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34 Haïkus de printemps – R.H. Blyth – p.424-433

17 octobre 2010

°
(p.424)

kochi fuku to . katari mozo yuku . shû to zusa

Taigi

« Voici le vent du printemps »,
disent maître et servant
qui marchent ensemble

°

michi ni ôte . tegami hirakeba . haru no kaze

Kitô

rencontrant le messager sur la route
et ouvrant la lettre –
la brise du printemps !

°
(p.425 :)

asa-kochi ni . tako uru mise wo . hiraki keri

Shôha

brise du printemps, ce matin ;
une boutique qui vend des cerfs-volants
vient d’ouvrir

°

ezôshi ni . shizu oku mise ya . haru no kaze

Kitô

les presse-papiers
sur les livres d’images dans le magasin :
vent du printemps !

°

harusame ya . kasa sashite miru . ezôshiya

Shiki

pluie de printemps ;
tenant leurs parapluies et regardant
les livres d’images dans le magasin

°
(p.426) :

harukaze ya . kiseru kuwaete . sento-dono

Bashô

pipe à la bouche,
Monsieur Batelier :
la brise de printemps

°

harukaze ya . tsutsumi goshi naru . ushi no koe

Raizan

dans le vent du printemps
la voix de la vache
sur la berge opposée

°

harukaze ni . osaruru bijo no . ikari kana

Gyôdai

la belle femme
malmenée par le vent –
sa vexation !

°
(p.427) :

harukaze ni . o wo hirogetaru . kujaku kana

Shiki

le faisan
déploie sa queue
dans la brise du printemps

°

kunpû ya . senzan no midori . tera hitotsu

Shiki

douce brise,
et dans le vert de mille collines,
un seul temple

°

sanzen no . haiku wo kemishi . kaki futatsu

Shiki

examinant
trois mille haïku ;
deux kakis

°
(p.428) :

harukaze ya . tsutsumi nagôshite . ie tôshi

Buson

le vent du printemps souffle :
la berge le long de la rivière est longue,
les maisons lointaines

°

hana ni kurete . waga ie tôki . nomichi kana

Buson

surpris par la nuit dans les fleurs
je marche dans la lande,
la maison est bien loin !

°

ame no hi ya . miyako ni tôki . momo no yado

Buson

la capitale au loin –
jour de pluie
dans une maison de fleurs de pêchers

°

tsuki ni tôku . oboyuru fuji no . iroka kana

Buson

l’odeur et la couleur
de la glycine
semblent loin de la lune

yuami shite . kayari no tôki . aruji kana

Buson

après un bain,
le maître, éloigné
des bâtons de fumée

°
(p.429 :)

yuku-fune ya . aki no hi tôku . narimasaru

Buson

le bateau s’en va;
comme ils sont loin
les jours d’automne !

°

sumukata no . aki no yo tôku . hokage kana

Buson

lumières lointaines ;
c’est là qu’ils vivent
ce soir d’automne

°

mono taite . hanabi ni tôki . kagari-bune

Buson

allumant un feu
sur le bateau de pêche,
les feux d’artifice lointains

°

kamo tôku . kuwa sosogu mizu no . uneri kana

Buson

laver la houe
crée des rides sur l’eau –
canards sauvages au loin

°

kaki no ha no . tôku chirikinu . sobabatake

Buson

des feuilles du kaki
sont tombées de loin
sur le champ de sarrasin

°

hatsushimo ya . wazurau tsuru wo . tôku miru

Buson

premier givre de l’année ;
regardant une grue malade
au loin

°

suso ni oite . kokoro no tôki . hioke kana

Buson

plaçant le brasero
près de mes pieds,
comme il semble loin de mon coeur !

