Posts Tagged ‘renga’

Haiku : A Poet’s Guide – Lee Gurga – (4)

24 août 2011

p.5 :

Haïku japonais classique

Dans son livre Le Haiku Essentiel (The Essential Haiku) Robert Hass présente l’oeuvre de trois haïjins célèbres : Bashô Matsuo, Buson Yosa et Issa Kobayashi. Les Japonais reconnaissent traditionnellement quatre grands maîtres : ces trois-ci et Shiki. Quelques uns de nos jours feraient de Chiyo-ni (1703-1775), la plus célèbre des femmes maîtresses du haïku, la cinquième.
Bashô, premier des grands maîtres du haïku, fut actif pendant la deuxième moitié du dix-septième siècle. Il vécut à une période où le haikai no renga (poésie liée) était à l’apogée de sa popularité. Le haikai no renga descendait de la poésie raffinée de cour appelée simplement renga. Une dérivation populaire de la classe des marchands, le haikai no renga était apprécié pour son humour et son exposition d’esprit verbal. Bien qu’il soit connu de nos jours comme un grand haijin, Bashô gagna sa vie, en fait, en enseignant le haikai no renga. Au fur et à mesure que le temps passa, le caractère superficiel de la plupart des choses qui s’écrivaient alors le mécontenta, et il s’efforça de développer par le hokku une poésie de plus grande profondeur. Son poème le plus célèbre :

vieille mare…
une grenouille saute
bruit de l’eau

est remarquable par sa simplicité et son absence d’étalage verbal. On peut l’interpréter soit comme un rapport sans ornement de quelque chose que Bashô expérimenta, ou comme l’énoncé profond d’une illumination Zen.
[…]

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AWARE – B. Drevniok – p.27-31

6 mai 2011

°
(p.27)
La tradition du haïku
(p.28)
La « tradition-haïku » est un bref synopsis de l’origine, de la forme, des caractéristiques et de la technique d’écriture du haïku.
Vous avez fait vos premiers pas dans le « voyage-haïku ». Voici un résumé augmenté de quelques faits = un sommaire de ce poème appétissant : le haïku.
(p.29)
Le haïku est :

court, non rimé, imagé et objectif, c’est une sorte de poème de la nature évocateur, qui suggère plus qu’il ne dit.
Il s’est développé au Japon à travers des siècles, jusqu’à – et y compris – aujourd’hui.
Des marchands et des visiteurs du Japon rapportèrent le haïku d’abord en Europe, puis aux USA, où il est maintenant florissant.
Le mot HAÏKU vient de l’expression « haikai renga no hokku », qui signifie « verset de départ d’un long poème lié ». A l’évidence, le poète Shiki créa le mot télescopé HAIKU pour signifier « haika no ku », « couplet haiku », écrit séparément, ne faisant pas partie du plus long « renga », mais qui retenait les caractéristiques du verset de départ du renga, et tout particulièrement le « mot de saison ».
(p.30)
L’expérience-haïku, elle-même, est universelle.
Elle est un moment dans le temps et l’émotion de ce moment.
A cause des grandes différences entre les langues japonaise et anglaise, on ne peut pas écrire le haiku en japonais et celui en anglais sous exactement la même forme.
Cependant, le haïku en anglais doit exprimer l’expérience-haïku, sinon on ne peut pas considérer que c’est du haïku.
(p.31)
La poésie occidentale et le haïku sont très différents l’un de l’autre.
« Dans la littérature occidentale, l’expérience poétique PLUS les réactions intellectuelles et émotionnelles du poète EGAL le poème achevé. Dans le haïku, l’expérience d’origine MOINS la réaction personnelle du poète EGAL le haïku terminé. » (citation du Poème sans Mots du Docteur Eric Amann [voir éd. gammes, 2006, trad. D.Py]).
Ainsi, le haïku se présente d’une manière unique, donnant au lecteur l’expérience même, à travers images et sensations qui montrent sa réalité dans un langage concret et objectif, sans explications ni commentaires subjectifs.

