Posts Tagged ‘Eric Amann’

« HAIKU », vol I, n° 3 – extraits

7 novembre 2011

°

When the plum bossoms have fallen, / How lonely / the willow-tree
Buson
Quand les fleurs de prunier sont tombées / qu’il est seul / le saule !

°

« Poetry will spring up by itself when you and the object have become one, when you have looked deep enough into nature to see a hidden glimmer.
However well-worked your poems may be, if your feelings are not natural – if you and the object have not become one – then your poems are not true poems, but mere imitations of reality. »
Bashô
« La poésie surgira d’elle-même quand vous et l’objet serez devenus un, quand vous aurez regardé assez profondément dans la nature pour y voir une lueur cachée.
Aussi bien travaillés que puissent être vos poèmes, si vos sentiments ne sont pas naturels – si vous et l’objet ne faites pas un – alors vos poèmes ne sont pas de vrais poèmes, mais de simples imitations de la réalité. »

Summer’s end : / – Heaven and earth / dissolve in rain
fin de l’été : / – Ciel et terre / se dissolvent sous la pluie

pink-speckled carp / all the way to Osaka / at Expo ’67
Natasha Isawa
une carpe à pois roses : / tout le chemin jusqu’à Osaka / à l’Expo de 1967

beneath the shade / of the plum tree / lie the rotten plums
Gerald Lesniak
sous l’ombre / du prunier / gisent les prunes pourries

fall / trees undress / a leaf at a time
Janet Codina
automne / les arbres se dénudent / une feuille à la fois

in the gutter, / rain-soaked and rotting : / yesterday’s headlines !
Eric Amann
dans le caniveau, / trempés par la pluie, pourrissants, / les gros titres d’hier !

cold October day : / a black wasp, slowly dying, / crept across the path
Irma Wassal
jour froid d’octobre / une guêpe noire, agonisante, / rampe en travers du chemin

forewarner of storm – / a torn gray leaf like a bird / flies past the window
Irma Wassal
annonçant la tempête – / une feuille grise déchirée / comme un oiseau passe devant la fenêtre

beautiful city / of familiar streets and towers / blurred by the night rain
Irma Wassall
belle ville / de rues et de tours familières / estompée(s) par la pluie nocturne

°

« Haiku : « shorthand poetry, cut down to its bare bones. »
Janet codina
« Le haïku : de la poésie abrégée, polie jusqu’à l’os. »

°°°

Se connecter aux sensations : 5 haïku favoris (par Anna Vakar)

21 juillet 2011

°
SE CONNECTER AUX SENSATIONS /
5 haïku favoris

par Anna Vakar

**

Choisir 5 haïku que l’on aime particulièrement n’est pas une tâche aisée. Pourquoi aimé-je un haïku ? Apparemment, ce n’est pas le sujet qui est en cause. Par exemple :

The names of the dead
sinking deeper and deeper
into the red leaves

les noms des morts
disparaissant
sous les feuilles rouges

, d’Eric Amann,
traite bien évidemment de la mort, mais, paradoxalement, me donne – à moi au moins – l’expérience rythmée, vivante, d’une unité entre l’homme et la nature, le beau et le profond. Cependant, dès que mon intellect objectivant entre en jeu, la simple vérité, la disparition des êtres humains, de nous-mêmes, pourrait me déprimer, parce que je pourrais penser ou souhaiter que la vie soit différente.

an empty elevator
opens
closes

un ascenseur vide
s’ouvre
se ferme

, de Jack Cain,
a également un impact immédiat sur moi, comme si une vérité profonde, pure et simple, était en jeu ici. Pourquoi l’ascenseur est-il vide ? Pourquoi personne n’y est-il monté ? Quelqu’un – nous, peut-être ? – l’a / l’avons appelé, puis a / avons été distrait(s) ?
L’ascenseur vide symbolise peut-être notre ascenseur interne, ces sentiments qui nous élèvent ou nous font redescendre, de l’espoir au désespoir et retour, en une intimité que nous évitons ?

