Posts Tagged ‘poème de mort’

poème de mort japonais – GINKO

29 août 2011

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GINKO
(mort le 19è jour du 1er mois de 1790, à 73 ans)

Vois –
Vois comme la neige du printemps fond
et moi encore ici…

Si l’on s’en tient au calendrier solaire pour la date de sa mort, il apparaît que Ginko décéda au début de mars. A cette époque la neige fond dans le sud du Japon.

(à suivre : GOCHU.)

Poème de mort japonais – GAZEN

18 juillet 2011

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GAZEN
(mort le 27è jour du 11ème mois de 1825, à 82 ans.)

je m’appuie contre
le poêle et voilà !
l’éternité !

Un kotatsu est une table basse sous laquelle se trouve un appareil de chauffage et sur laquelle on étend une grande nappe rembourrée. Les gens s’assoient sur des coussins et étendent leurs jambes sous la table, rassemblant le bord du tissu autour du bas de leur corps.
Jakkodo signifie « pays paisible de la lumière éternelle ». C’est l’un des nombreux noms donnés par les Bouddhistes à la vie future ou à l’état d’illumination.
Gazen mourut au milieu de l’hiver. Devons nous décrire la mort survenant brusquement, comme si l’homme se trouvait à un moment appuyé contre le kotatsu, à se chauffer les os, et au moment suivant comme s’il se trouvait dans l' »éternité » ? Il est peut-être préférable de lire le poème comme l’image d’un lieu et d’un moment. Les quatre-vingt-deux années de Gazen doivent lui avoir appris que ce monde des sens et le royaume de l’absolu se trouvent où on les voit !

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(à suivre : GENGEN’ICHI)

Poèmes de mort japonais – GAKI

17 juillet 2011

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GAKI
(mort le 24 juillet 1927, à 36 ans)

un seul point
brille encore dans le noir :
mon nez morveux

Gaki, plus connu sous son vrai nom de Akutagawa Ryunosuke, fit précéder son poème de ces mots : « Riant de moi-même ». Il donna ce poème à sa tante la nuit du 23 juillet et lui demanda de le donner le matin suivant au docteur de la famille, lui-même poète de haïku. Cette même nuit, Akutagawa se tua en avalant du poison.
Akutagawa était un des plus grands auteurs japonais modernes.
Peu après sa naissance, sa mère devint folle, ce qui projeta une grande ombre sur sa vie. Une de ses premières nouvelles, appelée Hana (le nez) fut acclamée par l’écrivain Natsume Soseki (1867-1916) et propulsa Akutagawa sur la scène littéraire de son époque.

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(à suivre : GAZEN)

Poèmes de mort japonais – F

30 juin 2011

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FUSEN
(meurt le 29è jour du 11è mois de 1777, à 57 ans)

alors, aujourd’hui est le jour
où le bonhomme qui fond
est un véritable homme !

Fusen mourut au milieu de l’hiver, et l’image d’un homme qui fond comme un bonhomme de neige est saisonnière.
Au Japon, les bonshommes de neige représentent Daruma (en sanscrit : Bodhidharma), le moine indien qui, selon la tradition, alla en Chine en 520, et y fonda la secte du bouddhisme zen. L’expression yukibotoke (« Bouddha de neige ») a une signification supplémentaire, car hotoke est le terme employé par les Japonais pour désigner toute personne décédée. L’image n’est pas uniquement de saison, mais aussi du caractère transitoire de la vie.

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FUSO
(mort le 11è jour du 4è mois de 1886, à 47 ans)

sur la fleur de lotus
la rosée du matin
s’amenuise

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FUWA
(mort au 2è mois de 1712)

la terre est parfumée
de pétales de prunier qui tombent
sur le chemin de la maison

Fuwa, résidant à Yamagata, au nord du Japon, mourut loin de chez lui à Kyoto, à la saison de la floraison des pruniers. Dans les régions septentrionales froides du Japon, les pruniers fleurissent plus tard qu’ailleurs dans le pays.

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(à suivre…G)

Poèmes de mort japonais – E –

30 juin 2011

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ENRYO
(meurt le 15è jour du 7è mois de 1855, à 55 ans)

Les eaux de l’automne
de ce monde m’éveillent
de mon ivresse

Une des coutumes japonaises est de donner de l’eau (shimizu), « eau de mort » aux mourants. Ceci n’est pas seulement un moyen de soulager ses lèvres asséchées : c’est toujours un parent ou un ami proche qui la lui donne, et l’eau provient d’une source particulière. Dans le poème d’Enryo, les dernières eaux de ce monde sont des eaux de l’automne (aki no mizu)parce que le poète mourut tôt à cette saison. Les eaux éveillent le ourant de l’intoxication de cette vie et le dégrisent des illusions de l’existence.

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ENSEI
(meurt le 16è jour du 5è mois de 1725, à 69 ans)

Cadeau de départ pour mon corps :
quand il le souhaitera,
ma dernière respiration

Einsei remercie son corps pour les services qu’il lui a rendus durant sa vie, et comme « cadeau de départ », il est prêt à le délivrer de l’âme, quand il le désire.

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ENSETSU
(meurt le 19è jour du 9è mois de 1743, à 73 ans)

rafale d’août :
je n’ai plus d’affaires
en ce monde

Ensetsu grandit dans un temple bouddhiste zen et fut prêtre, des années ensuite. Au haïku écrit avant sa mort il joignit – comme c’est la coutume chez les moines zen – un poème de mort en chinois :

Beaucoup de choses me sont advenues
en suivant le Bouddha
pendant 37 ans
Qu’est la mort ?
librement, de mon être véritable,
ho ! ho !

