Posts Tagged ‘Les 1012 haïkaï de Bashô’

Les 1012 haikai de Bashô 196-200)

27 janvier 2012

°

écoutant le cri du singe
que dirait-il à propos d’un bébé
abandonné dans le vent d’automne ?

(automne 1684)

°

au bord de la route
mon cheval broute
des hibiscus

(été 1684)

°
(J’ai quitté l’auberge au milieu de la nuit, et comme l’aube pointait, je me suis souvenu du poème de Tu Mu : « abaissant le fouet du cheval  » :)

somnolant à dos de cheval
à moitié rêvant la lune lointaine
était fumée pour le thé du matin

(automne 1684)

NB : La référence est au poème « Départ de bonne heure » du poète tardif de la dynastie T’ang Tu Mu (803-852) :  » « Fouet baissé, je laisse mon cheval aller à sa guise / pendant quelques milles on n’entend pas un cri de coq / pénétrant sous les arbres d’un bosquet, toujours mi-rêvant / les feuilles qui tombent me surprennent comme elles volent sur moi. »

°
(Matsubaya se trouvait à Ise, nous nous enquîmes donc de lui, et y restâmes dix jours. La nuit tombée, je visitai le sanctuaire extérieur d’Ise. La première porte se voyait à peine contre le ciel clair. Il y avait des lanternes sacrées partout. Le vent des pins de la montagne me transperçait, et j’étais fortement ému.)

fin du mois
aucune lune n’embrasse un vieux cèdre
dans la tempête

(automne 1684)

NB : Une théorie veut que Bashô alla rendre visite et embrassa le célèbre cèdre du sanctuaire extérieur d’Ise. Ou peut-être qu' »aucune lune » indique qu’il ne le fit pas…

°
(Une rivière coule au fond de la Vallée de Saigyô, où j’écrivis un poème sur des femmes qui lavaient des ignames.)

femmes lavant des ignames
si Saigyô était ici
il composerait un poème

ou

femmes lavant des ignames
si Saigyô était ici
elles composeraient un poème

(automne 1684)

NB : Saigyô (1118-1190) était né d’une famille de guerriers de haut rang, mais il quitta ce monde séculier à 23 ans pour devenir moine. Le poème se base sur une histoire qui veut que Saigyô, pris dans une averse, offrit un poème à une prostituée en échange de l’hospitalité. Il finit par en échanger plusieurs avec elle. Bashô fait un lien entre le nom de la vallée et celui du poète pour enrichir son poème.

°

(à suivre : 201-1012)

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Les 1012 haikai de Bashô – 191-195)

23 janvier 2012

°
(L’année de Jôkyô, à la huitième lune, je quittai mon humble cabane près de la rivière. Le bruit du vent était étonnamment froid.)

battu par la tempête
le vent perce mon corps
jusqu’au coeur

(automne 1684)

°

dix automnes
Tokyo est devenue
ma ville

(automne 1684)

NB : En fait, Bashô avait vécu à Tokyo pendant treize ans.

°
(Le jour où je franchis la Barrière il pleuvait, et toutes les montagnes étaient cachées par les nuages.)

averses brumeuses
le jour où on ne peut pas voir le mont Fuji
c’est plus attirant

(automne 1684)

NB : Un des jeux poétiques était que le sujet soit quelque chose d’insaisissable, comme dans les lamentations des amants, ou quelque chose d’intangible, tel que le Mont Fuji ce jour nuageux.

°

nuages de brouillard
faisant de leur mieux rapidement pour montrer
cent scènes

(automne 1684)

NB : Le paysage changeait très lentement pendant la marche, mais avec le brouillard dérivant, les scènes changeaient constamment.

