Posts Tagged ‘mouche’

Haïkus Py – décembre 01

28 décembre 2009

°

Champs-Élysées : / les arbres aux fruits scintillants / – Approche de Noël

Métro — un Indien, / trois tournesols à la main, / à sept heures du matin

Une mobylette passe / comme une mouche sur le ventre de l’après-midi

Gravats, Ground Zero : / les pendules des voitures / stoppées à 10 h 03

une femme / au torse vert / regarde par la fenêtre / les champs verts

poems in mid-air / out of nowhere / going somewhere / ?
poèmes en l’air – / venus de nulle part / allant quelque part ?

dans la flaque de l’arbre / un crapaud / accroupi

50 millions / de crapauds / cul nu

 » Ô le parapluie, / tu as vu ce qu’il a fait ?  » / – vent de décembre

caisses de contrebasses / alignées — / musique vivante

prostituées / dans un mouchoir de lumière / – leurs jambes de décembre

flocons / chewing-gums / sur le trottoir de décembre

coupant une part de fromage / entre ses seins / la serveuse portugaise

énorme poire / au dessert / ; la serveuse portugaise

mouchoir en papier / transparent : / rhume de décembre

ses cheveux flambant rousse / – premières gelées

coccinelles / garées côte à côte : / sa bleue, ma jaune / – buvant nos bouches
(: à Y. , Halfway House, RSA, 197?)

une porte grince / dans l’immeuble — l’assurance / des choses telles qu’elles sont

(kyôku :)
Plus vous travaillerez vos haïkus, plus vous aurez de chances d’en écrire sans ratures.

le feu / jouerait de l’harmonica / sur la bûche / – veille de Noël.

la lumière du lampadaire / glisse le long de la route enneigée / : veille de Noël

sous l’affiche de Chagall / « The poet reclining » / : a poet reclining
sous l’affiche de Chagall / « Le poète allongé » / un poète s’allonge

à l’étage / un ronflement / élargit l’espace / – Noël

lendemain de Noël / dans un bidet de la maison délaissée : / trois lézards

(kyôku(s) :)
No thoughts : facts ! / Pas de pensées, des faits !
(Le factualisme, la factualité) / Poésie factuelle…
Facts / as seen and said / suddenly // Les faits / vus et dits / soudain
: La soudaineté / Fulgurances, fulgurencres…

La lune grossit / Les vaches s’emplissent / Fin de l’année

milliers d’oiseaux / sur l’océan / le soleil

chers dromadaires / qui traversez tout le soir / du haut des dunes …

des trains de pluie / tombent horizontalement / dans ce haïku

Train arrêté / au milieu des gouttes – / L’employé recense / les passagers à correspondances

un train soudain / monte par la cheminée / : feu de fin d’année

Ordre est donné au roi / la nuit / de se lever / pour aller pisser

Lumière sur le dos des livres / : (la) lune dérivante
Light on the back of books / , a drifting moon

mouche de fin d’an / d’un vol rare contre la vitre / – solitude

cadavre de mouche / au coin de la table / fin de l’année

nouveau télescope des enfants / : la grosse lune / – dernier jour de l’an

°

d. (12/01)

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d’Issa

16 décembre 2009

Semi naku ya
tsuku zuku akai
kazaguruma

A cicada is chirping:
The toy wind-mill
Is bright red.

Une cigale stridule :
Le jouet moulin-à-vent
est rouge vif.

°

Tôyama no
medama ni utsuru
tombo kana

Reflected
In the eye of the dragon-fly,
The distant hills.

Reflétées
dans l’oeil de la libellule
les collines lointaines

°

Kiji tatte
hito odorokasu
kareno kana

A pheasant flew up
And startled us,
Over the withered moor.

Un faisan s’envola
nous sidérant
sur la lande desséchée.

°

Rokudô no
tsuji ni tachi keri
kareno kana

Standing at the cross-roads
Of the Six Ways, *
The withered moor !

Au carrefour
des Six Voies *
la lande desséchée !

* Les Six Voies sont les six conditions de la vie sensible : l’enfer, les fantômes affamés, les animaux, les esprits naturels, les êtres humains, les dieux.

