Archive for the ‘waka’ Category

La Déclaration de Matsuyama – 3/12 –

21 avril 2014

III) POURQUOI LE HAÏKU S’EST RÉPANDU À TRAVERS LE MONDE. LE COEUR DU HAÏKU.

8) La poésie occidentale est riche et comporte des styles différents. Quelques poèmes sont très courts, mais d’autres très longs, de plusieurs centaines de vers. De plus leurs formes ne peuvent pas être clairement définies, à cause de leur très grande diversité. Le haïku, à l’opposé, est un poème complet et indépendant, de seulement dix-sept syllabes. Ceci constitua un choc pour les lecteurs occidentaux.

9) Le haïku n’est pas un genre de poésie où une conclusion logique doit offrir au lecteur une réponse poétique précise. En d’autres termes, le haïku transcende la logique. Par exemple, même si les haïkaï de Bashô :

aki chikaki kokoro no yoru ya yoojoo han
l’automne venant nos coeurs se rapprochent dans cette petite salle de thé

fuyugomori mata yorisowan kono hashira
confinement hivernal de nouveau je m’appuierai contre ce pilier

hiyahiya to kabe o fumaete hirune kana
grande fraîcheur mes pieds contre le mur pour une sieste

étaient traduits en français comme ci-dessus, et qu’on essaie de les expliquer par la logique, ils ne pourraient pas l’être entièrement. Chaque traduction est entièrement différente. Dans le haïku, un objet d’émerveillement est exprimé tel qu’il est. On saisit le haïku avec ses cinq sens, pas par la logique. Des choses que la logique ne pourrait pas expliquer peuvent être exprimées par le haïku. Afin de franchir le fossé séparant la logique des sens, le Japon inventa des techniques rhétoriques appropriées telles que le « kireji » et le « kigo ».

10) On considère que le haïku est un « cadeau de la nature ». Ceci se base sur le point de vue japonais que « la nature n’est pas quelque chose contre laquelle il faut lutter, mais plutôt quelque chose dans laquelle il faut se fondre ». Et la vision japonaise de la vie consiste à « projeter la vie humaine dans la nature ». De même que le tanka contemporain rompt avec la tradition et la sensibilité aux saisons propre au waka ancien, le haïku a hérité de cette tradition et l’a même renforcée. Du waka du Japon ancien au tanka d’aujourd’hui, la tradition de la nature et la sensibilité aux saisons ont perduré et se sont même renforcées dans le haïku

11) En d’autres termes, le haïku rappelle à ses lecteurs que les hommes en tant qu’êtres vivants vivent dans la nature, en conséquence de quoi il leur suggère de vivre dans la nature en sympathie et en symbiose avec les autres créatures. Ainsi disposés, ils seront dotés d’un coeur non refermé sur lui-même, mais d’un coeur ouvert à tous les autres.

12) De plus, le haïku est la poésie des gens du commun. Le haïku est né chez eux, a été perfectionné par eux et est retourné vers eux. Ajouté à cela, il permet d’écrire à propos de n’importe quel sujet de la vie quotidienne. Il n’est donc pas étrange que le haïku ait continué à agrandir de beaucoup le cercle de ses disciples et à gagner en popularité, phénomène très rare de nos jours.

13) Il est, en premier lieu, facile de composer des haïkus. Quand nous écrivons un haïku au Japon, nous alignons 5, 7 et 5 syllabes, et insérons un kigo (mot de saison), et cela ressemble à un haïku. Le haïku remplit chaque poète de ravissement.

14) En second lieu, le haïku provient du haïkaï, qui est un art littéraire de groupe, qui nécessite structurellement les autres. Les groupes qui ont cet intérêt partagé de créer et d’évaluer des haïkaï, s’appellent des « Renju ». Ainsi, un poète de haïku a une méthode créatrice différente du poète moderne typique qui écrit de la poésie isolément.

15) En résumé, cette nature démocratique du haïku provoqua un impact nouveau sur les poètes du monde. Ils l’acceptèrent comme quelque chose qu’ils pouvaient utiliser.

(À suivre : IV LES PROBLÈMES DE TEIKEI (LA FORME FIXE) ET DES KIGOS (MOTS DE SAISONS).

(Trad. : D. Py.)

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« Le rire dans le haiku japonais » par Nobuyuki Yuasa

22 février 2013

Tiré de « Haijinx » Vol. I, n° 1 (printemps 2001), et d’après Rediscovering Bashô – une célébration de son tricentenaire, Global Books, 1999 :

« Le rire dans le haiku japonais »
par Noboyuki Yuasa,
fait partie d’un recueil d’essais qui détaillent les influences de Bashô sur le haïku d’aujourd’hui:

°°°

On conçoit généralement de nos jours que le rire appartient au domaine du senryû et que même un sourire n’est qu’accidentel dans le haïku. Il y a en effet beaucoup à dire pour la défense de ce point de vue habituel. Le haïku s’est formé à partir du hokku, poème initial de versets liés, requérant plus de dignité et de profondeur que le restant des poèmes de la chaîne, tandis que le senryû s’est formé à partir des « hiraku », les strophes comme simples membres de la partie centrale de la chaîne où l’on attendait plus d’esprit et d’imagination. On a aussi considéré généralement deux choses comme essentielles au haïku : le « kigo » , un « mot-de-saison » qui donne de l’élégance au poème, et le « kireji », un « mot-de-coupe » qui élève le statut du poème en lui donnant son indépendance syntaxique et son pouvoir émotionnel. Ni l’un ni l’autre ne sont nécessaires dans le senryû. De plus, on dit que les traits caractéristiques du senryû se trouvent dans la peinture (description) de « jinji », les affaires humaines, normalement de manière comique, et dans l’utilisation franche de « zokugo », des termes vulgaires.
Ayant dit cela, je ne peux cependant pas m’empêcher de questionner cette vue traditionnelle. Quand Yamazaki Sokan (1460-1540) et Arakida Moritake (1473-1549) initièrent le « haikai no renga », à l’ère Muromachi, celui-ci fut intentionnellement créé comme une révolte contre la tradition élégante du waka et du renga. Ceci étant suggéré par le titre même de l’anthologie qu’édita Sokan : Inu Tsukuba Shu, « Inu » signifiant « chien » et « Tsukuba » n’étant pas uniquement une métaphore du waka, mais également le titre de l’anthologie de renga compilée par Nijo Yoshimoto (1320-1388). Un exemple de l’anthologie de Sokan nous convaincra facilement de la « chiennerie » de sa poésie :