°
(à suivre, p.32-)

anna-daniel : de 5 à 6, Jardin des Plantes – 40 strophes, renga

13 août 2010

°°

paupière dorée
de la grenouille verte
– lentilles d’eau

fraîcheur du parc
en attendant d’être grenouilles
les têtards

grenouilles dans le bassin
– Bashô, sors de ton trou !

5 heures
une cloche sonne
le chant de la fauvette

bras et voix d’enfants
tendus au-dessus de l’eau

quelle casse-couilles
cette grand-mère
devant le bassin

Dutronc, au-secours !
jardin botanique

avachis sur un banc
à comater
et commenter le décor

pas de colliers,
juste un sac en bandoulière

sous la tonnelle
dégarnie
l’ombre du liquidambar

plouf !…plouf !
retour sur l’eau

une odeur de vase
que les papyrus
ne retiennent plus

sur le banc
à chacun ses papiers

dans ce jardin
l’état sauvage
est cultivé

loin d’Hiroshima

les lotus sont dans
l’autre bassin

la sonnerie d’un portable
pour un autre rendez-vous

hé hé hé !!!

faut-il en rire ?
le bassin aux exclamations

elles confondent
tétards et alevins
faut-il en rire ?

larmes des carpes…

sans bouger du banc
6 août 1945
6 août 2010

°°

en équilibre au bord du bassin
son appareil photo


elle se penche
la même idée
nous traverse

rires partagés
sous les chants d’oiseaux

trois quarts
l’ombre remplit
le bassin

une jeune
en pouffe
au-dessus d’une tortue


plein mois d’août
des collants et des bottes
Ah! la mode !

c’est quoi ce coin ?

le jardin des plantes
fermé à 20 h.

°°

juste s’arrêter un instant
bâiller aux grenouilles

trop lente !!
l’oiseau est passé
trop vite

du rideau d’arbres
tant d’espèces

vol battu
tiens !
un oisillon

le cassier
capte tout le jaune

maintenant dans l’ombre
les grenouilles
s’agitent

deux conversations
aux portables
et un croa

passionnant jardin des plantes !!!

jeune fille
à la vue perdue
devant le bassin

6 heures

°°

anna et daniel,
Jardin des Plantes, Montpellier, 6 août 2010.

 » Le temps des haiku  » par Katô Shûichi

20 février 2010

Extraits des pages 89/96 de Le temps et l’espace dans la culture japonaise de Katô Shûichi, CNRS Éditions, 2009 :

 » En quoi diffèrent un tanka et un haiku ? Déjà, décrire l’évolution du temps dans un poème de trente et une syllabes n’était pas aisé. C’est pourquoi la majorité des tanka soit reflète l’environnement présent du poète soit expose ses états d’âme.  »

 » (…) Dans ce poème, le temps ne s’écoule pas.
Mais les exceptions sont possibles. La réminiscence était également dans le Recueil des poèmes anciens et modernes (ou Kokin Wakashû) un des procédés du tanka. L’expérience présente ressuscite l’expérience passée et le passé ressuscité donne une signification au présent.  »

 » Il est aussi des cas où on fait ressortir les deux en opposant quelque chose qui bouge et quelque chose qui ne bouge pas avec le temps. Par exemple le coeur de l’homme change et le parfum de la fleur ne change pas par rapport à autrefois.  »

 » Ou encore par exemple la situation différant de l’an passé, il arrive que l’on soit le seul qui ne change pas.  »

 » Cependant, comme il apparaît clairement dans les exemples cités ici, en général, dans les poèmes, même s’il y a de la réminiscence, il ne se trouve pas (ou quasiment pas) de conjecture. Centré sur aujourd’hui, leur temps remonte parfois dans la mémoire d’hier, mais il n’est pas un temps orienté vers demain. Si l’on définissait le temps comme le cours allant du passé vers le futur en passant par le présent, le temps ici n’est pas en fait le temps, mais les circonstances du présent.(…) Le phénomène du passé n’entre pas en tant que tel dans le tanka, il s’actualise en tant que mémoire ou réminiscence, et il s’exprime à la condition de s’écouler et d’être aspiré dans le présent.  »

