Archive for the ‘notes de lecture’ Category

Senryûs, etc. – Py – mai 14 – 2/2

9 juin 2014

°

C’est r’en, c’est l’oeil !

°

AHURISSON

°

ce matin
la neige
dessine
la toile d’araignée

°

ses seins ballottent
ses cheveux aussi
– tour du parc

°

Après ‘Le réel n’a pas eu lieu’, *
« Le cancer n’aura pas lieu » **

* : Michel Onfray,
** : Milan Kundera, in ‘La fête de l’insignifiance’, p. 16, éd. Gallimard.

°

ce soir
dans la même rue que ce matin
le même homme
promène le même chien
au bout d’une autre cigarette

°

Prévenir, c’est guérir un peu…

°

Le haïku qui narre
est un haïku navrant

°

Ne pas avoir peur
du vide
au coeur du haïku

°

… ce matin, ne rien « avoir à » faire,
nulle « obligation »,
Fera quand même
mais en route libre…

°

Avec ‘Le journal
des derniers jours de mon père’ *
elle écrase le moustique
au plafond
page 20

* d’Issa, éd. Pippa, 2014.

°

ce matin
éponger le sang du moustique
au plafond

°

aujourd’hui,
dans mes messages « indésirables » :
des « costumes de baie »

°

L’odeur du pain
gonfle la narine
– fermer les portes

L’odeur du pain
gonfle la narine
– insomnie

Seront-ils enterrés
dans un cercueil Mercedes
ou dans une boîte à chaussures ?

°

SNCF :
« Société Nationale du Cash et de la Finance » (: CGT)

Cracher au bassinet /
Brasser au cash-y-net !

°

Le haïku « putatif » *

(La jouissance du mot « putatif » !)

* = un haïku qui pense être un haïku –
mais n’en est pas forcément un !…

°

« Tu peux épingler
huit cent sept papillons; mais
pas le vol d’un seul. »

: Éric Chevillard, p. 73 de ‘Le désordre Azerty’, éd. de Minuit, 2014.

°

« Notre terre
qui êtes aux Cieux… »

°

En toute céré-momie…

°

J’adule tes reins…

°

Arrivé au chapitre « dieu »
de son livre,
je saute

°

silence médiatique
en France : le Japon renonce
à redémarrer ses centrales (nucléaires)

°

ce soir
une finale de coupe
de foot : Ira-t-elle jusqu’aux
bites au rut ? *

* / tirs au but

°

Plus tu vieillis,
plus tes pieds s’éloignent
de ta main

°

un moucheron,
ma bière
et moi
: nature calme

°

La pile
des bulletins de vote
pour Les Décroissants
rapidement réduite
à rien

°

sur le banc
du quai de banlieue
mon voisin renifle
sans arrêt

°

Éric Cantona
et riz cantonnais…

°

elles pouffent
puis boivent
l’homme
au fond du saké

°

(La répétition dans le haïku (cf J.A.) :)

meuh meuh meuh meuh meuh
meuh meuh meuh meuh meuh ! Ah, ce
que ce meuh m’émeut !

(13/7/12…)

°

(ancien :)

O comme j’admire ma femme
aux poêles
dans la cuisine !

°

(J.A. :)

A haiku stutterer
un bègue du haïku
le haïku bègue
une histoire bègue ?
I BÈGUE YOUR HAIKU ?

un haïku
en démarrage laborieux
– retard à l’allu(i)mage ?

patinage tartistique

« Peut s’en-envo(-o)ler
l’é-é-été, s’en-vo-oler
le prin-hin-tem-hemps… »

(: cf Frigyes Karinthy, p. 15 de ‘Je dénonce l’humanité’, éd. Viviane Hamy, 2014)

des haïkus « ApPauline » (à Pauline)
= « appaling » = consternants

(Tartine n° 2 :)

« Je ne m’em-hem-pare
pas de la tou-our qu’e-helle
crèv’ là où elle est »