°
(p.430) :

mizutori ya . chôchin tôki . nishi no kyô

Buson

les oiseaux aquatiques ;
lanternes de la capitale de l’ouest
dans le lointain

°

harusame ya . utsukushiu naru . mono bakari

Chiyo-ni

pluie de printemps ;
tout grandit simplement
plus beau

°

harusame ya . ko no ma ni miyuru . umi no michi

Otsuji

pluie de printemps :
entre les arbres on voit
un sentier vers la mer

°
(p. 431) :

yane ni neru . nushi nashi neko ya . haru no ame

Taigi

un chat sauvage
endormi sur le toit
sous la pluie de printemps

°

harusame ya . yanagi no shizuku . ume no chiri

Shôha

pluie de printemps ;
gouttes de pluie du saule,
pétales du pêcher

°

harusame ya . nukedeta mama no . yogi no ana

Jôsô

pluie de printemps;
un trou dans les draps
d’où il se glissa

°
(p.432) :

harusame ni . nuretsutsu yane no . temari kana

Buson

une balle
mouillée par la pluie de printemps qui tombe
sur le toit

°

mono-tane no . fukuro nurashitsu . haru no ame

Buson

sacs de graines
mouillés
par la pluie du printemps

°
(p.433 :)

koshibai no . nobori nurekeri . haru no ame

Shiki

spectacle itinérant :
banderole trempée
sous la pluie de printemps

°

harusame no . koshita ni tsutau . shizuku kana

Bashô

pluie de printemps
conviée sous les arbres
en gouttes

°

harusame ya . hito sumite kemuri . kabe wo moru

Buson

quelqu’un vit ici :
de la fumée fuit par le mur
sous la pluie de printemps

°

(à suivre …)

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22 Haïkus tirés de R.H. Blyth vol II Printemps (p.404-441)

15 octobre 2010

PRINTEMPS –Le ciel et les éléments – p. 404-441


(p.404) :

korekiri to . miete dossari . haru no yuki

Issa

Comme si c’était tout,
Il en tomba beaucoup –
Neige de printemps.



akebono ya . mugi no hazue no . haru no shimo

Onitsura

L’aube du jour;
Au bout de la feuille d’orge
le gel du printemps.

suppon mo . toki ya tsukuran . haru no tsuki

Issa

La tortue aussi
peut dire l’heure,
cette lune de printemps !


(p.406) :

asakawa ya . nabe susugu te ni . haru no tsuki

Issa

la face de la lune –
douze ans d’âge, à peu près,
je dirais !

oborozuki . kawazu ni nigoru . mizu ya sora

Buson

sous la lune embrumée,
l’eau et le ciel obscurcis
par la grenouille


(p.407) :

ushi-beya no . ushi no unari ya . oborozuki

Shiki

meuglement de la vache
dans l’étable
sous la lune brumeuse

kawa-shimo ni . ami utsu oto ya . oborozuki

Taigi

en aval de la rivière
le bruit d’un filet jeté;
lune brumeuse


(p. 408):

izakaya no . kenka mushidasu . oborozuki

Shiki

la querelle dans le débit de vins
reprend,
sous la lune brumeuse

onna oute . kawa watarikeri . oborozuki

Shiki

portant une fille
pour traverser la rivière;
la lune brumeuse


(p.409) :

ume ga ka no . tachinoborite ya . tsuki no kasa

Buson

le halo de la lune –
n’est-ce pas l’odeur des fleurs de prunier
qui s’élève jusqu’au ciel ?

kagerô ya . ume chirikakaru . ishi no ue

Shiki

vagues de chaleur;
les pétales du prunier en voletant
descendent sur les pierres

kagerô ya . konogoro dekishi . koishi-michi

Shiki

vagues de chaleur
du sentier de gravier
récent

(p.410) :

kagerô ya . horohoro ochiru . iwa no suna

Tohô

vagues de chaleur;
le sable du rocher
tombe par à-coups



kagerô ya . hito-kuwa-zutsu ni . tsuchi kusaki

Rankô

vagues de chaleur ;
quelle odeur de terre
à chaque coup de la houe !

kagerô ya . sanzen gen no . ie no ato

Shiki

(Du grand incendie de Kanda :)

les vagues de chaleur
des ruines
de trois mille maisons

kagerô ya . hakisute gomi no . zeni ni naru

Issa

vagues de chaleur ;
de la poubelle nettoyée,
de l’argent !


(p.411)

kagerô ni . kodomo asobasu . kitsune kana

Bonchô

la renarde
laisse ses petits jouer
dans la vague de chaud

kasa de suru . saraba ya . usugasumi

Issa

avec leur kasa *:
au-revoir, au-revoir !
dans la brume fine

* « un kasa est une sorte de parapluie, fait de lamelles de sauge, de lamelles de bambou, ou de l’enveloppe extérieure de pousses de bambou. » (R.H. Blyth).