 » Cependant, le cadre du haiku est plus étroit. Les possibilités que recèlent les deux types de poésie courte du tanka et du haiku diffèrent grandement. Il n’est pas possible ou il est particulièrement difficile de dire dans un haiku ce que l’on peut dire dans un tanka. On peut exprimer le cours du temps dans trente et une syllabes. Du moins peut-on voir superposée l’expérience passée dans la situation actuelle en se souvenant d’autrefois. Il n’y a cependant pas de place pour le souvenir dans un verset de dix-sept syllabes, et il est très difficile d’y indiquer la continuité du temps.  »

 » l’amour est quasiment absent des haiku de Bashô. Parce qu’il savait parfaitement que la forme poétique courte en dix-sept syllabes convient à saisir l’expérience sensorielle de l’instant* mais ne convient pas à chanter un état psychologique durable comme l’amour.  »

 » les haibun (ou textes en prose comprenant l’esprit des haiku, ou des haiku eux-mêmes. NDT).  »

 » Bashô lui-même différenciait le haiku du tanka (ou du renga en tant qu’une des formes de ce dernier), considérant le premier comme l’expression de l’expérience instantanée. Cette expérience n’est pas émotionnelle mais sensorielle. * elle est une forme d’échange entre l’objet des sens (le monde extérieur) et le coeur, et apparaissant soudain, elle disparaît de même. (…) Le souvenir n’a pas de place.
Mais Bashô ne fut pas le seul auteur de haiku. Une sensation d’un instant réveille parfois la mémoire, et il n’est pas exclu que le temps s’écoule et que l’émotion perdure dans 17 syllabes. Par ex. les deux haiku célèbres de Buson.
« Hier » et aujourd’hui se superposent dans un haut ciel d’hiver dans :

ikanobori / kinô no sora no / ari dokoro

« Un cerf-volant / Dans le ciel où hier / Il se trouvait là même ! » (M.Coyaud)

L’ascension continue de la colline est présupposée dans :

urei tsutsu / oka ni noboreba / hanaibara
« Toute inquiète / Je grimpe la colline / Ronces en fleurs. » (M.Coyaud)

La durée de ce temps n’est autre chose que la condition indispensable pour « urei tsutsu » (Toute inquiète« ), qui est l’expression non pas d’une sensation mais d’une émotion.  »

 » L’exception n’infirme cependant pas, ici non plus, la règle, selon laquelle plus la forme du poème est courte, plus on se dirige vers un présent instantané.* Bashô fit preuve d’un sens aigu des mots en mobilisant toutes sortes de moyens rhétoriques efficaces pour « exprimer par des mots » cet instant déterminant. Les mots de saison (, ou kigo,) en sont un.  »

 » Les mots de saison sont des instruments puissants pour l’économie de l’expression de la forme de poésie courte.
De même qu’on ne peut pas dire « Il semble que le printemps s’achève et que l’été soit là… » (début d’un tanka de l’impératrice Jitô (645-702)) dans un haiku, on ne peut pas écrire « (Durant cette nuit) longue, longue comme la queue tombante du faisan doré… » (début d’un tanka de Kakinomoto no Hitomaro (vers 660-720)). Même exprimer ce qui est long avec les 5 dernières syllabes seulement (après avoir utilisé 12 syllabes pour indiquer la longueur de la nuit) serait difficile.  »

 » Ou encore pour saisir la sensation d’un instant, Bashô utilisa l’onomatopée ou la réduplication, allant même jusqu’à la combinaison surréaliste de mots.
Par ex. :

horo horo to / yamabuki chiru ka / taki no oto
« Pétale après pétale / tombent les roses jaunes – / le bruit du torrent. » (J.Titus-Carmel)

aka aka to / hi wa tsurenaku mo / aki no kaze
« Soleil de plein été / qui boude le vent d’automne / pourtant déjà là. » (N. Bouvier)

shizukasa ya / iwa ni shimiiru / semi no koe

« Silence caniculaire / le cri de la cigale / pénètre le roc. » (N.Bouvier)

Le temps se suspend là. Ni passé, ni futur, le monde converge dans « l’ici et le maintenant »*.
Tous les auteurs de haiku ne sont pas parvenus à une telle expression du temps comme Bashô. Tous veillèrent cependant à l’impression de « l’ici et du maintenant » et cherchèrent à comprendre la signification de l’impression intelligible en soi dans le présent en s’éloignant du chemin parcouru et sans se préoccuper du cheminement futur.  »

 » Vraisemblablement plusieurs centaines de milliers de personnes cherchent encore aujourd’hui à exprimer leur « coeur » par les haiku. (…) Il faut croire que ces personnes vivent probablement dans l’instant du présent, du moins, en partie, sur le plan de leurs sentiments.  »

Katô Shûichi.

