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46 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1183-1200

12 juin 2011

°
(p.1183 :)

la pluie d’hiver
nous montre ce que nous voyons
comme si c’était il y a longtemps

Buson

pluie d’hiver;
une souris court
sur le koto *

Buson

* : sorte de harpe, longue d’un mètre environ, qui se joue horizontalement.

pluies de mai ;
une souris court autour
du vieux panier d’osier

Rankô

°
(p.1184 :)

le son d’une souris
marchant sur une assiette
est froid

Buson

le bruit des dents
d’un rat qui mord du fer
est froid

Buson



dans le froid du temple,
le bruit d’une souris
mâchant de l’anis chinois

Buson



une souris
traverse une flaque
dans la tempête d’automne

Buson

sur un parapluie, crépitement des gouttes,
mais il entre à côté;
le soir s’assombrit

Ranran

°
(p.1185 :)

qui est éveillé,
sa lampe brûlant encore ?
pluie froide à minuit

Ryôta

premier gel :
un beau matin,
le goût de l’eau de riz !

Chora

°
(p.1186 :)

une baie rouge
tombée
sur le givre du jardin

Shiki

il tombe de la neige fondue ;
insondable, infinie
solitude

Jôsô

°
(p.1187 :)

la vieille mare ;
une sandale de paille échouée au fond,
neige fondue

Buson



première neige :
les feuilles des jonquilles
plient à peine

Bashô

pluie de printemps,
assez pour mouiller les petits coquillages
sur la petite plage

Buson

averse d’été
trois gouttes à peu près
sur le visage de la grenouille

Shiki

°
(p.1188 :)

première neige de l’année
sur le pont
en construction

Bashô

la première neige –
de l’autre côté de la mer,
quelles montagnes ?

Shiki

ni ciel,
ni terre,
il n’y a que de la neige
tombant sans cesse

Hashin

°
(p.1189 :)


la neige a tout pris :
des champs et des montagnes,
rien ne subsiste

Jôsô

les lumières du palais
sont restreintes
cette nuit de neige

Shiki

la neige du soir tombe,
un couple de canards mandarins
sur un lac ancien

Shiki

tandis que les volailles
dormaient,
une abondante chute de neige

Kien

°
(p.1190 :)

après qu’on a coupé les herbes de la pampa,
sur les chaumes restant,
la neige est haute

Shiki

le gribouillis sur le mur
a l’air pitoyable
ce matin de neige

Buson

°
(p.1191 :)

nous admirons
même les chevaux,
ce matin de neige !

Bashô

un long ruban de rivière
serpente à travers
la lande enneigée

Bonchô

une femme et un moine
convoyés
à travers la neige tombante

Meisetsu

°
(p.1193 :)

comme il est beau
le corbeau d’habitude odieux,
ce matin de neige !

Bashô

sur lande et montagne
rien ne remue
ce matin de neige

Chiyo-ni

allume le feu,
et je te montrerai quelque chose de beau :
une énorme boule de neige !

Bashô

°
(p.1194 :)

la boule de neige
devint finalement
énorme

Ôemaru

comme la boule de neige
devint rapidement
trop forte pour nous !

Yaezakura

°
(p.1195 :)

en forme d’okumi, *
la neige s’infiltre
jusqu’à mon oreiller

Issa

* insert de kimono qui va en s’élargissant du col vers le bas

croque-croque :
le cheval mâchant de la paille,
un soir de neige

Furukuni

le trou droit
fait en pissant
dans la neige
à la porte

Issa

°
(p.1196 :)

debout immobile
sur la route du soir,
la neige tomba avec plus d’insistance

Kitô

Allons
maintenant admirer la neige
jusqu’à tomber !

Bashô

°
(p.1197 :)

les chiens gentiment
s’écartent
sur la route enneigée

Issa

la neige que nous avons vu tomber ensemble,
est-elle tombée
cette année aussi ?