(cf. F. Karinty, op. cit., p. 16)

tartinaïku

le corbeau lourd *
se pose élégamment sur la cheminée
– premières gouttes de pluie

* : même pas sûr que ce fût un corbeau !

sur le balcon
au soleil
passer ma retraite –
lire
écouter les oiseaux

sur sa pelouse
pieds nus
(dé)ambulant sa conversation téléphonique
: le pied,
l’oreille

Me laisser vivre

Ne plus bouger
mourir
en douceur

soleil ô soleil sur le dos
un noir torse nu
tond la pelouse
(électriquement)
– nez

À l’opposé
de la salle fraîche
où l’ordi
le balcon
où le soleil

Les écrivains jouissifs,
jubilatoires :
Hrabal, Chevillard, Paasilinna, Karinthy,…

Prendre une photo
de fleurs sauvages
la déposer dans un vase

Disparition des hirondelles ?
(insecticides incriminés)
– Vive Monsanto !

Allergiques au gluten
(pesticides incriminés)
– Vive Monsanto !

°°°

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« Adieu au langage » de J-Luc Godard

24 mai 2014

Tiré d’un journal gratos un article « assassin » de Mehdi Omaïs à propos du dernier film de J-L. Godard, en lice à Cannes : « Adieu au langage, la purge absconse de Jean-Luc Godard ». Je n’ai pas encore vu le film. Je ne peux donc pas prendre parti ! Mais déjà le titre du film m’interpelle, puis, sur l’image de la photo de l’actrice Zoé Bruneau, qui illustre l’article apparaît ce bandeau écrit : « herche de la pauvreté dans le langage ». Je suppose qu’il s’agit (sur la gauche de l’écran) de quelque chose qui dit (au moins) : « (à la) recherche de la pauvreté dans le langage », ce qui n’est pas sans me plaire, si je fais le lien avec l’écriture du haïku ! :
Cela me rappelle en effet cette citation (que j’apprécie au plus haut point) attribuée à Bashô – et que j’ai post-it-ée sur le mur, à la droite de mon ordi – : « La poésie d’autres écoles est comme une peinture en couleurs. Dans mon école, on devrait écrire de la poésie comme si c’était une peinture à l’encre noire. » (Bashô entend évidemment par « poésie » l’écriture du haïkaï !)
Et donc, pour en revenir à Godard, cette rec »herche de la pauvreté dans le langage », ne peut que m’inciter à voir ce film dès que je le pourrai !

D.

Haïkus de Bashô (absents de « L’Intégrale » Kemmoku-Chipot) – 2 –

29 avril 2014

257) : torisashi mo / kasa ya sute ken / hototogisu

L’oiseleur aussi / jeta probablement son chapeau / coucou

Été 1685. Bashô écrivit ce verset sur un éventail décoré de l’image d’un oiseleur. Ce verset pourrait indiquer que Bashô était très las de voyager.

335) : iragozaki / miru mono mo nashi / taka no koe

Le Cap Irago / rien n’y ressemble mieux / que la voix du faucon

Hiver 1687. Le Cap Irago se trouve à la pointe de la péninsule d’Atsumi. Il était renommé pour sa beauté scénique et a été associé aux faucons depuis fort longtemps.

348) : iza yuka n / yuki mi ni korobu / tokoro made

Allons maintenant / admirer la neige nous tomberons / pour l’atteindre

Hiver 1687. Ceci est une version du poème qui suit. Elle fut publiée dans le Carnet d’un havresac.

347) : iza saraba / yuki mi ni korobu / tokoro made

Adieu maintenant / pour admirer la neige nous tomberons / jusqu’à y arriver

(Cette version fut également traduite et publiée dans Bashô, Seigneur ermite, de Kemmoku et Chipot, sous le numéro 332.)

