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« L’art du peu, un style sans syntaxe »,

22 septembre 2013

, qui est un chapitre du livre de Dominique Loreau : L’art des listes, éd. Marabout Poche, 2007. Et dans ce chapitre cet extrait :

« Des mots, encore des mots… le verbiage obscurcit l’éveil de notre pensée comme la mauvaise herbe étouffe les plantes. Le haïku, en revanche, est si concis et si dense qu’il fait comme jaillir une étincelle et nous conduit immédiatement au coeur des choses.
Son secret ? Une simple juxtaposition de mots, sans logique linéaire. Pas de socle « cartésien » (…). Sans même « exprimer » les choses, la simple juxtaposition de quelques formules peut créer une connotation étonnante et nous faire saisir ce que le langage construit ne peut exprimer. État proche de la « non-parole », comme dans le zen. »

(: p.22).

AWARE – B.Drevniok – p.37-41

8 mai 2011

(p.37)
L’expérience-haïku est un événement particulier, unique, que l’on écrit comme tel.
C’est ce qui survient en cet endroit-ci, à ce moment-ci, comme Bashô est supposé l’avoir dit.
De cette affirmation nous déduisons que c’est quelque chose qui fait partie de la vie de tous les jours, quelque chose qui, pendant un moment attire l’attention du poète et lui fait regarder à neuf, en s’exclamant « Ah ! », en un souffle aspiré de délice ! de découverte ! de « réalisation » !
Mais ce qui attire le poète n’est jamais isolé. Ce « quelque chose » qui attire l’attention du poète est toujours perçu dans le contexte de « quelque chose d’autre » ! : ce « quelque chose d’autre » qui fait ressortir une qualité qui attira le poète en premier
(p.38)
ce « quelque chose » avec lequel il peut être
COMPARE
CONTRASTE ou
ASSOCIE
d’une manière ou d’une autre.
Dans le haïku, le QUELQUE CHOSE et le QUELQUE CHOSE D’AUTRE sont exposés ensemble avec des images clairement définies. Ensemble, elles se complètent et se réalisent en tant qu’UN EVENEMENT PARTICULIER.

lumière brillante du soleil
à travers les érables d’automne
un aperçu du lac

: Makato

(p.39)
En utilisant ce principe : celui de la COMPARAISON, du CONTRASTE ou de l’ASSOCIATION internes, le poète exprime une relation observée entre deux choses, une juxtaposition qui crée le pivot sur lequel la pensée du lecteur tourne et s’élargit. On peut définir la juxtaposition ainsi : deux sujets non relatés auxquels le poète fut sensible, sont comparés, contrastés ou associés au sein d’un haïku. Cet exposé bref de la scène, de l’événement, révèle différents aspects de la réalité, joints dans la relation mystique de deux images ou / et sensations : deux phénomènes appartenant au même instant, qui sont appréciés au même instant, appréciés différemment au même instant, chacun desquels existe par lui-même.
Ensemble ils montrent une unité insoupçonnée d’harmonisation. Pensez aux deux faces d’une même pièce : une image d’un côté, une image de l’autre, unis par le cercle liant de l’instant du temps dans lequel se produisit l’expérience-haïku.

ombres de nuages soufflées par le vent :
derrière les montagnes,
des montagnes

: Makato

(p.41)
Dans le haïku japonais classique
il n’y avait pas de ponctuation.
A la place étaient utilisés des signes verbaux de ponctuation appelés « kireji », « mots de coupe ». Ils indiquaient un point final, ou la pause qui sépare le haïku en deux parties de 5 et 12 caractères ou de 12 et 5 caractères. Les mots-de-coupe eux-mêmes ne spécifiaient pas la relation qu’il pouvait y avoir entre les deux parties du haïku, mais créaient le déséquilibre classique d’éléments asymétriques, plaisants à l’oeil et à l’oreille.
La langue anglaise n’a pas d’équivalents au « kireji ». La plupart des poètes de haïkus utilisent la ponctuation anglaise appropriée pour marquer les pauses, les coupures ou les arrêts. Pour plus d’informations, reportez-vous à la page 20.
(p.42- à suivre)