Posts Tagged ‘‘Presque invisibles’’

Une critique de ‘Le haïku moderne en anglais’ de G. Swede

1 décembre 2013

sms (reçu le 29/11/13) de Paul de Maricourt à propos de Le haïku moderne en anglais (suivi d’un choix de haïkus…) de George Swede, éd. Unicité, juin 2013 :

« Très bien, le Swede…
merci, Daniel ! »

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Vient de paraître : George Swede

23 juin 2013

Aux éditions Unicité
http://www.editions-unicite.com
Le Haïku moderne en anglais
de George Swede,
une des figures majeures du haïku nord-américain depuis plus de trente-cinq ans.
Prix 15 €
180 pages
ISBN 978-2-919232-51-2
Illustré et préfacé par Serge Tomé.

En quatrième de couverture :

« … Le haïku moderne en anglais explique simplement, en expérimentant, ce qu’il faut retenir du fonctionnement d’un haïku et, par-là, du socle des règles qui identifient le genre.

Suivent deux recueils de George Swede publiés en 2000 et 2010. On peut voir « l’américanité » à l’oeuvre dans cette écriture : immédiateté, vie de tous les jours, sujets allant des plus graves aux plus comiques, minimalisme et détachement pour certains, élément essentiel non dit mais bien présent…
C’est le haïku dans la vie d’ici, affranchi de la tutelle japonaise.

Extrait de la préface de Serge Tomé. »

Une première occasion de découvrir cet ouvrage (traduction de Daniel Py) aujourd’hui, dimanche 23 juin au Salon des Éditeurs indépendants du Quartier Latin,
Lycée Henri-IV, 23 rue Clovis, Paris 5è; métro Cardinal-Lemoine.

Une deuxième : lors du kukaï.paris, samedi prochain 29 juin, à 16h30 à l’Indiana Café, 33 rue Berger, Paris, 1er; métro : Châtelet-Les Halles, Louvre-Rivoli.

Sinon, le commander à François Mocaer, l’éditeur, sur le site mentionné plus haut.

Bonnes lectures !

Daniel

George Swede ‘Almost Unseen’ suite et fin : 121-168

28 avril 2012

SWEDE G. Almost Unseen – 121-168 (fin.)

(p.94)

anchored supertanker
its reflection
trembles

pétrolier géant au mouillage
son reflet
tremble

(p.95)

creek
cricket
creaking

ruisseau
criquet
crissant

the caretaker
polishes the canon until
it shows clouds

le gardien
polit le canon jusque qu’à
ce qu’on voie des nuages

(p.96)

medieval town
to the worn stone steps
I add my own

ville médiévale
aux marches de pierre usées
j’ajoute la mienne

drought
graveyard grass
still green

sécheresse
l’herbe du cimetière
encore verte

on the boardwalk
a blind man listens to the sea
finding its way back

sur les planches
un aveugle écoutant la mer
retrouve son chemin

(p.97)

a crow caws and caws
my wife checks the lines
under her eyes

un corbeau croasse et croasse
ma femme examine les lignes
sous ses yeux

one button undone
in the clerk’s blouse – I let her
steal my change

un bouton défait
sur le chemisier de l’employée – je lui laisse
piquer ma monnaie

(p.98)

in the old elm’s shade
the black cat opens one eye
sunspot on its tail

à l’ombre du vieil orme
le chat noir ouvre un œil
une tache de soleil sur sa queue

train to a ghost town
the historian asks to sit
facing backwards

train vers une ville fantôme
l’historien demande à s’asseoir
vers l’arrière

(p.99) (# 131)

ebb tide
the marina’s old yarn spinner
snoring softly

marée descendante
le vieux conteur du port de plaisance
ronfle doucement

this faded photo
from my childhood – still worth
a thousand words

cette photo décolorée
de mon enfance – dit encore
beaucoup de choses

(p.100)

sweltering twilight
a waft of cool air
from the graveyard

crépuscule étouffant
une bouffée d’air frais
vient du cimetière

August heat
the old orange cat sits up and licks
the sun from its tail

chaleur d’août
le vieux chat orange s’assied et lèche
le soleil sur sa queue

spider spins its web
in the window
with a view

l’araignée tisse sa toile
sur la fenêtre
avec vue

(p.101)

children’s day at the zoo
I find myself watching
the children

jour des enfants au zoo
je regarde
les enfants

in the hammock
the undertaker dozes – arms crossed
on his chest

dans le hamac
le croque-mort somnole – bras croisés
sur sa poitrine

(p.102)

used bookstore
a sunset beam lights a row
of forgotten authors

livres d’occasion
un rayon du soleil couchant éclaire une rangée
d’auteurs oubliés