°
(Ceci est notre griffonnage à l’oratoire sacré du Sanctuaire Tado Gogen à Ise. Le vieux Bashô, propriétaire du cottage du bananier près de la rivière Fukagawa, et Tani Bokuin, le maître de Kansuiken de Nôshû, Ôgaki, marchands de poésie lors d’un voyage de visites à Ise et Owari, désireraient vous offrir ces quelques poèmes des quatre saisons.)

vie d’un prêtre
mon nom est emporté
dans la Rivière des Feuilles Tombées

(automne 1684)

°
(à suivre, 196-1012)

Les 1012 haïkaï de Bashô – 181-185)

16 janvier 2012

°

presque pleine lune
ce soir à trente-neuf ans
un enfant

(automne 1683)

NB : la quatorzième nuit est la dernière nuit avant la pleine lune. Les Analectes de Confucius contiennent ce compte-rendu : « À quarante ans, je possède assez de discrétion pour ne pas perdre ma voie. » Bashô avait un an de moins, et était donc encore un enfant ! Il y a un rapport entre la lune qui n’est pas tout à fait pleine et Bashô qui n’a pas encore atteint quarante ans.

°
(Montagne du Chat :)

Le chat de la montagne
a-t-il léché toute la neige
sauf dans les crevasses ?

(hiver 1683)

NB : On considère que la Montagne du Chat est un pic à l’ouest du Mont Bandai.

°
(Forêt Noire)

Forêt Noire
quoique vous puissiez dire
un matin de neige

(hiver 1683)

NB : Le Japon a plusieurs lieux appelés Forêt Noire, mais le plus célèbre se trouve près de Sakata, dans la Préfecture de Yamagata.

°
(Le jeune frère d’Ishikawa Hokukon, Santenshi, est venu ici pour briser l’ennui avec du riz et du persil, probablement poussé sur les berges du Quing ni Fang. Je reconnais maintenant la valeur de l’élégance de ce goût simple.)

c’est pour moi que
la grue laisse du riz et du persil
à manger

(hiver 1683)

NB : On dirait que Bashô compare le frère de son ami à une grue. Qing ni Fang était une rivière de Chine mentionnée par le poète chinois Tu Fu.

°
(Vivant de nouveau au cottage du bananier qui a été reconstruit…)

entendant les grêlons
comme si ce corps était
un vieux chêne

(hiver 1683)

NB : La maison de Bashô fut détruite par un feu de quartier, le 28 décembre 1682. Bashô vécut chez plusieurs disciples jusqu’à ce qu’il retourne dans sa nouvelle demeure en septembre 1683. Les feuilles du chêne brunissent et sèchent en automne, mais ne tombent pas avant la fin du printemps, quand de nouvelles feuilles les font tomber. La grêle frappant les feuilles a le son râpeux d’une vieille peau sèche.

°

(à suivre, 186-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 176-180)

11 janvier 2012

°

Près du liseron
le décortiqueur de riz se rafraîchit
quel bon goût !

(été 1683)

NB : À l’origine, ce poème, manuscrit sur une petite feuille de papier portait ce titre : « humilité de la calebasse ». Le poème, révisé par Bashô, mentionnait la fleur « à visage du soir » au lieu de « visage du midi » et « se repose » au lieu de « se rafraîchit ».

°

°

(Pleurant la mort du père de Sanpû :)

offrant
une igname sur un lotus
parce qu' »ils sont semblables »

(été 1683)

NB : Certains érudits pensent que Bashô fait référence aux feuilles de ces deux plantes. Les feuilles de lotus étaient utilisées comme plats pour des offrandes de nourriture posée sur les tombes pour les morts. On pense que Bashô se référait à l’igname comme à une plante pour nourrir le corps aussi bien que la fleur de lotus, symbole du Pays Pur, pour l’âme du défunt. Le sens peut signifier aussi que Bashô place son offrande sur la feuille d’une patate douce à la place d’une feuille de lotus. L’expression « ils sont semblables » concerne probablement son offrande ainsi que Sanpû et son père.