Bashô

la neige ventée
tombe et souffle autour de moi
debout

Chora

°
(p.1199 :)

devrais-je périr
sur cette lande enneigée,
je deviendrai aussi
un Bouddha de neige

Chôsui

admirant la neige
un à un
ils disparaissent
dans la neige qui tombe

Katsuri

°
(p.1200 :)

quand je pense que c’est
ma neige
sur mon chapeau,
il semble léger

Kikaku

quand je pense qu’elle est mienne,
la neige sur le parapluie
est légère

(Kikaku)

« oui, oui ! » m’écriai-je,
mais l’on continua de frapper
au portail enneigé

Kyorai

°
(p.1201 : à suivre…)

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19 HAIKU d’été – Blyth – p.864-870

22 mai 2011

°
(p.864 :)

kyonen made . shikatta uri wo . tamukekeri

Ôemaru

« la pivoine était grande comme ça »
dit la petite fille
en ouvrant ses bras

ôgi nite . shaku wo toraseru . botan kana

Issa

pour mesurer cette pivoine
il eut recours
à son éventail

°
(p.865 :)

temo satemo . temo fukusô no . botan kana

Issa

ah, vraiment,
quelle grosse tête réjouie
fait cette pivoine !

niji wo haki . hirakan to suru . botan kana

Buson

prête à fleurir
et exhaler un arc-en-ciel,
cette pivoine !

°
(p.866 :)

bôtan ya . shirogane no neko . kogane no chô

Buson

la pivoine ;
un chat argenté ;
un papillon d’or

kinbyô no . kakuyaku to shite . botan kana

Buson

sur l’écran doré
une pivoine
brille fort

yamaari no . akarasama nari . shirobotan

Buson

la fourmi montagnarde
ressort
sur fond de pivoine blanche

°
(p.867 :)

shirobotan . aru yo no tsuki ni . kuzurekeri

Shiki

pivoine blanche ;
sous la lune, un soir,
s’effrita et tomba



botan chitte . uchikasanarinu . nisanpen

Buson

la pivoine est tombée ;
quelques pétales dispersés
posés l’un sur l’autre

°
(p.868 :)

botan chitte . kokoro mo okazu . wakarekeri

Hokushi

les pivoines tombées,
nous nous séparâmes
sans regrets



ame no hi ya . kado sagete yuku . kakitsubata

Shintoku

jour de pluie ;
quelqu’un passe ma porte
avec des iris



hebi nigete . yama shizuka nari . yuri no hana

Shiki

le serpent se sauve,
la montagne est silencieuse :
cette fleur de lys !

°
(p.869 :)

hebi nigete . ware wo mishi me no . kusa ni nokoru

Kyoshi

le serpent s’enfuit
mais les yeux qui me fixèrent
restèrent dans l’herbe

yane hikuki . monookigoya ya . kiri no hana

Shiki

le toit bas
du hangar ;
fleurs de paulownia



kiri no hana . saku ya miyako no . furuyashiki

Shiki

paulownias en fleurs ;
vieux manoirs
de la capitale

nikkô no . furuki yadoya ya . kiri no hana

Shiki

vieilles auberges
de Nikkô ;
paulownias en fleurs

°
(p.870 :)

shiro-ato ya . mugi no hatake no . kiri no hana

Shiki

les ruines d’un château ;
fleurs de paulownia
dans un champ d’orge

bara wo kaku . hana wa yasashiku . ha wa kataki

Shiki

roses :
les fleurs, faciles à peindre,
les feuilles, difficiles

bara wo miru . me no tsurake ya . yamiagari

Shiki

après la maladie,
regardant les roses,
mes yeux fatigués

°
(p.871- à suivre…)

35 HAIKU d’été – Blyth – p.798-810

15 mai 2011

°
(p.798 :)

hae utsu ni . hana saku kusa mo . utarekeri

Issa

frappant la mouche,
je frappai aussi
une plante en fleur



hito hitori . hae mo hitotsu ya . ôzashiki

Issa

un humain,
une mouche,
dans la pièce spacieuse

(trad. Munier :
Un humain
une mouche
dans la vaste chambre)

°
(p.799 :)

hae nikkushi . utsu ki ni nareba . yoritsukazu

Shiki

mouches haïssables ;
quand je veux les tuer
elles n’approchent pas !

hae utte . shibaraku yasushi . yojôhan

Shiki

tuant la mouche,
pour un temps, la petite pièce
est calme

°
(p.800 :)

nemuran to su . nanji shizuka ni . hae wo ute

Shiki

je voudrais dormir ;
tuez les mouches
doucement, s’il vous plaît !

hiru no ka wo . ushiro ni kakusu . hotoke kana

Issa

les moustiques du jour,
le Bouddha les cache
derrière lui !