Une réunion pour admirer la neige fut organisée le trois décembre 1687 chez Yûdô, un libraire de Nagoya. Cette version du poème fut publiée dans Hanatsumi.

(À SUIVRE : 386)…)

Haïkus, etc. – Py – avril 14 – 1/3

19 avril 2014

1er avril – / une crotte fraîche / sur le trottoir

les mains pleines / de(ux) téléphones – / 1er avril

dès le premier soleil (d’avril) / un allumé / sifflote dans le train

1er avril / un neu-neu / bouche bée

1er avril / 1er lézard / sur le mur de la gare // (le coeur qui bat / de chaque côté / juste derrière les pattes avant)

1er avril / 1ères mouches / voletant dans le salon // (non loin de la lampe éteinte)

1er avril / pas un poisson / à l’horizon

1er avril / elle se lave les seins // lait caillé ? *
(* / l’écailler ?… / poisson…)

ses fesses chaudes / sur le siège / avant moi

Valls et le F.N. / aux manettes : de beaux sen- / ryûs en perspective !

2014, / D.C. : le Poilu du haïku ? // le fadasse bidasse…

Montebourg – Sapin : / « Il faut que les deux / pédale(s) ensemble ! » *
* : sur FR3, le 3/4.

Tous les matins à la gare / Neu-neu serre la main / des voyageurs

Est-il en campagne, / qui serre les pognes / des Franciliens matinaux ?

Dans le métro, un / qui bat, rebat inlassa- / blement trois cartes

le soleil et toi / prenez le petit déjeuner / sur la terrasse

que lui / pour me faire autant rire : / cette fois-ci / son cerveau mousse !

(Attention à la surchauffe ! / à l’ébullition de son bulbe !)

Il n’est que rachis, je tique !

Ah, qui chantera / les merisiers en fleurs ?… // Ah, qui, l’on ?

l’air de rien, / les cerisiers / de Fukushima

non loin de Fukushima, / Matsushima, ah, / dévasté

Il haïku-mule : / moutonner (5/7/5), rimer, alambiquer (: inversion nom-adjectif), « moi-je »-ter, prosopoper…

(le prosopope aux méninges mousseuses !)
(c’est grave, docteur ?)

Ah, Fukushima ! / Matsushima, ah ! / ah, Fukushima !

l’esp / rit

entre les mores / et le ciel / …

a ya ya ye !

os cour !

sidérante accumulation d’erreurs par rapport à l’esprit-haïku (qui est :) simplicité, fluidité, légèreté, naturel, véracité, discrétion, modestie…

dans le haïku / (dans le senryû) / on est tenu / de soi rire / !

pas ridicule, / que riditête !

ah, mes genoux qui / craquent, quand je les fais tour- / ner au taiji quan !

à évoquer des q., / des p., je vois d’ici / vos grands r. !

pour un haïku complet : / (le) haut et (le) bas / (le) devant et (le) derrière / (la) gauche et (la) droite !

chez ce haïkiste, / jamais rien sous la sainte hure ?

le forçat des synapses !

(attention à l’aigüe méningite / des haïku-lubrations !)

Hélas, le haïku (ne) lui remonte toujours (qu’) à la tête !

dimanche – métro, / faisant valser à l’accordéon / le silence des couloirs

la caresse (des ailes) d’un moustique / qui lui quitte la joue / – station Sèvres-Babylone *
* / métro printanier

l’écrivain tient le stylo : / que ce je / suffise au haïku !

(dans le haïku, / cacher ce sujet / … que je ne saurais lire !?)

°

De Gaston Chaissac

28 mars 2014

in : Hippobosque au bocage, éd. Gallimard, 1951 :

« La peinture ça ne m’intéresse plus, ce que j’aime c’est les feuilles des arbres quand elles remuent. » (p.22).

« Je fais aussi des bruits sur l’harmonium mais le vent fait beaucoup mieux en traversant le marronnier. J’écoute le vent comme nos ancêtres les Gaulois, je l’écoute comme un chaste druide. » (p.23).