Sirote tes larmes –
Il n’y a rien pour moucher ton nez
dans ce mois sans dieux

Dans le japonais original, puisque « sans dieux » et « sans papier » se prononcent de la même manière, il y a là un jeu de mots qui impressionne le lecteur par son esprit. D’après les critères actuels, c’est probablement plus du senryû que du haïku. Pourtant, il fut choisi pour cette anthologie par le poète que l’on considère habituellement comme le père de la tradition du haïku. On peut voir le même esprit dans le poème suivant, de Sokan lui-même :

Dans la pleine lune
fourrez un manche, cela fera
un superbe éventail

Ce poème est iconoclaste au sens où la pleine lune, considérée traditionnellement comme l’incarnation même de la beauté élégante est ramenée du ciel à la terre. Cependant le poème n’est pas sans posséder quelque beauté, parce que lune et éventail mettent en valeur la fraîcheur du soir.

Un exemple de Moritake, maintenant :

Le saule vert
peint un sourcil sur le visage
d’une berge

Ce poème, à mon avis, est plus traditionnel que celui de Sokan en ce qu’il décrit une belle scène printanière, mais l’emploi hardi d’une métaphore le « distingue » de la poésie traditionnelle. On lit le poème d’une double façon, car derrière le saule nous voyons le visage d’une femme avec de beaux sourcils.

Cette tradition ouvertement comique, débutée avec Sokan et Moritake, fut d’une certaine manière révisée dans les premières années de l’ère d’Edo par Matsunaga Teitoku (1571-1653) qui essaya d’élever le « haikai no renga » du niveau d’une rébellion infantile. Il dit dans Tensui Sho que puisque le « haikai » est une forme de « waka », il ne faudrait pas le rabaisser au rang de poésie vulgaire. Mais Teitoku ne renia pas le rire. Il essaya plutôt de l’affiner. Un de ses disciples, Saito Tokugen (1559-1647) compara le renga au No et le haikai aux « kyogen » (interludes comiques joués entre les pièces de théâtre No), disant que tout ce qui était « inférieur », comme le kabuki, devrait être banni. Voici un poème de Teitoku qui montre la différence existant entre lui et les poètes le précédant :

Les boulettes aux fleurs
elles semblent préférer, toutes ces
oies sauvages qui s’en retournent

Teitoku provoqua souvent le rire en utilisant une expression proverbiale à un endroit inattendu. Dans ce poème, le proverbe populaire « des boulettes plutôt que des fleurs » sert à expliquer pourquoi les oies sauvages retournent au nord quand le printemps arrive au Japon.

Teitoku réussit, sans aucun doute, à chasser la vulgarité du haïkaï. D’un autre côté, il est indéniable que sa poésie devint quelque peu pédante : plus savante mais moins imaginative que celle de ses prédécesseurs. Cette tendance fut vivement attaquée par Nishiyama Sôin (1605-1682). Celui-ci forma avec ses disciples un groupe appelé « Danrin », ce qui signifie « forêt loquace ». Ce nom suggère que son groupe était plus proche de la vie des gens du commun. Par suite de cela, ils s’éloignèrent de la pédanterie de Teitoku, infusant à leur poésie un esprit de plus grande liberté. Voici un poème de Soin :

les ayant regardé longtemps
je chéris les fleurs, mais, ah,
la douleur dans mon cou !

Derrière ce poème nous voyons le tanka de Saigyo :

Les ayant regardé longtemps,
je chéris les fleurs si tendrement
que quand elles se dispersent
je ressens d’autant la tristesse
de leur faire mon dernier adieu

Nous devons ici admettre que, dans une certaine mesure, le poème de Soin est iconoclaste, mais d’une qualité autre que celui de Sokan. Le but de Sokan, nous l’avons vu, était de détruire le monde élégant du waka, tandis que celui de Soin était plutôt de présenter une scène humoristique. Je crois pouvoir dire que Soin fut le premier poète à découvrir la légitimité du rire dans le « haikai no renga ». Je pense que c’est ce que Okanichi Ichu (1639-1711) ressentait quand il disait dans Haikai Mokyu que l’essence du haikai est le rire (kokkei). Selon lui, le haïkaï devait s’écrire « sans rime ni raison », c’est-à-dire avec « des mots qui sortent spontanément de la bouche pour plaire à l’auditeur. »

Noboyuki Yuasa.

Haïkus etc. Py fév. 2013 – 1/2

20 février 2013

°°°

sur la pelouse
rendue à l’herbe,
plus qu’une carotte

sous le lampadaire
le nid
rempli de neige

°

métro –
ses miasmes à qui mieux mieux…

°

Un édifesses = un édifice où l’on peut s’asseoir.

°

Les autoroutes et leurs bretelles…

°

Entre dans (ma) photo ce qui veut y entrer ;
entre dans mon haïku ce qui veut y entrer…

°

apprendre à être
apprendre à non-être

apprendre à naître
apprendre à non-naître

°

ir/résill/tible

i/grésill/tible !

°

Le bol est rond
(de Ravel)

°

pelant un avocat,
l’impression de parcourir
un terrain de golf

°

Mali – guerre-éclair ( ?) :
de morts * pas un mot

• on dit : « neutralisés », ces jours-ci.