furuido ya . ka ni tobu uo no . oto kurashi

Buson

dans le vieux puits
un poisson saute sur un moucheron :
le son de l’eau est sombre

(trad. Munier :
Dans le vieux puits
un poisson gobe un moustique –
le bruit de l’eau est sombre)

°
(p.801 :)

waga yado wa . ka no chiisaki wo . chisô kana

Bashô

dans ma cabane,
tout ce que j’ai à vous offrir
c’est la petitesse des moustiques



waga yado wa . kuchi de fuite mo . deru ka kana

Issa

dans ma cabane
il suffit que je siffle
pour qu’arrivent les moustiques !



medetasa wa . kotoshi no ka ni mo . kuwarekeri

Issa

de quoi me féliciter :
les moustiques de cette année aussi
m’ont piqué

°
(p.802 :)

ka no koe su . nindô no hana . chiru tabi ni

Buson

la voix des moustiques
chaque fois qu’une fleur de chèvrefeuille
tombe



ka ga chirari . horari kore kara . oi ga yo zo

entrevu un moustique :
dès lors,
le monde des seniors

himabito ya . ka ga deta deta to . fure akuru

Issa

gens oisifs
le bruit se répand
que les moustiques sont là !

°
(p.803 :)

ka mo orazu . demizu no ato no . sabishisa yo

Shiki

même après l’inondation,
il n’y a pas de moustiques :
quelle solitude !

nowake shite . semi no sukunaki . ashita kana

Shiki

après l’orage
peu de cigales
ce matin d’automne

neya no ka no . bun to bakari ni . yakarekeri

Issa

moustique dans la chambre :
un seul zzz
et il brûla !

°
(p.804 :)

kabashira ni . yume no ukibashi . kakaru nari

Kikaku

de l’autre côté des colonnes de moustiques,
le pont flottant
de mes rêves

kabashira ya . futoshiki tatete . miyazukuri

Shiki

des colonnes de moustiques
grosses, épaisses,
comme celles d’un palais



kabashira no . ana kara miyuru . miyako kana

Issa

par un trou à travers
la colonne de moustiques,
on voit
la capitale !

°
(p.805 :)

kabashira ya . natsume no hana no . chiru atari

Gyôdai

colonnes de moustiques
près des fleurs de jujube
qui tombent et se dispersent



yoigoshi no . tôfu akari ni . yabuka kana

Issa

le tofu d’hier soir
brille blanc ;
des moustiques rayés le survolent

°
(p.806 :)

hatsuhotaru . tsui to soretaru . tekaze kana

Issa

la première luciole !
partie, envolée :
le vent seul dans ma main

nigete kite . tameiki tsuku ka . hatsubotaru

Issa

t’échappant ici,
as-tu poussé un soupir de soulagement,
première luciole ?

°
(p.807 :)

kusa no ha wo . otsuru yori tobu . hotaru kana

Bashô

la luciole,
en tombant de la feuille,
s’envola !

owarete wa . tsuki ni kakururu . hotaru kana

Ryôta

pourchassée,
la luciole
se cache dans la lune

(trad. Munier :
Poursuivie
la luciole
se cache dans la lune)

tobu hotaru . are to iwan mo . hitori kana

Taigi

une luciole voltigeant :
« Regarde ! », faillis-je dire ;
(mais) j’étais seul

°
(p.808 :)

ou hito ni . akari wo misuru . hotaru kana

Ôemaru

la luciole
éclaire
son poursuivant

hitotsu kite . niwa no tsuyukeki . hotaru kana

Kirei

une seule luciole s’en vient ;
le jardin
est si couvert de rosée !

°
(p.809 :)

koko kashiko . hotaru ni aoshi . yoru no kusa

Hôjo

ici et là
l’herbe de la nuit est verte
grâce aux lucioles

te no hira wo . hau ashi miyuru . hotaru kana

Banko

la luciole,
quand elle rampe sur ma paume,
je vois ses pattes

hiru mireba . kubisuji akaki . hotaru kana

Bashô

à la lumière du jour
la luciole montre
son cou rouge

akenureba . kusa no ha nomi zo . hotaru-kago

Onchô

à l’aube,
que des herbes
dans la cage aux lucioles

°
(p.810 :)

yo ga akete . mushi ni naritaru . hotaru kana

Aon

quand arrive l’aube,
la luciole devient
insecte

(trad. Munier :
Quand l’aube pointe
la luciole
devient un insecte)

moeyasuku . mata kieyasuki . hotaru kana

Chine-jo

aussi facilement qu’elle luit
elle s’éteint,
la luciole



te no uchi ni . hotaru tsumetaki . hikari kana

Shiki

la lueur
de la luciole
froide dans la main

(trad. Munier :
La luciole –
sa luisance
froide dans la main)