Gaston Chaissac

‘Haïkus de prison’ de Lutz Bassmann

28 mars 2014

Relis en bibliothèque en ce moment les Haïkus de prison de Lutz Bassmann. (Éd. Verdier, 2008).
Peu, en fait, en sont, au sens traditionnel, techniquement…
Mais tous ont cette qualité éminemment souhaitable, voire indispensable au haïku : la simplicité la plus absolue, l’absence totale de prétention(s) (stylistique(s), littéraire(s) et autres)…

Haïkus, etc. de Py – mars 2014 – 1/2

15 mars 2014

°

Plus il y a de chiens, plus il y a d’os.

Les os sous le pont coulent
Les aulx sous le pont coulent
les zoos sous le pont coulent
les eaux sous le pont coulent

°

une fois le froid sous les fesses passé,
attendre (20 minutes)
le prochain train

; le quai long de monde

°

un gant gris
sur une marche grise

– Que dit-il ?

– Je le laisse

°

De
haïku, taiji-quan, zen,
l’esprit-Un

°

Orly –
Au-dessus des pendules de la tour,
les aiguilleurs du ciel

°

Une dame à son amie :
« Viens, on va faire le trottoir »
– mars ensoleillé

°

Après la Saint-Valentin
(…)
(…)

°

matin de mars
sur les ailes blanches
de la pie

°
(Ancien:)

À l’accueil
de l’établissement,
trois grasses.

°

La gazette des rois

°

un magrouilleur

°
(Senryû :)

Sarko – l
Cass’roles

°

ce soir sur la table
le jus de soja a sauté :
patte d’ours

°

un gros avion
déborde de la brume
– pollution de mars

°

mon clignotant
au même rythme
que le marteau de l’ouvrier
– porte de l’immeuble

°

marronniers rognés

taille moignons

(À propos de W. Lambersy : Le mangeur de nèfles, éd. Pippa, 2014.)

°

(Kyôkus :)

Simplifier, toujours,
vers le plus grand « naturel » *
possible

* de la découpe des vers, des rythmes, des mots et de leur agencement…

Écrire des haïkus
qu’on ne puisse pas plus simple(s)

Dire moins, dire mieux.

Ceux qui veulent
absolument
faire preuve d’originalité
usent souvent d’artifice(lle)s !

Artifice(s), Assez !

(N’en déplaise aux « alambiquets »,)
plus c’est simple, plus c’est naturel,
plus je kiffe !

Le haïku nu !

La plus grande vertu
(dans l’écriture du haïku…) :
la simplicité,
l’absence de contorsions


ou :

la simplicité,
l’absence de contorsion(s),
le haïku nu

°

Malgré la pollution
les oiseaux aboient
– aube de mars

sur le quai
une va(tri)poteuse…
– aube de mars

°

du coin de l’oeil
(…)
(…)

°
(kyôku :)

Donner
le moins de clés possible
au haïku :
que le lecteur
trouve ses clés !

°

Nappy birthday !

°
(Kyôkus :)

d’un recueil de haïkus
le ronron 5/7/5
: somnolence inévitable !

L’imaginaire
au désservice
du haïku

le haïku sur le feu
L’huile sur le feu du haïku
Feu le haïku !

Je lis un recueil
de haïkus 5/7/5 :
l’esprit m’en tombe

Donnez-nous,
ô haïku (5/7/5)
notre ronron quotidien !

on se lasse, hélas
du 5/7/5 qui monotone
endort

Pédaler dans la somnole…

haïku 5/7/5,
haïku tsé-tsé !

le monotonneau 5/7/5 !

l’assoupissant 5/7/5

Réveillez le haïku
de son ronron
5/7/5 !

Le 5/7/5,
est-ce
« l’inertie bourgeoise » ? *

* cf Artaud, in Van Gogh le suicidé de la société, L' »Imaginaire-Gallimard, 2001, p.26.