°

les voitures
appuient midi
sur l’asphalte –
: retour d’insomnie

°

coupant son vers en dux

coupant son rêve
en deux,
le réveil

°

parole des vents, Gilles !

°

carnet = un champ de mines ? / un chant de mines…

pâté = chiure de mine ?

°

plus chauve-souris
que parapluie :
à la poubelle !

(écris-je ici
sous la pluie)

°

évide (adjectif) : qui est évident

°

ce matin au réveil
rattrapé un haïku
de la veille

insomnie :
je mange une pomme,
je lis un livre,
(et me recouche)

°

l’envers du décor,
l’en-creux,
le négatif (au sens photographique)
la présence de l’absence,
etc.

l’au-delà de l’encre,
l’au-delà du son / du sens
(ou l’en-deçà),

: les vibrations, les ondes,
(une fois quitté€ la matière…)

Le passage de l’incréé au créé,
la transformation (taoïste / chinoise)

(« Haïku-de-vent », la liste-forum : elle a vécu, elle a mouru…)

°

avec vitesse
avance
et fend la houle
le V couché
devenu flèche

°

re/gard de lion

°

Est-ce L
qui m
e marcha sur les pieds
dans l’escalier bon D ?

(BFM, 5/2)

°

Ève : la première pom(me)-pom girl ?

(Brut de pom
– pom(me)
– girl)

°

résidus d’eau
le ciel
à terre

°

la branche qui casse (-)
le poids des flocons

(d’après : « aux branches nues / le poids de décembre / en gros flocons », verset de Huguette Ducharme, dans le renku « L’apéritif au jardin », avec Véronique Dutreix, 2012/13)

°

Relier deux « images » :
sa religion :
le haïku

°

Un
iiiiiiiiiiiii
traverse ma page
c’est ainsi que nous fîmes connaissance

°

Le « sincérisme » ( !) en haïku (cf échange sur Gong-haiku)
/ le sincérieux
le sincérieur (« je » suis « sinsérieur »)
un sincériste (du haïku) /

eut l’heur du heurt,

cette citation de Nobuyuki Yuasa (Jap.) *:
une lueur ?
une mouche piquante ?
: touché (-coulé) ?

: cela donne envie de le connaître mieux, traité de quasi fasciste par J.A. **

(Qu’y a-t-il de fasciste dans sa phrase :
* « Il est important que l’auteur soit absolument fidèle à son sentiment. S’il se force à être fantaisiste ou sérieux, il perd son sentiment véritable. » (Nobuyuki Yuasa) ?

** Il sort de ses gongs ?

Pas de quoi fouetter un haïkiste, cependant ! (… ? )
/ Comme disait Chirac « ça m’en cogne une sans toucher l’autre » (ou qqch d’approchant) !

• professeur d’anglais à la retraite de l’université d’Hiroshima en 1995, enseigne depuis à l’université féminine Baiko à Shimonoseki. Éminent traducteur de poésie et de littérature haïku.
• Parmi ses nombreuses publications dans les « Penguin Classics » : La sente étroite vers le nord profond et autres sketches de voyage de Bashô, ainsi que deux ouvrages sur Issa et un sur Ryôkan.
• Également spécialiste de littérature anglaise, il a reçu récemment le Prix de l’Association Japonaise des Traducteurs pour son œuvre sur John Donne.

• Est paru de lui, dans la revue « Haijinx » I,1 (printemps 2001) un article intitulé « Le rire dans le Haïku Japonais ».

(Ce seul titre ne peut que me le rendre assez sympathique, d’ailleurs !)

°

mor-py-on
more-py-on

py(-le-poil-à-gratter…)

°

un vrai glaçon manqué !

°

Fils de renne !

°

Les chiens montent la garde
Les chats vivent à l’état sauvage
Les oiseaux chantent à tue-tête
Les faisans ne craignent plus les chasseurs

: Fukushima * 2013. * = « Île du bonheur ».

: d’après Laure Noualhat, in « Siné Mensuel » n° 17, fév. 2013, pp 28-9.

°

au milieu de la gare

°

Il « salue le soleil » *
elle « chasse les nuages » **
grisaille de février

* salutation ayurvédique
** mouvement de taiji-quan

°

gym aquatique – :

soudain une douche
se met à siffler

– le jet bloqué

°

Iles, ces tétins !

(Il s’est éteint) *

* Ils se sont ét(r)eints
Ils se sont éteints

/ ils se sont ét(r)eint(é)s

°

cœur d’arti(ste) chaud…

°

elle a peint ses lèvres
comme ses bottes
comme son parka :
rouge

°

de fille en aigu-il…

°

Il se peut, si vous écrivez des tercets plutôt courts, qu’un jour l’un d’entre eux mesure le nombre de syllabes dévolu au haïku ancien. Il se peut que c’en soit un comme il se peut que ce n’en soit pas un. Qu’importe !

°

la douleur
du pneu qui hurle
dès le vert du feu

°

Ce matin je lis
dans « L’Union » *, l’avis
de décès d’André Breton **

* du 8/2/2013, p. 21
** à Château-Thierry – Coupru (Aisne).

°

un bon haïku
est un haïku maigre

pas un haïku gras de mots

(point trop pétri de « poésie »)
point (trop) enjoli(vur)é de mots
– qui ronflent, qui font gonfler, qui boursouflent…

– c’est ne pas se (laisser) prendre aux mots
(ni ne les laisser vous prendre l’oreille – et l’esprit),

C’est réduire (aux petits oignons ?)
C’est aller plus vers les non-mots
que vers les trop-mots !

Le haïku, c’est dégraisser

c’est la sveltesse, l’épure,
le concentré, l’ « huile » essentielle
c’est l’équilibre (du ni trop ni trop peu)
c’est la justesse
c’est le centre, le cœur,
l’irréductible –

Ah, ça, ciné !

