Posts Tagged ‘moine zen’

Poème de mort de moine zen – Tsugen Jakurei

16 mars 2011

°
Tsugen Jakurei
(mort le 5è jour du 5è mois de 1391, à 70 ans)

Depuis le jour de mon arrivée ici
70 ans pleins ont passé.
Maintenant, prenant mon dernier chemin,
Mes deux pieds foulent le ciel.

°

Poèmes de mort de moines zen – TOYO EICHO

15 mars 2011

°

TOYO EICHO
(mort le 24 è jour du 8è mois de 1504, à 77 ans.)

Les quatre piliers de l’illumination
s’écroulent ensemble –
Voyez, voyez !
Le clair de lune couronnant des branches de corail –
Qu’est-ce à dire ?
Maintenant, tout s’assombrit, autant
Que le palais de l’enfer
Dans la poigne de Satan
Katsu !

Toyo écrivit ces mots assis; il posa ensuite son pinceau et mourut.
Les « quatre piliers de l’illumination » sont quatre qualités attribuées au Nirvana par les Écritures Bouddhiques : l’éternité, le contentement, la vérité (ou libération de l’illusion du soi) et la pureté. On décrit le Nirvana comme étant un état au-delà de la vie et de la mort, mais en mourant, Toyo regarde droit dans la mort et voit en elle la vérité nue de la destruction absolue. Pendant un moment il considère l’image de la perfection et de l’harmonie (la lune éclairant les coraux dans l’eau), mais à cette vision succède une vision plus sombre de la mort. Le « Katsu ! » final efface les différentes images et ramène le poème à l’ici et maintenant de l’instant de la mort.

°

Poème de mort de moine zen – DOGEN

12 mars 2011

DOGEN
(1200-1253)

Pendant 54 ans avec des étoiles
J’ai décoré le ciel.
Maintenant, j’y gambade,
C’est bouleversant !

(in 365 jours zen, Le Courrier du livre, 2000, p.102.

Poème de mort de moine zen – TOSUI UNKEI

11 mars 2011

°

TOSUI UNKEI
(mort le 19ème jour du 9ème mois de 1683, à plus de 70 ans.)

Pendant plus de soixante-dix ans
J’ai goûté entièrement à la vie.
L’odeur d’urine colle à mes os.
Quelle importance que tous ceux-ci ?
Ho ! Où est l’endroit où je m’en retourne ?
Au-dessus du pic le clair de lune blanchit
Un vent clair souffle.

Tosui, que tous appelaient « le saint mendiant », entra au monastère dès l’âge de sept ans. Adolescent, il jeûnait souvent, et se tenait à l’écart. Il refusa de rejoindre une secte en particulier et ne restait jamais longtemps au même endroit. Dans un des monastères où il demeura plusieurs années, il se trouva – contre sa volonté – à devoir enseigner le zen. Au plus fort de la saison d’enseignement, il écrivit ces mots sur la porte du monastère, avant de quitter l’endroit :

Aujourd’hui voici venue la fin du travail religieux –
Retournez tous chez vous.
Je pars avant vous,
vers l’est ou vers l’ouest,
où le vent me portera

