Archive for the ‘tanka’ Category

Yosano Tekkan (h)(1873-1935) par Makoto Ueda

8 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 1-12 (extraits) :

Fonda la revue « Myôjô » (Le bastion du romantisme) en 1900. Epousa Akiko (Yosano) en 1901 en troisièmes noces.

°°°

j’oublierai que je t’ai vue

debout avec un regard stupéfait

mains tenant tes seins

quand un tremblement de terre se produisit ce matin

alors apporte-moi à boire, ma chère

les coquelicots en fleur

me rappellent

ces lèvres que j’embrassai

allongé dans un grenier

éclairé par le soleil du soir

yeux fixés

sur le cou d’un chameau

qui se tient immobile

moi aussi j’attends tranquillement

l’approche de mon heure

sans bourgeons

cette vigne continue de grimper

tout droit

avec l’intention de ne fleurir nulle part

sauf dans les cieux

elle chante et chante

fort, longtemps et sans honte

ne connaissant pas

l’art du poème plus court

cette cigale

à la différence de leur père

quelles heureuses carrières attendent

tous mes enfants

qui ne montrent absolument aucune crainte

de l’algèbre ni d’un chien

sans bruit

un groupe de nonnes en robes noires

passe

ne laissant derrière elles

que la lueur du soir

°°°

(trad. de l’anglais : D. Py).

Masaoka Shiki (1867 Matsuyama – 1902) par Makoto Ueda

8 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 14-24 (extraits) :

En 1918, il persuada les éditeurs de « Nippon » (pour qui il travaillait depuis 1892) de lui laisser publier une série d’essais réclamant le besoin de réformer le tanka. Composa environ 2500 tankas, mais pas de recueil de son vivant.

°°°

paisiblement

le hameau dort

toutes lumières éteintes

La Rivière du Ciel

blanche au-dessus d’une bambouseraie

arbre à feuilles luxuriantes

lors d’une fête en plein air

donnant de l’ombre

à un vendeur de poissons rouges

comme l’été commence

sous un arbre

gît le Bouddha, entouré

d’éléphants,

serpents et autres

tous en pleurs

MA CHAMBRE :

rhubarbe

fleurissant dans un petit pot

à côté de

volumes de haïkus, de tankas,

dictionnaires tout autour

(RECEVANT EN CADEAU DES PIVOINES EN POT) :

placé

près de l’oreiller

de mon lit de malade

une pivoine en pot

ses fleurs oscillant un moment

PENDANT UN VOYAGE :

trèfles roses

épanouis partout dans le champ

près d’une 

mare sale

avec des canards domestiques

plongées 

dans du saké moelleux

des fleurs fanées

de glycine

reviennent à la vie

dans la maison

aucun vent ne souffle; cependant

incapables de résister

à la loi de la nature

les fleurs de prunier tombent

°°°

Mori Ôgai (Mori Rintarô)(h.)(1862-1922)par Makoto Ueda

8 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 25-36 (extraits) :

Médecin retraité de l’armée après 35 ans de services dont les neuf dernières en tant que chirurgien-général. Fut directeur du Musée Impérial et Président de l’Académie Impériale des Arts.

°°°

Q’un poème soit

comme un vase de cristal

rempli de glace

délicieusement transparent

ne laissant aucun endroit invisible

essayant de se percher

sur la fleur d’élodée

qui oscille

au milieu d’un ruisseau

une libellule lambine

sans incident

un autre jour est passé

tandis que je continue à regarder

la couleur non identifiable

du mur

la caresserais-je

que des étincelles jailliraient et se répandraient

de sa chevelure noire

qui s’enroule autour de mon corps

et me tient fermement lié

A NARA :

Les gens de Nara

ont-ils voulu oblitérer

la tristesse de l’automne?

sanctuaires et temples ici

sont tous peints en rouge

°°°

(trad. de l’anglais : D. Py)

Yosano Akiko (Hô Shô)(f)(1878-1942) par Makoto Ueda

8 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 43-48 (Extraits) :

Yosano Akiko (Hô Shô), 1878-1942.

°°°

chacune avec la forme

d’un petit oiseau doré

des feuilles de ginkgo

dans le soleil du soir

volètent en bas d’une colline

dites-leur

qu’elle apprécie la vue

de la lune

une robe de gaze rose

couvrant à peine son corps

la terre a l’air

d’une magnifique

fleur de lotus

comme le soleil se lève

sur le paysage enneigé

l’aster

a fleuri

son pourpre pâle

comme la couleur de la fumée

s’élevant de ma rêverie

évanescente

comme le blanc pâle

des fleurs de cerisier

épanouies dans les arbres

ma vie ce jour de printemps

°°°

(tr. de l’anglais : D. Py)

 

Saitô Mokichi (1882-1953) par Makoto Ueda

8 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 61-71 (extraits) :

Saitô Mokichi (h)(1882-1953)

Fut en 1908 l’un des membres fondateurs de la revue « Araragi ». Il en devint l’éditeur en 1926 et succéda à son beau-père en tant que Directeur de l’hôpital psychiatrique d’Aoyama.