* C’est moi qui renforce (d.p.)

HAIKU – R.H. Blyth – Vol 2 : Printemps – préface

7 février 2010

PRÉFACE :

Ce volume : Printemps, ainsi que les deux suivants : Été-Automne et Automne-Hiver, contiennent tous les bons haïkus que j’ai pu trouver depuis les débuts, jusqu’à Shiki (1866-1902) inclus. Il ne fait pas de doute que certains bons versets ont été oubliés par mégarde; j’espère y remédier dans une éventuelle édition ultérieure.
Le lecteur verra que l’arrangement par saisons offre une sorte d’index grossier pour retrouver les versets dont il se souvient par sujet. Certains versets possèdent deux sujets de saison, d’autres aucun, mais ils sont très rares. (Quant aux auteurs, ils seront répertoriés à la fin du quatrième et dernier tome.) J’aimerais inclure ici une brève notule sur l’histoire de cet arrangement des haïkus par saisons et par sujets. (Cela a déjà été traité, bien que plus superficiellement, dans le premier tome, section 5,8.
Dans le Golden Treasury de Palgrave,  » l’ordre tenté a été le plus efficace poétiquement « , mais il est très habilement combiné avec l’ordre chronologique. Il existe en anglais – ce qu’on peut difficilement trouver dans la littérature japonaise – des anthologies poétiques particulières sur par exemple les oiseaux, les fleurs, la mer, mais peu d’anthologies classées par saisons. Nous rencontrons quelques haïkus qui peuvent difficilement figurer dans la classification habituelle, tels des versets de compliments, ou de ceux qui décrivent des lieux célèbres; ils sont généralement placés dans une section  » divers « . Autrement, jusqu’aux temps modernes, il n’existait pas de versets étrangers à la classification par saisons. Cette insistance sur les saisons s’explique de différentes façons : par exemple, par la brièveté du haïku, les climats du Japon, l’influence du waka, et tous ceux-ci, à n’en pas douter, eurent un effet convergent. Avant tout, il faut noter que le hokku, ou premier verset d’un renku (poème en chaîne) était un verset qui indiquait la saison. Mais il faut remonter encore plus loin, jusqu’aux débuts mêmes de la poésie japonaise, pour trouver la raison vitale de la conscience profonde des saisons que les Japonais n’ont pas encore perdue.
Dans le Manyôshû (vers 750) nous constatons déjà l’amour profond et étendu des Japonais pour la nature; et dans l’extrait suivant, on distingue clairement deux saisons. Il fait partie d’un Poème Long de Yamabe Akahito (8ème siècle), composé lors de l’ascension du mont Kannabi, pensant à la Capitale (à Asuka) de l’empereur Temmu (673-686) :

Je regardais le Palais d’Asuka en ruine :
Les collines sont hautes, la rivière coule au loin.
Aux jours du printemps la montagne est belle à voir;
Aux nuits d’automne les eaux sont claires.
Ensemble parmi les nuages matinaux volent les grues ;
Dans les brouillards du soir les grenouilles chantent fort.