°
(P.811- à suivre…)

5 HAIKU d’été – Blyth – p.762-763

9 mai 2011

°
(p.762 :)

asatsuyu ni . yogorete suzushi . uri no doro

Bashô

qu’ils ont l’air frais
les melons tachetés de terre
de la rosée du matin !

(trad Munier :
Tachetés de boue
par la rosée
les melons ont un air frais)

suika hitori . nowaki wo shiranu . ashita kana

Sodô (1641-1716)

matin après la tempête :
seuls les melons
n’en savent rien

(trad. Munier :
Matin d’après l’orage –
les melons seuls
n’en savent rien)

°
(p.763 :)

nusubito no . miru to mo shirade . hiyashi uri

Issa

ignorant
le regard du voleur,
les melons au frais

(trad. Munier :
Oublieux
du regard fixe du voleur
melons au frais)

hito kitara . kawazu to nare yo . hiyashi uri

Issa

si quelqu’un vient,
changez-vous en grenouilles,
ô melons au frais !

kyonen made . shikatta uri wo . tamuke keri

Ôemaru (ou aussi Furukuni – 1719-1805)

les melons
pour lesquels je le grondai l’an dernier,
je les offre maintenant à son âme

(trad. Munier :
Les melons –
pour eux je l’ai grondé l’an passé
maintenant je les offre à son esprit)

°
(p.764 : à suivre…)

17 HAIKU de printemps + 1 waka – Blyth p.526-532

25 novembre 2010

°
(p.526) :

nete okite . ô-akubi shite . neko no koi

Issa

ayant dormi, le chat se lève,
et avec de grands bâillements
s’en va faire l’amour

°
(p.527) :

hige ni tsuku . meshi sae omoezu . neko no koi

Taigi

amours du chat –
même oublieux du riz
qui colle à ses moustaches

°

osoroshi ya . ishigaki kuzusu . neko no koi

Shiki

comme c’est terrible !
ils ont cassé le mur de pierre
les chats amoureux !

°

naku neko ni . akamme wo shite . temari kana

Issa

la petite fille jouant à la balle
fait maintenant une grimace
au chaton qui miaule

°
(p.528 :)

neko no ko ya . hakari ni kakari . tsutsu yareru

Issa

le chaton
pesé sur la balance
joue encore

°

momo no kado . neko wo hakari ni . kakeru nari

Issa

fleurs de pêchers à la porte ;
on met les chats
sur les balances

°
(p.529 :)

kome-maki mo . tsumi zoyo tori ga . keau zoyo

Issa

éparpiller du riz ,
est aussi un péché :
les poules se donnent des coups de pattes

°

yanagi kara . momongâ to . deru ko kana

Issa

 » écureuil volant !  »
sorti de sous les saules,
l’enfant

°
(p.530 :)

shirauo ya . sanagara ugoku . mizu no iro

Raizan

la blanchaille –
comme si la couleur de l’eau
bougeait

_

shirauo ya . sanagara ugoku . mizu no tama

Raizan

la blanchaille –
comme si l’esprit de l’eau
bougeait

°

ta wo tsuite . uta môshiaguru . kawazu kana

Sôkan

plaçant ses mains sur le sol,
la grenouille respectueusement
récite son poème

°
(p.531 :)

saigyô no . yô ni suwatte . naku kawazu

Issa

la grenouille,
assise et chantant
comme Saigyô

°

si les gens demandent
où est allé Sôkan,
répondez-leur donc :
 » Il est parti faire quelque affaire
dans l’au-delà  »

Sôkan (= son waka de mort)

°
(p.532 :)

haru wa naku . natsu no kawazu wa . hoe ni keri

Onitsura

au printemps, les grenouilles chantent
en été,
elles aboient

°

hitotsu tobu . oto ni mina tobu . kawazu kana

Wakyu

au son d’une qui saute,
toutes les grenouilles
sautent

°

hashi wataru . hito ni shizumaru . kawazu kana

Ryôto

quelqu’un passa sur le pont
et toutes les grenouilles
étaient silencieuses

°

kaze ochite . yama azayaka ni . kawazu kana

Ôemaru

le vent tombe,
les montagnes sont claires –
maintenant les grenouilles !

