Posts Tagged ‘L-A. Davidson’

« droit de réponse » à Gong n° 37

5 octobre 2012

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Je suis tout à fait du même avis que le revuiste du « Glaner » de Gong n° 37, p.51, qui sent que « jour à trente degrés » passe mal en français, dans la translation proposée du haïku de L.A. Davidson – et non pas L.E. Davidson, cher revuiste ! – :

« jour à trente degrés
les marteaux-piqueurs de la rue en bas
font exploser la chaleur »

publié dans le livret de Betty Drevniok : ‘Aware’ (éd. Unicité), p.37.

Aussi vous proposé-je sans attendre cette nouvelle version -plus concise, véridique * et suffocatrice ** à la fois :

 » trente-trois degrés –
les marteaux-piqueurs de la rue d’en bas
font exploser la chaleur  »

Je prie donc tout 1 chacun(e) de considérer cette dernière mouture comme « ma » seule traduction valable – et définitive – , et de corriger leur exemplaire d »Aware’, le cas échéant, en ce sens,
ainsi que le commentaire qui s’ensuit (p. 37 et 38 du même ouvrage dans sa traduction française).

Merci !

* les 90° F(arenheit) exprimés dans la version anglaise originelle correspondent de fait à, précisément, 32° C(elsius).

** « Justification(s) » de « 33 degrés » :

« – 33 », « 33 », dites, docteur,
j’étouffe ! –
Vite, une bière !
(- une « 33 » !)

Je prie également Jean (Antonini) d’insérer ce « droit de réponse » dans le prochain numéro (n° 38) de « Gong ».
Merci d’avance,

Daniel.

Se connecter aux sensations : 5 haïku favoris (par Anna Vakar)

21 juillet 2011

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SE CONNECTER AUX SENSATIONS /
5 haïku favoris

par Anna Vakar

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Choisir 5 haïku que l’on aime particulièrement n’est pas une tâche aisée. Pourquoi aimé-je un haïku ? Apparemment, ce n’est pas le sujet qui est en cause. Par exemple :

The names of the dead
sinking deeper and deeper
into the red leaves

les noms des morts
disparaissant
sous les feuilles rouges

, d’Eric Amann,
traite bien évidemment de la mort, mais, paradoxalement, me donne – à moi au moins – l’expérience rythmée, vivante, d’une unité entre l’homme et la nature, le beau et le profond. Cependant, dès que mon intellect objectivant entre en jeu, la simple vérité, la disparition des êtres humains, de nous-mêmes, pourrait me déprimer, parce que je pourrais penser ou souhaiter que la vie soit différente.

an empty elevator
opens
closes

un ascenseur vide
s’ouvre
se ferme

, de Jack Cain,
a également un impact immédiat sur moi, comme si une vérité profonde, pure et simple, était en jeu ici. Pourquoi l’ascenseur est-il vide ? Pourquoi personne n’y est-il monté ? Quelqu’un – nous, peut-être ? – l’a / l’avons appelé, puis a / avons été distrait(s) ?
L’ascenseur vide symbolise peut-être notre ascenseur interne, ces sentiments qui nous élèvent ou nous font redescendre, de l’espoir au désespoir et retour, en une intimité que nous évitons ?

L’absence de mot-de-saison ne semble pas influer sur l’efficacité de ce poème. Un simple phénomène objectif a reflété une expérience intérieure : d’incertitude ou d’indécision, ou d’occasion manquée, ou bien d’autres sentiments encore ; et n’est-ce pas ce que le haïku est censé produire ?

Un troisième haïku qui me touche est celui-ci :

the silent crowd
waiting for the fountain
to rise again

la foule silencieuse
attendant que la fontaine
rejaillisse

, de L.A. Davidson.

Si la fontaine, telle que la « Vieille Fidèle » du parc de Yellowstone est un phénomène naturel, la foule qui attend pourrait suggérer un désir en quelque sorte inéluctable de jaillissement renouvelé de la fontaine de la Vie, de cet Esprit symbolisé par l’eau, même si l’on peut penser que cette eau – traditionnellement – descend et ne monte pas.

Si la fontaine est une oeuvre humaine, alors elle peut me faire penser, assez paradoxalement, au fameux chandelier de cristal qui jette ses feux comme en cascade, celui que l’on abaisse et remonte pendant les entr’actes et à la fin des représentations du théâtre Maw Reinhardt à Vienne.

Un autre haïku, qui frappe immédiatement et génère des ondes durables, est celui-ci :

the old fisherman
mending nets
around himself

le vieux pêcheur
ravaudant ses filets
tout autour de lui

, de Bill Pauly.

La scène en est poignante et me rend protectrice. Le vieux pêcheur réalise-t-il qu’il y a de moins en moins de poissons dans la mer ? S’en préoccupe-t-il ? Les filets disposés autour de lui le font-ils se sentir ainsi protégé contre le monde et le vieil âge ? Peut-être sont-ce ces filets qui nous entourent (telles des toiles d’araignées) que nous devons réparer ? Peut-être …

L’un des haïkus anglophones les plus riches et qui me procure une jouissance toujours renouvelée est le suivant :

Open the curtains,
all of them, the first snow
is falling

Ouvrez les rideaux,
tous les rideaux ! – la première neige
tombe

, de Ty Hadman.

