Posts Tagged ‘Chiyo-ni’

Haiku : A Poet’s Guide – Lee Gurga – (4)

24 août 2011

p.5 :

Haïku japonais classique

Dans son livre Le Haiku Essentiel (The Essential Haiku) Robert Hass présente l’oeuvre de trois haïjins célèbres : Bashô Matsuo, Buson Yosa et Issa Kobayashi. Les Japonais reconnaissent traditionnellement quatre grands maîtres : ces trois-ci et Shiki. Quelques uns de nos jours feraient de Chiyo-ni (1703-1775), la plus célèbre des femmes maîtresses du haïku, la cinquième.
Bashô, premier des grands maîtres du haïku, fut actif pendant la deuxième moitié du dix-septième siècle. Il vécut à une période où le haikai no renga (poésie liée) était à l’apogée de sa popularité. Le haikai no renga descendait de la poésie raffinée de cour appelée simplement renga. Une dérivation populaire de la classe des marchands, le haikai no renga était apprécié pour son humour et son exposition d’esprit verbal. Bien qu’il soit connu de nos jours comme un grand haijin, Bashô gagna sa vie, en fait, en enseignant le haikai no renga. Au fur et à mesure que le temps passa, le caractère superficiel de la plupart des choses qui s’écrivaient alors le mécontenta, et il s’efforça de développer par le hokku une poésie de plus grande profondeur. Son poème le plus célèbre :

vieille mare…
une grenouille saute
bruit de l’eau

est remarquable par sa simplicité et son absence d’étalage verbal. On peut l’interpréter soit comme un rapport sans ornement de quelque chose que Bashô expérimenta, ou comme l’énoncé profond d’une illumination Zen.
[…]

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46 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1183-1200

12 juin 2011

°
(p.1183 :)

la pluie d’hiver
nous montre ce que nous voyons
comme si c’était il y a longtemps

Buson

pluie d’hiver;
une souris court
sur le koto *

Buson

* : sorte de harpe, longue d’un mètre environ, qui se joue horizontalement.

pluies de mai ;
une souris court autour
du vieux panier d’osier

Rankô

°
(p.1184 :)

le son d’une souris
marchant sur une assiette
est froid

Buson

le bruit des dents
d’un rat qui mord du fer
est froid

Buson



dans le froid du temple,
le bruit d’une souris
mâchant de l’anis chinois

Buson



une souris
traverse une flaque
dans la tempête d’automne

Buson

sur un parapluie, crépitement des gouttes,
mais il entre à côté;
le soir s’assombrit

Ranran

°
(p.1185 :)

qui est éveillé,
sa lampe brûlant encore ?
pluie froide à minuit

Ryôta

premier gel :
un beau matin,
le goût de l’eau de riz !

Chora

°
(p.1186 :)

une baie rouge
tombée
sur le givre du jardin

Shiki

il tombe de la neige fondue ;
insondable, infinie
solitude

Jôsô

°
(p.1187 :)

la vieille mare ;
une sandale de paille échouée au fond,
neige fondue

Buson



première neige :
les feuilles des jonquilles
plient à peine

Bashô

pluie de printemps,
assez pour mouiller les petits coquillages
sur la petite plage

Buson

averse d’été
trois gouttes à peu près
sur le visage de la grenouille

Shiki

°
(p.1188 :)

première neige de l’année
sur le pont
en construction

Bashô

la première neige –
de l’autre côté de la mer,
quelles montagnes ?

Shiki

ni ciel,
ni terre,
il n’y a que de la neige
tombant sans cesse

Hashin

°
(p.1189 :)


la neige a tout pris :
des champs et des montagnes,
rien ne subsiste

Jôsô

les lumières du palais
sont restreintes
cette nuit de neige

Shiki

la neige du soir tombe,
un couple de canards mandarins
sur un lac ancien

Shiki

tandis que les volailles
dormaient,
une abondante chute de neige

Kien

°
(p.1190 :)

après qu’on a coupé les herbes de la pampa,
sur les chaumes restant,
la neige est haute

Shiki

le gribouillis sur le mur
a l’air pitoyable
ce matin de neige

Buson

°
(p.1191 :)

nous admirons
même les chevaux,
ce matin de neige !

Bashô

un long ruban de rivière
serpente à travers
la lande enneigée

Bonchô

une femme et un moine
convoyés
à travers la neige tombante

Meisetsu

°
(p.1193 :)

comme il est beau
le corbeau d’habitude odieux,
ce matin de neige !

Bashô

sur lande et montagne
rien ne remue
ce matin de neige

Chiyo-ni

allume le feu,
et je te montrerai quelque chose de beau :
une énorme boule de neige !

Bashô

°
(p.1194 :)

la boule de neige
devint finalement
énorme

Ôemaru

comme la boule de neige
devint rapidement
trop forte pour nous !

Yaezakura

°
(p.1195 :)

en forme d’okumi, *
la neige s’infiltre
jusqu’à mon oreiller

Issa

* insert de kimono qui va en s’élargissant du col vers le bas

croque-croque :
le cheval mâchant de la paille,
un soir de neige

Furukuni

le trou droit
fait en pissant
dans la neige
à la porte

Issa

°
(p.1196 :)

debout immobile
sur la route du soir,
la neige tomba avec plus d’insistance

Kitô

Allons
maintenant admirer la neige
jusqu’à tomber !

Bashô

°
(p.1197 :)

les chiens gentiment
s’écartent
sur la route enneigée

Issa

la neige que nous avons vu tomber ensemble,
est-elle tombée
cette année aussi ?

