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G. Swede ‘Almost Unseen’ Haïkus choisis 71-90

26 avril 2012

George Swede Almost Unseen, Brook Books, 2000.

71 (p.62)

grandfather’s old boots
I take them
for a walk

les bottes du grand-père,
je les emmène
marcher

(p.63)

autumn clothesline
his and her pyjamas
frozen together

corde à linge en automne
leurs pyjamas,
à lui et à elle,
gelés ensemble

calmly talking divorce
underfoot the crackle
of fallen leaves

parlant sereinement de divorce
sous leurs pas le crissement
des feuilles tombées

(p.64)

among the yellow roses
the yellow butterfly
grows still

au milieu des roses jaunes
le papillon jaune
s’immobilise

divorce proceedings over
wet leaves stick
to my shoes

les formalités du divorce accomplies
des feuilles humides collent
à mes chaussures

(p.65)

under the dirty,
one-eyed hen – a perfect
white egg

sous la poule sale
et borgne, un œuf blanc
parfait

(p.66)

at the edge of the precipice – I become logical

au bord du précipice – je deviens logique

windowless office
a fly buzzes against
my glasses

bureau sans fenêtre
une mouche vrombit
contre mes lunettes

(p.67)

streetwalker
with a black eye – halo
around the moon

prostituée avec
un œil au beurre noir – halo
autour de la lune

(p.69)

red evening clouds
the nurse changes
my bandages

nuages rouges du soir
l’infirmière change
mes bandages

(81)

grandpa’s fiddle
silent on the mantel
a cricket creaks

le violon de grand-père
silencieux sur la cheminée
un grillon crisse

(p.70)

through a hole
in the fog – billboard’s girl’s
radiant face

à travers un trou
dans le brouillard – le visage radieux
de la fille de l’affiche

in the pawnshop window
a hooker studies
her reflexion

dans la vitrine du prêteur sur gages
une prostituée examine
son reflet

(p.72)

she ices
the birthday cake
snow on the mountain

elle glace
le gâteau d’anniversaire
neige sur la montagne

(p.73)

still on the bookshelf
the mother-in-law’s finger line
through the dust

encore sur l’étagère de la bibliothèque
la trace du doigt de la belle-mère
à travers la poussière

still channel waters
the bow of the ferry plows
through the Milky Way

eaux calmes du canal
l’étrave du ferry laboure
la Voie Lactée

(p.74)

fishermen scrape
boats in dry dock – harbor ice
breaking up

des pêcheurs grattent
les bateaux en cale sèche – la glace du port
se brise

winter morning – her cold pyjamas

matin d’hiver – son pyjama froid

(p.75)

the sound of thaw
in the drain – we both start
to speak first

bruit du dégel
dans le tuyau – tous deux commençons
à parler en premier

(p.76)

ice-edged pond
the divorcee’s ring
on white skin

mare entourée de glace
l’anneau de peau blanche
du divorcé *

* / de la divorcée

neighbor’s washing day
clothesline full
of icicles

jour de lessive du voisin *
la corde à linge couverte
de glaçons

* / de la voisine

(à suivre : 91/)

George Swede : ‘Almost Unseen’ / ‘Presque invisibles’ : Introduction : Tom Lynch

21 avril 2012

Introduction (: par Tom Lynch) :

« À la différence des haïkus, les senryûs sont spirituels, amers, ironiques, sardoniques, comiques. »

Walt Whitman : « L’amour est une carlingue de la création. »

« Les haïkus de George Swede sous-entendent qu’il n’y a pas de séparation entre nos âmes, nos psychés et nos corps physiques et très sensuels, mais seulement une expansion sans coutures. »

« Les haïkus de Georges sont éveillés aux manières dont le monde phénoménal, tout en étant complètement lui-même (comme il se doit dans le haïku), crée cependant des harmonies qui résonnent au-delà du moment particulier. »

« Ce que j’admire le plus dans les haïkus de Swede, ce sont ces aperçus des différentes manières dont le schisme entre les humains et la nature est transfiguré. »

« La précision juste de l’image même concentre l’attention, en écartant les abstractions philosophiques diffuses. Le haïku provoque des idées, mais ce ne sont pas des idées. »

« Les haïkus concernent ces moments sensuels vagabonds, moments qui sont presque, mais pas, presque pas, inaperçus. C’est l’habileté de Swede de les voir, de les entendre, de les humer, de les toucher et de les goûter, que je jalouse le plus. »

: Tom Lynch (New-Mexico, 20 octobre 1999.)