L’absence de mot-de-saison ne semble pas influer sur l’efficacité de ce poème. Un simple phénomène objectif a reflété une expérience intérieure : d’incertitude ou d’indécision, ou d’occasion manquée, ou bien d’autres sentiments encore ; et n’est-ce pas ce que le haïku est censé produire ?

Un troisième haïku qui me touche est celui-ci :

the silent crowd
waiting for the fountain
to rise again

la foule silencieuse
attendant que la fontaine
rejaillisse

, de L.A. Davidson.

Si la fontaine, telle que la « Vieille Fidèle » du parc de Yellowstone est un phénomène naturel, la foule qui attend pourrait suggérer un désir en quelque sorte inéluctable de jaillissement renouvelé de la fontaine de la Vie, de cet Esprit symbolisé par l’eau, même si l’on peut penser que cette eau – traditionnellement – descend et ne monte pas.

Si la fontaine est une oeuvre humaine, alors elle peut me faire penser, assez paradoxalement, au fameux chandelier de cristal qui jette ses feux comme en cascade, celui que l’on abaisse et remonte pendant les entr’actes et à la fin des représentations du théâtre Maw Reinhardt à Vienne.

Un autre haïku, qui frappe immédiatement et génère des ondes durables, est celui-ci :

the old fisherman
mending nets
around himself

le vieux pêcheur
ravaudant ses filets
tout autour de lui

, de Bill Pauly.

La scène en est poignante et me rend protectrice. Le vieux pêcheur réalise-t-il qu’il y a de moins en moins de poissons dans la mer ? S’en préoccupe-t-il ? Les filets disposés autour de lui le font-ils se sentir ainsi protégé contre le monde et le vieil âge ? Peut-être sont-ce ces filets qui nous entourent (telles des toiles d’araignées) que nous devons réparer ? Peut-être …

L’un des haïkus anglophones les plus riches et qui me procure une jouissance toujours renouvelée est le suivant :

Open the curtains,
all of them, the first snow
is falling

Ouvrez les rideaux,
tous les rideaux ! – la première neige
tombe

, de Ty Hadman.

Ce haïku me revenait souvent en mémoire quand je tirais moi-même avec enthousiasme les rideaux du matin à n’importe quelle saison ! Cela me prit longtemps pour réaliser que je n’en évoquais que la première partie, et que la neige formait en fait un deuxième rideau.

**

CREDITS :

Pour le haïku d’E. Amann : Haiku Journal, II,1, 1978; vainqueur du 1er concours annuel de haïku Yuki Teikei
Pour le haïku de J. Cain : The Haiku Anthology, Ed. Cor van den Heuvel, Ed. Doubleday, 1979.
Pour le haïku de L.A. Davidson : The Shape of the tree, Wind Chimes Press, 1982, p.44. Publié d’abord par Modern Haiku, III,2, 1972.
Pour le haïku de B. Pauly : Modern Haiku, IX,1, 1978; vainqueur du concours The Eminent Mention.
Pour le haïku de T. Hadman : Portals, II,3, 1979.

°

Eric W. Amann Le Poème sans mots (0)

6 octobre 2009

Je me permets de reproduire ici ma traduction de l’ouvrage suivant :

°°°

Le Poème sans Mots – Eric W. Amann (Canada)

Une étude du zen dans le haïku

Edition originale : THE WORDLESS POEM. – ISBN 0-920752-00-4
Cette traduction française de Daniel Py a été réalisée en 2005-2006, d’après la réédition de l’ouvrage de 1978, faisant suite à celle, originale, de 1969.

Editions : gammes
67 rue du Court, Gatineau (QC) Canada J9H 4M1 (2006)
ISBN: 978-1-895778-46-5
42 pages

Copyright Eric W. Amann, 1969, Daniel Py (trad française.), 2005.

Chapitre 1 – LA VOIE DU HAIKU