Bashô

la neige ventée
tombe et souffle autour de moi
debout

Chora

°
(p.1199 :)

devrais-je périr
sur cette lande enneigée,
je deviendrai aussi
un Bouddha de neige

Chôsui

admirant la neige
un à un
ils disparaissent
dans la neige qui tombe

Katsuri

°
(p.1200 :)

quand je pense que c’est
ma neige
sur mon chapeau,
il semble léger

Kikaku

quand je pense qu’elle est mienne,
la neige sur le parapluie
est légère

(Kikaku)

« oui, oui ! » m’écriai-je,
mais l’on continua de frapper
au portail enneigé

Kyorai

°
(p.1201 : à suivre…)

53 HAIKU d’automne + 1 d’été – Blyth – p.1101-1124

7 juin 2011

°
(p.1101 :)

leurs noms inconnus,
mais à chaque herbe sa fleur
et sa beauté

Sampû

une herbe fleurie ;
entendant son nom,
je la regarde autrement

Teiji

°
(p.1102 :)

des centaines de gourdes différentes
de l’esprit
d’un seul vin

Chiyo-ni

°
(p.1103 :)

une orchidée du soir
cachée dans son parfum,
fleur blanche

Buson

ayant planté un bananier,
j’éprouve maintenant du mépris
pour le lespédèze en germe

Bashô

°
(p.1104 :)

la lampe voisine
éclaire
le bananier

Shiki

à chaque coin
du corridor,
le bananier !

Shiki

le jardin
de ce temple est plein
du bananier

Bashô

l’ombre verte
du bananier
sur l’écran de papier

Shiki

°
(p.1105 :)

la lampe du jardin s’éteint ;
son du vent
dans le bananier !

Shiki

dans le si pauvre
temple en ruine,
un bananier

Shiki

le corbeau de la lande
se perche habilement
sur le bananier

Issa

°
(p.1106 :)

ce matin juste
une seule feuille de paulownia
est doucement tombée

Issa

la feuille du paulownia
sans un seul souffle de vent
tombe

Bonchô

une feuille de paulownia est tombée ;
ne viendras-tu pas visiter
ma solitude ?

Bashô

°
(p.1107 :)

chaque jour,
ne mangeant pas les raisins,
buvant mes médicaments

Shiki

les kakis que j’aime tant
ne peuvent être mangés :
je suis malade

Shiki

°
(p.1109 :)

malade
d’avoir abusé des
kakis

Shiki

vous écrirez
que j’adorais la poésie
et les kakis

Shiki

les kakis me font penser
au visage d’une serveuse
dans une auberge de Nara

Shiki

°
(p.1110 :)

jugeant
trois mille haïkus :
deux kakis

Shiki

mangeant des kakis ;
la cloche du temple d’Hôryuji
sonne

Shiki

°
(p.1111 :)

le vieux village :
pas de maisons
mais son plaqueminier

Bashô

kakis sauvages,
la mère mange
les bouts amers

Issa

le soleil couchant
se glissant à travers les tiges du sarrasin
les teint

Buson

°
(1112 :)

au bord de la route
des fleurs de sarrasin
qu’une main éparpilla

Buson

le pont suspendu :
des plantes grimpantes
enlacent notre vie

Bashô

°
(p.1113 :)

ma voix
devient le vent ;
cueillette de champignons

Shiki

le vent d’automne souffle,
mais les bogues de châtaigne
sont vertes

Bashô

°
(p.1114 :)

la rafale froide d’hiver ;
sur la côte
de vertes aiguilles de pin volent

Meisetsu

une châtaigne tombe :
les insectes dans l’herbe
se taisent

Boshô

°
(p.1116 :)

qu’elle était grosse,
qu’elle était splendide,
la châtaigne
que je ne pouvais atteindre !

Issa

châtaignes bouillies ;
un petit garçon
s’accroupit habilement

Issa

°
(p.1117 :)

dans la forêt sombre
tombe une baie :
le bruit de l’eau !

Shiki

un oiseau chanta
faisant chuter
une baie rouge

Shiki

pelant une poire
des gouttes suaves coulent le long
du couteau

Shiki

°
(p.1118 :)

une courge-serpent en fleur :
étouffé par le phlegme,
un mourant

Shiki

(Note de R.H.Blyth : « ceci est le premier de trois « poèmes de mort » écrit par Shiki sur son lit de mort, le 19 septembre 1902. »

les pommes volées
que je mangeai,
me firent mal au ventre

Shiki

°
(p.1119 :)

le riz récolté,
les camomilles sauvages (faiblissent et) s’étiolent
le long du sentier

Shiki

la cueillant,
la tige de la camomille
mesure un mètre

Gekkyo

devant les chrysanthèmes blancs
les ciseaux hésitent
un moment

Buson

ayant coupé la pivoine,
je me sentis déprimé,
ce soir-là

Buson

°
(p.1120 :)

ayant coupé la pivoine,
il ne resta plus rien
dans le jardin

Kyoshi

Ils ne dirent rien,
l’hôte, l’invité
et le chrysanthème blanc

Ryôta

mes yeux, ayant tout vu,
revinrent vers
les chrysanthèmes blancs

Isshô

°
(p.1121 :)

chrysanthèmes blancs !
où y a-t-il couleur
si heureuse, si gracieuse ?

Buson

chrysanthèmes blancs,
chrysanthèmes jaunes,
si seulement il n’y avait pas d’autres noms !

Ransetsu

°
(p.1122 :)

chrysanthèmes blancs ;
tout autour, maintenant,
est plein de grâce et de beauté

Chora

°
(p.1123 :)

une petite boutique
qui sculpte des poupées ;
fleurs de chrysanthèmes

Shiki

à Nara ;
l’odeur des chrysanthèmes,
les anciennes effigies du Bouddha

Bashô

la rose jaune s’épanouit
quand les fours à thé, à Uji
sont odorants

Bashô

°
(p.1124 :)

à Hôryûji,
le parfum des orchidées
est frais et moderne

Kyoshi

la mer de juin
vues de loin :
les statues de Bouddha du temple

Shiki

tous les chrysanthèmes que vous avez,
jetez-les
sur ce cercueil !