(p.412) :

komabune no . yorade sugiyuku . kasumi kana

Buson

le bateau coréen
ne s’arrête pas, mais passe
dans la brume


(p.413) :

futamatani . narite kasumeru . nokawa kana

Shirao

se divise
dans le brouillard
la rivière de la lande

hoku hoku to . kasunde kuru wa . donata kana

Issa

clic, clac,
l’homme qui vient dans la brume,
qui est-il ?



kasumi keri . yama kie-usete . tô hitotsu

Shiki

il s’embrume,
les montagnes s’estompent et disparaîssent :
un seul stupa *

* « tumulus ou montagne funéraire en forme de dôme, contenant les restes d’un défunt… »


(p.414 : à suivre…)

°

« Musiques, Haïkus et Sons » = ébauche d’article Py pour Gong n°16

29 août 2010

de juillet 2007, ayant pour thème « Sons et haïku ». Non achevé ni transmis, mais partiellement complété ici :

°°°
Musiques, Haïkus et Sons

Plusieurs niveaux :

A) Les compositeurs dont les oeuvres, la technique peuvent s’approcher de l’écriture du « haïku ». : je ne citerai d’autres exemples que
– l’Éric Satie (1866-1925) des Gymnopédies (= danses avec les pieds nus), des Gnossiennes (dérivé soit du mot gnose ou du Knossos crétois Gnossus), oeuvres pour piano solo ;
– le Frédéric Mompou (compositeur catalan 1893-1987) des Cançons, des Charmes, qui sont des pièces pour piano alliant brièveté (concision) et dépouillement (simplification) de l’écriture, auxquels, de tous temps, les véritables haïjins se conforment :
 » Frédéric Mompou compte parmi les plus grands poètes du clavier de ce siècle (…) cultivant un dépouillement croissant de l’écriture (…) culminant dans la Musica Callada, où, comme l’écrivait Vladimir Jankélévitch :  » le silence lui-même s’est fait musique. » V. Jankélévitch encore :  » la fraîcheur, la grâce un peu rustique, la limpidité de ces (…) musiques évoluent graduellement vers le dépouillement et l’intériorité. » Et encore :
 » On peut distinguer entre incantation et enchantement : il y a une musique abusive qui comme la rhétorique, est simple charlatanerie et flatte l’auditeur pour l’asservir… » V. Jankélévitch, in La Musique et l’ineffable.
Charmes :  » un ouvrage qui frappe de bout en bout par un dépouillement extrême (…)  »
 » et l’influence de celui qui, comme lui, haïssait emphase et rhétorique : Claude Debussy.  » Frederic Cartello : pochette du disque Naxos, DDD 8.554332.
– Debussy. Ne serait-ce que par ses titres :
(Eau) : Reflets dans l’eau, Jardins sous la pluie, Poissons d’or (: les deux livres de préludes pour piano 1910, 1912)
En blanc et noir (1915), Estampes, Images,
(Air) : Cloches à travers les feuilles.
 » Ces oeuvres de forme et de contenus si denses « .
 » Pour Debussy (plus symboliste qu’impressionniste) il s’agissait avec Estampes et Images de suggérer à l’auditeur le point de départ du processus de création, et non de sacrifier à des effets simplement descriptifs. »

B) Les compositeurs inspirés par le haïku
(voire par la philosophie Zen que peut intégrer ce haïku) tel John Cage,…
– Olivier Messiaen qui écrivit Sept Haïkaï (esquisses japonaises pour piano solo et petit orchestre),  » résult(a)nt du coup de foudre que j’ai ressenti pour le Japon quand j’y ai accompli une tournée de concerts… ».
– Les 20 compositeurs invités à composer chacun une pièce à partir de haïkus de Buson, rassemblés sous le titre de Le Parfum de la lune et donnés lors du festival « Présences » de Radio-France, en 1998, dont Renaud Gagneux (un complice / ami du CNSM de Paris dès les années ’68 !) qui écrivit également ses dernières oeuvres pour piano et pour clavecin, inspirées par le haïku de Buson), Ph. Hersant, G. Rebel, J-M Morel, A. Duhamel, R. Ourgandjian, F. Krawczik (?), J-M Serre, etc.