°°°

cosses de poivrons rouges

partout à la ferme

près d’une allée

où se tient un jeune

avec de petits yeux

un auto-portrait

de Gauguin

me fait penser au jour

où j’ai tué des vers-à-soie sauvages

dans les montagnes du Nord

vraiment si proche

des couleurs de la vie sur terre

ce gardien de fous

avec des larmes de sang

montant à ses joues

des flocons de neige

tombant du ciel brumeux

me donne l’impression d’un coeur

de criminel emprisonné

engloutissant un repas

dépassant les poules

vautrées dans la saleté

sans un bruit

un aiguiseur de rasoirs

marche et disparaît

rien à faire?

sur la paume de ma main

qui a tué une luciole

sa lumière si irrémédiablement écrasée

absolument rien à faire

les dahlias sont noirs

dit un fou en riant

et s’en allant

ne regardant pas une seule fois

en arrière

une mouche

coupant par la lumière

de toutes ses forces

s’écrase sur le shoji

un bruit faible

souvent comparés

à des mamelons de jeune fille

les raisins

empilés

si près de moi

qu’est-ce qui sur la rive opposée

tire tant sur son coeur?

dans la pénombre du soir

sur la rivière Mogami

une seule luciole

déterminé à vivre

comme un vieil homme

dans l’ère nouvelle

comme une châtaigne

tombée sur le sol de la forêt

grenouille

juste sortie de son trou

avalant

le soleil du printemps

reflété sur la neige

°°°

(Tr. de l’anglais : D. Py)

Kitahara Hakushû (Kitahara Ryûkichi)(h)par Makoto Ueda

7 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 72-84 (extraits) :

Kitahara Hakushû (Kitahara Ryûkichi)(h.)(1885-1942) :

°°°

un enfant malade

joue de l’harmonica

dans la nuit

au-dessus du champ de blé

une lune jaune s’élève

presqu’invisible

au bout de mon doigt

une cicatrice bleue

douloureusement absorbe

l’éclat de l’été

mon oncle

soignant une attaque cardiaque

dans sa maison de campagne

regarde une fleur rouge

ce soir de printemps

chacune posée

sur une épaisse feuille d’oignon

des libellules

regardent apeurées

dans la lueur pourpre du couchant

DANS UN HÔPITAL DE TOKYO, PENDANT L’ETE 1911 :

solitude de l’été

tandis que l’anesthésiant lentement

engourdit mon esprit

le chant d’un insecte

résonnant comme une cloche

après avoir laissé ma femme

me quitter à cause de notre pauvreté

j’assemble

un treillis pour mes volubilis

avec des bambous et une corde

presqu’invisible

sur l’eau courante

une bulle bleue

touchée par les plumes caudales

d’un hochequeue

jour d’hiver

sur un plat froid

git un faisan

ses yeux semblent blancs

paupières fermées

pendant un accès

de toux intense

qui étrangle presque la gorge

un calme étrange

une fraction de seconde

°°°

(tr., d’après M.U. : D. Py).

Shaku Chôkû (Orikuchi Shinobu) (1887-1953) par Makoto Ueda

7 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 85-96 (Extraits) :

Un de ses livres, publié en 1948 lui valut un Prix de l’Académie des Arts. Elu au Conseil Japonais de la Science. Gagna le Prix de l’Empereur pour un coffret de ses oeuvres complètes en 32 volumes. Le Prix Shaku Chôkû, à sa mémoire, est l’une ds plus grandes distinctions que peut recevoir un poète de tanka.

°°°

Quel enfant

fait voler ce cerf-volant?

 

le dernier jour de l’année

 

dans le vaste ciel vide

un bruit de claquement

tard la nuit dans la cuisine

éclairée par le feu

je fais bouillir du poulet, rôtir du poisson

et prends du bon temps tout seul

ma recherche

visant à découvrir et dire

 

comme était beau

l’amour dans le passé lointain

 

s’approche de sa fin

une lampe à huile corpulente

que j’ai portée

remplit mon coeur de joie

 

comme la connaissance ancienne

elle reste là, silencieuse

bizarrement formée

une poupée

 

de temps en temps

semble venir danser

 

hors de  mon esprit

parmi les centaines

de patients tuberculeux

 

j’en vois une

toute creusée par l’âge

 

mon ancien amour

°°°

 

Toki Zenmaro (h)(1885-1980) par Makoto Ueda

6 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 97-108 (extraits) :

Toki Zenmaro (1885-1980) traduisit le grand poète chinois Tu Fu en quatre volumes. Publia plus de trente livres de tanka. Ses derniers mots : « J’ai vécu pleinement. Je suis reconnaissant. »

comme il est triste

d’être un travailleur

aux mains blanches!

je lis un livre censuré

des larmes ruissellent de mes joues

il est hasardeux

de vivre au Japon et de dire

dans la langue

des Japonais

ce que j’ai sur le coeur

« Nous sommes pauvres

parce que nous ne travaillons pas »

 

« nous serons pauvres

même si nous le faisons »

 

« nous travaillerons de toute manière »

Tous les jeunes gens que je connais

sont sans le sou,

cet homme-ci et celui-là aussi.