°

hi wa hi kure yo . yo wa yo ake yo to . naku kawazu

Buson

le jour : « Assombrissez le jour »
la nuit : « Éclaircissez la lumière »
chantent les grenouilles

°

(suite, p.533…)

9 Haïkus de printemps + 1 waka – Blyth, p.454-458 : Dieux et Bouddhas

20 octobre 2010

°
(p.454) :

nan no ki no . hana towa shirazu . nioi kana

Bashô

de cet arbre en fleur
que je ne connais pas –
ah, quelle fragrance !

°
(un waka de Saigyô :)

ce que cela peut-être
je ne sais,
mais de gratitude et d’admiration
tombent mes larmes

°

nan to iu . tori ka shiranedo . ume no eda

Shiki

j’ignore
de quel oiseau il s’agit –
mais le poudroiement des fleurs de pêcher !

°
(p.455 :)

onozukara . kôbe ga sagaru nari . kamiji yama

Issa

Le mont Kamiji ;
ma tête se penche
naturellement

°

yamadera ya . tare mo mairanu . nehanzô

Chora

un temple de montagne ;
personne ne vient prier
devant la peinture du Nirvana

°

kourusai . hana ga saku ote . neshaka kana

Issa

un peu une nuisance,
ces floraisons ! –
Le Bouddha endormi

°
(p.457):

nete owashitemo . hotoke zoyo . hana no furu

Issa

Bien qu’il soit étendu là,
c’est cependant le Bouddha !
des fleurs descendent

°

mihotoke ya . nete owashitemo . hana to zeni

Issa

Le Dieu Bouddha,
bien qu’il dorme :
fleurs et offrandes

°

higan no ka . shaka no maneshite . kuwarekeri

Ôemaru

étendu comme Shakamuni
je fus piqué par les moustiques
de la semaine du Nirvana

°

efumi shite . nembutsu môsu . omina kana

Shûchiku

une vieille femme
piétinant une image du Christ
répète le Nembutsu

°

(à suivre, 59 haiku, p.459-481 : Printemps – les affaires humaines)

25 Haïkus (+ 3 waka…) tirés de R.H. Blyth – Printemps, p.414-423

16 octobre 2010

°
(p.414) :

nami no yoru . kojima mo miete . kasumi kana

Shôha

on voit de petites îles
et le ressac qui se brise autour d’elles
dans la brume

shinansha wo . kochi ni hikisaru . kasumi kana

Buson

le véhicule-compas s’en va
vers le pays des Barbares
dans la brume

ekisui ni . nebuka nagaruru . samusa kana

Buson

descendant la rivière Ekisui,
un poireau flotte –
quel froid !



haru nare ya . na mo naki yama no . asagasumi

Bashô

oui, le printemps est venu ;
ce matin une colline sans nom
voilée de brume


(p.415) :

un waka de Hitomaro, tiré du Manyôshû :

dans le ciel éternel
le mont Kagu,
et autour, ce soir,
des nappes de brouillard :
le printemps est arrivé, dirait-on

na no tsukanu . tokoro kawayushi . yamazakura

Koshun

dans des endroits sans nom,
donnant de la joie, d’adorables
fleurs de cerisiers sauvages

_
(p.416) :

kusa kasumi . mizu ni koe naki . higure kana

Buson

les herbes dans la brume,
les eaux maintenant silencieuses ;
c’est le soir



kaerimireba . yuki-aishi hito . kasumi keri

Shiki

me retournant,
l’homme croisé,
perdu dans la brume

kyô mo kyô mo . kasunde kurasu . koie kana

Issa

aujourd’hui aussi, aujourd’hui aussi,
vivant dans la brume –
une petite maison

ou (p.417) :

aujourd’hui aussi,
une petite maison, vivant dans la brume,
aujourd’hui aussi


(p.417) :

kyô mo kyô mo . kyô mo take miru . hioke kana

Issa

aujourd’hui aussi, aujourd’hui aussi,
aujourd’hui aussi regardant les bambous –
ce brasier !