Mais, comme pourrait nous le suggérer le Bouddhisme Zen :

Parler de pain rassasie-t-il ?
et imaginer des sources désaltère-t-il ?

Allez donc écouter ces oeuvres !
Certaines (j’ai une préférence marquée pour Satie : les cordes sensibles, émotionnelles qu’il sait faire vibrer en moi !) vous enchanteront, vous transporteront, j’en suis sûr.

C) Au niveau du haïku lui-même et des sonorités dont il sait jouer : onomatopées, allitérations, consonances ne sont pas les moindres de ses qualités :
autant
1) dans le haïku japonais :
cf le chapitre « Onomatopoeia » dans R.H.Blyth Haiku, vol. 1, p.321-328 :

ô botaru
yurari yurari to
tôri keri

d’Issa (p.323) ;

hito chirari
konoha mo chirari
horari kana

d’Issa (p.326) ;

osoki hi ya
kodama kikoyuru
kyô no sumi

de Buson (p.326) ;

tombo tobu
tombo no ue mo
tombo tobu sora

de Horyu (p.327) ;

ochikochi
ochikochi to utsu
kinuta kana

de Buson (p. 328) ;

azami
azayaka na
asa no
ame agari

de Santoka (p. 328).

2) dans le haïku anglophone :

sleepless midnite
the mousetrap
snap

LeRoy Gorman, in Aware de Betty Drevniok, Portal Publications, 1980, p.77

que je traduis ainsi :

minuit insomniaque
la souricière
clac !

3) que dans le haïku français (Citer F. Tugayé, D. Py, etc.)

et qui font que « la poésie » a cette « supériorité » sur la prose qu’elle sait faire chanter mieux le langage. Que ce n’est pas non plus gratuitement, mais que cela permet de magnifier / véhiculer en même temps le sens du poème en plus de la signification (simple) de ses mots. (Voir l’article de Lee Gurga dans Haiku International n° 62 (janv. 2006), p.16-17, où l’on trouve aussi, de Mary-Alice Herbert :

All Hallow’s Eve
swallows
loop the moon

et, de Peter Yovu :

mosquito she too
insisting insisting she
is is is is is
.

°°°

d.py (2006?-29/8/10)

R.H.Blyth HAIKU vol II, Printemps – p.390-393

14 juin 2010

oinureba hi no nagai ni mo namida kana

En vieillissant,
même la longueur du jour
est cause de larmes

Issa.

Dans la seule longueur, la longueur extrême du jour de printemps, tout le malheur de l’humanité se trouve. Les larmes d’Issa coulent pour lui-même, pour ses enfants morts, pour ses parents morts, mais aussi pour la mort, pour ce qui est essentiel à la vie même, pour le temps, sans qui l’éternité n’a pas d’existence. Ce chagrin profond devant la nature des choses est proche de la joie dans l’ainsité du tout, proche de cette région étrange où rire et larmes se mêlent.

kane hitotsu urenu hi wa nashi edo no haru

Ces grandes cloches de temple –
Pas un jour ne passe sans qu’il s’en vende une :
printemps à Edo

Kikaku.

Il y a deux courants poétiques dans ce poème, un d’hyperbole, l’autre d’auto-identification, et ces deux n’en forment qu’un seul. De l’hyperbole, cette expression d’un état d’esprit dans lequel la rivière de pensée-sentiment submerge soudain ses berges et noie l’esprit, Nesfield dit avec condescendance :

 » cette figure de style est bien souvent une faute, mais on peut y recourir parfois, pourvu que l’éloignement du fait ne donne pas un choc trop grand à notre sens de la vérité.  »

Dans les soutras, l’esprit indien, qui a une tendance naturelle à cette direction, a utilisé l’hyperbole pour surpasser l’intellect et provoquer un état où toutes choses peuvent être considérées comme possibles. Par exemple, dans le Yuimakyô, , au début de la sixième section, Sharihotsu (Sariputra) pensa en lui-même en s’apercevant qu’il n’y avait pas de sièges dans la pièce de Yuima :
 » Comment est-ce que yous les Bodhisattvas et les disciples vont-ils pouvoir s’asseoir ici ?  »

