Archive for the ‘tercets’ Category

« Une Histoire du Haïku » – R.H. Blyth 15 – Autres poètes de l’écoles de Bashô : Otokuni, Yasui, Bokudô, Rôka, Sora, Tôrin, Haritsu, Ranran :

4 juin 2017

(p. 194) :

OTOKUNI (? – ?) Etudie le haïku avec Bashô, avec sa mère Chigetsu, et sa femme.

Sur terre et sur l’eau

les oiseaux lancent leurs cris

à la tempête de neige

°

YASUI (mort en 1743, à 86 ans) :

Oies sauvages

oui, vous avez mangé mon orge,

mais maintenant nous devons nous séparer

L’alouette !

elle rivalise de forces

avec le vent du printemps

La première neige

tombe sur le paulownia

qu’elle a planté cette année

NB = à propos de sa femme, morte jeune.

°

BOKUDÔ (? – ?), frère aîné de Hokushi.

Sous les jeunes feuilles vertes

ce matin de printemps

il est naturel que je sois endormi

°

RÔKA (1672-1703) :

Un vol de cormorans

têtes dressées, remontent

le rapide cours d’eau

La neige de la nuit dernière

s’éclaircit ;

comme brille le bocage !

Son jisei (?) :

Verticalement et horizontalement

il fait plus noir près du paravent –

pluie froide d’hiver

Admirant la lune,

marchant sur les déchets crépitants du chanvre

au-delà de la porte du fond. 

On voit aussi

une enfant avec la variole

cet automne d’orge *

* automne de l’orge = l’été.

suspendue pour la première fois,

comme la moustiquaire sent,

pendant 2 ou 3 jours !

°

SORA (1649-1710) :

Toute la nuit

écoutant le vent automnal

de la montagne par derrière

Marchant, marchant sans cesse

même si je tombe épuisé,

je me reposerai dans ces champs

fleuris de lespédèzes

Ses petits seront fatigués de l’attendre –

l’alouette

s’élève si haut !

Quel oiseau est-ce,

solitaire et froid

dans la tempête automnale ?

°

TÔRIN (1639-1719) :

Sur sa tombe, ce verset :

Une pêche blanche ;

une goutte d’eau se détache

d’une couleur pure

°

HARITSU (1663-1747) :

Jusqu’à ce qu’elles fleurissent,

personne n’y fait attention –

fleurs d’azalées.

°

RANRAN (1648-93) :

La rose de Sharon

ne rit

ni ne pleure

Dans la rizière

la lune de printemps :

les ombres de la nuit sont tombées

°

(A suivre : Masahide, Kyokusui, Mokusetsu, Hajin, Tantan, Shihô, Banko, Yamei)

Publicités

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 13) Autres poètes de l’école de Bashô : Tohô, Shintoku, Rotsû.

4 juin 2017

TOHÔ (1657-1730) : Compila le « Sanzôshi » (« Les 3 carnets de notes » : dits de Bashô sur le haïkaï. Dont ce passage :
« Le maître dit : « Apprenez des pins, apprenez des bambous. » – « Apprendre » signifie s’unir aux choses et sentir leur nature la plus profonde. Ceci est le haïkaï. »

Poulains en été ;
le sable de la falaise
tombe grain après grain

Sur la feuille de paulownia
s’étale la brillance –
une luciole !


(p. 184)

SHINTOKU (1633-1689). Il apprit de l’école de Teitoku, puis de celle de Danrin et s’associa aussi avec des poètes de celle de Bashô

Comme c’est effrayant !
une femme avec des lunettes
à la fin de l’année !

Jour de pluie
quelqu’un passe devant mon portail
tenant des iris

ROTSÛ (1651 ? – 1739 ?) : un mendiant, qui rencontra Bashô en 1688.

« Rien pour toi ! »
disent-ils tous –
fin de l’année

Sur le lac Yogo
mêmes les oiseaux aquatiques
dorment ?

Au bananier feuillu
que va faire
ce vent d’automne ?