(p.103)

for sale
an old house with creaky stairs
and a cricket

à vendre
une vieille maison aux marches craquantes
et un grillon

(p.104)

town dump
two magpies jabber
on an old brass bed

décharge municipale
deux pies jacassent
sur un vieux lit en cuivre

(# 141)

waiting room empty
bits of leaves
under each chair

salle d’attente vide
des morceaux de feuilles
sous chaque siège

(p.105)

clothesline
the widow’s black lace panties
covered with frost

corde à linge
les petites culottes en dentelles de la veuve
couvertes de givre

dead roadside deer
a snowflake melts
on its open eye

cerf mort au bord de la route
un flocon de neige fond
sur son œil ouvert

abandoned farmhouse
prairie sky in all
the windows

ferme abandonnée
le ciel de la prairie
à chaque fenêtre

sunrise
the fisherman’s shadow stretches
across the river

lever de soleil
l’ombre du pêcheur
traverse
la rivière

the gull with one leg – soaring

la mouette unijambiste – s’envole

first frost
only a dead fly
in the mailbox

premier gel
une seule mouche morte
dans la boîte aux lettres

(p.107)

half-dug grave – lunch hour

tombe à moitié creusée – l’heure du déjeuner

fallen leaves
the hands that gather them
have liver spots

feuilles tombées
les mains qui les assemblent
ont des taches de vieillesse

(p.108)

against the tombstone
with the faded name
homeless man rests

contre la pierre tombale
au nom effacé
le sans-abri se repose

(# 151)

on display
in the museum – ancient grains
of dust

dans la vitrine
au musée – d’anciens grains
de poussière

hut that houses
the fisherman’s nets
full of cobwebs

la cabane qui abrite
les filets du pêcheur
pleine de toiles d’araignée

(p.109)

snowfall
the graveside red roses
turning white

chute de neige
les roses rouges autour de la tombe
blanchissent

at the height
of the argument – the old couple
pour each other tea

au plus fort
de leur dispute – le vieux couple
se verse du thé

storm over
the old scarecrow hunchbacked
with snow

l’orage passé
le vieil épouvantail
bossu de neige

falling pine needles – the tick of the clock

des aiguilles de pin tombent – le tic-tac du réveil

(p.111)

statues in the square
the raised hand of the war hero
fills with snow

statues dans le parc
la main levée du héros de la guerre
s’emplit de neige

among the souvenirs
on her dresser
my roses

parmi les souvenirs
sur sa coiffeuse
mes roses

(p.112)

grand father’s deathbed
more and more snowflakes
cling to the window

lit de mort de grand-père
de plus en plus de flocons
s’accrochent à la fenêtre

under each eye
of the graveyard Jesus
a small icicle

sous chaque œil
du Jésus du cimetière
un petit glaçon

fresh snow falling
the nurse changes
my bandages

neige fraîche qui tombe
l’infirmière
change mes pansements

(p.113) (# 161)

as the coffin lowers
several watches sound
the hour

tandis que le cercueil descend
plusieurs montres
sonnent l’heure

my stomach growls
the old tomcat opens
one yellow eye

mon estomac gronde
le vieux chat
ouvre un œil jaune

(p.114)

their gravestones
hers newer and taller
than his

Leurs pierres tombales
celle de la femme
plus neuve et plus grande
que celle de l’homme

the aged mother cuts – the corpse’s fingernails

la vieille mère coupe – les ongles du cadavre

open coffin
grandfather’s smile wrinles
show through the make-up

cercueil ouvert
les rides du sourire de grand-père
apparaissent sous le maquillage

(p.116)

snow over everything
mother hums as she brushes
her white hair

la neige recouvre tout
mère fredonne en brossant
ses cheveux blancs

anniversary
the old widow wipes dust from
the bedside photo

jour anniversaire
la veuve âgée époussette
la photo de chevet

(p.117) (# 168)

each haiku
another piece in
the endless jigsaw

chaque haïku
un autre morceau du
puzzle éternel

George Swede :
Almost Unseen,
Selected haiku of George Swede.
Brook Books, 2000.

°°°

(Prochainement :
The Essence of Modern Haiku,
300 poems by Seishi Yamaguchi, 1993
Ed. Mangajin Inc. (USA).
)

G. Swede ‘Almost Unseen’ Haïkus choisis 71-90

26 avril 2012

George Swede Almost Unseen, Brook Books, 2000.

