Posts Tagged ‘Poèmes païens’

« L’a-pensée » d’A. Caeiro (F.Pessoa) 6

30 juin 2010

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« Quand je fais attention, je ne prends pas plaisir : je vois. »

(p.116)

« Voir en réussissant à me dispenser de tout sauf de ce qui est vu.
Telle est la science du voir, qui n’en est pas une. »

(p.117)

« Telle a toujours été ma vie, et
Telle je désire qu’elle soit toujours –
Je vais où le vent m’emporte et je ne me
Sens pas penser. »

(p. 117)

« Je m’enveloppe dans une couverture et je ne pense pas, fût-ce à penser.
Je ressens un plaisir tout animal et vaguement je pense, »

(p.120)

« Tant que je marche sur la route avant le tournant,
Je me contente de regarder la route avant le tournant,
Puisque je n’en puis voir autre chose. »

« N’ayons cure que du lieu où nous sommes.
Il est assez de beauté dans le fait d’être ici et nulle part ailleurs.
S’il y a quelqu’un au-delà du tournant de la route,
Ceux qui s’inquiètent de ce qu’il y a par-delà le tournant de la route,
C’est cela qui pour eux est la route.
Si nous devons y parvenir, en y parvenant nous saurons.
Pour l’instant nous savons seulement que nous n’y sommes pas.
Il n’est ici que la route avant le tournant, et avant le tournant
Il y a la route sans aucun tournant. »

p.119-120 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

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« L’a-pensée » d’A. Caeiro (F. Pessoa) 5

30 juin 2010

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« tout le monde aime les fleurs parce qu’elles sont belles, et pour moi c’est différent.
Et tout le monde aime les arbres parce qu’ils sont verts et donnent de l’ombre, mais pas moi.
Moi j’aime les fleurs parce qu’elles sont fleurs, directement.
Moi j’aime les arbres parce qu’ils sont arbres, sans ma pensée. »

p.114-5 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

 » L’ a-pensée  » d’A. Caeiro (F. Pessoa) 4

30 juin 2010

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 » L’eau chuinte dans la cruche que je porte à mes lèvres.
 » C’est un bruit frais » me dit quelqu’un qui n’en boit pas.
Je souris. Le bruit n’est que le bruit d’un chuintement.
Je bois l’eau sans rien entendre avec ma gorge.  »

p.114 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

 » L’a-pensée  » d’A. Caeiro (F. Pessoa) 3

30 juin 2010

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 » La confondante réalité des choses
Est ma découverte de tous les jours.  »

(p.96)

 » Je ne sais pas ce que les autres penseront en lisant ceci ;
Mais je trouve que ce doit être bien puisque je le pense sans effort,
Sans la moindre idée de témoins attentifs à m’écouter penser ;
Puisque je le pense sans pensées,
Puisque je le dis comme le disent mes mots.  »

(p.97)

 » J’ai compris que les choses sont réelles et toutes différentes les unes des autres ;
J’ai compris ça avec les yeux, jamais avec la pensée.
Comprendre ça avec la pensée serait les trouver toutes semblables.  »

(p.101)

 » Moi je ne passe jamais de l’autre côté de la réalité immédiate.
De l’autre côté de la réalité immédiate il n’y a rien.  »

(p. 101-2)

 » La réalité est seulement réelle, et non pensée.  »

(p.104)

 » Le miroir réfléchit juste ; il ne se trompe pas parce qu’il ne pense pas.
Penser est par essence se tromper.
Se tromper est par essence être aveugle et sourd.  »

(p.105)

 » Je suis lucide comme si je n’avais jamais pensé,
Comme si j’avais pris racine, liaison directe avec la terre,  »

(p.107)

 » Je suis né sujet comme les autres aux erreurs et aux défauts,
mais jamais à l’erreur de vouloir trop comprendre,
Jamais à l’erreur de vouloir comprendre avec l’intelligence seule,  »

(p.108)

 » Si l’âme est plus réelle
Que le monde extérieur, ainsi que toi, philosophe, tu le dis,
Pour quoi donc le monde extérieur m’a-t-il été donné en tant que modèle de la réalité ?  »

(p.109)

 » Mes jours de parfaite lucidité naturelle,
Je perçois sans percevoir que je perçois,
Je vois sans savoir que je vois,  »

(p.110)

 » Nous vivons avant de philosopher, nous existons avant de le savoir,  »

 » Tu dis, philosophe malade, philosophe pour tout dire, que c’est là du matérialisme.
Mais comment cela peut-il être du matérialisme, si le matérialisme est une philosophie,  »

(p.110-1)

 » La chimie directe de la Nature
Ne laisse aucun terrain vague pour la pensée.  »

(p. 112)

 » Toutes les opinions qu’il y a sur la nature
n’ont jamais fait pousser une herbe ou naître une fleur.  »

(p.112)

 » Quelle science plus vraie que celle des choses sans science ?
Je ferme les yeux et la terre dure sur laquelle je m’allonge
A une réalité si réelle que mon dos lui-même la sent.
Je n’ai nul besoin de raisonnement là où j’ai des épaules.  »

(p.113)

extraits de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

 » L’a-pensée d’A.C. (Fernado Pessoa) (2)

30 juin 2010

°

 » Je sais que la pierre est réelle, et que la plante existe.
Je le sais parce qu’elles existent.
Je le sais parce que mes sens me le montrent.

Je sais que je suis réel moi aussi.
Je le sais parce que mes sens me le montrent.  »

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p.95 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

 » L’a-pensée  » d’Alberto Caeiro (F. Pessoa)

30 juin 2010

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 » Je touche là où je touche, non là où je pense.
Je ne peux m’asseoir que là où je suis
Et cela fait rire comme toutes les vérités absolument véritables,
Mais ce qui fait rire pour de bon c’est que nous autres nous pensons toujours à autre chose
Et sommes en vadrouille loin d’un corps.  »

p.94 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.