Ce haïku me revenait souvent en mémoire quand je tirais moi-même avec enthousiasme les rideaux du matin à n’importe quelle saison ! Cela me prit longtemps pour réaliser que je n’en évoquais que la première partie, et que la neige formait en fait un deuxième rideau.

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CREDITS :

Pour le haïku d’E. Amann : Haiku Journal, II,1, 1978; vainqueur du 1er concours annuel de haïku Yuki Teikei
Pour le haïku de J. Cain : The Haiku Anthology, Ed. Cor van den Heuvel, Ed. Doubleday, 1979.
Pour le haïku de L.A. Davidson : The Shape of the tree, Wind Chimes Press, 1982, p.44. Publié d’abord par Modern Haiku, III,2, 1972.
Pour le haïku de B. Pauly : Modern Haiku, IX,1, 1978; vainqueur du concours The Eminent Mention.
Pour le haïku de T. Hadman : Portals, II,3, 1979.

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AWARE – B. Drevniok – p.47-52

10 mai 2011

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(p.47)
Voici, pour vous, un florilège de « réponses-haïku » (pas toutes n’y figurent, cependant, bien sûr !)
En marge de chaque haïku, vous trouverez un commentaire – ou une explication – du propre « sentiment de la réalité » de chaque poète.
Quelques haïkus, comme vous le verrez, furent « créés » aussi rapidement que survint le « moment-haïku » ; d’autres prirent bien plus de temps… (Ainsi en sera-t-il de vos propres haïkus !)
En étudiant cette « anthologie », avec ses différentes réponses, vous réaliserez que chaque poète voit avec ses propres yeux, entend avec ses propres oreilles, touche, goûte, sent… et parle de sa voix propre, pour exprimer une attention particulière et personnelle aux choses, à la nature, au monde qui vient le / la toucher… Ces « réponses-haïku » aux instants-haïku sont aussi individuelles que leurs auteur(e)s…
(p.48)
LE SENS DE LA VUE ET CHACUN DES AUTRES SENS
par E. James.

brume de minuit…
son des rapides –
une grenouille arboricole appelle

Nous pique-niquions sur une aire d’autoroute. Le site était entièrement bordé d’arbres et de bosquets, et l’on voyait un ruisseau, mais seulement partiellement. Le trafic était faible à cette heure du jour; tout était tranquille. Nous nous sentions isolés bien que tout près d’une autoroute.
Le temps avait été nuageux toute la journée, et à la fin, le brouillard se mit à tomber. Tout autour de nous les feuilles prirent un lustre vert. Quelle beauté !
Assis sous un parapluie nous finîmes notre repas, appréciant les bruits du torrent et l’appel occasionnel de la grenouille arboricole à travers le couchant brumeux…
(p.49)
Je ne pouvais pas me détacher de la fascination de cette soirée de fin d’été et cela me hanta pendant longtemps. Cela devint ce haïku « de vue et d’ouïe ».
(p.50)
UN SENS ET LE SENTIMENT DU TEMPS
par L.A.Davidson

jour à 90 degrés (Fahrenheit)
les marteaux-piqueurs de la rue en bas
font exploser la chaleur

Après des semaines de temps chaud à New York, en 1980, les fenêtres de notre appartement ouvertes, je me sentais très bien. Puis un jour à la fin du mois d’août, des marteaux-piqueurs commencèrent à chambouler la rue en-dessous. Soudain la chaleur sembla empirer, s’intensifier, à mesure que le bruit continuait, culminant dans le haïku ci-dessus.

On m’a demandé d’écrire un haïku contenant un sens et un sentiment du temps. L’ouïe est utilisée aux 2 et 3° lignes, le sentiment du temps à la première – et aussi dans la troisième. La chaleur et le bruit auraient certes indisposé,
(p.51)
mais leur combinaison pendant un long laps de temps aboutit à un point culminant.
J’ai utilisé « jour à 90 degrés » comme référence saisonnière, et « exploser » pour montrer l’intensité de la chaleur et du bruit combinés.

Mon premier essai pour capturer le moment fut : « jour à 90 degrés / les marteaux-piqueurs forant des trous / dans la rue en-dessous ». J’ai ensuite entrepris des changements sur : « jour à 90 degrés / des marteaux-piqueurs dans la rue en-dessous », avec une troisième ligne comme :
« forent mes nerfs »
« font entrer la chaleur »
et
« allument la chaleur »

Avec « font exploser la chaleur », j’ai senti que j’avais communiqué ma réaction sensorielle au temps.
(p.52)
Un trio de haïkus comparant – ou faisant contraster – deux éléments en particulier :
1)
COMPARER ET CONTRASTER LE POIDS DE DEUX ELEMENTS…
par Edna G. Purviance

(à suivre…)