°

le coquelicot blanc
d’une averse hivernale
a fleuri

(été 1683)

NB : Le poème suggère que les coquelicots peuvent fleurir parce qu’il y eut des averses l’hiver précédent. Inclus se trouve le sentiment que la blancheur froide d’une averse d’hiver transparaît dans le coquelicot blanc, même s’il fleurit en été.

°

coucou
maintenant, comme pour les maîtres de haïku,
il n’y en a pas en ce monde

(été 1683)

NB : Le mot haikaishi désigne un « maître de renga ». Il y a deux interprétations pour ce poème. D’abord que la voix du coucou est si belle qu’aucun poète ne peut rivaliser avec. Une autre possibilité est qu’aucun poète ne pourrait composer un poème sur la voix du coucou parce que ce n’est pas un son plaisant. De plus, on pourrait interpréter que, comparé au coucou, nul ne peut prétendre être un maître de poésie.

°

chrysanthèmes blancs hirsutes
votre chevelure une disgrâce
une telle chevelure

(automne 1683)

NB : Le compte pour ce poème est de 10-7-5 unités sonores. On suppose que Bashô se réfère à une variété de chrysanthèmes avec des pétales longs et fluets qui font penser à des cheveux. Le proverbe japonais : « Plus longtemps vous vivez, plus vous connaissez la honte » a un rapport avec l’utilisation médicinale du chrysanthème, et, dans le folklore, à l’extension de la durée de vie humaine.

°

(à suivre : 181-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 170-175 )

8 janvier 2012

°
(Un prêtre en chapeau. D’où vient-il et vers où voyage-t-il ? Le propriétaire de la peinture dit que cela représente une scène de mon voyage. Par conséquent le pauvre cavalier errant devrait faire attention à ne pas tomber.)

un cheval avançant lentement
voyant une peinture de moi
dans un champ estival

(été 1683)

°

le coucou
a taché le poisson
je suppose

(été 1683)

NB : Le hototogisu, comme notre rossignol, était réputé cracher du sang quand il chantait trop. Le katsuo (« bonite artique », Euthynnus pelamis) était un des symboles de l’été. Bashô vivait dans la maison d’un homme très riche, le conservateur en chef du clan Akimoto, de sorte que les mets délicats qu’on lui proposait lui semblaient étranges après la nourriture simple à laquelle il était accoutumé.

°

à la porte de l’auberge
une carte de visite pour t’annoncer,
coucou

(été 1683)

NB : Quand un seigneur féodal ou un noble de la cour séjournait dans une auberge de poste officielle, on écrivait son nom sur une tablette à l’entrée. Le jeu de mots concerne to no kuchi, qui était aussi le nom d’une jetée où les bateaux s’amarraient sur le lac Inawashiro. L’idée du poème est que le chant d’un oiseau était la réclame postée à l’entrée de l’auberge pour annoncer sa présence royale. Il est aussi impliqué que « la bouche de la porte » parlait avec la voix de l’oiseau.

°

agitant une écharpe blanche
la biche s’approche du cerf
l’île d’Oga

ou :

agitant leur aileron
les bonites s’approchent
de l’île d’Oga

(été 1683)

NB : Ce verset a deux sens différents à cause de hire (« vêtement semblable à une écharpe portée autour du cou des femmes » aux ères Nara et Heian, ou un « aileron », une nageoire »). Mejika peut signifier une « biche », un « jeune thon » ou une « jeune bonite ». Les biches signalent leur disposition à l’accouplement en agitant l’intérieur blanc de leur queue. Oga n’est pas vraiment une île, mais une péninsule dans la préfecture d’Akita. Elle était réputé pour ses bonites, pas pour ses thons.

°

(Parlant pendant son sommeil près d’une belle-de-jour :)

devrait-on rire ou pleurer
quand ma belle-de-jour
se fane ?

(été 1683)

NB : Pour ce poème, le compte est de 9/7/5 onji. L’ajout de waga (« mon ») a poussé certains érudits à considérer que Bashô se référait avec humour à une certaine partie de son corps.