Yuima commande trente-deux-milles sièges, chacun d’eux aussi vaste que le Mont Sumeru. Tous les visiteurs tiennent dans la petite chambre de Yuima, grande de trois mètres carrés.. Ceci mène le lecteur du soutra vers une région intemporelle, inlocalisable, transcendantale, dans laquelle la vie se meut à travers temps et espace.
Sôshi (Tchouang-tse), qui partage ce mysticisme indien, commence son oeuvre dans le même esprit et avec le même but :

 » Il y a un poisson dans l’Océan du Nord appelé le Kon ; il mesure d’innombrables milliers de lieues. Il se métamorphose en un oiseau appelé le Hô ; son dos est large de je ne sais combien de lieues. Il s’élève et vole puissamment, ses rémiges couvrant le ciel comme des nuages.  »

Il montre que ce gigantesque oiseau-poisson n’est que comme un atome de poussière dans un rayon de soleil, conduisant ainsi à une sorte de reductio ad absurdum cosmique.
Nous pouvons trouver des exemples d’hyperboles chez beaucoup d’auteurs de haïkus, mais il y a quelque chose en elle d’étranger à la nature du haïku, qui préfère plutôt la litote. Le verset suivant, de Buson, n’en est pas un exemple très probant :

mizuumi e fuji o modosu ya satsuki-ame

Les pluies d’été
renverront-elles le mont Fuji
dans le lac ?

Ce qui signifie que les pluies d’été sont si violentes qu’il semblerait qu’elles puissent diluer la terre du mont Fuji dans le lac (Biwa) qu’on suppose avoir été créé par son éruption. Un autre exemple, par Shiki :

kangori ya fudô no kaen kôru yo ni

lustrations d’hiver ;
les flammes de Fudô
gèlent cette nuit

Pendant la période de Kan (la saison la plus froide), chaque soir après l’ablution, l’on visite et honore- surtout les débutants le font – les temples et sanctuaires. Autrefois, ils allaient nus, maintenant ils sont vêtus de kimonos blancs, avec hachimaki et cloches fixées à la ceinture. Il fait si froid que les flammes rouges du halo de Fudô, Dieu du Feu, pourraient geler.

kuren to su haru no kurui ya arare furu

la nuit commence à tomber ;
la grêle tombe –
l’insanité du printemps !

Kitô.

Non seulement le printemps, mais tout est un conte

 » raconté par un idiot empli de bruit et de fureur,
et qui ne veut rien dire.  »

Buson a ce verset dans lequel on retrouve printemps et folie :

hiru fune ni kyôjo nosetari haru no mizu

la fille folle
dans le bateau à midi ;
l’eau du printemps

La fille, chevelure en désordre, , insensible aux passagers voyeurs, se penche au-dessus du bateau pour laisser ses doigts glisser dans le courant, regardant sans voir dans les profondeurs secrètes des eaux gonflées du printemps.

tori no ha ni misomuru haru no hikari kana

Je tombai amoureux
des ailes des oiseaux –
la lumière du printemps sur elles !

Chora.

Dans les Pensées dans un jardin de Marvell, se trouve un verset à peu près similaire , avec cependant un goût artificiel qui gâche la comparaison :

Ici, au pied glissant de la fontaine
Ou à la racine moussue de quelque arbre fruitier,

Écartant la veste du corps,
Mon âme glisse dans les branches ;
là, comme un oiseau, elle s’assoit et chante,
Puis aiguise et bat ses ailes d’argent,
et, avant d’être prête pour un vol plus long,
agite dans ses plumes la lumière qui varie.  »

L’un est pure poésie ; l’autre est poésie se figeant en littérature, d’une beauté de statue, mais d’une musique gelée.
Quant à la signification de la lumière, citons Denys l’Aréopagite dansLes Noms divins :

 » Exaltons maintenant le nom spirituel de la Lumière sous laquelle nous contemplons le Bien ; et déclarons qu’il s’appelle Lumière spirituelle parce qu’il emplit chaque esprit supra-céleste de lumière spirituelle – comme un Rayon baptismal, et un courant débordant de lumière, qui brille de toute sa plénitude sur chaque esprit au-dessus, autour, et dans le monde, renouvelant tous leurs pouvoirs et les embrassant de toute son envergure.  »