Sôseki

°
(p.1125 : à suivre…)

60 HAIKU d’automne – Blyth – p.1056-1078

6 juin 2011

°
(p.1056 :)

au cri de la grue,
le bananier va sûrement
se déchirer !

Bashô

les rayons du soleil couchant
passent à travers le bosquet de pins rouges ;
une pie-grièche crie

Bonchô

°
(p.1057 :)

maintenant que les yeux des faucons
se sont obscurcis dans le soir,
les cailles carcaillent

Bashô



ah, cette demeure !
souvent le pivert
en piquera les piliers !

Bashô

°
(p.1058 :)

au fin fond de la forêt
le pivert
et le bruit de la hache

Buson

le pivert
reste au même endroit :
fin du jour

Issa

oiseaux de passage,
pour moi aussi maintenant,
ma vieille maison
n’est qu’un logis pour la nuit !

Kyorai

°
(p.1059 :)

la bécassine s’éloigne –
les ridules
de la houe qu’on lave

Buson

les chardonnerets sifflent
sur la haute berge ;
de petits nuages flottent par-dessus

Chinseki

les sons de petits oiseaux
sur le toit incliné :
quel plaisir !

Buson

°
(p.1060 :)

la libellule rouge
décide
du début de l’automne

Shirao

elle a teint son corps
d’automne,
la libellule !

Bakusui

fils éphémères
de gaze cramoisie :
les libellules !

Gotei

°
(p.1061 :)

sous la lune d’automne
les ailes de la libellule
sont immobiles

Môen

°
(p.1062 :)

la libellule
a tenté en vain de se poser
sur une tige d’herbe

Bashô

libellules
sur les pointes de la barrière,
dans les rayons déclinants du soleil

Buson

sur le bambou
qui marque l’endroit de la mort d’un homme,
une libellule

Kitô

°
(p.1063 :)

autour des cordages du bateau
les libellules vont et viennent
sans cesse

Taisô

vieilles tombes ;
des libellules rouges volettent
sur les anis desséchés

(auteur inconnu)

quelle beauté !
les anis
fleuris sous la pluie

Buson

libellules
dans un village sans histoire
à midi

Kyoshi

au soleil du soir
l’ombre légère des ailes
de la libellule

Karô

°
(p.1064 :)

entre la lune qui se lève
et le soleil qui se couche,
les rouges libellules

Nikyû

la libellule
s’accroche au mur ;
soleil de l’ouest

Senka

la danse des libellules :
tout un monde
dans le soleil couchant

Kigiku

°
(p.1065 :)

la libellule
se penche vers l’eau –
soleil du soir envahissant

Kempû

°
(p.1066 :)

la libellule :
cinq ou six pieds au-dessus,
c’est son ciel !

Ryôta

la libellule,
rapide vers la montagne lointaine,
rapide à revenir !

Akinobô



la libellule
perchée sur le bâton
pour la frapper !

Kôhyô

la libellule,
n’approchant pas des fleurs,
mais sur la pierre !

Kôjôdô

°
(p.1067 :)

la libellule
goûte à quelque chose
en haut de ce pieu

Eiboku

le visage de la libellule
n’est pratiquement rien d’autre
qu’yeux !

Chisoku

sois un bon garçon,
et surveille bien la maison,
ô grillon !

Issa

le roitelet
regardant de-ci de-là :
« perdu quelque chose ? »

Issa

°
(p.1068 :)

quelle pitié !
sous le casque
chante un grillon

Bashô

sauterelle,
ne piétine pas
les perles de rosée claire !

Issa

°
(p.1069 :)

dans la cabane du pêcheur,
au milieu de crevettes séchées,
des grillons chantent

Bashô

Je sors maintenant ;
soyez sages et jouez ensemble,
grillons !

Issa

ma hutte, la nuit ;
le grillon
farfouille

Issa

°
(p.1070 :)

un grillon monte
le long de la crémaillère
quelle nuit froide !

Buson

je vais me retourner ;
méfie-toi,
grillon !

Issa

mon ombre pénètre dans le mur
cette nuit d’automne,
un grillon chante

Ryôta

°
(p.1071 :)

les moustiques d’automnes
me piquent,
prêts à mourir

Shiki

mourant,
et d’autant plus bruyantes,
les cigales de l’automne

Shiki

°
(p.1072 :)

de quelle voix,
et quelle chanson chanterais-tu, araignée,
dans cette brise d’automne ?

Bashô

le « cerf-de-rivière » * chante :
dans ma manche,
mon bon vieux briquet

Buson

* kajika, une sorte de petite grenouille noire.

incité par le bruit de la rivière,
le « cerf-de-rivière »
se met à chanter

Ryôto

°
(p.1073 :)

claire lune d’automne :
dans l’ombre,
des voix d’insectes

Bunson

me réveillant la nuit,
ma toux se mélange
au bruit des insectes

Jôsô

regardant fixement
mon ombre –
la voix des insectes

Shiki

ah, insectes, insectes,
vos cris vous libèrent-ils
de votre karma ?

Otokuni

°
(p.1074 :)

la couche nocturne du mendiant
est vivante et joyeuse
de la voix des insectes !

Chiyo-ni

la couleur-son
des insectes tombant
sur les feuilles

Chora

°
(p.1075 :)

nous écoutons
insectes
et humains
d’une oreille différente

Wafû

même chez les insectes
certains chantent bien,
d’autres pas

Issa

°
(p.1076 :)

la voix des chenilles masquées :
venez dans ma cabane
et écoutez-les chanter !