°
(La fleur-de-midi est forte et brave)

même dans la neige
la fleur-de-midi ne s’étiole pas
au soleil

(été 1683)

NB : La hirugao (« visage de midi ») est le liseron, qui a une fleur très semblable à la belle-de-jour.

°

(à suivre : 176-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 164-169)

3 janvier 2012

°

Éveille-toi, éveille-toi
je veux être ton ami
petit papillon endormi

(printemps, année inconnue)

(Regardant respectueusement le Portrait de Chuang-Tzu)

papillon, papillon,
laisse-moi te questionner à propos
de poésie chinoise

(printemps, année inconnue).

NB : Bashô étudiait toujours d’autres formes de poésie et d’autres cultures. Il demande ici au papillon, qui pourrait voler jusqu’en Chine, delui rapporter les dernières nouvelles de la poésie de là-bas. Ce poème était manuscrit sur une peinture d’un papillon par Bashô.

coucou,
les fleurs de prunier du sixième mois
ont déjà fleuri

(été 1683)

pour entendre le coucou
j’ai maculé mes oreilles
d’encens

(été 1683)

NB : Un vieux poème chinois disait que si le coeur était purifié, on pouvait mieux apprécier l’odeur délicate de l’encens. L’idée ici est donc que si on s’était rituellement purifié les oreilles, on pourrait devenir assez sensible pour entendre le chant du coucou. En japonais, kô o kiku (« entendre l’encens ») est employé à la place de kô o kagu (« sentir l’encens »).

mûres
sans fleurs un papillon
est le vin d’un ermite

(été 1683)

NB : Yosute-bito est un euphémisme pour « prêtre ». L’idée est que quiconque vit derrière une clôture de mûrier est coupé du reste du monde. Bashô change bito (« homme, personne ») en zake, ou saké, et garde le lien avec les mûriers. Il existe un vin de mûre appelé sôchinshu, mais Bashô est si pauvre qu’il ne peut s’enivrer qu’en voyant le vol d’un papillon. Le papillon ne peut pas visiter de fleurs, parce que l’arbre ne porte que des fruits, Bashô n’a donc pas de vin.

biscuits de graines vertes
les épis de blé sortent
des biscuits végétaliens

(été 1683)

°°

(à suivre : 170-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 158-163 )

25 décembre 2011

°

yo ni furu mo
sara ni Sôgi no
yadori kana

vivre en ce monde
comme dit Sôgi dure aussi longtemps
s’abriter de la pluie

(été 1682)

NB : Furu peut signifier « vieillir » ou « la pluie ». Bashô admirait grandement le poète de renga Sôgi (1421-1502). Son admiration pour Sôgi était si grande que sa strophe est exactement comme celle de Sôgi (« yo ni furu mo / sara ni shigure no / yaadori kana ») excepté pour un mot. Bashô substitua à shigure (« averses hivernales ») le nom de Sôgi.

°

un pauvre temple
le gel sur la bouilloire en fer
a une voix froide

(hiver 1682)

NB : On considère que ce verset personnifie le pot de fer, mais si on pense à « voix » le sens change. Sonner une cloche de fer dans le temple pourrait être comme si l’on frappait la bouilloire.

°

des couettes si lourdes
on voit surement la neige
dans les contrées lointaines

(hiver, année inconnue)

NB : Bashô étudiait, c’est flagrant, les poètes chinois pendant sa solitude hivernale. Ici son influence semble être celle de Ke Shi : « mon chapeau est lourd de neige / sous les cieux de Wu » Il change le chapeau en couverture. À l’époque, les Japonais dormaient dans desrobes rembourrées, avec des manches, au lieu de sous des couettes ou des couvertures. Go ten renvoie aux cieux du pays de Wu, maintenant Jiang Su Sheng, qui signifie seulement « dans un pays lointain au-delà des montagnes ». La pile de couvertures entassées sur une personne ressemble à la neige sur les lointaines montagnes.