°

Force est de conclure
que « la sincérité dans le haïku »
ne réjouit pas franchement
quelques caciques
de la Fran(ce-)cophonie (AFH)…

… et de supposer que ce thème
( : de « la sincérité dans le haïku »)
ne figurera probablement jamais
au sommaire de la revue « Gong » !

D.Py (, té !)

°

pas niais
deux crabes

(se pincent
sans / cent (coup fé)rir(e)

– cent fous quérir ?

°

attendant que le
bout farde
ses paupières…

°

Aux larmes, citoyens !
Aux charmes (citoyennes !?)

°

Ne pas se laisser
emporter
embarquer
séduire
(piéger)
par des mots…

°

Spoutnik ta mère !

°

Aujourd’hui,
Premier jour de l’an
du Serpent d’eau
– N’être * que ** douceur

* naître
** queue

°

(Taiji-Quan :)

le geste juste
n’est que(n) douceur

le 1er jour du Serpent d’eau,
que de la douceur –

°

À la Saint-Valentin
ses seins valant un
hommage

(appuyé)

Saint Galantin
Saint Galant, un !

°

(ancien :)

Aqua-gym
le muscle qu’elles « travaillent » le plus (et de loin !) :
la langue

°

(cf « l-autofictif.over-blog » d’Éric Chevillard, in « Tombeau d’Alexandre Jardin » ) :)

Les images à la mords-moi-le-mot, à la mords-moi-l’oreille et le cerveau (ou bien est-ce le cervelet ?) :
d’Alexandre Jardin.

°

Foxtone
(pour : Folkestone…)

°

1er de l’An Chinois –
au-dessus du nid vide
les premiers bourgeons

°

le saule
sa
danse du vent

°

un mot est un mot
un bambou est un bambou
o, o, ou, ou, ou !

… « mais si je lis le mot « bambou », je vois « la chose « bambou » » *
(dp sur « gong-haiku », le 10/2/13)

* et c’est pour cela, aussi, que le haïku n’utilise que des mots (très) « concrets » :
pour que la vue en soit meilleure, (plus) claire !…

°

debout les mores !

de boue les morts !

°

un couple :
ils se versent l’un en l’autre
( amoureux – poètes )

°

(mes) haïkus, je ne les appelle plus haïkus :
débordant tant de leur cadre !

Certains, haïkus, d’autres non.

°

la mare aux connards ?

les mores aux canards ?

°

le jour de la Saint-Valentin,
je poste mon tiers provisionnel

°

(à J.A. :)

Lire s’arrête-t-il à
poser les yeux sur les mots,
sur les lettres ?
Ainsi :
3 a, 1 c, 6 e, 2 i, 3 l, 4 n, 2 p, 3 s, 2 t, 2 u
font :

le saule
peint le vent
sans pinceau

!

(Saryû)

°

M’enfin, J., en lisant (, en écrivant ?), il me semble que tu considères plus « le doigt » que « la lune » !…

((car qu’est-ce qui naît du mot ?))

un mot seul, c’est comme une mouche morte sur un carrelage !

Les mots s’envolent ! (Comme certains « haïkus » !?…)

– et le bambou ne se réduit pas à ses feuilles !…

(Comprenne qui voudra)

°
(Quelques unes de mes « hallucinations » ! :)

Hallucination :
j’ai lu « des haïkus volants »
: trop fumé la mot(s)-quête ?

Allucime

En lisant certains « haïkus »,
j’hallucine,
oui !

Hallucinéma

des haïkus grotesques
devant lesquels
je ne peux que pouffer !

« hallucination » :
mot pratique pour un haïkiste :
cinq syllabes !

°

(épygramme :)

De ce littérateur, dira-t-on :
« M-Hélas ! il s’est englué dans les mots ! » ?

°

(Kyôka *:)

juste sous la photo
du pape démissionnaire
une pub pour
La Bande à Mickey
et son Magic Show

( : couv’ « 20 minutes », 12/2/13)

* La voie du kyôka, c’est kyôka-do,
comme celle du tanka, la tanka-do !

°

« Un os à la noce. »

je n’ai pas l’airain assez solide…

Lise, ronde

°

nénuphar

°

(Sussuré à l’ouïe / de Louis ? :)

« Ah, çà, cessez ces scènes obscènes,
absurdes, sordides
et si peu amènes,
Amen ! »
– et même :
« Arrêtez de tirer dans l’Ehpad ! »

°

solide comme un croc
-en-jambe nique-ta-mort

°

L’anar déchaîné…

l’anar-schiste (gaze…)

°°°

(à suivre : fév. 2013 – 2/2)

Compte-rendu du kukaï (n°75) de Paris

17 février 2013

Résultats du kukaï de Paris n° 75, du 16 février 2013.

°°
Bonsoir !

Tout d’abord, Mme Hiro Hata, nous informa que le 16 février est le « Saiigyoh ki », le jour anniversaire de Saigyo(h) Hoshi, poète et bonze. Né en 1118 et mort le 16 février 1190. De lui on se souvient particulièrement de son célèbre waka (écrit plusieurs années avant sa mort) :

Negawaku wa
Hana no shita nite
Haru shinan
Sono kisaragi no
Mochidzuki no koro

Puisse le ciel
Me faire mourir au printemps
Sous les fleurs de cerisiers
Au deuxième mois
Quand la lune est pleine

Le ciel exauça son vœu, et il mourut ainsi le jour anniversaire de la mort du Bouddha.

Bashô tenait Saigyo en très haute estime, fut souvent « inspiré » par lui, et entreprit son Périple vers le Nord profond, sur ses traces.

°°

En présence de 17 personnes, 51 haïkus ou senryûs furent échangés. 24 d’entre eux obtinrent une ou plusieurs voix :

°

Avec cinq (5) voix :

Adelina / je réapprends à mon père / le nom de sa mère

: Monique Coudert ;

cerises laquées / lui offrir ma bouche / à croquer

: Cécile Duteil ;

Lac étale, / froissé / par deux canards

: Danièle Étienne-Georgelin.