kyô mo kyô mo . tako hikkakaru . enoki kana

Issa

aujourd’hui aussi,
aujourd’hui aussi, un cerf-volant
pris dans l’arbre-enoki

toku kasume . toku toku kasume . hanachi-dori

Issa

vite, deviens brumeux,
vite, vite, deviens brumeux ! :
relâchant un oiseau

uri-ushi no . mura wo hanaruru . kasumi kana

Hyakuchi

la vache que j’ai vendue,
quittant le village
dans la brume


(p.418) :

kozo urishi . ushi ni aikeri . aki no kaze

Ôemaru

rencontré la vache
que j’ai vendue l’an dernier :
vent d’automne

ôbune no . kobune hikiyuku . kasumi kana

Shiki

un gros bateau
tirant un petit bateau
dans la brume

kano momo ga . nagarekuru ka yo . harugasumi

Issa

cette pêche
flottera-t-elle jusqu’ici ?
brume de printemps


(p.419):

se no hikuki . uma ni noru hi no . kasumi kana

Buson

chevauchant
un cheval court sur pattes ;
jour de brume

furimukeba . hi tomosu seki ya . yûgasumi

Taigi

me retournant,
ils allument les lampes des barrières
dans la brume du soir


(p.420) :

kasumu hi ya . sazo tennin no . otaikutsu

Issa

jour de brouillard et de brume :
Les Habitants du Ciel
peut-être bien apathiques et s’ennuient

(à comparer avec le poème de Ritaihaku :)

cette nuit, me reposant au temple Hôchôji.
si je lève la main, je peux toucher les étoiles.
je n’ose pas parler fort,
de peur de déranger les Habitants du Ciel

tôkitaru . kane no ayumi ya . haru kasumi

Onitsura

la cloche distante –
comme elle bouge en venant
à travers la brume de printemps !


(p.421) :

kasumu hi ya . shinkan to shite . ôzashiki

Issa

jour de brume ;
la grande salle
déserte et calme

yûgasumi . omoeba hedatsu . mukashi kana

Kitô

brume du soir ;
pensant à des choses passées –
comme elles sont lointaines !


(p.422) :

harukaze ya . mugi no naka yuku . mizu no oto

Mokudô

brise de printemps ;
à travers l’orge
le bruit des eaux

harukaze ni . shiri wo fukaruru . yaneya kana

Issa

vent de printemps !
les jupes du couvreur
s’envolent

harukaze ya . ushi ni hikarete . zenkôji

Issa

brise de printemps !
menée par une vache
jusqu’au temple Zenkôji


(p.423 :)

haru no kaze . oman ga nuno no . nari ni fuki

Issa

comme l’habit d’O-Man
se soulève et bat,
la brise de printemps souffle

(à comparer avec ce poème du Zenrinkushû :)

dans le jardin luit la lune,
mais il n’y a pas d’ombre sous le pin ;
au dehors, la balustrade, pas de vent,
mais les bambous bruissent.

°

à suivre… (p.424)

HAIKU de Blyth vol II Le Nouvel An 5)

17 février 2010

°

hôrai ya
tada sammon no
miyo no matsu

Champs-Élysées, soyez miens !
Ô âge de Gloire ! –
pour une branche de pin de trois sous

Issa.

Le premier jour du printemps, c’est-à-dire le Jour de l’An, on plaçait sur une petite table les objets suivants : quelques kakis séchés, une mandarine, une bigarade (orange amère), une tokoro (sorte de vigne enroulée dans un papier d’une certaine forme), une kaya(torreya nucifera), une petite orange, un kôji (sorte d’orange), des châtaignes séchées, des prunes séchées, un « tablier du diable » (sorte d’algue), des noshi(mince bandelette d’ormeau), une écrevisse ; et d’autres choses encore. Selon la tradition chinoise il y a trois îles dans la Mer de Chine : Hôrai, Hôjô et Eishu. Les habitants en sont sages, immortels, et ne vieillissent pas. Ils vivent dans des palais d’or, de cristal, de rubis et de jade. Au loin, elles ressemblent à des nuages ; de près elles apparaissent sous l’eau. C’est à ces îles que sont dédiées ces précédentes offrandes, mais à de tels êtres, si élevés, Issa n’offre que sa misérable branche de pin, avec humour, et dans la mesure où c’est de l’humour, avec sincérité, avec une piété non moins naturelle que celle que nous voyons dans le verset suivant, où les branches de pins sont posées de chaque côté du portail.

matsu tatte
minikuki kado wa
nakari keri

Disposant les branches de pin,
aucune des portes
n’a l’air pitoyable !