Bashô

°
(p.1077 :)

des insectes crient ;
un trou dans le mur,
pas vu hier !

Issa

des insectes chantent ;
la lune se lève,
le jardin s’assombrit encore

Shiki

°
(p.1078 :)

le vieux chien
semble impressionné par le chant
des vers de terre *

Issa

* dans le Japon ancien, on pensait que les vers de terre chantaient. On dit que ce fut par confusion avec la voix de la courtilière (« grillon souterrain »).

il fait plus froid ;
le chant du ver-de-terre aussi
s’affaiblit chaque soir

Issa

°
(p.1079-1130 : à suivre : ARBRES ET FLEURS)

69 HAIKU d’automne – Blyth – p.949-976

30 mai 2011

°
(p.949 :)

akikaze ya . shushi ni shi utau . gyosha shôsha

Buson

la brise d’automne souffle;
chez le marchand de vin, pêcheurs et bûcherons
chantent un poème

akikaze ni . chiru ya sotoba no . kanna-kuzu

Buson

dans la brise d’automne
les copeaux des poteaux de tombes
volent ici et là

aki no kaze . issa kokoro ni . omou yô

Issa

vent d’automne ;
il y a des pensées
dans la tête d’Issa

°
(p.950 :)

tsuka mo ugoke . waga naku naku koe wa . aki no kaze

Bashô

tremble, ô tombe !
ma voix en pleurs
est le vent d’automne

°
(p.951 :)

akikaze ya . mushiritagarishi . akai kana

Issa

brise d’automne ;
les fleurs rouges épanouies
que ma fille morte souhaitait cueillir

asagao ni . fukisomete yori . aki no kaze

Chora

le vent d’automne
souffla d’abord
sur les volubilis

°
(p.952 :)

hazetsuru ya . suison sankaku . shuki no kaze

Ransetsu

pêchant des gobies ;
un village de rivière, un enceinte montagnarde,
le drapeau d’une échoppe de vin dans le vent

uma orite . kawa no na toeba . aki no kaze

Shiki

descendant de cheval,
je demande le nom de la rivière –
le vent d’automne

°
(p.953 :)

akikaze ya . ikite aimiru . nare to ware

Shiki

le vent d’automne souffle;
nous sommes vivants et nous pouvons nous voir,
toi et moi

uma no o ni . busshô ari ya . aki no kaze

Shiki

la queue d’un cheval
a-t-elle la nature de Bouddha ?
vent d’automne

°
(p.954 :)

ishiyama no . ishi yori shiroshi . aki no kaze

Bashô

plus blanc que les roches
de la Montagne Rocheuse –
le vent d’automne

kanashisa ya . tsuri no ito fuku . aki no kaze

Buson

Ah, tristesse et douleur !
la canne-à-pêche tremble
dans la brise d’automne

ushibeya ni . ka no koe yowashi . aki no kaze

Bashô

dans l’étable
la voix des moustiques est faible ;
le vent d’automne

°
(p.955 :)

akikaze no . kokoro ugokinu . nawa-sudare

Ransetsu

le volet de corde
bougeant –
la nature du vent d’automne

tsuta no ha ya . nokorazu ugoku . aki no kaze

Kakei

les feuilles du lierre :
aucune n’est immobile
dans le vent d’automne

yûkaze ya . shiro-bara no hana . mina ugoku

Shiki

dans la brise d’automne
tremblent toutes
les roses blanches

°
(p.956 :)

soko no nai . oke kokeariku . nowaki kana

Buson

un seau
sans fond
roule dans la rafale d’automne

kotsuzumi no . tana yori otsuru . nowaki kana

Shiki

avec la tempête d’automne,
le petit tambour
tombe de son étagère

nowaki no yo . fumi yomu kokoro . sadamarazu

Shiki

tempête nocturne d’automne :
lisant un livre,
l’esprit agité, inquiet

°
(p.957 :)

kokorobosoku . nowaki no tsunoru . higure kana

Shiki

comme le jour tombe,
la tempête se renforce :
inquiet

kyakusô no . nikai orikuru . nowaki kana

Buson

un prêtre en visite
redescend de l’étage :
la tempête automnale !

sumiuri ni . kagami misetaru . onna kana

Buson

femme montrant
au vendeur de charbon son visage
dans un miroir

fugu-jiru no . ware ikite iru . nezame kana

Buson

me réveillant :
encore en vie
après avoir mangé de la soupe de poisson-globe !

°
(p.958 :)

kokorobosoku . nowaki no tsunoru . higure kana

Shiki

malheureux, impuissant ;
la tempête d’automne se renforce
comme le soir commence à tomber

kono nowaki . sara ni yamubeku mo . nakarikeri

Shiki

cette tempête d’automne
qui se renforce
ne s’arrêtera pas !

kyôran no . nowaki aritaki . waga omoi

Shiki

ah, que mes pensées
puissent avoir la frénésie
de ce vent « qui-divise-les-champs » !

seki no hi wo . tomoseba meiru . nowaki kana

Buson

comme ils allumaient
les lanternes de la Barrière,
la tempête d’automne se calma

°
(p.959 :)

la tempête d’automne
souffle même
les ours sauvages

Bashô

la tempête d’automne
souffle les rochers
du Mont Asama

Bashô

°
(p.960 :)

la perche du passeur
soufflée
par la tempête d’automne !

Buson

°
(p.961 :)

cinq ou six cavaliers
se hâtent vers le palais de Toba
dans la tempête d’automne

Buson

le bananier dans la tempête ;
j’écoute cette nuit la pluie
goutter dans le seau

Bashô

°
(p.962 :)

la vieille femme devant le portail
avide de bois de chauffage –
tempête d’automne

Buson

gens de la ville
se demandant des nouvelles de la veille,
la tempête d’automne

Buson

femme et enfants
mangent dans le temple :
la tempête d’automne !