°

Avec quatre (4) voix :

ciel clair – / un temps / à s’envoler

: Valérie Rivoallon ;

et

Nuit de carnaval / L’étrange beauté d’un masque / Gardien d’un secret

: Isabelle Ypsilantis

°

Avec trois (3) voix :

Soir de la Saint-Valentin / Les lumières du restaurant / Vide

: Oriane Oberndorfer.

°

Avec deux (2) voix :

le saule / sa / danse du vent /

: Daniel Py ;

Les ombres / Se reflètent sur l’eau calme / – Pudeur du soir

: Noémie Guibert ;

L’hiver et pourtant / Dans l’air le parfum / Des mimosas

: Isabelle Ypsilantis ;

Nouvelles lunettes – / elles me font pleurer / quand je vois leur prix !

: Patrick Fetu ;

Saint-Valentin – / des petits cœurs sur le papier / hygiénique

: Valérie Rivoallon ;

et :

Sur la mer / le vent à rebrousse-poils – / Moutons d’écume

: Gwenaëlle Laot.

°

Avec une (1) voix :

goutte de parfum / dans le creux du cou / volatilisée

: Cécile Duteil ;

Hall de gare – / Les soubresauts du chien errant / dans son sommeil

: Meriem Fresson ;

j’éteins la lampe / pour écouter la nuit / en l’attendant

: Monique Coudert ;

Mer agitée – / les rochers deviennent / les tremplins des vagues

: Gwenaëlle Laot ;

neige à perte de vue / au-dessus / le panache de la centrale atomique

Roselyne Fritel ;

pas un souffle / dans l’air diaphane / les éoliennes traînent des ailes d’albatros

: Roselyne Fritel ;

Rentrée des classes – / il sifflote sur le chemin / l’ado au fusil

: Françoise Lonquety ;

Repas de famille / Entre les plats on commente / les premiers pas

: Gwenaëlle Laot ;

seul à skis / dévalant la pente immense / les sapins m’observent

: Philippe Bréham ( ? ) ;

Sur le bitume glacé / les coups saccadés / d’une canne

: Lydia Padellec ;

Table voisine – / il assassine son bordeaux / à coups de glaçons

: Patrick Fetu ;

Un, deux, trois / quatre flocons et encore un / sur le nez du bonhomme de neige !

: Lydia Padellec..

et :

Vu du ciel – / l’ombre définitive / des pins calcinés

: Françoise Lonquety.

°

Sans voix (mais avec commentaires !…) :

pêche – / plus de haïkus / que de poissons

: Valérie Rivoallon ;

et :

Première signature – / je demande son stylo / à la lectrice

: Meriem Fresson.

°°°

Philippe Bréham nous a fait part de son ouvrage nouvellement paru : Le Vent du Temps qui passe, contes et haïkus, éd. SAN, nov. 2012. disponible chez http://www.assosan.fr (prix conseillé : 15,90 €).

Tierra de Nadie (mouches, moines et papillons), haïkus de Salim Bellen (traduits de l’espagnol par Josette Pellet et Daniel Py), y a été également proposé. Il est disponible chez http://www.editions-unicite.com ou directement chez l’éditeur, François Mocaer, contre un chèque de 13 € au 46, ave. Jean-Jaurès, 93110 Rosny-sous-Bois.

Merci !

°°°

Les prochains kukaïs de Paris se tiendront les :
samedi 16 mars à 16 h 30 au bistrot d’Eustache (n° 76)
samedi 6 avril, de même !… (n° 77).

Amicalement en haïku,
Daniel.

Commentaires sur le haïbun, et sur le Chichi no shuen nikki, d’Issa, par S.(L.) Mabesoone

1 février 2013

Extraits d’un échange entre Monique Serres et Seegan (Laurent) Mabesoone, avec leur permission. Qu’ils en soient remerciés ici :

De Seegan (Laurent) Mabesoone, à Monique Serres, daté du 23 janvier 2013 :

« En ce qui concerne la définition du genre haïbun, je crois qu’il est possible de se référer à d’autres japonologues que moi, MM Sieffert, Origas ou Mlle Pigeot, entre autres.
Je vais essayer de résumer : depuis Bashô (ou plus exactement depuis Yayu (1701-1783) avec son « Uzura koromo »), le haïbun s’est différencié du kyobun (« prose folle » = prose relevant de haïjin, par opposition aux textes élégants gabun des kajin – poètes de waka).
En effet, le haïbun est considéré dès lors comme « un texte de style typique du haikai ». (Pour le « Haibun gaku daijiten » de Kadokawa : haikai teki bunsho).
Ainsi, le problème n’est pas de savoir si le texte comprend ou non des haiku (hokku). Par exemple, le « genjuan no ki » de Bashô n’en comprend qu’un ou deux (selon les manuscrits).
Ce « style typique du haikai », en prose, tout comme dans le hokku ou le renku, consiste dons dans la concision (kanketsusa) et les sauts de registre (kire), d’où naît le haimi (« humour du haikai » ou « esprit du haikai »).
À ce titre, le Okuno hosomichi (traduit par Sieffert « Sente du bout du Monde ») peut être considéré comme un haïbun, bien sûr, mais il est généralement classé dans les kikobun (« proses de l’itinéraire », dites aussi Michiyukibun, cf J. Pigeot, etc.). Car ce texte possède aussi tous les traits stylistiques des récits de voyages médiévaux.
Bref, le « Chichi no shuen nikki » d’Issa est considéré à juste titre comme le plus grand haibun du XIXè siècle (Bunka/bunsei).
Même s’il ne comprenait pas un seul hokku, il le serait tout de même, car on y observe un style concis et hybride, avec de nombreux « sauts de registres» entre la réalité la plus prosaïque et les considérations religieuses, philosophiques, voire littéraires (ceci est facilement perceptible dans le texte original, car il existe dans le japonais classique une quasi-incompatibilité entre le style grave su sino-japonais et la souplesse du « japonais de souche » ; le haibun se joue de cette frontière).
Comment dire… imaginez qu’il existe en français un style mélangeant avec « l’esprit du sous-entendu » le latin antique et le français moderne ! C’est cela le haïbun, avec ou sans haiku dans le texte.