Getsura.

hôrai ni
nammu nammu to
iu ko kana

L’enfant dit
« Namu, Namu »
aux Hôrai

Issa.

« Hôrai » désigne ici les emblèmes placés sur la table, comme ci-dessus. L’enfant, ne sachant pas que ces choses n’ont rien à voir avec le Bouddhisme, avance en rampant et dit « Namu, Namu » (abréviation de « Namuamidabutsu ») devant elles. Ceux qui la voient ressentent un contraste désagréable, la voyant sourire, réalisent faiblement et inconsciemment que ce « non savoir » de l’enfant n’est pas différent du « savoir » que tous les emblèmes du respect et de la vénération sont de la même essence. En d’autres mots, sous ce charme enfantin se trouve la réalisation profonde en elle, en Issa et en nous, que

 » La différence est identité ;
L’identité est différence.  »

Mais Issa ne nous laisse pas sur cette pensée. Son verset original finit avec l’enfant ; c’est elle sur laquelle nos yeux se fixent, c’est son expérience de notre paradoxe intellectuel qui signifie tant pour nous. Nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à The Toys(Les Jouets) de Coventry Patmore, avec cette collection d’objets grâce auxquels l’enfant a oublié sa peine :

 » Une boite de jetons et un caillou veiné de rouge,
Un morceau de verre usé par la plage,
Et six ou sept coquillages,
Une bouteille avec des campanules,
Et deux pièces de cuivre français, rangés avec un art consommé,
pour réconforter son coeur triste.  »

ganjitsu ya
kinô ni tôki
asaborake

L’aube du Premier Jour ;
comme hier
est loin !

Ichiku.

C’est une strophe très simple, mais qui exprime bien la distance entre les deux mondes, celu id’aujourd’hui et celui d’hier. Il y a seulement quelques heures tout le monde payait des factures, travaillait, se querellait, s’enviait ; maintenant tout est paix et sourires.

oibane ni
makeshi bijin no
ikari kana

battue au volant,
la colère
de la belle servante !

Shiki.

Les poètes sont les vrais, les seuls psychologues ; eux seuls s’occupent de la vie mentale telle qu’elle se vit, telle qu’on est en train de la vivre. La soi-disante psychologie traite de notions, d’associations, d’apperceptions, – tous mécanismes morts, au lieu de la volonté dominante ou contrariée, des passions d’une variété infinie, des douleurs et des joies de la subtilité la plus profonde. La musique est la seule expression parfaite de la psyché. Dans Bach et Mozart, tout ce qui est ressenti ou voulu par l’homme est exprimé une fois pour toutes. En poésie on a atteint de grandes cimes et de grandes profondeurs, mais il y a beaucoup à faire encore dans ces directions. Dans le verset présent, tout un pan de l’âme humaine se révèle à travers ce beau visage renfrogné.

hatsu shibai
mite kite haregi
mada nugazu

Première pièce de l’année ;
revenant et ne retirant pas encore
sa robe de gala

Shiki.

Une jeune fille, invitée par ses ami(e)s, va voir une pièce au théâtre. Elle porte ses plus beaux habits, un kimono à manches longues et un obi splendide. Elle est si excitée et heureuse de cette visite au théâtre pour la première fois cette année que quand elle revient chez elle, au lieu de quitter ses beaux habits pour en mettre des plus ordinaires, elle reste là, assise, à parler et parler, le visage rouge et les gestes animés, racontant à sa mère et aux autres membres de la maisonnée combien c’était merveilleux. Dans le fait de ne pas changer d’habits il y a aussi quelque chose de pathétique ; elle souhaiterester sous le charme, elle souhaite vivre dans ce monde de fantaisie aussi longtemps que possible, avant de redevenir, telle Cendrillon, la jeune fille ordinaire du quotidien.

e ni kaita
yô na kumo ari
hatsu hi-no-de

Premier lever du soleil ;
il y a un nuage
comme un nuage dans une peinture

Shusai.