Le haïku 5/7/5
c’est un peu comme les
« Monuments Men »
en vert caca-d’oie *

* : affiche d’un film, mars 2014.

°

Il fait sa disparition…

°

Ides * de Mars –
un Père Noël toujours en escalade
sous un balcon

* : 15 mars, mai, juillet, octobre ; 13 janvier, février, avril, juin, août, septembre, novembre, décembre (: calendrier romain)

°

D’où t’en viens-tu,
petit insecte,
où es-tu né ?
où t’en vas-tu ?
– mourir dans une goutte d’eau
de mon lavabo ?

Le minuscule insecte
n’a pas survécu
à la goutte d’eau
du lavabo

°
(Kyôku :)

5
7
5

é
cul
é

°

l’apex, l’antapex,
l’apogée, le périgée *
: heureux de mots neufs !

* : p.294 de L’Éveil des sens, du Pr. Jon Kabat-Zinn, Pocket 14424.

« Ne pensez pas…
Percevez !… »

« au-delà de la pensée,
en dessous de la pensée,
avant la pensée » *

* : p. 294, op. cit.

°

Article d’Éléonore Nickolay pour la revue allemande « Sommergras »

2 mars 2014

Notre amie Éléonore vient de me faire parvenir sa traduction de l’article qu’elle va publier au printemps dans la revue allemande « Sommergras ». Je ne peux m’empêcher de vous le faire partager. Je la remercie pour ce travail supplémentaire de traduction en français, pour nous ! Voici :

°°°Le kukaï Paris, constant dans le monde français du haïku

Le kukaï de Paris se déroule depuis sept ans, un samedi après-midi par mois au Bistrot d’Eustache, à côté des Halles. Au succès dans la durée de cette compétition amicale entre haïkistes contribue certainement la manière modérée et organisée de son animateur Daniel Py : musicien classique, professeur de hautbois, co-fondateur de l’Association française de haïku (aujourd’hui Association francophone de haïku), poète renommé de haïku, traducteur de nombreuses anthologies de haïku et d’essais sur le haïku. En plus de l’animation, Daniel rédige, sur un blog spécialement créé à cet effet, soigneusement le compte rendu de chaque kukaï. Ainsi sont publiés mois par mois, depuis février 2007, tous les haïkus choisis.

La bienveillance et la non formalité du groupe peuvent également expliquer la longévité de l’évènement. Participants réguliers ou occasionnels sont les bienvenus. Il n’y pas de « star- système ». Devant le haïku, nous sommes tous égaux.

Chacun apporte trois inédits. Après installation autour de la grande table de billard, recouverte pour l’occasion d’une épaisse nappe, les participants, (une douzaine en moyenne) se présentent brièvement. Ensuite, Daniel distribue trois cartons à chacun pour y inscrire ses trois haïkus. Après, il les ramasse, les mélange et les redistribue. Afin de préserver l’anonymat, chacun recopie les trois haïkus reçus sur une feuille. Et puis, le silence tombe. Nous lisons, l’une après l’autre, chacune des feuilles et notons nos haïkus préférés sur une autre feuille.
A la fin de la lecture, chacun refait une sélection finale de trois haïkus qui sont, ensuite, lus à haute voix. Daniel comptabilise les haïkus élus et nous communique le nombre de voix. Puis, les votants sont invités à commenter leurs choix. Après, l’auteur se dévoile.

Mon premier kukaï du 16 novembre fut exceptionnel, puisque dans la matinée s’était tenue l’assemblée générale de l’Association francophone de Haïku.
Le conseil d’administration, arrivé de toute la France, et d’autres membres de l’association n’ont pas manqué l’occasion de se rendre au Bistrot d’Eustache. Dans la petite salle à l’étage qui grouillait de haïkistes, Daniel Py a compté 31 participants. Ce jour-là, 32 haïkus de 24 auteurs ont obtenu une ou plusieurs voix.