Seegan (Laurent) Mabesoone.

Idem, du 30 janvier 2013 :

(…)
Pour ce qui est de mon analyse du texte en japonais, il y a ma thèse… en japonais, sur le site de l’université Waseda, ci-dessous :
http://dspace.wul.waseda.ac.jp/dspace/handle/2065/493?mode=full

De Monique Serres à Seegan Mabesoone, le 24 janvier 2013 :

Afin de mieux visualiser le « style typique haikai », ses sauts de registres avec le jeu sur les frontières entre éléments prosaïques et réflexions plus philosophiques s’appuyant sur des niveaux de langue différents, vous serait-il possible (…) de l’expliciter sur un passage de votre traduction, par exemple : le passage du 4 mai du journal d’Issa – cette grande journée lumineuse de rémission dans la maladie du père – (…)

De Seegan Mabesoone à M.S., le 30/1/13 :

Entre les passages d’Issa :
1)
« Le 4. Grand changement » jusqu’à « jusqu’au village de Furuma », Seegan commente :
« Tout ce passage est très prosaïque, réaliste, dans une langue « vulgaire » : japonais de base « kun yomi ».

Entre
2)
« Les nuages de pluie avaient disparu » et « entendre ses premières vocalises. » :
« passage très littéraire, mais toujours en japonais de base « kun yomi », et non en sino-japonais : références à la littérature féminine classique de Heian – wabun

Entre :
3)
« En fait, ledit oiseau… » et « d’entendre chanter le coucou pour la première fois. » :
« À nouveau, prose vulgaire. »

Entre
4)
« Voici le coucou ! » et « Jour de rémission » :
Deux hokku particulièrement « raffinés » (miyabi/ga), sans mélange « raffiné-vulgaire », ce qui est inhabituel dans les hokku d’Issa. Ce style fait donc écho au passage en « prose élégante » du 2)

Entre
5)
« Aujourd’hui c’est le jour du repiquage » jusqu’à « où nous le garderions encore quelque temps avec nous ! » :
« passage en langue vulgaire, incroyablement réaliste pour son époque, sans aucune référence, pour rappeler une certaine vulgarité de l’entourage d’Issa »

Entre
6)
« Le lien entre un enfant » et « je suis resté à lui masser le cou et les pieds. » :
« passage très littéraire, mais cette fois, dans un style antique sino-japonais (l’équivalent de notre latin). Nombreuses citations en – lecture chinoise des caractères, ou expressions abstraites tirées des classiques chinois (kan-bun), afin de conclure dans un style « carré », adapté au sujet philosophique. »

« Voici un peu comment les « sauts de registres » constituent le « sel » du style hybride qu’est le haïbun.
Le changement de style permet de créer un choc émotionnel et de seulement sous-entendre la subjectivité (comme à l’intérieur d’un haïku, avec la juxtaposition inattendue de deux sujets). »

Seegan (Laurent) Mabesoone.

Les 1012 haikai de Bashô – 246-253)

23 février 2012

°
246
(À Minakuchi, tombant sur un ami pas vu depuis vingt ans)

deux vies
entre elles ont vécu
les fleurs de cerisiers

(printemps 1685)

NB : L’ami de Bashô s’appelait Hattori Dohô (1657-1730). Bashô ne l’avait pas vu depuis qu’il avait neuf ans. (…)

247
(Une vue paisible de la campagne au printemps)

un papillon ne vole
que dans un champ
de soleil

(été 1685)

NB : Cette strophe suggère que le champ était constitué de soleil. Les fleurs jaune vif du colza pourraient faire penser au soleil sur la terre.

248

l’iris « oreilles-de-lapin »
me donne l’idée
d’un poème

(été 1685)

NB : La compréhension de ce verset se complique avec la référence à un waka de Toshiharu Oseko, au chapitre neuf des Contes d’Ise.

249
(Une vue de l’anse de Narumi-gata. Par un beau et doux jour de printemps , un bateau vu très loin au large semble se mouvoir très lentement, quelquefois même être à l’arrêt. Les fleurs de pêchers d’un rose vif sont au premier plan, sur la plage.)

un bateau qui débarque
s’arrête pour se reposer sur une plage
de fleurs de pêchers

(printemps 1685)

NB : Ce poème pourrait concerner de vraies pétales de pêcher soufflées des arbres qui se posent sur la plage ou à de petits coquillages roses dans le sable, qui ressemblent à des pétales de pêcher.

250
(Un prêtre bouddhiste de la province d’Izu, Inbe Rotsû, qui voyageait seul depuis un an, en entendant parler de moi, est venu à Owari pour voyager avec moi.)

maintenant que nous sommes ensemble,
broutons des épis d’orge
avant notre voyage

(été 1685)

NB : Inbe Rotsû vécut de 1651 à 1738. Bashô utilise un terme animalier pour manger, ce qui implique aussi qu’ils mangent à même l’épi au lieu de le cuire. Il y a aussi un association entre les épis d’orge et l’oreiller d’herbes (= le voyage) puisque tous deux portent des grains.

251
(Dans les montagnes de la province de Kai)

le bûcheron
reste bouche fermée
hautes herbes gratte-langue

(été 1685)

NB : Cette plante accrochante ( : le gaillet gratteron – Galium aparine – ) pouvait grandir jusqu’à la hauteur du menton d’un homme. (Cette traduction française permet un jeu de mots supplémentaire entre la bouche fermée du bûcheron et la langue que ces gratte-langue (, autre appellation de cette plante) auraient pu atteindre.)