Buson

°
(p.963 :)

qu’il est beau,
après la tempête d’automne,
le poivron rouge !

Buson

ce matin aussi,
après la tempête,
les poivrons sont rouges

Buson

tempête d’hiver ;
de petites pierres dans le champ
sont visibles à l’oeil nu

Bashô

°
(p.964 :)

une seule baie rouge
est tombée
sur le givre du jardin

Shiki

le nid du cygne
pend de la nasse de bambou
après la tempête

Buson

résigné au fond de moi
à être exposé aux intempéries ;
le vent me transperce

Bashô

°
(p.965 :)

dix automnes ont passé ;
je sens qu’ Edo est plutôt
là où je suis né

Bashô

la couche de l’ours sauvage,
l’herbe se soulève –
la première rosée

Kyorai

rosée matinale ;
la fumée du riz qui cuit
rampe sur l’herbe

Shiki
°
(p.965 :)

dans la rosée blanche
quatre ou cinq maisons,
un hameau

Shiki

un petit jardin
luisant de rosée :
deux litres !

Shiki

le bout de l’arc
des guerriers qui passent
frôle la rosée

Buson

°
(p.967 :)

fraîcheur !
la rosée des vagues
monte sur le bateau

Chora

°
(p.968 :)

au rendez-vous de chasse
les carquois sont lourds
de rosée

Buson

la pierre-à-encre reçoit
la rosée du chrysanthème :
toute cette vie !

Buson

ce monde de gouttes de rosée –
ce n’est peut-être qu’une goutte,
mais pourtant, pourtant !

Issa

°
(p.969 :)

dansez, d’une tige d’herbe
à une autre,
gouttes de rosée !

Ransetsu

°
(p.970 :)

« je ne veux plus rien avoir à faire
avec ce monde sordide ! »
et la rosée s’évapore

Issa

des gouttes blanches de rosée,
apprenez la voie
vers le Pays Pur !

Issa

sur la feuille de lotus
la rosée de ce monde
est distordue

Issa

°
(p.971 :)

les gouttes de rosée s’évanouissent :
encore plus de graines d’enfer
à semer aujourd’hui !

Issa

la rosée de l’oeillet rouge
renversée
est simplement de l’eau

Chiyo-ni

°
(p.972 :)

rosée blanche sur le roncier ;
une goutte
à chaque épine

Buson

allumant la lampe :
à chaque poupée
son ombre

Shiki

°
(p.973 :)

serait-elle sucrée
qu’elle serait ma rosée,
sa rosée !

Issa

Peuh ! qu’est-ce d’ailleurs,
qu’un million de ballots de riz ? –
la rosée sur mon chapeau !

Issa

°
(p.974 :)

à partir de maintenant,
le Grand Japon !
et les saules !

Issa

existe-t-il une telle nuit
en Chine aussi ? –
le rossignol qui chante !

Issa

n’oubliez jamais
le goût solitaire
de la rosée blanche

Bashô

°
(p.975 :)

je dors,
faisant de la fraîcheur
mon logis

Bashô

sors, ô grenouille
à voix rauque
de dessous la maison du ver-à-soie !

Bashô

la fleur de carthame,
par sa forme, rappelle
le pinceau à sourcils

Bashô

les robes des femmes
qui nourrissent les vers-à-soie
nous reportent aux temps jadis

Sora

°
(p.976 :)

silence ;
la voix des cigales
fore le roc

Bashô

°

= FIN de HAIKU, vol III, Blyth.

à suivre : Vol IV de HAIKU, Blyth, Hokuseido Press, 1952, 1982, 1992 :
Préface (pp. 980-1010) + AUTOMNE (ctd : Champs et Montagnes, pp.1012-1016)

°

32 HAIKU d’automne – Blyth – p.936-948

29 mai 2011

°
(p.936 :)

nashi no ki ni . yotte wabishiki . tsukimi kana

Buson

approchant du poirier
solitaire
contemplation de la lune



shizu no ka ya . ine surikakete . tsuki wo miru

Bashô

l’enfant pauvre
pilant le riz,
contemple la lune

yamadera ni . kometsuku oto no . tsukiyo kana

Etsujin (1656-1702)

au temple de montagne
le bruit du pilage du riz,
une nuit de pleine lune

°
(p.937 :)

meigetsu ni . inukoro suteru . shimobe kana

Buson

pleine lune –
un domestique
laissant mourir un chiot



tsuki ni kikite . kawazu nagamuru . tanomo kana

Buson

écoutant la lune,
contemplant le croassement des grenouilles –
la surface de la rizière

°
(p.938 :)

miidera no mon . tatakaba ya . kyô no tsuki

Bashô

je frapperais volontiers
au portail du temple Mii
sous cette pleine lune

tsuki wo matsu ni . kaketari hazushite . mo mitari

Hokushi

je n’arrêtais pas
d’accrocher la lune au pin
et de l’en dépendre,
tout en la contemplant

yoshinaka no . nezame no yama ka . tsuki kanashi

Bashô

sont-ce les collines
où Yoshinaka s’éveilla ?
la lune est triste

°
(p.939 :)

hitotsu to wa . omowanu yo nari . kyô no tsuki

Ryôta

la lune de cette nuit ! –
impensable
qu’il n’y en eut qu’une !

tachiyoreba . meigetsu motanu . matsu mo nashi

Atsujin (1857-1936)

marchant jusqu’à eux :
aucun pin
qui n’ait sa pleine lune !

