Posts Tagged ‘Edna G. Purviance’

AWARE – B. Drevniok – p.52-57.

11 mai 2011

°
(p.52)
Un trio de haïkus comparant ou faisant contraster deux éléments en particulier
1)
COMPARER ET CONTRASTER LE POIDS DE DEUX ELEMENTS
par Edna G. Purviance.

vent chaud d’été,
de blancs duvets de peuplier roulent en hauteur –
ce corps lourd…

Ce haïku ne voulait pas « prendre » avant mai 1980. J’avais apprécié la vue des duvets de ce peuplier dans leur ballet aérien chaque été, et avais employé des termes de danse pour ce haïku : bonds aériens, tournoiements, mais je n’avais pas réussi à créer un contraste entre les deux parties du poème. Puis quand « vent d’été » fut choisi pour un concours de « Portal Publications », je décidai d’utiliser cela en première ligne, en ajoutant « chaud », parce que nos vents estivaux sont plutôt frais par ici,
(p.53)
dans le Nord-Ouest Pacifique.

J’ai précisé « blancs », pour suggérer un tutu blanc, et « tournoient haut » pour suggérer un « grand jeté ». D’une certaine manière l’expression « ce corps lourd » me vint naturellement, apportant un contraste de poids autant qu’une signification spirituelle.

J’ai senti que le rythme 5/7/5 convenait pour ce haïku ; il donne un bon rythme, et l’allitération des deux premières lignes (:  » the warm summer wind / white cottonwood tufts whirl high « ) n’est pas trop « présente » pour secouer l’oreille. Le sentiment d’un vent joyeux, joueur, qui fait disparaître les préoccupations de mon âme, permettant une fuite provisoire de ce corps terrestre encombrant, est sous-entendu.
(p.54)
2)
COMPARER OU FAIRE CONTRASTER LA COULEUR DE DEUX ELEMENTS…
par Nobuo F. Hirasawa

fumée… dans l’air saumâtre
… de la pipe de grand-père
ma fille aime le violet

shiokaze no
shien ni ukabu
ako ga kage

« shien » signifie, littéralement, « fumée violette », en japonais.
Une soirée d’automne tranquille où je fumais la pipe du grand-père que je n’ai pas connu. Soudain le mot « shien » me rappelle ma fille, que j’ai laissée au Japon, et qui aime la couleur violette.

Les couleurs vous rappellent souvent quelque chose qui s’y rattache : choses actuelles ou bien souvenirs. Dans le cas de ce haïku, la couleur de la fumée n’est pas réellement violette, il n’y a pas non plus de rapport centre le fait de fumer et ma fille. Cependant le mot « shien » me fait me souvenir de ma fille à Tokyo, quand je fumais dans un petit cottage en bord de mer sur une île de Puget Sound, à Washington.

RENSO (« association d’idées ») vous aide souvent à créer quelque chose de différent dans votre haïku. Le soleil n’est pas nécessairement orange ou rouge. L’herbe verte n’est pas toujours verte.

Quand vous abandonnez votre idée fixe de connexion entre une couleur et une chose supposée être de cette couleur, vous êtes dans le monde du haïku créé à partir du « renso » des couleurs.
(p.56)
3)
COMPARER OU FAIRE CONTRASTER LES FORMES DE DEUX CHOSES
par Joyce Walker Currier.

les rayons d’un soleil très matinal
colorent les hémérocalles –
et un faon tacheté

Je marchais dans la forêt. Des lys sauvages fleurissaient le long de la route. Le soleil se levait – ce moment où le soleil étale ses rayons – révélant et colorant mon petit coin du monde. Je sentis monter en moi le sentiment que le soleil inversait sa course et devenait part de moi-même – si paisible, si beau – et j’en faisais partie… et là, dans le déploiement de ce jour, juste de l’autre côté des lys, dans un bosquet plus vert, un faon retint mon attention. Je ne bougeai pas de quelques instant pour ne pas l’effrayer…