Les oies sauvages sont tombées
sur ma nuque,
cette nuit de gel !

°°°

(A suivre, Ch. XII, p. 187 : Shadô, Rosen, Sodô…)

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 12) Autres poètes de l’école de Bashô : Ryôto, Shôhaku, Kakei

2 juin 2017

(p. 180) :

RYÔTO (1661-1717) Prêtre Shinto d’Ise.

ça va !

ça va !

le printemps de ma vieillesse

Son jisei :

Certainement, je suis prêt !

Ah, le coucou

de cette aube !

Les violettes fleurissent ;

les courtisanes doivent vouloir

voir les champs !

Houe à la main,

il sort pour réprimander –

fleurs de pêcher

°

SHÔHAKU (1650-1722). Etudia avec Teishitsu puis Bashô.

Les convolvulus fleurissent ;

couché dans ma chambre :

l’automne de mes années

Bottes de paille ici et là;

la lande desséchée

est vaste et solitaire

°

KAKEI (1648-1716). Editeur de trois des 7 anthologies de l’école de Bashô :

La lune de deux jours 

peut être soufflée

par la froide bourrasque d’hiver

En silence

les pétales du pêcher tombent

dans le feu du jardin

Tiges d’herbes

et une sauterelle

aux pattes cassées

La belle-de-jour

est d’un blanc pur,

la rosée invisible

°

TOHÔ (1657-1730). Compila le Sanzôshi, »Les trois carnets de notes » : dits de Bashô sur le haïkaï ; dont ce passage :

« Le maître dit : « Apprenez des pins, apprenez des bambous. » « Apprendre » signifie s’unir aux choses et en sentir la nature la plus profonde. Ceci est le haïkaï. »

Poulains en été ;

le sable de la falaise

tombe grain après grain

Sur la feuille de paulownia

le rayonnement s’étale –

une luciole !

°

(A suivre : Shintoku, Rôtsu, Shadô, Rosen…)

 

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – Ch. XI : « Autres poètes de l’école de Bashô » :

2 juin 2017

BONCHÔ (? – 1714)

La vache est devenue

mince et belle

sur la lande d’été

Le rossignol chante !

mes sabots collent

à la terre du champ

Ce roitelet

est-il venu au hameau

pour piailler pour moi dans ma solitude ?

La faible lumière de la fenêtre

avec des bûches entassées autour –

pluie froide de l’hiver

Un certain moine

hait

la capitale fleurie

(cf Shiki :

un certain moine

retourne chez lui

sans attendre la lune)

Jetant les cendres

les fleurs blanches du prunier de la haie

sont ternies

A travers la ville

diverses odeurs et vapeurs

sous la lune d’été

°

UKÔ (femme de Bonchô) :

L’ouvrage de couture

souillé sans la porter

par les pluies de juin

A travers les coups

de la cloche du soir,

le chant du coucou

°

IZEN (1646- 1711) :

Nous séparant

et grimpant la côte,

mangeant un kaki

J’ai fait ta connaissance,

épouvantail,

mais maintenant nous devons nous séparer

La nuit grandit

au-dessus des rizières

la Voie Lactée

le bord en pente de l’eau,

le chant des sauterelles

dans les flots

La courte nuit –

S’enfuyant sans régler

son asile de nuit

D’un coup d’aile l’oiseau s’élève

de l’eau 

légèrement, gaiement

Tombe dans mon grand mouchoir,

alouette dansante,

et je t’emmitouflerai dedans !

Les jeunes feuilles

bruissent et murmurent

sous la pluie ventée

°

(A suivre : Ryôto, Shôhaku, Kakei, Tohô…)

 

« Une Histoire du Haïku » – R.H. Blyth – 11) – Les 10 disciples de Bashô : Shikô, Etsujin, Hokushi :

2 juin 2017

SHIKÔ (1665-1731). Moine zen, il devint ensuite docteur. Elève de Ryôto ; rencontra Bashô en 1690. Fonda sa propre école. Ecrivit un nombre impressionnant de livres. Ses haïkus sont pratiquement des senryûs.