Depuis l’époque du Manyôshû, le printemps avec le rossignol (japonais : uguisu), les fleurs de cerisier, les fleurs de glycine ; l’été avec le coucou, le rose, (le lys en tant que sujet disparaît subitement après le Kokinshû), les herbes d’été ; l’automne avec la voie lactée, la brise automnale, les feuillages rouges, le brame du cerf ; l’hiver avec la neige sur le pin, le givre sur les bosquets de bambous, tout ceci fut traité distinctement et avec un intérêt particulier et intégral. Cependant le Manyôshû lui-même n’est pas simplement divisé en printemps, été, automne et hiver. Le premier livre, par exemple, est arrangé chronologiquement, mais le huitième se compose de poèmes variés et épistolaires (amoureux), chacun sous les en-têtes des quatre saisons.
Pour les japonais de l’époque Manyô, l’homme et la nature étaient encore indistinguables. On ne peut pas dire que la nature n’était pas aimée pour elle-même, mais plutôt que la nature baignait l’homme, que l’homme et la nature s’interpénétraient, et que la distinction entre les poèmes d’amour et poèmes divers était encore plus forte dans leur esprit qu’avec les saisons. Par conséquent, quand le Japonais moderne ou l’émulateur étudiant étranger lit le Manyôshû, c’est avec un oeil très différent de celui des poètes de ces vers.
Pendant les cent cinquante ans qui séparent le Manyôshû du Kokinshû, la poésie chinoise fit florès au Japon, et beaucoup de recueils virent le jour. Parmi ceux-ci, il y a peu de poèmes de nature, et pas d’arrangements par saisons, jusqu’à cxe qu’on arrive au tardif Wakan Rôeishû (voir vol.1, p. 103), dont la première partie est divisée en printemps, été, automne et hiver, mais la seconde par thèmes : vent, nuages, vin, montagnes, etc. dans un ordre plus ou moins aléatoire. Ceci était le résultat d’un début de retour aux idéaux et aux buts du waka. Cependant, sous l’influence de poètes chinois tels que Tôenmei et Hakurakuten, le sentiment japonais de la nature s’approfondit, et avec lui, bien qu’indirectement, le sentiment de la différence entre les saisons.
Dans le Kokinshû, complété en 922, on trouve pour la première fois une classification claire par saisons, mais il faut remarquer qu’avec cet avantage-même vient le manque de spontanéité, le début de l’artificialité qui sera ultimement la mort de toute poésie. L’art qui seul donne sens à la vie cependant l’étouffe et l’étrangle. C’est le prix que nous payons pour l’extension de notre vision, à voir un monde dans un grain de sable, au lieu de simplement voir le sable lui-même ; à voir la fleur de prunier en tant que printemps, au lieu de seulement voir ses propres forme et couleur magnifiques. De ce point de vue on peut considérer que l’histoire de la poésie japonaise est faite de deux grands mouvements. Le Manyôshû cède sa spontanéité et non-conscience de soi au Kokinshû. Le génie de Bashô restaure lui restaure une certaine simplicité enrichie, et ceci se termine encore, deux ans ans plus tard, avec Shiki. (Dans la monumentale Complète Collection Classifiée de Haïku de Shiki, il y a un tel excès de systématisation, que la poésie y est noyée. Par exemple on n’y trouve pas moins de cinquante classes d’éventails, pour cela seul.)
Cependant, dans le Kokinshû les vrais sujets ne sont pas ceux des insectes, fleurs et herbes, mais des sentiments des poètes ; ces choses sont utilisées comme symboles de la pensée et de l’émotion humaine. Avec le Shinkokinshû, compilé pour la première fois en 1205, nous avons des poèmes objectifs de nature, du ciel, de la voix des insectes, du crépuscule, cela étant dû en partie à l’effet de la conscience qui s’approfondit par rapport à la signification des saisons.
Pour en venir au haïkaï, une des choses qui le fit se distinguer du renga, le poème en chaînes qui lui donna naissance, fut l’insistance sur non seulement l’opportunité (ainsi que le développa Abutsu-ni, qui mourut en 1283), mais sur la nécessité d’avoir un mot de saison dans le hokku, ou premier verset. Même dans les autres versets, l’idée de la saison n’était jamais absente de l’esprit du poète, bien que le verset lui-même pût être « mixte ».
Dans le Gosan de Teitoku (1570-1653), les choses sont très soigneusement appliquées à leur saison. Pour Bashô (1644-1694) la saison était l’élément le plus important du haïkaï, pas en tant que principe, mais comme mode d’intuition, une manière plus vaste de voir des choses particulières. En observant plus attentivement l’objet, nous voyons en lui le monde entier accomplir sa volonté parfaite. Et ceci provient des expériences historiques accumulées par les Japonais pendant plus de mille ans.
Dans un numéro récent du Supplément Littéraire du Times , le critique cite le haïku suivant de Bashô :

Sur une branche dénudée
un corbeau solitaire se perche
un soir d’automne.