°
(p.940 :)

fude toranu . hito mo arô ka . kyô no tsuki

Onitsura

la lune d’aujourd’hui :
y aura-t-il quelqu’un
qui ne prendra pas son pinceau ?

nusubito ni . torinokosareshi . mado no tsuki

Ryôkan

le voleur
a laissé
la lune à la fenêtre

mi no aki ya . tsuki wa mukizu no . tsuki nagara

Issa

l’automne de ma vie ;
la lune est parfaite,
malgré tout

°
(p.941 :)

tsukimi suru . za ni utsukushiki . kao mo nashi

Bashô

parmi la foule qui admire la lune,
pas un n’a
visage de beauté

nani kite mo . utsukushiku naru . tsukimi kana

Chiyo-ni

quoique l’on porte
on a l’air beau
en admirant la lune

meigetsu ya . chigotachi narabu . dô no en

Bashô

pleine lune d’automne ;
des enfants assis en rang
sur la véranda du temple

°
(p.942 :)

meigetsu ya . umi ni mukaeba . nana-komachi

Bashô

pleine lune :
se tournant vers la mer,
les sept Komachi *

* Bashô compare les différentes beautés de la lune aux sept formes que prit dans sa vie Ono no Komachi (834-900).

meigetsu wo . totte kekuro to . naku ko kana

Issa

l’enfant pleure :
« Donne-la moi ! » :
pleine lune éclatante

akai tsuki . kore wa tare no ja . kodomotachi

Issa

à qui appartient-elle,
mes enfants,
cette rouge, rouge lune ?

°
(p.943 :)

tera ni nete . makotogao naru . tsukimi kana

Bashô

séjournant dans un temple :
admirant la lune
avec mon véritable visage

°
(p.944 :)

yûzuki ya . nabe no naka nite . naku tanishi

Issa

claire lune d’automne :
crient dans la poële
les escargots
(d’étangs)

meigetsu no . goran no tôri . kuzuya kana

Issa

pleine lune –
mon cabanon :
tel que vous le voyez

°
(p.945 :)

meigetsu no . kosumi ni tateru . ashiya kana

Issa

lune d’automne –
ma chaumière
poussée dans un coin

hashimori to . katarite tsuki no . nagori kana

Taigi

parlant au garde du pont,
je lançai un dernier au-revoir
à la lune

ukiyo no . tsuki mi sugoshi ni keri . sue ninen

Saikaku

deux ans de plus *
ai-je vu la lune des moissons
de ce monde éphémère


* Saikaku vécut jusqu’en 1693, âgé de 52 ans. Cinquante ans était alors considéré comme l’âge qu’atteignaient les Japonais avant de mourir.

ie ko nari . tsuki ochikakaru . kusa no ue

Shiki

une maison seule ;
la lune décline
sur les herbes

°
(p.946 :)

ware wo tsurete . waga kage kaeru . tsukimi kana

Sodô

après avoir admiré la lune,
mon ombre rentre
avec moi

iru tsuki no . ato wa tsukue no . yosumi kana

Bashô

la lune a sombré sous l’horizon :
il ne reste que
les quatre coins d’une table

°
(p.947 :)

akisame ya . mizusokono kusa wo . fumaretaru

Buson

sous la pluie d’automne
marchant sur l’herbe
sous l’eau

akisame ya . waga sugemino wa mada . nurasaji

Buson

tombe la pluie d’automne ;
je n’ai pas encore mouillé
mon imperméable en carex

°
(p.948 :)

nikenya ya . niken mochitsuku . aki no ame

Issa

deux maisons !
deux maisons où l’on confectionne des gâteaux de riz –
pluie d’automne

kuchi akete . oya matsu tori ya . aki no ame

Issa

bec ouvert
ils attendent leurs parents
sous la pluie d’automne

°
(p.949 : à suivre)

34 HAIKU d’automne – Blyth – p. 921-935

28 mai 2011

°
(p.921 :)

akebono ya . kiri ni uzumaku . kane no koe

Bashô

la voix de la cloche
tournoie dans le brouillard
à l’aube naissante



asagiri ya . e ni kaku yume no . hito-dôri

Buson

le brouillard du matin
peint :
un rêve de gens qui passent

asagiri ya . mura sen-gen no . ichi no oto

Buson

village de mille foyers :
le bruit du marché
dans le brouillard matinal

°
(p.922 :)

kiri fukashi . nani yobariau . oka to fune

Kitô

dans le brouillard dense
qu’est-ce qu’on crie,
de colline à bateau ?

kawagiri ya . uma uchiiruru . mizu no oto

Taigi

brouillard de rivière ;
exhortant le cheval vers l’eau :
le bruit !



kaze ni noru . kawagiri karushi . takasebune

Sôin

au gré du vent,
un léger brouillard de rivière
que traverse une barge

°
(p.923 :)

hito wo toru . fuchi wa kashiko ka . kiri no naka

Buson

l’endroit profond de la rivière
qui engloutit les gens,
est-ce là-bas, dans le brouillard ?

asagiri ya . kuize utsu oto . chô-chô-tari

Buson

dans le brouillard matinal
le bruit d’un pieu qu’on enfonce :
Pan ! Pan !



ariake ya . asama no kiri ga . zen wo hau

Issa

aube –
le brouillard du mont Asama
rampe sur la table

°
(p.924 :)

tombô ya . kurui-shizumaru . mikka no tsuki

Kikaku

les libellules
cessent leur vol fou
au lever de la lune

matsuyoi ya . onna aruji ni . onna kyaku

Buson

soir à attendre la lune ;
la maîtresse de maison
a eu un visiteur

°
(p.925 :)

kudakete mo . kudaketemo ari . mizu no tsuki

Chôshû

la lune dans l’eau,
brisée, et encore brisée,
mais toujours là !