Le batelier

est dur d’oreille !

Fleurs de pêcher

Réprimandé

je vais dans la chambre d’à-côté –

Qu’il fait froid !

Considérez combien je suis seul,

tout seul en ce monde mondain,

avec une chaufferette

Froid, il est difficile de dormir ;

Si vous ne pouvez pas dormir,

il fait encore plus froid

ça m’est égal de devenir une vache !

je pourrais dormir le matin

et être au frais le soir

N.B. : « Quelqu’un a dû dire à Shikô qu’il deviendrait un animal dans une vie prochaine, s’il continuait avec le vin, les femmes et les chansons. »

Dans la bourrasque hivernale

un oiseau solitaire

a l’air d’avoir froid

Le cheval aplatit ses oreilles ;

fleurs froides

du poirier

Les champs tout désolés –

Rien ne s’étire

sauf le cou des grues

Moineaux qui piaillent

dans le réfectoire,

la pluie du soir tombe

Le clairon du coq d’à-côté

semble lointain

ce soir de neige

La pluie d’été

cesse assez pour que les alouettes chantent ;

puis à nouveau…

°

ETSUJIN (1656 – 1739?)

J’ai décidé de ne pas aimer –

comme j’envie

les chats amoureux !

La première neige –

Après l’avoir admirée,

je me lave le visage

Les roses jaunes 

au bord de la falaise

qui s’effrite

°
HOKUSHI (1665-1718)

Mâts alignés –

l’île

cachée dans le brouillard

Le soleil luit

sur la poutre du pont

à travers la brume du soir

Les belles-de-jour

fleurissent et fanent

côte à côte

Quand elle change de place,

le bruit des ailes de la cigale

est frais et reposant

Le son chaud

de la cloche fêlée du temple –

lune d’été

Ecrivant quelque chose

puis l’effaçant –

la fleur de coquelicot !

: ceci est le jisei d’Hokushi.

°

(A suivre : « Les autres poètes de l’école de Bashô » (ch. XI, p. 173))

« Une Histire du Haïku » : R.H. Blyth – 10) – Les 1O disciples de Bashô : Jôsô, Sampû Kyoroku, Yaha.

1 juin 2017

JÔSÔ (1662-1704) :

La grenouille flotte sur l’eau

par son pouvoir de ne s’accrocher

à rien du tout

Les loups hurlant

tous en choeur :

un soir de neige

Un grillon stridule

sous la chaise

de celui qui va partir

Entre 

ses condoléances,

le grillon

Les kakis suspendus à sécher

sur les shôji,

les ombres du soleil du soir sont folles

Un coucou chante !

les eaux du lac

sont un peu nuageuses

Deux collines feuillues de vert

se reflétant

l’une l’autre

Gruau blanc

dans un bol immaculé –

le soleil du Nouvel An !

°

SAMPÛ (1647-1732) :

Je ne connais pas leur nom

mais chaque mauvaise herbe

a sa tendre fleur

Un oiseau sans nom

a l’air d’avoir froid

dans la bourrasque hivernale

°

KYOROKU (1656-1715) :

Des brises fraîches soufflent

sur les champs verts

les ombres des nuages passent

gouttes de pluie

du nouveau toit de chaume :

la première averse de l’hiver

Sur du tissu de coton blanc

étalé au soleil,

des nuages tournoyants

Aération d’été :

Sur des perches

des habits de deuil

Au bord de la route

on fait sécher les cocons :

l’odeur, la chaleur !

L’automne du vent

montre l’envers

des belles-de-jour

En entonnant les soutras

les belles-de-jour

au mieux de leur forme

°

YAHA (1662-1740)

Après la mort de Bashô, il vécut une vie purement littéraire, et eut beaucoup d’élèves.

Les voix des gens

passant à minuit –

le froid !

Un coucou chante

Le treillage m’empêche

de sortir la tête

Le long jour –

le chant du pressoir à huile

s’affaiblit

°

(A suivre : SHIKÔ, ETSUJIN, HOKUSHI.)

