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Blyth HAIKU vol 1, sect 5, 3. La langue japonaise

30 décembre 2009

°
(p.317-20 :)

Le chinois, c’est-à-dire l’ancien chinois, était le langage idéal du Zen, clair et bref, vraiment monosyllabique (le chinois moderne est disyllabique), et pour l’exprimer d’une manière plutôt irlandaise, il est entièrement non-ambigu quand vous en connaissez le sens. Par exemple :

Entrant dans la forêt, il ne dérange pas un brin d’herbe ;
entrant dans l’eau, il ne cause aucune ride.

Ceci décrit l’activité sans ego du poète ou du sage dans son rapport à la nature. Il y a dix syllabes, dix mots en tout, trois fois moins que dans la traduction. Littéralement on a :

Entrer forêt herbe non bouger;
entrer eau non naître ride.

Un autre, également du Zenrinkushû :

Le prunier dépérissant (de vieillesse) contient moins de printemps;
mais le jardin est plus grand, et contient plus de lune.

Le génie du langage japonais (c’est-à-dire jusqu’à récemment) était assez différent de celui du chinois. Non seulement on n’en distinguait, jusqu’à un certain point, pas le sujet, le prédicat et l’objet, non seulement la ponctuation en était pratiquement absente, mais les bords des mots même sont flous. Nous pouvons comparer l’anglais, le chinois et le japonais dans les traductions de la bible. L’anglais et le chinois correspondent par leur précision et leur majesté; par comparaison le japonais semble faible et insignifiant. Mais en fait cette imprécision du japonais correspond à quelque chose dans la vie dont la pensée hébraïque, c’est à dire le langage hébreu, l’anglais et le chinois manquent. Dans la vie il n’y a pas de sujet et de prédicat, de cause et d’effet fixes; pas d’important et de non-important, que nous nous illusionnons à supposer, et qui est implicite dans ces langues. Les choses ne commencent pas avec une majuscule ni ne finissent avec un point; il y a simplement un devenir incessant. La langue anglaise ne reconnaît pas cela; d’où la difficulté majeure du traducteur.
Comme exemple de poésie japonaise en prose, prenons ceci, tiré des Collected Works of Kashino, de Nakajima Hirotari, décédé en 1864 :

Ici et là les feuilles des arbres sont profondément teintées de jaune et de cramoisi, les herbes de la pampa bougent comme si elles saluaient quelqu’un, avec de longues manches – dans tel chemin montagneux de beauté, du milieu s’estompant peu à peu de la fleur (« maiden-flower ») et de l’orchidée, les chrysanthèmes commençant à fleurir, leurs branches courbées par la rosée oscillant, et par-dessus tout nous touchant par leur grâce et leur charme.

Ceci est beaucoup plus vague, ombreux, et coulant loin du lecteur dans l’original que dans la traduction; c’est aussi plus difficile. La beauté du style de l’original a quelque chose de la poésie de Ruskin à son meilleur, quand il décrit la nature; par exemple dans Modern Painters, quand il parle du lever de soleil sur les Alpes, comment les brumes

 » flottent dans des baies étales et des courants qui tournent autour des sommets isolés des collines les plus basses, encore non touchés par cette aube plus froide et calme qu’une mer sans vent sous la lune de minuit; regardent quand le premier rayon de soleil est envoyé sur les canaux argentés, comment l’écume de leur surface ondulante se sépare et disparaît, et en-dessous de leurs profondeurs gisent la cité brillante et les pâtures vertes, telle Atlante, entre les sillons blancs de rivières qui serpentent; les flocons de lumière tombant à chaque instant plus vite et plus larges parmi les spirales étoilées, tandis que les couronnées se rompent et disparaissent au-dessus et que les crêtes confuses et les bords des collines sombres raccourcissent leurs ombres grises sur la plaine.  »

Le haïku est resté remarquablement libre en ce qui concerne le langage; des expressions colloquiales, dialectiques, littéraires ou chinoises ayant été employées szpuis les temps reculés, et de manière croissante. En voici quelques exemples :

beta beta to mono ni tsukitaru haru no yuki

elle colle comme du beurre
sur toutes choses,
cette neige de printemps

Issa.

La nature suintante de la neige de printemps ressort par l’expression colloquiale beta-beta.

kiri-no-ki ya tekipaki chitte tsun to tatsu

Le paulownia
rapidement dépouillé de ses feuilles
bien net

Issa.

tekipaki est une expression colloquiale qui exprime la rapidité de la chute des feuilles du paulownia; tsun to, souvent traduit par « net »suggère l’aspect particulièrement formel de l’arbre.

haru no kaze yanagi ga nakuba fuku maizo

Si les saules n’ont pas de feuilles,
ne soufflez pas,
vents du printemps !

Johaku.

nakuba est une forme littéraire de nakattara :  » S’il n’y avait pas « .

shôjô to ishi ni hi no iru kareno kana

Désolément
le soleil se couche dans les rochers
sur la lande desséchée

Buson.

shôjô, solitaire, seul, est un mot chinois composé souvent utilisé dans lesshi, les poèmes chinois.

4) Les onomatopées (p.321-8).

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