252
(Le prêtre Daiten, du temple Engakuji est décédé au début de l’année. J’eus du mal à le croire, mais j’écrivis une lettre à Kikaku avec le verset de déploration suivant, pendant mon voyage :)

ayant manqué les fleurs de pruniers
je me prosterne devant celles des lespédèzes
en larmes

(1685, saisons mixtes)

NB : Le prêtre Daiten vécut entre 1629 et 1685. Kikaku était un des disciples de Bashô. Le poème semble dire que puisque la fleur de prunier (le prêtre) manque, non seulement au voyage, mais aussi à la vie, Bashô se prosterne en vénération et en lamentation devant les lespédèzes. Les deutzies, traduites souvent par « lespédèzes » étaient l’une des sept herbes d’automne associées au regret, à la tristesse et à la douleur.

253
(Donné à Tokoku :)

un coquelicot blanc
un papillon arrache une aile
en souvenir

(été 1685)

NB : Tokoku, marchand de riz à Nagoya, était un des élèves préférés de Bashô. Les pétales de coquelicots sont triangulaires et tombent l’un après l’autre, de sorte qu’il peut sembler que des ailes de papillon tombent de la fleur.

°

(à suivre : 254-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 226)

13 février 2012

°

poésie comique
dans le vent d’hiver j’ai l’air
de Chikusai

(hiver 1684)

NB : Le « kyôku » (« haïkaï comique ») et le « kyôka » (« tanka comique ») sont deux genres différents, mais « kyôka » est le terme le plus ancien, parce que le waka est plus ancien que le haïkaï. On considérait que ces strophes étaient comiques ou folles parce qu’elles se référaient au travail de l’écriture (…). Chikusai était un pauvre médecin-poète qui voyageait en composant des vers drolatiques pour amuser ses patients aux dépens des poètes pompeux.

°

(à suivre : 227-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 131-140 )

21 décembre 2011

°

fleurs tout épanouies
le prêtre se réjouit sans raison
la femme légère

(printemps 1681)

NB : Rythme hachô (« mètre brisé ») en 7-8-5, de ce poème. Le mot numeri peut signifier « facile » ou « glissant » en termes amoureux. Combiné avec « femme » il devient lourd de sens. L’expression sozoro ukibôshi (« prêtre se réjouissant sans but ») est un composé créé par Bashô.

°

(…la fleur de l’igname est vaincue par celle du lotus)

rosée des roses
les fleurs de colza
deviennent jalouses

(printemps, année inconnue).

NB : Rythme en 7-5-8.

°

(Plaisirs printaniers à Ueno :)

ivre de fleurs
la femme armée d’une épée
porte une veste d’homme

(printemps, année inconnue)

NB : Une femme, portant deux attributs masculins : une veste de kimono et une épée, était ivre de saké pour contempler les fleurs. Adoucissant l’image, Bashô suggère qu’elle était intoxiquée par la beauté des fleurs.

°

le coucou est-il invité
par les plumets de l’orge
ou par ceux des herbes de la pampa ?

(été 1681)

NB : « Les plumets du miscanthus appellent le coucou » est une expression bien connue en poésie waka. Bashô en fait un haikai en changeant l’invitation par les plumets plus petits, moins nobles de l’orge.

°

Quand est-ce une planche de salut ?
sur une feuille un insecte
dort en voyage

(été 1681)

NB : Association avec l’histoire de Huo Di, le Chinois qui eut l’idée de bateaux en voyant une araignée dériver sur une feuille.

°

sous la pluie estivale
les pattes de la grue
raccourcissent

(été 1681)

NB : La structure en 5-5-7 semble mettre en relief la ligne où les pattes de la grue sont raccourcies.

°

folie dans l’obscurité
prenant une épine
au lieu d’une luciole

(été 1681)

NB : Un proverbe dit : « Poursuivre une chose, ne pas faire attention aux autres ». Le mot « obscurité » peut s’appliquer aux moments où l’on voit les lucioles, et au fait de ne pas être très intelligent. Ce poème emploie la technique du détour. Les deux premières lignes entraînent le lecteur dans une direction, la troisième en fait changer.

°

sombre nuit bizarre
un renard rampe sur le sol
vers un beau melon

(été 1681)

NB : Yamiyo (« nuit sombre ») est le mot qui convient, mais Bashô ajouta une note précisant qu’il voulait yami no yo to sugoku (« nuit sombre et bizarre ») pour souligner l’étrangeté de la nuit. Bash^emploie la technique associative pour montrer que le renard rampe au sol à la manière dont poussent les melons. Quelques érudits voient des métaphores dans ce poème (en 8-6-5 :hachô (« mètre cassé ») : l’amant, un renard, se faufile dans une maison, le champ de melons, pour emporter la belle princesse, le melon.

°

fleur d’hibiscus
nue j’en porte une
dans mes cheveux

(été 1681)

NB : Ce verset utilise le paradoxe « nue je porte », puis résout le mystère en révélant que c’est une fleur dans sa chevelure.

°

Ont-ils cueilli le thé
Ne connaissent-ils pas
les vents desséchants de l’automne

(automne 1681)

NB : Poème en 7-5-7. les « vents desséchants » est d’ordinaire un mot de saison d’hiver, mais Bashô place ici les vents froids en automne. On cueille habituellement le thé tôt et tard au printemps.

°

(à suivre : 141-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 76-80)

5 décembre 2011

°

saison des pluies
la phosphorescence marine
tenue par le veilleur de nuit

(été 1677)

NB : On considérait que la phosphorescence de la mer, en été, était la lumière offerte au Bouddha par le dieu des dragons. Des Bantarô (« veilleurs de nuit ») étaient employés pour surveiller feux ou voleurs, la nuit. Selon des notes qui concernent ce poème, il a tant plu que les lanternes de nuit des veilleurs semblent être la phosphorescence marine ou les offrandes des bougies au dieu dragon.