 

« Une Histoire du Haïku » : Blyth – 9) Les 10 disciples de Bashô : Ransetsu, Kyorai :

1 juin 2017

(p.139) :

RANSETSU (1654-1707) :

Le grain de riz

collé à mon visage

je l’ai donné à une mouche

Son jisei :

Une feuille tombe,

Totsu ! Une autre feuille tombe,

portée par le vent

Le jeune bambou

dénude une épaule

galamment

Une limace

rampe, brillante

sur les vieux « greaves »

Chaque matin

secouant les lucioles

en secouant le manteau de pluie en paille

gouttes de rosée,

marchez autour des tiges d’herbes

et profitez-en !

Capable de prendre soin

de lui-même,

le melon

Sans bruit,

mangeant les pousses de riz,

le mille-pattes

°

KYORAI (1651-1704) :

Un champ de grenouilles

coasse un moment

puis se tait

Un seul messager

est introduit dans la chambre d’amis –

le froid !

Même dans ma ville natale

ô, oiseaux de passage,

ce n’est que le sommeil d’un voyageur !

Désolation hivernale ;

Epions à travers les arbres

le manoir à vendre

La lune qui reste à l’aube ;

un seul côté de la voile reçoit

la rafale de pluie

Le froid !

Trop difficile de regarder

vers la lune croissante !

Hélas !

la lumière de la luciole

s’éteint dans la main

: Ecrit quand sa soeur Chiné mourut.

Le poème de mort de Chiné :

Comme elle luit facilement,

comme elle s’éteint facilement,

la luciole !

Revenant d’un enterrement –

par une telle nuit

j’admirai la lune

°

(A suivre : Jôsô, Sampû, Kyoroku.)

 

 

 

Sur la forme du haïku, par Noboyuki Yuasa :

1 juin 2017

dans « The  Englishness of English Haiku and the Japaneseness of Japanese Haiku », in A Silver Tapestry, The best of 25 years of critical writing from the British Haiku Society, 2015, pp. 51-64 :

(Extraits, pp. 56-9) :

« Le prochain élément de base du haïku dont j’aimerais discuter est sa forme. Certains pourraient dire que la question de la forme n’existe pas dans le haïku japonais, parce que, traditionnellement, la soi-disant forme 5-7-5 a été généralement acceptée comme étant la norme. C’est vrai d’une certaine manière parce que, pour le moment, la plupart des haïkus japonais s’écrivent dans un japonais semi-classique, particulièrement adaptable à cette forme traditionnelle. Mais, si un jour les haijins (japonais) devaient décider d’écrire en japonais moderne, la question de la forme sera un problème sérieux. Certains poètes, en fait, on déjà pris cette décision.

Taneda Santoka (1882-1940) en est un bon exemple. Il écrivit la plupart de ses haïkus dans un japonais familier moderne. Avec pour résultat qu’il a dû rejeter la forme traditionnelle dans beaucoup de ses haïkus :

wakeittemo / wakeittemo / aoi yama

dans ce poème, in a adopté un plan en 5-5-5, mais dans le poème suivant, il adopta un plan en 5-7-2 :

mozu naite / mi no sutedokoro / nashi

Bien que Santaka utilise beaucoup de formes irrégulières, je pense que c’est une erreur de penser qu’il a écrit des vers libres. Ses poèmes montrent deux motifs plutôt contradictoires. Il souhaite utiliser un japonais familier moderne aux dépends de la forme traditionnelle, mais en même temps, il ne peut pas complètement ignorer la forme traditionnelle. Il souhaite donc la garder où cela est possible. La forme traditionnelle dans les poèmes de Santoka est semblable à la face à moitié effacée de la surface d’un rocher. (…)

Je pense que c’est ce que fait un grand écrivain à une forme littéraire : il la détruit de façon à pouvoir la recréer de nouveau pour pouvoir l’adapter à son propre usage. Pour faire court, une forme littéraire existe à la fois pour qu’on l’observe et pour qu’on la casse.

