seul

°
(p.808 :)

ou hito ni . akari wo misuru . hotaru kana

Ôemaru

la luciole
éclaire
son poursuivant

hitotsu kite . niwa no tsuyukeki . hotaru kana

Kirei

une seule luciole s’en vient ;
le jardin
est si couvert de rosée !

°
(p.809 :)

koko kashiko . hotaru ni aoshi . yoru no kusa

Hôjo

ici et là
l’herbe de la nuit est verte
grâce aux lucioles

te no hira wo . hau ashi miyuru . hotaru kana

Banko

la luciole,
quand elle rampe sur ma paume,
je vois ses pattes

hiru mireba . kubisuji akaki . hotaru kana

Bashô

à la lumière du jour
la luciole montre
son cou rouge

akenureba . kusa no ha nomi zo . hotaru-kago

Onchô

à l’aube,
que des herbes
dans la cage aux lucioles

°
(p.810 :)

yo ga akete . mushi ni naritaru . hotaru kana

Aon

quand arrive l’aube,
la luciole devient
insecte

(trad. Munier :
Quand l’aube pointe
la luciole
devient un insecte)

moeyasuku . mata kieyasuki . hotaru kana

Chine-jo

aussi facilement qu’elle luit
elle s’éteint,
la luciole



te no uchi ni . hotaru tsumetaki . hikari kana

Shiki

la lueur
de la luciole
froide dans la main

(trad. Munier :
La luciole –
sa luisance
froide dans la main)

°
(P.811- à suivre…)

16 Haiku d’été – Blyth – p.686-691

14 avril 2011

°
(p.686 :)

samidare wo . atsumete hayashi . mogamigawa

Bashô

recueillant toutes
les pluies de mai,
la rapide rivière Mogami

samidare wo . atsumete suzushi . mogamigawa

Bashô

recueillant toutes
les pluies de mai,
la fraîche rivière Mogami

tako katte . kogokoro zo uki . ame-tsuzuki

Shôha

Lui achetant un cerf-volant,
l’enfant s’impatiente
sous les pluies incessantes

°
(p.687 :)

samidare no . take ni hasamaru . zaisho kana

Issa

mon village natal
coincé entre les bambous
sous les pluies de mai

samidare no . kumo fukiotose . ôigawa

Bashô

Ah ! rivière Ôi !
éloigne, éloigne
les nuages de pluie de mai !

samidare no . furinokoshite ya . hikaridô

Bashô

Le Hall d’Or;
c’est tout ce qui reste
sous les pluies de mai !

°
(p.688 :)

shungetsu ya . inkindô no . konoma yori

Buson

la lune de printemps s’élève
entre les arbres
du hall Inkin

°
(p.689 :)

samidare ni . kakurenu mono ya . seta no hashi

Bashô

La seule chose qui n’est pas cachée
sous les pluies de mai :
le long pont de Seta

samidare ya . hotoke no hana wo . sute ni deru

Buson

sortant jeter
des fleurs offertes au Bouddha;
la pluie de mai

fuyukawa ya . hotoke no hana no . nagare kuru

Buson

des fleurs offertes au Bouddha
descendent
la rivière d’hiver

°
(p.690 :)

kusa no ame . matsuri no kuruma . sugite nochi

Buson

après que le char du festival
est passé,
la pluie sur les herbes

samidare no . ôi koshitaru . kashikosa yo

Buson

traversant la rivière Ôi
gonflée par les pluies d’été –
quel exploit !

samidare ya . ume no ha samuki . kaze no iro

Saimaro

sous la pluie d’été,
les feuilles du prunier
ont la couleur de la brise fraîche

°
(p.691 :)

samidare no . utsubobashira ya . oi no mimi

Buson

oreilles de mon vieil âge ;
les pluies d’été
le long de la gouttière

samidare ya . aru yo hisoka ni . matsu no tsuki

Ryôta

les pluies de mai;
un soir dans le pin,
la lune secrète

samidare ya . nagô azukaru . kami zutsumi

Sampû

les pluies de mai;
voici un paquet de papier
qu’on m’a confié il y a longtemps

°
(à suivre, p.692-)