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Les 1012 haikai de Bashô – 205-209)

1 février 2012

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(Visitant le temple de Futakamiyama Taima, je vis un pin vieux d’un millier d’années environ, qui étendait ses branches au-dessus d’un jardin. Il était si grand qu’il aurait pu recouvrir le troupeau que Tchouang-Tseu mentionna dans son histoire. Ce fut un très grand et précieux bonheur que le pin, sous la protection de Bouddha, eut échappé à la hache.)

prêtre et belle-de-jour
combien de fois réincarnés
sous la loi du pin

(saisons mixtes, 1684)

NB : L’arbre dans l’histoire de Tchouang-Tseu était un chêne japonais qui pouvait recouvrir des milliers de vaches, tellement il était grand. L’arbre put survivre aussi longtemps parce qu’on ne le considérait bon à rien d’autre. Dans le poème de Bashô, le pin était un rappel de la manière dont prêtres et belles-de-jour, sous les lois du Dharma, se réincarneraient encore et encore, tandis que le vieux pin, dans son vieil âge sous la protection du Bouddha, n’avait plus à affronter les cycles des morts et des renaissances.

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(Les restes de la chaumière de Saigyô se trouvent du côté droit du temple intérieur; on y accède en continuant quelques centaines de pas sur un chemin de bûcheron. La cabane fait face à une profonde vallée dotée d’une vue splendide. L' »eau claire qui ruisselle » est toujours la même qu’aux temps anciens, et, même maintenant, les gouttes s’écoulent toujours.)

la rosée goutte, goutte
voulant rincer enfin
la poussière de ce monde

(automne, année inconnue)

NB : La référence de Bashô à « la claire eau qui goutte » vient du poème de Saigyô : « s’égouttant / la pure eau de source tombe / sur des rochers moussus / pas assez pour en tirer / pour cette vie d’ermite »

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Ignorant l’hiver
la maison où l’on décortique le riz
le bruit de la grêle

(été 1684)

NB : (…) Parce qu’ils avaient beaucoup de riz à décortiquer, leur hiver serait aussi chaud qu’un été. Le seul bruit de grêle serait celui du battage du riz pour en ôter l’enveloppe.

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frappez le battoir
pour que je l’entende
femme du temple

(automne 1684)

NB : Poétiquement parlant, on supposait que le son du battoir pour y battre la soie tissée, était romantique voire érotique, quand une femme s’y attelait, tard, une nuit d’automne.

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(Je franchis montagnes et vallées, le soleil de l’automne avancé déjà au déclin. Parmi tous les endroits célèbres ici, j’allai d’abord faire mes dévotions au mausolée de l’ancien empereur Go-Daigo.)

la tombe impériale date
vous souvenez-vous de l’endurance
fougère du souvenir

(automne 1684)

NB : Shinobu désigne à la fois une fougère appelée « pied de lièvre » et « se rappeler » ou « endurer ». Bashô pense que les plantes autour de la tombe doivent se rappeler les personnes qui ont visité ce lieu sacré. Il voudrait pouvoir accéder à ces souvenirs.

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(à suivre : 210-1012)

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