Après avoir vagabondé à travers le Japon, Tosui rejoignit les mendiants de Kyoto et vécut parmi eux. Un jour, un de ses anciens disciples l’y trouva. Il était vêtu de haillons, hirsute, portant un matelas de paille sur son dos. L’élève demanda de se joindre à lui, mais Tosui, essayant de l’éloigner, le repoussa. En dépit de cela, le jeune moine mit des hardes de vagabond et suivit son maître. Tosui ne lui adressa pas la parole. Dans la ville de Katata, près du lac Biwa, tous deux trouvèrent la dépouille d’un mendiant et ils l’enterrèrent. Quand l’élève s’exclama : « Pauvre homme ! », Tosui se tourna vers lui pour le tancer : « Pourquoi plaindre l’homme ? Le plus honoré des hommes et le dernier des mendiants partagent le même destin : la mort. » Tosui s’assit ensuite pour manger la soupe de riz qu’avait laissée le clochard, murmurant, en le mangeant : « Mmh, c’est bon ! » Soudain, il se tourna vers son élève et lui commanda : « Mange ! » Ne pouvant qu’obéir, le disciple prit une petite portion de porridge dans sa bouche, mais, incapable de l’avaler, il la recracha. « Je t’avais averti de ne pas me suivre », lui reprocha Tosui, et il le chassa.
Ainsi Tosui erra de place en place, survivant en tressant des bottes de paille pour couvrir les pattes des chevaux l’hiver, et en portant des gens sur son dos. Pendant quelque temps il vécut dans la ville d’Otsu (préfecture de Shiga) sous un toit de paille tendu au-dessus de l’espace entre deux hangars. À ce moment-là, un palefrenier, qui voyait en Tosui un saint, lui apporta un portrait du Bouddha Amida. Sur le portrait Tosui écrivit :

Bien que mon logis soit petit
Je t’accueille, Seigneur Amida –
Mais ne pense pas un instant
Que j’aie besoin de toi pour la vie après la mort.

Tosui passa les dernières années de sa vie à Kyoto, vivant d’abord sous un pont et plus tard dans une cabane à moitié démolie, en banlieue. Il mourut assis en position zen, son poème de mort à côté de lui.

°
grand

Poème de mort de moine zen – Tetto Giko

9 mars 2011

°

TETTO GIKO
(mort le 15è jour du 5è mois de 1369, à 75 ans)

Je regarde maintenant le moment exact
Même le Bouddha est confondu.
Tout tourne d’un coup
J’atterris sur la plaine du rien.

Tetto écrivit son poème de mort le dernier jour de sa vie. Plusieurs jours avant sa mort, il avait donné un message cacheté à ses fidèles, leur défendant de le lire tant qu’il était en vie. Après sa mort, voici ce qu’ils lurent :

On n’obtient jamais la vérité
d’autrui.
On la porte toujours
soi-même
Katsu !

°

Poème de mort de moine zen – TETSUGEN DOKO

1 mars 2011

°°°

TETSUGEN DOKO
(mort le 22è jour du 3è mois de 1682, à 53 ans)

Pleins de grands changements
mes cinquante-trois ans ont été.
J’ai commenté les Saintes Écritures – un grand péché
qui fait écho aux cieux.
Je vais voguer maintenant sur le lac aux fleurs de lotus
et entrerai dans le ciel à travers les eaux.

Tetsugen est connu comme un érudit : il écrivit des commentaires, publia et édita beaucoup d’écrits zen. Une telle entreprise peut être considérée comme louable dans certaines religions, mais beaucoup de bouddhistes croient que le zen doit s’enseigner « non pas au moyen de la parole écrite, mais par un doigt qui pointe. » Tetsugen ne laissa cependant pas les mots se mettre entre lui et la réalité.
En 1682, le Japon connut la famine. Tetsugen utilisa toute sa fortune, issue de l’impression des textes bouddhiques, pour distribuer de la nourriture aux affamés. « Pour nourrir les pauvres, nous devons vendre des temples et des textes sacrés », disait-il. On dit que pour aider les affamés, il ne ressentait aucune fatigue, et qu’à leur contact, les « puces collaient à sa robe ». Ses efforts sauvèrent environ dix mille personnes.
La même année, les forces de Tetsugen l’abandonnèrent, il tomba malade et mourut. Cent mille personnes environ assistèrent à son service funèbre, dont beaucoup qu’il avait sauvés de la famine, et le « bruit des affligés pleurant fit trembler champs et forêts. »
La tradition bouddhique envisage le paradis comme un lac couvert de lotus.

°°°

Poème de mort de moine zen : TAKUAN SOHO

8 février 2011

°

TAKUAN SOHO
(mort le 11ème jour du 12ème mois de 1645, à 73 ans.)

