Posts Tagged ‘poèmes de mort de haïjins’

Poèmes de mort de haijins : KAEN, KAFU (1).

20 février 2012

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KAEN
(mort le 13è jour du 9è mois de 1772, à 75 ans)

un chrysanthème d’arrière-cour
regarda le soleil couchant
et se fana

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KAFU
(mort le 29è jour du 9è mois de 1784, à 36 ans)

Si je dois mourir,
que je meure alors
avant l’hiver

NB : « Kafu était le fils d’une famille de très riches pharmaciens de médecine chinoise. Il négligea les affaires de famille, à cause, apparemment, de ses ambitions littéraires et artistiques. La famille tint conseil pour le démettre de ses fonctions dans l’entreprise et lui construisirent un logement pour qu’il y vive. Il semblerait qu’il ait passé le reste de sa vie en tant que moine.
Kafu était ami du peintre et poète Buson, et comme lui, peignait de temps à autre. Kafu mourut à la fin de l’automne, deux jours avant la venue de l’hiver. »

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Poèmes de mort de haijins – JOMEI – JOSEKI – JOWA

3 février 2012

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JOMEI
(mort le 7è jour du 9è mois de 1766, à 61 ans)

Feuilles de mots :
couleurs d’automne
une montagne calme.

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JOSEKI
(mort le 21è jour du 7è mois de 1779, à 85 ans)

Ce doit être
mon anniversaire, là-bas
au paradis.

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JOWA
(mort le 2è jour du 2è mois de 1785, à 71 ans)

Deuxième mois :
je porte un nouveau chapeau de bambou
et rentre à la maison.

NB : Ce n’est pas un poème de mort, mais le dernier poème de Jowa (un zekku), poème écrit avant la mort d’un poète, sans qu’il l’ait désigné comme poème de mort.Il advint parfois qu’un poète, bien qu’ayant l’intention d’écrire un jisei, décéda trop soudainement pour en écrire un et ne laissa donc qu’un dernier poème. Quelques poètes n’éprouvèrent pas le besoin de suivre cette tradition. D’autres écrivirent un poème de mort des jours, des mois, voire des années avant leur mort, de sorte que leur dernier poème n’est pas leur poème de mort.
Le cas de Jowa était du premier type. La première nuit du 2è mois, il séjourna avec des parents dans son cottage et composa ce poème lors de la conversation. Le jour suivant, il mourut soudain.
Il y a un jeu de mots en japonais. Kisaragi, mot ancien pour le deuxième mois signifie également « habillé, couche après couche », ce qui indique la saison froide. Avec ça et l’image du chapeau de bambou, il pensait évidemment à son voyage de retour de son cottage en ce jour pluvieux et froid.

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(à suivre : Kaen…)

Poèmes de mort de haijins – ISSHO – ISSO – JAKUA

30 janvier 2012

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ISSHO
(mort le 6è jour du 12è mois de 1688, à 36 ans)

Du fond de mon coeur
comme sont magnifiques les nuages
de neige à l’ouest

NB (Y.H.) : Une source décrit la mort d’Issho ainsi : Issho, qui vivait dans la ville de Kanazawa, adorait le haïkaï. Quand Bashô passa par Kanazawa lors d’un voyage, Issho désirait ardemment qu’il logeât chez lui. Cette année-là, cependant, Issho était tombé mortellement malade, et savait que sa fin était proche. C’était la treizième année après la mort de son père, et Issho décida de composer treize kasen (renga de trante-six versets) en mémoire de son père. Ses amis essayèrent de l’en empêcher, disant : « Ta respiration est irrégulière. Qui sait ce qui t’adviendra une fois que tu auras terminé le treizième poème ? » Issho leur répondit : »Même si je meurs, je ne le regretterai pas. » Après cinq kasen sa respiration devint lourde, et il pouvait à peine tenir son pinceau. En dépit de cela il continua et acheva les autres huit. Sa tâche finie, ses yeux brillèrent de joie et il annonça : « Avec ces poèmes près de moi, je n’ai rien à regretter. »
Comme ses paupières s’alourdissaient, il ferma les yeux et dit (le poème ci-dessus)… L’automne de l’année suivant la port d’Issho Bashô écrivit un poème en sa mémoire : « Bouge, ô tombe, / le bruit de mes pleurs / est le vent d’automne.(…)
Issho mourut au milieu de l’hiver, quand la neige avait recouvert sa province. On peut considérer que « les nuages de l’ouest » sont une image saisonnière, mais dans ce poème ils se réfèrent probablement aux messagers d’Amida venant saluer les morts sur leur chemin de la Terre Pure.

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ISSO
(mort le 17 novembre 1899, à 57 ans)

Baissez votre prix !
Qu’en est-il si j’en ai 57 ?
L’année est presque achevée !

Isso tire son image du commerce. Le sort vend la vie à l’homme, et à la fin des années qui lui sont accordées, l’homme doit s’acquitter de la dette contractée à sa naissance par le destin. Isso, conscient qu’il a déjà reculé l’échéance de deux ans (comme l’espérance de vie d’un homme, selon certaine tradition, est de 55 ans), demande de repousser encore sa dette d’un peu plus longtemps, jusqu’à la fin de l’année. Il demande même une réduction, pensant peut-être à la pratique des firmes japonaises qui organisent des soldes à la fin de l’an. Mais qu’il obtienne ou non cette déduction, le poète semble suggérer que quand il reviendra sa situation n’aura pas changé de beaucoup de toutes façons !

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JAKUA
(mort le 5è jour du 5è mois de 1801)

Coucou,
allons ! – comme les cieux
de l’Ouest sont clairs !

NB (Y.H. :) Le nom de plume du poète se compose d’idéogrammes possédant un sens religieux. Jaku signifie la tranquillité, la mort en état d’éveil; a est la première syllabe du nom du Bouddha Amida. De ceci nous apprenons que Jakua était un moine ou un prêtre bouddhiste.

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(à suivre : Jikko)

Poèmes de mort japonais – BOK – BUS

30 juin 2011

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BOKUKEI (Nakajima Saburosuka)
(meurt le 16è jour du 5è mois de 1869)

coucou, moi aussi
je chante, crachant du sang
mes pensées bienveillantes

Le coucou a une gueule ruge, et à cause de cela, ou peut-être à cause de son cri rauque, un proverbe dit que « quand le coucou chante, son sang coule. »

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BOKUSUI
(meurt le 29 novembre 1914, à 40 ans)

Un monde qui s’en va –
La neige qui fond
n’a pas d’odeur

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BUFU
(meurt le 24è jour du 7è mois de 1792)

Ô, peu m’importe
où les nuages d’automne
dérivent !

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BUNZAN
(meurt le 14è jour du 1er mois de 1787)

j’ai traverseé de l’année dernière
à la nouvelle –
aujourd’hui est la limite

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BUSON
(meurt le 25è jour du 12è mois de 1783, à 68 ans)

ces derniers temps
les nuits s’achèvent
dans une blancheur de fleurs de prunier

On dit que, environ un mois avant sa mort, Buson alla ramasser des champignons dans les collines et qu’à son retour il tomba malade. Le 24è jour du 12è mois, veille de sa mort, il appela son disciple Gekkei, lui donna un pinceau et lui demanda d’inscrire trois poèmes. L’image d’un rossignol apparaît dans les deux premiers, et dans le troisième, celle d’un prunier. Ces deux images sont associées à la fin de l’hiver et au début du printemps.

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(à suivre…)