°

Jour de l’an
je revois que je suis aussi seul
qu’un jour d’automne

(Nouvel An, 1683)

°

La paruline
endort-elle l’esprit
du beau saule ?

(printemps 1683)

°

fleurs de ce monde
mon vin est blanc
mon riz est sombre

(printemps 1683)

NB : Le mot ukiyo a de nombreux sens, dont « se réjouir », « être ivre », « enjoué », aussi bien qu’il fait penser au « monde éphémère », ou à ce monde « troublé », « difficile », « ennuyeux », « mélancolique »… Le saké n’est pas filtré et le riz non raffiné. L’idée est que, peu importe que le pique-nique contienne des denrées pauvres, puisque les fleurs sont si belles. Une autre interprétation : même la nourriture de piètre qualité constitue les fleurs de Bashô.

°°°
(à suivre, 164-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 153-157)

24 décembre 2011

°

un poisson globe dans la neige
l’équipe de gauche gagne avec
une carpe en juin

(été, année inconnue)

NB : Les concours de poésie se passaient toujours entre deux équipes, la gauche contre la droite. Ici, la décision devient le poème.

°

(En réponse au poème sur un poivron d’eau et une luciole, de Kikaku :)

près des belles-de-jour
je m’enfourne de la pâtée de riz
comme un homme

(été 1682)

NB : Le poème de Kikaku disait : « à une porte d’herbes / comme une luciole je mâche / une renouée », et Bashô conseillait à Kikaku de ne pas crâner en écrivant ce verset. Bashô utilise des termes vulgaires pour manger et évite le mot poli pour le riz cuit (gohan). Une fois encore, contempler les fleurs était considéré comme une occupation élégante, mais Bashô associe cette activité à la manière la plus vulgaire de décrire l’ingestion de nourriture.

°

la lune croissante
le soir doit être
une belle-de-jour fermée

(été 1682)

NB : Technique de comparaison. La lune croissante est comparée à une belle-de-jour, qui s’enroula et se ferma en se fanant.

°

une vie austère
les chants de thé de Nara
d’un contemplateur solitaire de la lune

(automne 1682)

NB : Tsuki Wabisai (« le contemplateur solitaire de la lune « ) était le psudonyme qu’utilisait Bashô. Wabi est devenu maintenant assez reconnu comme une condition esthétique de solitude et de pauvreté, nécessaire à une sensibilité artistique et spirituelle. Nara était la capitale du Japon de 710 à 784, avant de se déplacer à Kyoto. Le chant à boire concernait un simple plat de fèves et de châtaignes cuits dans du thé.

°

(Me remémorant Tu Fu :)

barbe soufflée par le vent
se lamentant tard en automne
quel est cet enfant

(automne 1682 :)

NB : La préface fait référence à un poème : « Quel est l’homme à canne chénopode, qui se lamente sur le monde ? ».

°

(à suivre : 158-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 152) :  » vieille mare –  »

22 décembre 2011

°

furu ike ya
kawazu tobikomu
mizu no oto

vieille mare –
une grenouille saute
le bruit de l’eau

(1681-1682, printemps)

NB : Ce verset, maintenant si célèbre, fut d’abord publié dans une sélections de versets seuls dans haru no hi (Jour de printemps). Ce qui rendit ce verset intéressant, c’est que, jusqu’à Bashô, la poésie mentionnait les grenouilles pour leur coassement, mais jamais pour leur saut. Selon le commentaire de Shikô, Bashô pensa d’abord au rythme de 7-5 unités sonores : « une grenouille saute dans / le bruit de l’eau » (kawazu tobikomu / mizu no oto). Puis il essaya de penser à un bon rythme de 5 unités sonores pour la première ligne. Kikaku proposa « yamabuki ya » (rose jaune japonaise -). Bashô répondit que yamabuki serait élégant, mais trop voyant. Il dit qu’il faudrait employer furu ike ya, pour sa simplicité et sa vérité.