La personnalité de Takuan était extraordinaire. C’était un érudit, un peintre et un poète, familier de la cour, il était admiré par gouvernants et gens du commun pareillement, bien qu’il refusât de considérer quiconque comme son disciple, parce qu’il ne se considérait pas lui-même comme un enseignant. À 37 ans, il fut nommé (moine) supérieur du temple Daitokuji, à Kyoto. Takuan, qui détestait avoir pouvoir et autorité, quitta le temple au bout de trois jours. Il rejeta les titres honorifiques, et quand il fut invité par le shogun pour le servir, il refusa. Il désobéit une fois au Shogun et fut exilé dans les collines lointaines. Quand son bannissement fut levé et qu’on lui ordonna de retourner à la ville, Takuan répondit qu’il préférait les montagnes, et n’avait nul désir de retourner à la « peuplée et sale » Edo.
Sur son lit de mort, Takuan refusa tout d’abord d’écrire un poème de mort. Enfin, il céda aux prières de ceux qui l’entouraient, prit son pinceau et traça le caractère représentant « rêve ». Quand il eut fini, il jeta le pinceau et mourut. Takuan avait demandé auparavant que son corps soit brûlé sur une montagne, qu’on ne fasse pas de service funèbre, et qu’on n’érige pas de pierre tombale pour lui.

°

Poème de mort du moine zen TAIGEN SOFU

24 janvier 2011

°
TAIGEN SOFU
(Mort le 10ème jour du mois intercalaire de 1555, à 60 ans.)

J’élève le miroir de ma vie
jusqu’à mon visage : 60 ans.
D’un revers je brise le reflet :
Le monde comme d’habitude
Tout à sa place.

°

Poème de mort de moine zen – SHUN’OKU SOEN

21 décembre 2010

°

SHUN’OKU SOEN
(mort le 9è jour du 2è mois de 1611, à 83 ans)

Dérivant entre ciel et terre
J’appelle l’Est et le change en Ouest.
Je brandis mon bâton et retourne encore une fois
À ma source.
Katsu !

Il est écrit qu’au jour de sa mort Shun’oku sentit sa fin proche. Il demanda à son assistant de tenir son pinceau, et lui dicta son poème de mort. Puis il prit lui-même le pinceau, écrivit la date, signa et dit « au-revoir ». Il expira peu après.

°

dans Japanese Death Poems, Y. Hoffmann, p.116, ed. Tuttle, 1986.

Poèmes de mort de moines zen – SHUMPO SOKI

14 décembre 2010

°

SHUMPO SOKI
(mort le 14 du 1er mois de 1496, à 88 ans)

Mon épée s’appuie sur le ciel
De sa lame polie j’étêterai
Le Bouddha et tous ses Saints.
Laissez la foudre frapper où elle veut.

On dit qu’après avoir récité son poème, Shumpo lança un seul « rire de dérision » et mourut. « J’étêterai le Bouddha » suggère une indépendance spirituelle et une conscience libérée de la manière de penser dictée par la tradition religieuse. Selon la croyance bouddhique, un homme qui pèche contre la religion et la moralité est exposé à mourir frappé par la foudre.
Plusieurs années avant sa mort, comme la maladie qui allait la causer empira, Shumpo quitta ses disciples par ces mots :

« Par moments, j’ai soutenu le ciel, à d’autres la terre; À certains moments je me changeai en dragon, à d’autres en serpent. Je me suis promené à loisir à travers les cycles de la vie et de la mort. Tous les pères de notre foi je tins dans ma bouche. Je donne comme je veux, je prends comme je veux. Je lacère le léopard avec mes dents; mon esprit écrase les montagnes. »

Après avoir dit ces mots, il émit un cri puissant : « Katsu ! »
Shumpo ordonna à ses disciples de brûler sa dépouille et d’enterrer ses cendres, en leur défendant de lui ériger une pierre tombale à sa mémoire. Il acheva son testament par le poème suivant :

« Aucun os de mon corps n’est sacré –
C’est seulement une pile cendrée d’os puants.
Creusez un trou profond et enterrez-y ces restes
Ainsi, pas un grain de poussière ne souillera
Les montagnes vertes. »

°