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 » L’a-pensée  » d’A. Caeiro (F. Pessoa) 3

30 juin 2010

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 » La confondante réalité des choses
Est ma découverte de tous les jours.  »

(p.96)

 » Je ne sais pas ce que les autres penseront en lisant ceci ;
Mais je trouve que ce doit être bien puisque je le pense sans effort,
Sans la moindre idée de témoins attentifs à m’écouter penser ;
Puisque je le pense sans pensées,
Puisque je le dis comme le disent mes mots.  »

(p.97)

 » J’ai compris que les choses sont réelles et toutes différentes les unes des autres ;
J’ai compris ça avec les yeux, jamais avec la pensée.
Comprendre ça avec la pensée serait les trouver toutes semblables.  »

(p.101)

 » Moi je ne passe jamais de l’autre côté de la réalité immédiate.
De l’autre côté de la réalité immédiate il n’y a rien.  »

(p. 101-2)

 » La réalité est seulement réelle, et non pensée.  »

(p.104)

 » Le miroir réfléchit juste ; il ne se trompe pas parce qu’il ne pense pas.
Penser est par essence se tromper.
Se tromper est par essence être aveugle et sourd.  »

(p.105)

 » Je suis lucide comme si je n’avais jamais pensé,
Comme si j’avais pris racine, liaison directe avec la terre,  »

(p.107)

 » Je suis né sujet comme les autres aux erreurs et aux défauts,
mais jamais à l’erreur de vouloir trop comprendre,
Jamais à l’erreur de vouloir comprendre avec l’intelligence seule,  »

(p.108)

 » Si l’âme est plus réelle
Que le monde extérieur, ainsi que toi, philosophe, tu le dis,
Pour quoi donc le monde extérieur m’a-t-il été donné en tant que modèle de la réalité ?  »

(p.109)

 » Mes jours de parfaite lucidité naturelle,
Je perçois sans percevoir que je perçois,
Je vois sans savoir que je vois,  »

(p.110)

 » Nous vivons avant de philosopher, nous existons avant de le savoir,  »

 » Tu dis, philosophe malade, philosophe pour tout dire, que c’est là du matérialisme.
Mais comment cela peut-il être du matérialisme, si le matérialisme est une philosophie,  »

(p.110-1)

 » La chimie directe de la Nature
Ne laisse aucun terrain vague pour la pensée.  »

(p. 112)

 » Toutes les opinions qu’il y a sur la nature
n’ont jamais fait pousser une herbe ou naître une fleur.  »

(p.112)

 » Quelle science plus vraie que celle des choses sans science ?
Je ferme les yeux et la terre dure sur laquelle je m’allonge
A une réalité si réelle que mon dos lui-même la sent.
Je n’ai nul besoin de raisonnement là où j’ai des épaules.  »

(p.113)

extraits de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

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