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AWARE – B.Drevniok – p.37-41

8 mai 2011

(p.37)
L’expérience-haïku est un événement particulier, unique, que l’on écrit comme tel.
C’est ce qui survient en cet endroit-ci, à ce moment-ci, comme Bashô est supposé l’avoir dit.
De cette affirmation nous déduisons que c’est quelque chose qui fait partie de la vie de tous les jours, quelque chose qui, pendant un moment attire l’attention du poète et lui fait regarder à neuf, en s’exclamant « Ah ! », en un souffle aspiré de délice ! de découverte ! de « réalisation » !
Mais ce qui attire le poète n’est jamais isolé. Ce « quelque chose » qui attire l’attention du poète est toujours perçu dans le contexte de « quelque chose d’autre » ! : ce « quelque chose d’autre » qui fait ressortir une qualité qui attira le poète en premier
(p.38)
ce « quelque chose » avec lequel il peut être
COMPARE
CONTRASTE ou
ASSOCIE
d’une manière ou d’une autre.
Dans le haïku, le QUELQUE CHOSE et le QUELQUE CHOSE D’AUTRE sont exposés ensemble avec des images clairement définies. Ensemble, elles se complètent et se réalisent en tant qu’UN EVENEMENT PARTICULIER.

lumière brillante du soleil
à travers les érables d’automne
un aperçu du lac

: Makato

(p.39)
En utilisant ce principe : celui de la COMPARAISON, du CONTRASTE ou de l’ASSOCIATION internes, le poète exprime une relation observée entre deux choses, une juxtaposition qui crée le pivot sur lequel la pensée du lecteur tourne et s’élargit. On peut définir la juxtaposition ainsi : deux sujets non relatés auxquels le poète fut sensible, sont comparés, contrastés ou associés au sein d’un haïku. Cet exposé bref de la scène, de l’événement, révèle différents aspects de la réalité, joints dans la relation mystique de deux images ou / et sensations : deux phénomènes appartenant au même instant, qui sont appréciés au même instant, appréciés différemment au même instant, chacun desquels existe par lui-même.
Ensemble ils montrent une unité insoupçonnée d’harmonisation. Pensez aux deux faces d’une même pièce : une image d’un côté, une image de l’autre, unis par le cercle liant de l’instant du temps dans lequel se produisit l’expérience-haïku.

ombres de nuages soufflées par le vent :
derrière les montagnes,
des montagnes

: Makato

(p.41)
Dans le haïku japonais classique
il n’y avait pas de ponctuation.
A la place étaient utilisés des signes verbaux de ponctuation appelés « kireji », « mots de coupe ». Ils indiquaient un point final, ou la pause qui sépare le haïku en deux parties de 5 et 12 caractères ou de 12 et 5 caractères. Les mots-de-coupe eux-mêmes ne spécifiaient pas la relation qu’il pouvait y avoir entre les deux parties du haïku, mais créaient le déséquilibre classique d’éléments asymétriques, plaisants à l’oeil et à l’oreille.
La langue anglaise n’a pas d’équivalents au « kireji ». La plupart des poètes de haïkus utilisent la ponctuation anglaise appropriée pour marquer les pauses, les coupures ou les arrêts. Pour plus d’informations, reportez-vous à la page 20.
(p.42- à suivre)

AWARE – B. Drevniok – p. 32-36

7 mai 2011

°
(p.32)
Le haïku n’est jamais un énoncé de cause à effet.
Dans le haïku il n’y a PAS :
d’interprétation poétique,
d’abstraction,
d’intellectuallisation,
de comparaison,
de métaphore,
de personnification.

Dans le haïku, rien n’est comme quoi que ce soit d’autre.
C’est soi-même, seulement.
Rien ne représente quoi que ce soit d’autre. Il est simplement lui-même.
Chaque chose de la nature possède ses propres attributs, sans distortion. Elle s’exprime cependant toujours avec une perception poétique.
(p.33)
Les haïkus japonais classiques
étaient non-rimés, écrits verticalement sur une colonne, en groupes de 5/7/5 « onji », pour totaliser 17 onji (symbole sonore japonais).
On considère que l’expérience-haïku dure « la longueur d’une respiration ». Pour recréer cette expérience, le haïku doit avoir cette même longueur. Ordinairement, on peut prononcer 17 onji d’une seule traite. De cette structure de 17 (5/7/5) onji est née cette mis-conception que le haïku en anglais doit s’écrire de la même manière, bien que les « onji » japonais et les syllabes anglaises soient très différentes les unes des autres. Ainsi, au début, le haïku anglais traditionnel, non rimé, s’écrit à la manière anglaise sur trois lignes, chaque ligne comprenant idéalement une expression complète, avec le compte strict de 17 syllabes (: 5/7/5).
(p.34)
L’on reconnut les différences de langues, et les 3 lignes s’écrivirent ensuite selon la structure rythmique d’une ligne courte, une longue, un courte, non rimées. Chaque ligne, idéalement, contenait une expression complète, en utilisant de une à 17 syllabes au total…
De nos jours, le haïku anglais moderne comporte de grandes variations de formes, mais suit toujours la même directive : l’expérience-haïku et le haïku lui-même ont la même longueur : COURTE !

parfum de brume :
le colibri se nourrit
des pétunias pourpres

: Makato.

(p.35)
L’expérience-haïku
est la relation
de la nature humaine avec la nature –
la nature des choses
les choses de la nature
qui apparaissent
et disparaissent
au rythme des saisons.

Pour exprimer cette relation, les poètes de haïku japonais classiques créèrent un raccourci : le mot de saison, qui donne l’atmosphère.

Parfois directement : ki (la saison), la saison elle-même est nommée : printemps, été, automne, hiver.
(p.36)
Parfois indirectement : kigo (le mot de saison), un thème de saison est employé dans le haïku, et un « mot-de-saison », un objet naturel, nommé « tel-qu’il-est » en cette saison particulière :

« ki » :

brouillard d’automne…
le bouton de rose entr’ouvert se balance –
une araignée blanche

: Makato

« kigo » :

chaleur tôt le matin :
un champignon jaune
brille sous la pluie

: Makato

°
(suite, p.37-)