°

Hônen no
koe wo agekeri
kado no hae

The flies at the gate
Raise the sound
Of a fruitful year

Les mouches au portail
élèvent la voix
d’une année fructueuse.

Issa.

dans HAIKU de Blyth (p.260-1)

d’Issa

10 décembre 2009

Hae uchi ni
hana saku kusa mo
utare keri

Frappant la mouche
Cognai aussi
Une plante en fleur

Issa

(dans HAIKU de Blyth, p.226)

suite tunisienne – 47 haïkus (7-2003)

20 juin 2009

SUITE TUNISIENNE

°

une mouche tunisienne
sur la vitre du bus
vers Monastir

°

cinquième étage – clim
et vue plongeante
sur la piscine de l’hôtel

°

petit bassin :
deux jeunettes –
et deux dauphins
au fond

°

grosse chaleur
deux jeunettes
sous l’eau s’enlacent

°

Nuit de fiançailles –
Personne dans la piscine
que des dauphins peints au fond

°

au vu de tous
la fiancée s’évente
sur son estrade

°

Soseki
en vacances avec moi
– Tunisie

°

s’endormir
aux sons de l’orchestre
des fiançailles

°

fiançailles terminées
l’on replie les chaises
– lune rousse

°

fiançailles terminées
les cigales
et un coq

°

cigales,
clim –
la rondeur de la nuit

°

premiers appels des minarets
au milieu des coqs
et des cigales

°

gare à la bagarre !
le bleu va de nouveau
triompher

°

le bleu
partout va renaître
– piscine

°

déjà la chaleur
sur les dernières pentes de la nuit
– la clim à fond

°

la clim
et dormir nu –
cigales et coq

°

les tables rangées
la lune repartie

°

ce qui ressort de cette nuit :
le palmier
au milieu de l’hôtel

°

ce qui reste de cette nuit :
fragrance des fleurs d’orangers

°

insomnie –
mais l’odeur des fleurs d’oranger !
la mer s’allume

°

les muezzins recouchés ?
coqs,
de loin en loin

°

arceaux et crénelures
coqs et cigales
sur Monastir

°

le dos des dauphins arrondis
au fond des deux bassins
en forme de haricots

°

dernier ressort d’un coq –
les grues allumées
et le phare du port

°

cinq heures du matin
dans l’ascenseur de l’hôtel
une grosse fourmi
et moi

°

fleur d’oranger
sous ma narine
le jour se lève

°

deux chats matinaux
vers la mer
un avion vient se poser

°

l’heure exquise
de flore immobile –
premières ondulations chantées

°

la  » boutique dromadaire  »
déjà allumée
un chat saute d’une poubelle

°

un homme à petits pas joggés —
le rouge du soleil qui monte
juste au coin de la mer

°

cinq heures du matin
à Monastir
déjà bien des gens
à la baignade

°

une tente de police   fermée
sur la plage –
femmes qui entrent habillées
dans la mer

°

robes
et châles
des femmes
à la mer

°

grosse fourmi
à longues pattes
sur mon pied –
insensible

°

une chaussette à la mer
et un voile –
Monastir

°

une serviette verte
à sécher au balcon
fait signe au loin

°

les anses
du sac plastique
bougent
sous le ventilo

°

dans les champs clairs
l’ombre noire des oliviers
sous la pleine lune

(El Jem – Monastir)

°

l’enfant tunisien
qui shoote dans le melon
qu’il rapporte

°

chassant avec un chiffon
les mouches de ses fruits
– marché couvert

°

de son rocher
un chat guetteur
se retourne

°

où tu vas
les mots

(partout)

dans tes poches
– liberté

°

un bambin sur la terre poussiéreuse
un âne sous l’olivier

°

cinq dinars
brillant
au fond de la piscine :
dernier cadeau de Monastir

°

en panne
dans un no man’s land –
chaleur d’oliviers

°

l’ombre d’un nuage
au centre d’un lac
– retour

°

des feux à terre clignotent
suivant la progression de l’avion
– soleil

°°°

Paris-Monastir-Paris, 11/13-7-2003.