Tous les jeunes gens que je connais

sont sans le sou.

Hiver.

A LA NAISSANCE DE MON FILS :

Ne sois pas comme

ton poltron

de père.

Ne prends jamais

sa nature compromettante

PREMIER SEPTEMBRE 1923

danger!

sors maintenant!

appelant

je scrute l’obscurité

aucun signe de vie nulle part *

* écrit le jour du grand tremblement de terre du Grand Tokyo. La maison de Zenmaro fut entièrement détruite dans un feu qui ravagea son quartier.

AU LUTRIN :

quand je dis quelque chose

pour les faire rire

ils rient

vivant à une époque

qui ne peut se passer dans le rire

ayant vécu

depuis le début

à une époque déprimante

je ne la sens pas –

dit un homme

plus jeune que moi

un vieux soldat

logé dans notre maison

raconte une histoire de guerre

qui ne dit rien

à propos de tuer un ennemi

pas de nouvelles de lui *

après qu’il a mené une troupe

dans les montagnes

fleurs de volubilis

commencent à faner 

* son gendre disparu pendant la guerre

Travaillez sur l’impossible

et changez-le en possible

prêchaient nos chefs militaires du passé

notre gouvernement aujourd’hui

travaille sur le possible

et le change en impossible

A L’EXPOSITION VAN GOGH :

la vie folle

de quelqu’un qui atteignit la vérité

à la fin

d’une quête de la beauté

est ici avec moi

SUR LE MUMONKAN * :

 

où il n’y a ni

pierre ni bambou

 

je souhaite entendre

 

le bruit d’une pierre

frappant un bambou

 

* Le Mumonkan = La barrière sans porte, un classique zen écrit par le moine chinois Hui K’ai, pendant la dynastie Sung.

 

Okamoto Kanoko (f) (1889-1939) par Makoto Ueda

6 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 109-120 (extraits) :

Okamoto Kanoko (Ônuki Kano) (f) (1889-1939) :

°°°

vingt jours

de séjour dans les bois

et cependant

pas un seul arbre volontaire

pour me prendre en sa chaude étreinte

toute nue

je tiens dans ma main

une pomme rouge

la tenant dans ma main

je prends un bain matinal

des fleurs de cerisiers

fleurissant de toutes la force

qu’elles possèdent

m’obligent à les regarder

avec toute la force que je possède

comme je regarde

un bouquet de petites roses rouges

la peur au coeur

chaque fleur

se change en oeil

une fleur s’épanouit

montrant la couleur naturelle

dans laquelle elle est née

tandis que je n’ai jamais su

de quelle couleur je fleurirai

je mesure

la taille de ma tête

ne sachant pas

quoi faire d’autre

de mon propre entêtement

mon esprit éclaté

en milliers de fragments

souhaite passer

tout ce jour sur un bateau

dérivant sur la rivière

où un pommier sauvage laisse tomber

ses pétales roses

quelques petites larves

rampent sur la terre

des pétales de cerisier

chacun se désintégrant

de sa forme de fleur

se mêlent aux petits graviers

piétinés par les gens qui passent

°°°

 

Miyazawa Kenji (1896-1933) par Makoto Ueda

6 mai 2016

!n Modern Japanese Tanka, pp. 121-132. (Extraits) :

°

nuages épars

 

un scarabée mord les pistils

d’un lis

 

son dos reflétant

le ciel au-dessus de la vallée

la neige est tombée

faisant que les cyprès diaboliques

d’hier

se tiennent droits et majestueux

comme un bodhisattva

à l’aube

sur un col de montagne

dans le brouillard dérivant

presque imperceptible

l’odeur de tomates vertes

dans les rayons bleus

d’une lumière opiacée

tombant de l’espace vide

l’odeur d’un lis

ondulant

salutation argentée

échangée entre le ciel

et les montagnes

dans une ferme montagnarde

croissance luxuriante de millet

les plumes

détachées d’un oiseau

brillantes

comme insectes ailés

s’envolent dans le ciel bleu

RIVIERE EN ENFER (2 poèmes) :

corps morts dérivant

sur un cours d’eau phosphorescent

mêlés à

quelques vivants

nageant de leurs longs bras

sombres algues marines

dans les profondeurs de l’eau

chacune d’elles

étendant des bras difformes

vers la lune radieuse

°°°