°

moustiquaire d’Ômi
des vaguelettes de transpiration viennent
cette nuit dans le lit

(été 1677)

NB : Ômi était une province du lac Biwa, célèbre pour la manufacture de moustiquaires.. On dirait que par cette nuit chaude, Bashô transpire tellement qu’il se sent allongé dans un lac qui a des vaguelettes, comme l’endroit où est fabriqué la moustiquaire. Il fait plus chaud sous la moustiquaire, mais le peu de fraîcheur gagnée en ne s’y mettant pas est perdu à cause des piqûres des insectes qui en résultent.

°

du sommet de l’arbre
la vacuité tombée
d’une mue de cigale

(été 1677)

NB : On met souvent les auteurs en garde pour qu’ils écrivent leur haïku au temps présent, mais en voici un de Bashô écrit au passé. Le poème est intéressant parce qu’il n’observe pas la chute de la mue, mais la vacuité qui s’y trouve.

°

Se trompant :
trouvant du maïs au lieu de
roseau sous l’auvent

(été 1677)

NB : Ceci est une référence humoristique à une situation du Dit du Genji, où une femme trompe Genji qui essayait de la violer, en roulant loin de lui dans l’obscurité. Dormant près d’elle, cependant, se trouvait sa belle-fille, Roseau sous l’Auvent. Seulement après qu’il est tombé sur la belle-fille et en a abusé, s’aperçoit-il qu’il a été berné par la femme qu’il adore, et qu’il a assailli la mauvaise. Les plants de maïs ressemblent à de grands roseaux.

°

l’automne est arrivé
venant visiter mon oreille
un oreiller de vent

(automne 1677)

NB : Ce poème est très lyrique pour un haïku. Il se pourrait que Bashô était en train d’étudier d’anciens waka, ce qu’il admit faire souvent, et se retrouva donc à écrire plus dans le style du tanka que dans celui du haïkaï.

°

(à suivre, 81-1012)

Haïku, etc. de Py – sept 2011 – (3)

1 octobre 2011

°

Le haïku, ça coule de source !
le haïkou, ça roule !

: du haïku d’intello(s),
ce n’est déjà plus du haïku


(le 5/7/5 :)

c’est un haïku à trucs
(de remplissage), c’est
un haïku truqué !

(= des « haïkulubrations » , pleins de mots creux…morts…)

rempli rempli rem
pli rempli rempli rempli
rempli rempli rem

°

en japonais : « kuyu » : pour « haïkuisants » / haïkouillus ?

°

nez zen nez zen nez
zen nez zen nez zen nez zen
nez zen nez zen nez

°

lambdassadeur / lambdassadique

°

vos écornocroques…

°

à chacun son caca nucléaire (?)

sous l’pont du Gard :
Marcoulé (?)

°

le brigidaire ouvert…

°

hi-han hi-han hi-
: que voilà un bon haïku
de pieds de l’âne !

°

(un ver de haïku / tous les matins / à jeun (?) :)

à boire à boire à

°

(Bashôtage :)

Du fond des temps
au fond d’étang ?

°

le haïku c’est
(à la limite)
ce qui t’échappe…

ce que tu peines à saisir –

l’à-peine saisissable
luciole-haïku

insaisisSABLE

°

Coupez le doigt qui montre la lune !

(Que reste-t-il ?)

°

Ha-Gard :
Marcoule

(?)

°

… Continue ton ratio-ciné
(seul) !

°

je délire, tu
délires, il délire,
nous délirons, vous

°

Montrer
exactement
pour que le lecteur
voie
exactement

Montrer
TRANSPAREMMENT

°

semer sa zenzanie
et
se l’haïcouler douce

°

refroidir
en permanence
le réacteur
du haïku

°

riz (x 5) == riz (fois 5)
riz (x 7) == riz (fois 7)
riz (x 5) == riz (fois 5)

.=====.
=======
.=====.

°

1 pied 2 nez 1
pied 2 nez 1 pied 2 nez
1 pied 2 nez 1

2 pieds 1 nez 2
pieds 1 nez 2 pieds 1 nez
2 pieds 1 nez 2

(faux-kus et faux tankas (ou « tankça ») :

je remplis tu rem
plis il remplit elle remplit
nous remplissons vous

remplissez ils remplissent elles
remplissent je remplis tu rem-

plein (x 5)
plein (x 7)
plein (x 5)

j’empile tu em
piles il empile elle
empile nous em

pilons vous empilez ils
empilent en manque-t-il ?

je farcis tu far
cis il farcit elle farcit
nous farcissons vous

farcissez ils farcissent elles
farcissent je farcissais tu

°

Comment le Chili
célèbre-t-il
le 11 septembre ?

°

é
cré
mer

°

la pomme rouille
peu à peu
les dents
la reblanchissent

°

En Occident, oui,
difficile
de ne pas donner
des haïkus que de tête !

°

(faux-ku à la rue :)

je rue tu rues il
rue nous ruons vous habi
tez chez vos parents ?

°

Théorire

°

obi
et ombrelle :
Japonaise
en un jardin rémois

°

………..
…hutte…
………..
d.:15.9.11.

°

………..
…ancre…

°

« wanka » =
tanka + waka ?

cf : wanker (engl) = onaniste (?)

°

Juvisy – je saute immédiatement
dans un train de retour
: un catadioptre sur le siège devant moi

°

bariolée,
portant un bouquet
de beaucoup de couleurs

°

l’ermitière

°

ron (x 5)
ron (x 7)
ron (x 5)

°

« mouspique »
insistait l’enfant :
on doit dire « mouspique » !

°
(à suivre…)