71 (p.62)

grandfather’s old boots
I take them
for a walk

les bottes du grand-père,
je les emmène
marcher

(p.63)

autumn clothesline
his and her pyjamas
frozen together

corde à linge en automne
leurs pyjamas,
à lui et à elle,
gelés ensemble

calmly talking divorce
underfoot the crackle
of fallen leaves

parlant sereinement de divorce
sous leurs pas le crissement
des feuilles tombées

(p.64)

among the yellow roses
the yellow butterfly
grows still

au milieu des roses jaunes
le papillon jaune
s’immobilise

divorce proceedings over
wet leaves stick
to my shoes

les formalités du divorce accomplies
des feuilles humides collent
à mes chaussures

(p.65)

under the dirty,
one-eyed hen – a perfect
white egg

sous la poule sale
et borgne, un œuf blanc
parfait

(p.66)

at the edge of the precipice – I become logical

au bord du précipice – je deviens logique

windowless office
a fly buzzes against
my glasses

bureau sans fenêtre
une mouche vrombit
contre mes lunettes

(p.67)

streetwalker
with a black eye – halo
around the moon

prostituée avec
un œil au beurre noir – halo
autour de la lune

(p.69)

red evening clouds
the nurse changes
my bandages

nuages rouges du soir
l’infirmière change
mes bandages

(81)

grandpa’s fiddle
silent on the mantel
a cricket creaks

le violon de grand-père
silencieux sur la cheminée
un grillon crisse

(p.70)

through a hole
in the fog – billboard’s girl’s
radiant face

à travers un trou
dans le brouillard – le visage radieux
de la fille de l’affiche

in the pawnshop window
a hooker studies
her reflexion

dans la vitrine du prêteur sur gages
une prostituée examine
son reflet

(p.72)

she ices
the birthday cake
snow on the mountain

elle glace
le gâteau d’anniversaire
neige sur la montagne

(p.73)

still on the bookshelf
the mother-in-law’s finger line
through the dust

encore sur l’étagère de la bibliothèque
la trace du doigt de la belle-mère
à travers la poussière

still channel waters
the bow of the ferry plows
through the Milky Way

eaux calmes du canal
l’étrave du ferry laboure
la Voie Lactée

(p.74)

fishermen scrape
boats in dry dock – harbor ice
breaking up

des pêcheurs grattent
les bateaux en cale sèche – la glace du port
se brise

winter morning – her cold pyjamas

matin d’hiver – son pyjama froid

(p.75)

the sound of thaw
in the drain – we both start
to speak first

bruit du dégel
dans le tuyau – tous deux commençons
à parler en premier

(p.76)

ice-edged pond
the divorcee’s ring
on white skin

mare entourée de glace
l’anneau de peau blanche
du divorcé *

* / de la divorcée

neighbor’s washing day
clothesline full
of icicles

jour de lessive du voisin *
la corde à linge couverte
de glaçons

* / de la voisine

(à suivre : 91/)

G. Swede ‘Almost Unseen’ haïkus choisis 61-70)

25 avril 2012

hot summer night
she takes off
her crucifix

nuit chaude d’été
elle retire
son crucifix

the dragonfly
zigzags the pond – a rainbow
in its wing

la libellule
zigzague sur la mare – un arc-en-ciel
en son aile

marital dispute
I patch cracks
in the cement

dispute conjugale
je bouche des fentes
dans le ciment

passport check
my shadow waits
across the border

contrôle des passeports
mon ombre attend
de l’autre côté de la frontière

at the fork
in the trail – I piss
two streams

à l’embranchement
de la piste – je pisse
double jet

clear creek water
flowing over smooth stones
how young she looks

eau claire du ruisseau
coulant sur des pierres lisses
qu’elle a l’air jeune !

again, the bald barber
cuts my hair
too short

encore une fois, le coiffeur chauve
coupe mes cheveux
trop court

putting holes
in my argument
the woodpecker

creusant des trous
dans mon raisonnement
le pic vert

first autumn leaves
my gold filling
gently throbs

premières feuilles d’automne
mon plombage en or
doucement palpite

knothole in the fence
an evening sunbeam betrays
the spider’s web

trou nodal dans la barrière
un rayon de soleil vespéral trahit
la toile d’araignée

(à suivre : 71/168)

George Swede ‘Almost Unseen’ Haïkus choisis 51-60)