Me tournant vers le haïku anglais, maintenant, que peut-on dire à propos de sa forme ? Des essais ont été réalisés pour garder le procédé syllabique japonais dans le haïku anglais. Je l’ai fait ainsi dans cet article pour des raisons évidentes, mais beaucoup de poètes  ont trouvé cela trop restreignant. Dans ma traduction de Bashô, j’ai utilisé une forme sur quatre lignes, ce qui a été critiqué par certains comme étant une violation. Je ne souhaite pas particulièrement m’en défendre ici, mais j’avais des centaines de poèmes à traduire, et j’ai trouvé impossible de garder le procédé syllabique originel de bout en bout. De plus, j’ai déjà fait remarquer quelle haïku a débuté comme une révolte contre la tradition du waka, et cela inclut une révolte contre son formalisme. En traduisant des walka, j’essaierais de garder le procédé syllabique même en anglais, ce que j’ai fait dans ma traduction de Ryokan (1757-1831), mais en traduisant des haïkus, j’ai pensé que je pouvais prendre plus de libertés. (…)

Je ne vais pas dire quelle forme est la meilleure pour le haïku anglophone. Finalement, le choix de la forme doit être laissé aux poètes, individuellement. Un poète peut trouver que garder le plan syllabique est trop contraignant ; un autre peut penser que c’est un challenge excitant. Un poète peut trouver que la forme sur quatre lignes est plus adaptée à son propos ; un autre peut la trouver trop longue et lâche. Les variations à l’intérieur de la forme en trois lignes sont si grandes et nombreuses qu’il n’est même pas possible de dire s’il y aura une forme standard en trois lignes ou pas, dans le haïku anglophone. Cependant, j’aimerais voir un petit peu plus de conscience de la forme chez les poètes de haïku anglophone. (…)

En discutant des poèmes de Santoka, j’ai déjà dit qu’il y a des motifs contradictoires dans son esprit : un désir de préserver la forme traditionnelle, et un désir de la détruire et de la recréer. Je pense que ses poèmes ont émergé de la tension entre ces désirs contradictoires. Je crois que cela s’applique aussi bien et autant au haïku anglophone.

(…)

°°°

« Une Histoire du Haïku » : R.H. Blyth – 8) Les 10 disciples de Bashô – a) Kikaku

1 juin 2017

pp. 121-2 :

« La poésie n’est jamais dans les réponses, mais dans les questions. »

« Ce qui fait de Bashô un des plus grands poètes au monde, c’est qu’il vécut la poésie qu’il écrivit, et écrivit la poésie qu’il vécut. »

pp 130-8 :

Les 10 disciples de BASHÔ :

KIKAKU :

Quelle créature terrestre était-ce
qui pissa
sur cette première neige ?

Son jisei, apparemment :

Le matin du rossignol
est frais ;
ce n’est maintenant plus qu’une sauterelle

Des petits riens entendus
dans la chambre de Hôji,
des moustiques qui brûlent

L’anniversaire du Bouddha –
L’enfant abandonné
est maintenant un garçon du temple

Dans le brouillard matinal
un seul Torii :
le bruit des vagues

La lune s’éclaircit
une sauterelle
soulève ses moustaches

sur le pigeonnier
le soleil couchant luit tranquillement
à la fin de l’année

Danses sacrées la nuit ;
Leur souffle est blanc
sous les masques

Voyant le ventre
des oies sauvages partant dans le ciel
au-dessus du bateau

Le jardinier,
je le laisse dormir plus longtemps,
les fleurs de cerisier tombent

La feuille de l’igname
enveloppe la vie
de la goutte d’eau

Le ciel d’automne
distinct
du cèdre sur la colline

Dans la fraîcheur
d’un bateau vide,
la carapace d’un crabe

« Kikaku n’est jamais réellement sérieux. Bashô est toujours sérieux. »

L’écureuil volant
se reflète dans l’eau
passant sous la glycine

Des femmes transplantant les pousses de riz ;
les gouttes de pluie de leur « kasa »
tombent dans la soupe de la casserole



Une cigale stridule ;
le vendeur d’éventails
grimpe à l’arbre

Asperger de l’eau alentour –
assez pour mouiller aussi
hirondelles et cigales !

mille mains
sur la balustrade
se rafraîchissent au soir sur le pont

Ce portillon
est verrouillé et barré –
la lune d’hiver

°

(A suivre : Ransetsu, Kyorai)

« Une Histoire du Haïku », vol. 1 : R.H. Blyth – 7) : Onitsura.