« Ho ! » est une traduction de Totsu, un cri d’éveil.
Ensetsu était très attaché à son maître de haïku, Rosen, avec lequel il parcourut le Japon. Quand Ensetsu entendit que son maître était tombé malade, il se hâta de le rejoindre, bien que lui-même souffrît de fortes douleurs stomacales. Du jour où Rosen mourut, la maladie d’Ensetsu empira et il survécut à son maître à peine un mois.

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ENSHI
(meurt le 12 février 1900, à 63 ans.)

toutes les choses vivantes
ont leur fin :
un saule noueux

Kobu signifie « gonflant » et peut faire référence à un noeud dans le bois d’un arbre. Cependant le même mot s’applique aux tumeurs des maladies atteignant l’homme.

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(à suivre… F)

Poème de mort japonais – Bashô

26 juin 2011

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BASHÖ
(mort le 12è jour du 10è mois de 1694, à 54 ans)

claire cascade,
de vertes aiguilles de pin
éparpillées sur les vagues

Ceci est une révision de son poème composé en juin de cette année 1694 :

claire cascade
nulle poussière sur les vagues
lune d’été

Quand ses élèves lui firent entendre qu’il devait laisser un poème de mort, Bashô répliqua que n’importe lequel de ses poèmes pouvait être son poème de mort. Cependant, le 8è jour du 10è mois, après avoir réuni ses élèves autour de son lit, il écrivit ce poème :

malade en voyage
mon rêve s’égare
sur les champs desséchés

Bashô mourut quatre jours plus tard.

Poème de mort japonais – ATSUJIN

26 juin 2011

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ATSUJIN
(mort le 30è jour du 4è mois de 1836, à 79 ans)

terre et métal…
bien que ma respiration s’arrête,
temps et marée continuent

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Poème de mort japonais – ASEI

26 juin 2011

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ASEI
(mort en 1752)

Fleurs des herbes :
à peine visible et desséchées,
leur nom et tout…

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Poème de mort de moine zen – DOGEN

12 mars 2011

DOGEN
(1200-1253)

Pendant 54 ans avec des étoiles
J’ai décoré le ciel.
Maintenant, j’y gambade,
C’est bouleversant !

(in 365 jours zen, Le Courrier du livre, 2000, p.102.

Poème de mort de moine zen – TOSUI UNKEI

11 mars 2011

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TOSUI UNKEI
(mort le 19ème jour du 9ème mois de 1683, à plus de 70 ans.)

Pendant plus de soixante-dix ans
J’ai goûté entièrement à la vie.
L’odeur d’urine colle à mes os.
Quelle importance que tous ceux-ci ?
Ho ! Où est l’endroit où je m’en retourne ?
Au-dessus du pic le clair de lune blanchit
Un vent clair souffle.

Tosui, que tous appelaient « le saint mendiant », entra au monastère dès l’âge de sept ans. Adolescent, il jeûnait souvent, et se tenait à l’écart. Il refusa de rejoindre une secte en particulier et ne restait jamais longtemps au même endroit. Dans un des monastères où il demeura plusieurs années, il se trouva – contre sa volonté – à devoir enseigner le zen. Au plus fort de la saison d’enseignement, il écrivit ces mots sur la porte du monastère, avant de quitter l’endroit :

Aujourd’hui voici venue la fin du travail religieux –
Retournez tous chez vous.
Je pars avant vous,
vers l’est ou vers l’ouest,
où le vent me portera

Après avoir vagabondé à travers le Japon, Tosui rejoignit les mendiants de Kyoto et vécut parmi eux. Un jour, un de ses anciens disciples l’y trouva. Il était vêtu de haillons, hirsute, portant un matelas de paille sur son dos. L’élève demanda de se joindre à lui, mais Tosui, essayant de l’éloigner, le repoussa. En dépit de cela, le jeune moine mit des hardes de vagabond et suivit son maître. Tosui ne lui adressa pas la parole. Dans la ville de Katata, près du lac Biwa, tous deux trouvèrent la dépouille d’un mendiant et ils l’enterrèrent. Quand l’élève s’exclama : « Pauvre homme ! », Tosui se tourna vers lui pour le tancer : « Pourquoi plaindre l’homme ? Le plus honoré des hommes et le dernier des mendiants partagent le même destin : la mort. » Tosui s’assit ensuite pour manger la soupe de riz qu’avait laissée le clochard, murmurant, en le mangeant : « Mmh, c’est bon ! » Soudain, il se tourna vers son élève et lui commanda : « Mange ! » Ne pouvant qu’obéir, le disciple prit une petite portion de porridge dans sa bouche, mais, incapable de l’avaler, il la recracha. « Je t’avais averti de ne pas me suivre », lui reprocha Tosui, et il le chassa.
Ainsi Tosui erra de place en place, survivant en tressant des bottes de paille pour couvrir les pattes des chevaux l’hiver, et en portant des gens sur son dos. Pendant quelque temps il vécut dans la ville d’Otsu (préfecture de Shiga) sous un toit de paille tendu au-dessus de l’espace entre deux hangars. À ce moment-là, un palefrenier, qui voyait en Tosui un saint, lui apporta un portrait du Bouddha Amida. Sur le portrait Tosui écrivit :

Bien que mon logis soit petit
Je t’accueille, Seigneur Amida –
Mais ne pense pas un instant
Que j’aie besoin de toi pour la vie après la mort.

Tosui passa les dernières années de sa vie à Kyoto, vivant d’abord sous un pont et plus tard dans une cabane à moitié démolie, en banlieue. Il mourut assis en position zen, son poème de mort à côté de lui.

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grand