°
(p.926 :)

mizu no tsuki . mondori utte . nagarekeri

Ryôta

la lune dans l’eau
fit un saut périlleux
puis continua de flotter

tsuki hayashi wa ame wo . mochinagara

Bashô

la lune s’enfuit rapidement,
les branches retiennent encore
les gouttes de pluie

suzushisa no . katamari nare ya . yowa no tsuki

Teishitsu

la lune à minuit :
une masse solide
de froid ?

°
(p.927 :)

yo no naka no . mono no kage yori . kyô no tsuki

Nangai

des ombres
de tout sur terre –
la lune d’aujourd’hui

meigetsu ya . tatami no ue ni . matsu no kage

Kikaku

la lune claire;
sur le tatami,
l’ombre du pin

°
(p.928 :)

ochiguri no . oto wo ugetsu no . sôka kana

Usen

pluie par-dessus la lune d’automne :
sous la fenêtre,
les châtaignes

fuku kaze no . aite ya sora ni . tsuki hitotsu

Bonchô

compagne du vent tempêtueux,
une lune seule
roule à travers cieux



meigetsu ni . nani wo isogu zo . hokakebune

Baikin

sous la lune d’automne,
pourquoi te presser,
navire à la voile gonflée ?

°
(p.929 :)

meigetsu ya . o sus no sugishi . zenkôji

Issa

après le nettoyage
du temple Zenkôji :
la lune claire d’automne

imo wo niru . nabe no naka made . tsukiyo kana

Kyoroku

même dans la casserole
où bouillent les pommes de terre,
une nuit de lune

°
(p.930 :)

tsuki tenshin . mazushiki machi wo . tôrikeri

Buson

la lune au plus haut,
je passe dans
un quartier pauvre

aosagi no . gyatto nakitsutsu . kyô no tsuki

Ransetsu

le héron
crie
sous la lune d’aujourd’hui

arashi fuku . kusa no nakayori . kyô no tsuki

Chora

la lune d’aujourd’hui
se lève
d’entre les herbes bousculées par l’orage

°
(p.931 :)

meigetsu ya . kemuri haiyuku . mizu no ue

Ransetsu

sous la claire lune d’automne
la fumée rampe
à la surface de l’eau

mizutori no . tsutsuki-kudaku ya . nami no tsuki

Zuiryu

le gibier d’eau
pique, et fait trembler
la lune sur les vagues

kumo oriori . hito wo yasumuru . tsukimi kana

Bashô

de temps à autre,
les nuages donnent du repos
aux contemplateurs de la lune

°
(p. 932 :)

hitotose no . tsuki wo kumorasu . koyoi kana

Sôgi

Et t’es-tu ennuagée,
cette nuit,
lune de l’année ?

meigetsu ya . ike wo megurite . yomosugara

Bashô

lune d’automne ;
j’ai fait le tour de la mare
toute la nuit

°
(p.934 :)

meigetsu ya . motarete mawaru . enbashira

Shôfû-ni

ah, la claire lune d’automne
s’appuie sur le pilier de la véranda
et en fait le tour

meigetsu ya . ittemo ittemo . yoso no sora

Chiyo-ni

lune claire d’automne –
j’eus beau marcher, toujours lointaine,
dans un ciel inconnu

°
(p.935 :)

tsukikage wo . kumi-koboshikeri . chôzubachi

Ryuho

prenant la lune
dans la vasque
puis l’éparpillant

meigetsu ya . haifuki suteru . kage mo nashi

Fugyoku

lune claire :
aucun endroit sombre
pour vider le cendrier

°
(p.936- à suivre…)

7 HAIKU d’été – Blyth – p.681-683

18 mars 2011

°
(p.681 :)

ie no naki . hito niman-nin . natsu no tsuki

Shiki

Le Grand Incendie de Takaoka

vingt mille personnes
sans toit –
la lune d’été

tsurizao no . ito ni sawaru ya . natsu no tsuki

Chiyo-ni

La lune d’été
touchée par la ligne
de la canne-à-pêche

natsu no tsuki . kawa no mukai no . hito wa tare

Chora

lune d’été;
sur l’autre bord de la rivière,
qui est-ce ?

°
(p.682 :)

nesetsukeshi . ko no sentaku ya . natsu no tsuki

Issa

Elle a endormi l’enfant,
et maintenant lave le linge;
lune d’été

waregane no . hibiki mo atsushi . natsu no tsuki

Hokushi

le son de la cloche fendue
est chaud également;
lune d’été

°
(p.683 :)

kayo wo dete . mata shôji ari . natsu no tsuki

Jôsô

émergeant de la moustiquaire,
toujours là dans l’écran de papier :
la lune d’été !



yûzuki ya . suzumigatera no . hakamairi

Issa

sous la lune du soir,
ils visitent les tombes,
appréciant la fraîcheur

°
(à suivre, p.684-)

18 Haiku de printemps + 1 waka – Blyth – p.580-586

26 janvier 2011

°
(p.580 :)

nioi shite . tonari no ume no . mienu kana

Chora

Comme il sent,
le prunier d’à côté !
mais je ne peux pas le voir !