Avec ce commentaire plutôt énigmatique :

« C’est plus pour l’usage que pour la beauté. »

Ceci, je pense, est une « critique » juste de l’original également, et de tous les haïkus. Ils sont là pour que vous les utilisiez dans votre propre expérience poétique. Vous ne devez pas être un simple observateur de la littérature, mais devez jouer votre rôle dans sa re-création dynamique. Lire des haïkus est donc plus éprouvant que lire de la simple poésie, mais je ne connais rien de plus satisfaisant. Cela seul peut donner sens à la vie, et « justifie les desseins de Dieu pour l’homme.  »

°°°

à suivre : Le Nouvel An (p. 353-374).

Haiku de R.H. Blyth V.1 sect.1 8) Le renku (a)

13 août 2009

8) Le renku.

Un haïku est constitué de 17 syllabes qui peuvent être scindées en trois parties de cinq, sept et cinq. C’est la première partie d’un poème court, ou tanka, qui, lui, en contient 31 : 5/7/5-7/7. Les haïkus furent séparés des quatorze syllabes suivantes au XIV° siècle. On en trouve dans la Collection Tsukuba, compilée par Nijô Yoshimoto (1320-1388).
Tout d’abord il y eut des Poèmes Longs et des Poèmes Courts, les tanka. Puis, au début de l’ère chrétienne, les Courts Poèmes commencèrent par être composés par deux poètes, l’un faisant les 5/7/5, l’autre les 7/7. Une légende rapporte que Yamato-takeru no Mikoto (81-112), troisième fils de l’Empereur Keikô, composa un Court Poème Lié, c’est-à-dire un tanka, ou Court Poème fait par deux personnes. Dans le Manyôshu, compilation faite par Tachibana Moroe (684-757) au milieu du VIII° sècle, dans lehuitième livre, se trouvent de tels Poèmes courts Liés. Les Longs Poèes Liés, c’est-à-dire une succession de 5/7/5-7/7-5/7/5-77, etc. pendant 50 ou 100 vesets commencèrent à apparaître vers la fin de lEpoque Heian (794-858). De tels poèmes liés devinrent très populaires au début de l’Ere Kamakura (1186-1339), et deux écoles apparurent : la sérieuse Ushinha, et la comique Mushinha. La Mushinha donna le nom de Haikai Renga, « poèmes sportifs liés », abbrévié en Haikai à ses compositions, ce qui fut employé pour toute poésie et exercices poétiques tels. Le mot haiku est un mélange de cette expression haïkaï et hokku (le premier poème des Longs Vers Liés), haïkaï + hokku devenant haïku vers le milieu du XVIII° siècle. « Haïkaï » signifie parfois haïku, et certains anciens utilisent encore le mot de « hokku ».
Le haïkaï ou renku a pratiquement cessé de vivre au Japon. Le mépris de Shiki (1866-1902) pour cette forme de composition littéraire en est souvent donné comme la raison. Plus probablement, la difficulté de trouver quatre ou cinq véritables poètes en suffisante harmonie de caractère et d’humeur pour accomplir la tâche difficile d’écrire ensemble un tel poème a peut-être causé l’arrêt de cette pratique.
Le rapport du haïku au renku est un peu comme celui des anciennes statues grecques aux temples qui les abritaient. La statue ne fut taillée pour elle-même que progressivement. Historiquement et aussi dans le but de comprendre leur point de vue et leur ambiance, l’étude des haïkus doit être précédée de qelque connaissance de la nature des versets liés. On comprendra aisément que les poèmes lié subirent eux-mêmes développements et changements à la fois dans leur forme et leur esprit durant plus d’un millier d’années. On ne peut traiter de cela ici, mais on peut donner un court aperçu du développement du haïku à partir du waka en passat par le renku (, nom utilisé pour le « renga » à partir d’environ 1750).

(à suivre, p. 124