31 mai 2017

pp. 96-104 :

ONITSURA, né en 1660, la même année que Kikaku, et Jôsô, un an plus tôt. Bashô avait alors 16 ans.

Onitsura dit que la meilleure manière d’écrire des haïkus est d’imiter fidèlement les haïkus de son professeur, puis d’écrire ses propres versets. Ce que l’on pratique encore au Japon.

Onitsura communiqua avec Bashô, Saikaku, Saimaro, Raizan et Dansui, et avec les élèves de Bashô : Izen, Shikô, Ransetsu et Ryôto.

On dit qu’il composa ce haïku à l’âge de 7 ans :

« Par ici ! par ici ! », lui disons-nous

mais la luciole

s’enfuit

A L’âge de 18 ans, il entra dans l’école de Sôin. A 25 ans, il réalisa soudain que le haïku est la vérité, l’entière vérité et rien que la vérité.

Le verset suivant fut composé à la mort de son fils :

Je l’enterre ici –

mais serait-il possible

qu’un enfant puisse en fleurir ?

Onitsura pensait que « makoto », la sincérité, est la chose la plus importante au monde ; c’est la véritable humanité d’un être humain. Plus tard, il vécut en tant que masseur, et enfin entra dans la prêtrise. Voici quelques uns de ses meilleurs versets :

Le vent siffle

dans le ciel :

pivoines hivernales

Une brise fraîche

La voûte céleste est remplie

de la voix des pins

Le ruisseau de la vallée ;

les pierres aussi chantent

sous les cerisiers en fleur des montagnes

Pointant

dans le ciel automnal,

le Mont Fuji !

L’attitude d’Onitsura envers le haïku peut se résumer en : « une nouveauté sans distorsion ». Il précéda Issa de cent ans dans l’usage d’expressions familières. Il ressemble à Bashô dans son amour des « particularités négligeables », son coeur porté à la compassion.

Coupant le sasakuri *

avec les broussailles :

l’été indien 

* : une petite sorte de châtaignier

Connaître les fleurs de prunier,

connaître son coeur,

connaître son nez

Nous avons un esprit

nous avons un corps.
Pourquoi ?

Pour connaître les fleurs de prunier

Nous sommes dociles

et les fleurs silencieuses aussi

parlent à l’oreille intérieure

Les yeux en longueur

le nez en hauteur

les fleurs au printemps !

Le rossignol

se perche dans le prunier

depuis les temps anciens

Une truite saute ;

au fond de l’eau

les nuages vont et viennent

C’est l’automne

j’admire la lune

sans enfant sur mes genoux

Changements d’habits –

je n’ai pas encore ôté

les vêtements de la mondanité

Cette tombe

sans saule au-dessus d’elle

est cependant mélancolie

C’est une vie solitaire

mais des mille-pattes velus tombent

autour de mon ermitage

La tortue de la mare

oscille et froisse

les feuilles de lotus

Pluies d’été –

sur la pierre à presser les sushi

une limace

Le vent d’automne

souffle à travers champs :

les visages des gens

Contre les roseaux desséchés

du ruisseau de Naniwa,

des ondulations

Dans la cruche cassée

un plantain aquatique

fleurit sveltement

Les versets d’Onitsura sont simples et faciles, mélodieux et poétiques. Contemporain de Bashô, il était indépendant de lui. La principale différence entre les deux hommes était dans leur pouvoir d’avoir des disciples. Onitsura en eut peu, tels Kisai et Shisen. (La poésie d’Onitsura a quelque chose en commun avec celle de Robert Frost.

°

(A suivre : pp. 121)