Le haïku gagnant, avec 5 voix, fut celui de Jean-Claude Nonnet :

feuille jaune
glissée entre seuil et porte
un mot d’automne

Le moment où l’auteur raconte l’origine de son haïku est particulièrement captivant et parfois même émouvant.

Danièle Duteil, par exemple, s’était inspirée du récit de son époux Michel. Il avait déraciné une souche devant leur maison avec une telle peine que l’on aurait dit qu’elle se défendait comme un être vivant. Son mari en était presque à regretter son acte violent.

terre noire
de la souche qu’on déracine
la sève bleutée

Trois voix pour ce haïku.

Michel Duteil eut quatre voix pour le sien et en passant, on apprit le déménagement de la famille.

piles de cartons
trouver encore la place
des souvenirs

Dans la famille Duteil, il y a aussi la fille !
Trois voix pour le haïku de Cécile Duteil, sur la catastrophe aux Philippines :

décombres
portée par les eaux boueuses
la poupée sourit encore

Egalement, deux voix pour son haïku sur son petit neveu. Son amour pour le premier enfant de son frère et son étonnement face à ce petit miracle sont palpables :

un trait au feutre
traversant sa joue
premiers coloriages

Le soir, c’est à contre-coeur que je quitte le bistrot et ses sympathiques haïkistes. Dehors, il fait nuit et les passants se croisent en vitesse. Le vieux clochard à côté de l’église St. Eustache, à qui j’avais donné un euro avant le kukaï, a disparu.

SDF –
pauvre chat
dit la dame

Mon haïku avait obtenu deux voix. Pourtant, j’aurais préféré ne pas avoir à entendre cette réflexion sans cœur.

Dans mon train de banlieue, je commence la lecture de la première anthologie du Kukaî Paris, datée de 2010 (: La Valise entr’ouverte, éd. Unicité) . Des 45 premiers kukaï, Paul de Maricourt et Daniel Py ont sélectionné 149 haïkus de 37 auteurs.

A la page 72, je lis un haïku de Gwenaëlle Laot:

Une odeur de crêpes
dans la valise entr’ouverte
retour en douceur

Mon train s’arrête. Je suis arrivée chez moi. Je suis arrivée dans le monde du haïku.

°°°

« kigo or not kigo » – Ploc 48

20 janvier 2014

Satisfaction à la lecture du « texte issu d’un entretien avec Seegan Mabesoone » (animateur d’un récent kukai-inter-kukai à Paris), publié récemment dans Ploc! 48,
sous le chapitre « L’absence de kigo de nos jours au Japon », qui relativise adéquatement l’importance donnée à Ban’ya Natsuishi dans le monde du haïku ! :

« Il existe actuellement un haijin, dont l’importance est très relative au Japon, qui continue dans le muki haïku (= haiku sans « kigo »), avec une théorie des « keyword » (= mots-clés) peu compréhensible : c’est Natsuishi Ban’ya. »

« Ce haïjin a malheureusement pris des libertés à l’étranger en se présentant (avec son association « World haiku ») comme représentatif d’un courant majeur qui se serait définitivement libéré de la contrainte dépassée du kigo… Ce qui bien sûr ne correspond absolument pas à la réalité japonaise, loin de là. »

Satisfaction, donc (mêlée de soulagement…) : j’avais un peu l’impression – Don Quichottesque ? – de me battre contre quelques moulins à vent… me sens donc moins seul, dorénavant !
;-)
Daniel

Une critique de ‘Le haïku moderne en anglais’ de G. Swede

1 décembre 2013

sms (reçu le 29/11/13) de Paul de Maricourt à propos de Le haïku moderne en anglais (suivi d’un choix de haïkus…) de George Swede, éd. Unicité, juin 2013 :

« Très bien, le Swede…
merci, Daniel ! »