tsuchikure ni . muchi utsu ume no . aruji kana

Buson

le maître du prunier
frappe une motte
avec sa canne

°
(p.581 :)

ume saite . obi kau heya no . yûjo kana

Buson

pruniers en fleur ;
des courtisanes dans leur chambre
achètent des ceintures

hitotsuya ni . yûjo mo netari . hagi to tsuki

Bashô

couchant sous le même toit
avec des courtisanes :
des fleurs de lespédèzes et la lune

tori no ne ni . sakô to mo sezu . yabu no ume

Issa

le chant de l’oiseau !
mais le prunier dans la futaie
ne fleurit pas encore

kono ame ni . noppiki naraji . hototogisu

Issa

cette pluie
et son inévitable
hototogisu

°
(p.582 :)

taoraruru . hito ni kaoru ya . ume no hana

Chiyo-ni

la branche fleurie du prunier
donne son parfum
à celui qui l’a cassée

shiraume no . kareki ni modoru . tsukiyo kana

Buson

à la lumière de la lune
le prunier blanc redevient
un arbre d’hiver

teshoku shite . iro ushinaeru . kigiku kana

Buson

allumant la lanterne,
les chrysanthèmes jaunes
perdent leur couleur

byôsô no . niwa haku ume no . sakari kana

Sora

le moine malade
balaie le jardin,
les pruniers en pleine floraison

°
(p.583 :)

hitoeda wa . kusuri no bin ni . ume no hana

Shiki

un des rameaux
de fleurs de prunier
dans la fiole médicinale

ume yasete . mugi wa mabara nari . yabubatake

Shiki

le prunier en désordre,
l’orge fin et rare :
un champ dans les futaies

shiraume ni . akuru yo bakari to . nari ni keri

Buson

maintenant chaque nuit
tombera
du prunier blanc

°
(p.584 :)

tebana kamu . oto sae ume no . sakari kana

Bashô

le son de quelqu’un
qui se mouche dans sa main;
les pruniers à leur apogée

hatauchi ya . tebana wo nejiru . ume no hana

Issa

cultivant le champ,
il essuie sa main morveuse
sur les fleurs de prunier

°
(p.585 :)

ume no hana . koko wo nusume to . sasu tsuki ka

Issa

« Vole celle-ci, »
semble dire la lune
« cette branche du prunier en fleur ! »

kôbai ya . irihi no osou . matsu kashiwa

Buson

fleurs rouges de prunier :
le soleil couchant assaille
pins et chênes

akokuso no . kokoro wa shirazu . ume no hana

Bashô

l’esprit intime d’Akokuso
je ne connais pas –
mais ces fleurs de prunier !


(p.586 :)

Le coeur des gens je ne connais pas;
mais les fleurs de cerisier
de mon endroit natal,
leur parfum est ancien !

Tsurayaki (883-946), appelé, enfant, Akokuso. (n. de R.H. Blyth).

°
(à suivre, p.586-)

19 Haiku de printemps + 2 waka – Blyth – p.538-545

6 décembre 2010

°

matsu-kaze wo . uchikoshite kiku . kawazu kana

Jôsô

au-dessus du bruit
de la tempête dans les pins,
la voix des grenouilles

°

ah ! là-bas dans le village
les bruits du fifre et du tambour :
sur cette montagne sacrée-ci
les sons innombrables
des pins

(waka de) Ryôkan

°

tatazumeba . tôku mo kikoyu . kawazu kana

Buson

immbobile –
la voix des grenouilles
qu’on entend aussi au loin

°
(p.539)

kaku ni zashite . tôki kawazu wo . kiku yo kana

Buson

assis dans la tour,
écoutant les grenouilles lointaines
la nuit

°

waga io ya . kawazu shote kara . oi wo naku

Issa

autour de ma hutte
depuis la première,
les grenouilles chantent de vieillesse

°
(p.540 :)

furuike ya . kawazu tobikomu . mizu no oto

Bashô

la vieille mare :
une grenouille plonge –
le bruit de l’eau

°

waga kado e . shiranande hairu . kawazu kana

Issa

la grenouille
franchit mon portail
sans s’en rendre compte

°

dezu to yoi . tokage wa hito wo . odorokasu

Raizan

lézard,
si seulement tu ne sortais pas :
tu m’as effrayé

°
(p.541 :)

chô kiete . tamashii ware ni . kaeri keri

Wafû

le papillon disparu,
mon esprit
me revint

°

Mon coeur
ravi
par les fleurs de cerisiers sauvages,
reviendra-t-il dans mon corps
quand elles se disperseront ?

(waka de) Kotomichi, 1798-1868.

°
(p.542 :)

chôchô ya . nani wo yumemite . hanezukai

Chiyo-ni

ô papillon,
à quoi rêves-tu,
éventant tes ailes ?

°

ishi ni neru chô . hakumei no ware wo . yumemuran

Shiki

papillon assis sur la pierre,
tu rêveras
de ma triste vie

°

hana no yume . kikitaki chô ni . koe mo nashi

Reikan

Du rêve de fleurs du papillon,
je m’enquerrais volontiers –
mais il est sans voix

°
(p.543 :)

kurikaeshi . mugi no une nuu . kochô kana

Sora

de-ci de-là, de-ci de-là
entre les rangées d’orge,
le papillon

°

tsurigane ni . tomarite nemuru . kochô kana

Buson

le papillon
posé sur la cloche du temple
endormi

°

tsurigane ni . tomarite hikaru . hotaru kana

Shiki

sur la cloche du temple
luit
une luciole

°
(p.544 :)

oki yo oki yo . waga tomo ni sen . neru kochô

Bashô

réveille-toi, réveille-toi,
papillon endormi,
et soyons compagnons !

°

kimi ya chô . wae ya sôshi ga . yume-gokoro

Bashô

tu es le papillon
et moi le coeur rêvant
de Sôshi ?

°
(p.545 :)

fuku tabi ni . chô no inaoru . yanagi kana

Bashô

à chaque coup de vent,
le papillon change de place
sur le saule

°

koojika ya . chô wo furutte . mata nemuru

Issa

le faon
se secoue du papillon
et se rendort

°

ise musha no . shikoro ni tomaru . kochô kana

Garaku

le papillon
même poursuivi
ne semble jamais pressé

°
(suite, p.546-)