On trouve souvent cette comparaison inversée chez Shelley, où les choses de la nature sont décxrites et exprimées au moyen de comparaisons avec celles de l’art et de l’artifice.

hatsuzora wo
ima koshiraeru
kemuri kana

la fumée
forme maintenant
le premier ciel de l’an

Issa.

Pas de fumée, pas de ciel ; pas de ciel, pas de fumée. Mais Issa ne pense pas cela. Il sait, d’une manière ou d’une autre, que la fumée qui s’élève et forme le premier ciel de l’année a une signification qui ne peut être exprimée que , justement, en ne disant rien d’elle.

kachichin no
mikan mii mii
kissho kana

Comme il regarde et regarde le prix
pour la première calligraphie de l’année –
cette orange !

Issa.

Les gens autour de l’enfant, le père et la mère, grand-père et grand-mère, le grand frère et la grande soeur l’encouragent du mieux possible à écrire quelque chose, son premier écrit de l’année.
Pour ce faire, on lui promet une orange, qu’on lui montre et qu’on place à sa portée. Un oeil sur sa feuille, et un sur l’orange, l’enfant trace laborieusement les caractères. Ce

 » désir l’esprit divisé  »

est un plaisir douloureux à voir pour toute la famille, et pour nous autres aussi.

myôdai ni
wakamizu abiru
karasu kana

comme un représentant
le corbeau se baigne
dans la première eau de l’année

Issa.

Ce verset se trouve dans Ora ga haru, publié en 1819. L’année précédente, dans son Septième Journal, nous trouvons :

myôdai no
kanmizu abiru
suzume kana

en représentant,
le moineau
se baigne dans l’eau glacée

myôdai no
wakamizu abiru
suzume kana

le moineau,
en représentant,
se baigne dans la première eau de l’année

Il semble clair que celles-ci sont les versions originelles du verset en question. Issa semble avoir pensé que le corbeau serait une « procuration » plus forte, plus comique que le moineau timide. Devant la maison coule un petit ruisseau, et il y voit un moineau (après coup il trouve qu’il a fait une faute et qu’il aurait dû voir un corbeau noir lustré) prenant un bain dans ses eaux glacées. C’est la propre « première eau de l’année » d’Issa.

yaseuma wo
kazaritatetaru
hatsuni kana

premier fardeau de l’année ;
les décorations
sur le cheval émacié

Shiki.

Au début de l’année, tous les bateaux qui partaient, et les chariots, portaient, attachés, des petits drapeaux. Même encore maintenant, en certains lieux, on en place sur le harnais des chevaux.

kageboshi mo
mame sokusai de
kesa no haru

Même mon ombre
est saine et sauve et dans la meilleure des formes
ce premier matin de printemps

Issa.

Ce verset a une légère connotation « Münchausienne ». On sent que l’ombre a – comme aux temps primitifs – une existence indépendante, qui est cependant en relation fatale et vitale avec celle de l’homme.

hatsu kochi no
kawaya no akari
ugoki keri

premier vent du printemps ;
la lumière dans les toilettes
tremble

Ôemaru.

Cette lumière vacillante dans les toilettes au bout de la maison a une signification profonde; physiquement elle signifie les liens matériels qui retiennent notre vie. L’obscurité au-delà est pleine des fantômes du passé, froide et distante. Le premier vent du printemps souffle, et la lumière incertaine de la lampe à huile tremble, se penche et se redresse.
Obscurité et lumière, tranquillité et mouvement, corps et esprit – tous sont unis dans l’esprit troublé du poète.

hatsu yume ya
himete katarazu
hitori emu

premier rêve de l’année ;
je l’ai gardé secret,
et me souris à moi-même

Shô-u.

comme le sourire sur le visage de Mona Lisa. Ce secret que chacun comprend plus ou moins entièrement, mais quand on raconte le rêve, et qu’on dévoile le sens du sourire, tout s’obscurcit et se méprend. Chacun connaît notre soi secret. Quand nous commençons à nous expliquer, les idiots sont confondus et les sages ferment leurs oreilles. Shô-u était plus intelligent que Takuchi (un des suivants de Bashô) quand il dit :

amari yoki
hatsu yume uso to
iware keri

C’était un si beau premier rêve,
ils dirent
que je l’avais inventé.

°°

à suivre : Le Printemps (p.375-640)