21 avril 2012

George Swede Almost Unseen (Presque invisibles), Haïkus choisis : 51-60)

my wife plays Strauss
on the piano – walzing
willow shadows

ma femme joue Strauss
au piano – valsantes
ombres du saule

(ou :)

ma femme joue Strauss
au piano – les ombres
du saule valsent

waving good-bye
to the father – a clothesline
of children’s shirts

disant au revoir
au père – une corde à linge
de chemises d’enfants

ocean sunset
he whispers something
and her earrings glow

coucher de soleil sur l’océan
il murmure quelque chose
ses boucles d’oreilles brillent

just outside
the prison wall
a gopher mound

juste à l’extérieur
du mur de la prison
le monticule d’un gauphre

cool forest lake
as I slip off my shorts – the snort
of a bull moose

lac froid de forêt
comme j’enlève mon short – le grognement
d’un orignal

midday heat
grasshopper on the shady side
of the blade

chaleur de midi
une sauterelle du côté ombragé
de l’herbe

cold dawn rain
I turn to touch
my wife

pluie froide de l’aube
je me retourne pour toucher
ma femme

as I reach for
the lovely pink shell – the water
bends my arm

comme j’allais toucher
la jolie coquille rose, l’eau
détourne mon bras

after the abortion
she weeds
the garden

après l’avortement
elle désherbe
le jardin

the hum of the fan
cigarette smoke streams
through our silence

bourdonnement du ventilateur
la fumée de cigarette dérive
dans notre silence

(à suivre : 61/167)

George Swede : ‘Almost Unseen’ / ‘Presque invisibles’ : Introduction : Tom Lynch

21 avril 2012

Introduction (: par Tom Lynch) :

« À la différence des haïkus, les senryûs sont spirituels, amers, ironiques, sardoniques, comiques. »

Walt Whitman : « L’amour est une carlingue de la création. »

« Les haïkus de George Swede sous-entendent qu’il n’y a pas de séparation entre nos âmes, nos psychés et nos corps physiques et très sensuels, mais seulement une expansion sans coutures. »

« Les haïkus de Georges sont éveillés aux manières dont le monde phénoménal, tout en étant complètement lui-même (comme il se doit dans le haïku), crée cependant des harmonies qui résonnent au-delà du moment particulier. »

« Ce que j’admire le plus dans les haïkus de Swede, ce sont ces aperçus des différentes manières dont le schisme entre les humains et la nature est transfiguré. »

« La précision juste de l’image même concentre l’attention, en écartant les abstractions philosophiques diffuses. Le haïku provoque des idées, mais ce ne sont pas des idées. »

« Les haïkus concernent ces moments sensuels vagabonds, moments qui sont presque, mais pas, presque pas, inaperçus. C’est l’habileté de Swede de les voir, de les entendre, de les humer, de les toucher et de les goûter, que je jalouse le plus. »

: Tom Lynch (New-Mexico, 20 octobre 1999.)

George Swede : ‘Almost Unseen’, selected haiku – ‘Presque invisibles’ : haïkus choisis

18 avril 2012

Selected Haiku of George Swede :
Almost Unseen
Brooks Books, 2000.
Haïkus choisis de George Swede :
Presque invisibles,
Brooks Books, 2000.

Préface de l’auteur
:

« Beaucoup de personnes croient que le haïku est un poème de trois lignes comprenant 17 syllabes disposées en 5/7/5. De telles personnes ne sont pas ennuyées par le fait que leur définition du haïku ressemble à dire qu’un chat domestique est un petit mammifère qui a une fourrure, quatre pattes et une queue. Ils publient consciencieusement leurs tercets de 17 syllabes sur Internet et ailleurs, et proclament que ce sont des haïkus bien que pour ceux qui s’y connaissent plus, ils ressemblent à des chiens, des ratons laveurs ou des mouffettes. Ces individus mal orientés n’ont pas appris qu’un haïku doit aussi contenir des images sensorielles, un contenu de « nature », et qu’il soit capable de générer un sentiment de crainte respectueuse ou d’émerveillement. Ceci revient à ajouter à la définition d’un chat domestique qu’il a des yeux perçants et des oreilles fines, qu’il chasse les souris et ronronne quand il est content.
Nous savons tous que le chat domestique est encore plus complexe que cela, et ainsi en est-il du haïku. Par exemple, un haïku n’a pas besoin d’avoir 17 syllabes. De fait, moins il en a, mieux ça vaut. Les trois lignes ne sont pas non plus nécessaires. Il peut s’écrire en 1, 2, 4 lignes, ou même plus. Une qualité qu’il doit avoir, cependant, est le temps au présent, ce qui crée un sentiment de l’ici-et-maintenant, qui caractérise tout haïku véritable.
(…)
La caractéristique la plus importante du haïku (est) nommément la création de cette crainte respectueuse et de cet émerveillement (…) »

G.Swede, 22 août 1999, Toronto, Ontario.

(à suivre : l' »Introduction » de Tom Lynch…)