Cet événement fut unique pour moi, parce que
(p.57)
je ne me rappelle jamais ce renversement d’énergie atteignant le point où il me remplit d’émotion et d’émerveillement : la brillance des hémérocalles et le faon. Ce ne fut pas seulement le contraste des taches sur ces deux éléments (qui semblaient accentuées par cette lumière), mais ce fut une mise en valeur de l’aspect sauvage et de la gentillesse en même temps des hémérocalles et du faon, dans les rayons de ce soleil qui se levait.
(p.58- à suivre…)

AWARE – B. Drevniok – p.47-52

10 mai 2011

°
(p.47)
Voici, pour vous, un florilège de « réponses-haïku » (pas toutes n’y figurent, cependant, bien sûr !)
En marge de chaque haïku, vous trouverez un commentaire – ou une explication – du propre « sentiment de la réalité » de chaque poète.
Quelques haïkus, comme vous le verrez, furent « créés » aussi rapidement que survint le « moment-haïku » ; d’autres prirent bien plus de temps… (Ainsi en sera-t-il de vos propres haïkus !)
En étudiant cette « anthologie », avec ses différentes réponses, vous réaliserez que chaque poète voit avec ses propres yeux, entend avec ses propres oreilles, touche, goûte, sent… et parle de sa voix propre, pour exprimer une attention particulière et personnelle aux choses, à la nature, au monde qui vient le / la toucher… Ces « réponses-haïku » aux instants-haïku sont aussi individuelles que leurs auteur(e)s…
(p.48)
LE SENS DE LA VUE ET CHACUN DES AUTRES SENS
par E. James.

brume de minuit…
son des rapides –
une grenouille arboricole appelle

Nous pique-niquions sur une aire d’autoroute. Le site était entièrement bordé d’arbres et de bosquets, et l’on voyait un ruisseau, mais seulement partiellement. Le trafic était faible à cette heure du jour; tout était tranquille. Nous nous sentions isolés bien que tout près d’une autoroute.
Le temps avait été nuageux toute la journée, et à la fin, le brouillard se mit à tomber. Tout autour de nous les feuilles prirent un lustre vert. Quelle beauté !
Assis sous un parapluie nous finîmes notre repas, appréciant les bruits du torrent et l’appel occasionnel de la grenouille arboricole à travers le couchant brumeux…
(p.49)
Je ne pouvais pas me détacher de la fascination de cette soirée de fin d’été et cela me hanta pendant longtemps. Cela devint ce haïku « de vue et d’ouïe ».
(p.50)
UN SENS ET LE SENTIMENT DU TEMPS
par L.A.Davidson

jour à 90 degrés (Fahrenheit)
les marteaux-piqueurs de la rue en bas
font exploser la chaleur

Après des semaines de temps chaud à New York, en 1980, les fenêtres de notre appartement ouvertes, je me sentais très bien. Puis un jour à la fin du mois d’août, des marteaux-piqueurs commencèrent à chambouler la rue en-dessous. Soudain la chaleur sembla empirer, s’intensifier, à mesure que le bruit continuait, culminant dans le haïku ci-dessus.

On m’a demandé d’écrire un haïku contenant un sens et un sentiment du temps. L’ouïe est utilisée aux 2 et 3° lignes, le sentiment du temps à la première – et aussi dans la troisième. La chaleur et le bruit auraient certes indisposé,
(p.51)
mais leur combinaison pendant un long laps de temps aboutit à un point culminant.
J’ai utilisé « jour à 90 degrés » comme référence saisonnière, et « exploser » pour montrer l’intensité de la chaleur et du bruit combinés.

Mon premier essai pour capturer le moment fut : « jour à 90 degrés / les marteaux-piqueurs forant des trous / dans la rue en-dessous ». J’ai ensuite entrepris des changements sur : « jour à 90 degrés / des marteaux-piqueurs dans la rue en-dessous », avec une troisième ligne comme :
« forent mes nerfs »
« font entrer la chaleur »
et
« allument la chaleur »

Avec « font exploser la chaleur », j’ai senti que j’avais communiqué ma réaction sensorielle au temps.
(p.52)
Un trio de haïkus comparant – ou faisant contraster – deux éléments en particulier :
1)
COMPARER ET CONTRASTER LE POIDS DE DEUX ELEMENTS…
par Edna G. Purviance

(à suivre…)