°

(Traduction Kemmoku-Chipot :
 » Vieil étang / une rainette y plongeant, / chuchotis de l’eau ».)

°

(à suivre : 153-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 131-140 )

21 décembre 2011

°

fleurs tout épanouies
le prêtre se réjouit sans raison
la femme légère

(printemps 1681)

NB : Rythme hachô (« mètre brisé ») en 7-8-5, de ce poème. Le mot numeri peut signifier « facile » ou « glissant » en termes amoureux. Combiné avec « femme » il devient lourd de sens. L’expression sozoro ukibôshi (« prêtre se réjouissant sans but ») est un composé créé par Bashô.

°

(…la fleur de l’igname est vaincue par celle du lotus)

rosée des roses
les fleurs de colza
deviennent jalouses

(printemps, année inconnue).

NB : Rythme en 7-5-8.

°

(Plaisirs printaniers à Ueno :)

ivre de fleurs
la femme armée d’une épée
porte une veste d’homme

(printemps, année inconnue)

NB : Une femme, portant deux attributs masculins : une veste de kimono et une épée, était ivre de saké pour contempler les fleurs. Adoucissant l’image, Bashô suggère qu’elle était intoxiquée par la beauté des fleurs.

°

le coucou est-il invité
par les plumets de l’orge
ou par ceux des herbes de la pampa ?

(été 1681)

NB : « Les plumets du miscanthus appellent le coucou » est une expression bien connue en poésie waka. Bashô en fait un haikai en changeant l’invitation par les plumets plus petits, moins nobles de l’orge.

°

Quand est-ce une planche de salut ?
sur une feuille un insecte
dort en voyage

(été 1681)

NB : Association avec l’histoire de Huo Di, le Chinois qui eut l’idée de bateaux en voyant une araignée dériver sur une feuille.

°

sous la pluie estivale
les pattes de la grue
raccourcissent

(été 1681)

NB : La structure en 5-5-7 semble mettre en relief la ligne où les pattes de la grue sont raccourcies.

°

folie dans l’obscurité
prenant une épine
au lieu d’une luciole

(été 1681)

NB : Un proverbe dit : « Poursuivre une chose, ne pas faire attention aux autres ». Le mot « obscurité » peut s’appliquer aux moments où l’on voit les lucioles, et au fait de ne pas être très intelligent. Ce poème emploie la technique du détour. Les deux premières lignes entraînent le lecteur dans une direction, la troisième en fait changer.

°

sombre nuit bizarre
un renard rampe sur le sol
vers un beau melon

(été 1681)

NB : Yamiyo (« nuit sombre ») est le mot qui convient, mais Bashô ajouta une note précisant qu’il voulait yami no yo to sugoku (« nuit sombre et bizarre ») pour souligner l’étrangeté de la nuit. Bash^emploie la technique associative pour montrer que le renard rampe au sol à la manière dont poussent les melons. Quelques érudits voient des métaphores dans ce poème (en 8-6-5 :hachô (« mètre cassé ») : l’amant, un renard, se faufile dans une maison, le champ de melons, pour emporter la belle princesse, le melon.

°

fleur d’hibiscus
nue j’en porte une
dans mes cheveux

(été 1681)

NB : Ce verset utilise le paradoxe « nue je porte », puis résout le mystère en révélant que c’est une fleur dans sa chevelure.

°

Ont-ils cueilli le thé
Ne connaissent-ils pas
les vents desséchants de l’automne

(automne 1681)

NB : Poème en 7-5-7. les « vents desséchants » est d’ordinaire un mot de saison d’hiver, mais Bashô place ici les vents froids en automne. On cueille habituellement le thé tôt et tard au printemps.

°

(à suivre : 141-1012)