« Une Histoire du haïku » R.H. Blyth – 17) : Les femmes haijins : Chigetsu, Sute-jo, Sono-jo, Shûshiki, Kana-jo, Chine-jo, Chiyo-jo, Chôwa, Shôfu-ni :

(p. 207)

CHIGETSU (? – ?), mère d’Otokuni :

Les fleurs

à leur apogée

ne savent pas que je vieillis

Les pétales des cerisiers de montagne

tombent et se dispersent

sur le moulin du cours d’eau

Les belles-de-jour fleurissent –

mes parents

ne m’ont pas grondée

Un blizzard –

les oiseaux chantent fort

par-dessus mer et montagne

Une sauterelle stridule

dans les manches

de l’épouvantail

Ma silhouette aussi

a l’air misérable

sur cette lande désolée

Attendant le printemps –

de la glace mêlée

à la poussière et aux ordures

quelle chaleur !

des grenouilles

nées dans les flaques

Quelques nonnes

pas moins pitoyables

que ces épouvantails

°

SUTE-JO (1633-98), élève de Kigin :

Semblant

n’avoir rien à penser –

vent d’automne

Parmi les chemins nuageux

y a-t-il aussi des raccourcis ?

La lune d’été

Comme a chaud

la peau – la peau

qu’une femme cache !

°

SONO-JO (1649-1723), élève de Bashô (en 1689), puis de Kikaku :

Violettes

desséchées

dans le mouchoir de papier

Le chien aboie

au bruit des feuilles,

une bourrasque souffle

La fraîcheur –

Le noeud de mes cheveux

n’atteint pas le col de ma robe

Ô comme j’étais occupée

à cueillir les violettes,

absorbée en elles !

Quand l’enfant que je porte

joue avec mes cheveux –

quelle chaleur !

Le gel est descendu –

le vieux panier d’osier

de la nonne partant en voyage

Pressant mon front

contre le tatami vert –

quelle fraîcheur !

SHÛSHIKI (1668-1725), femme de Kangyoku. Elève de Kikaku :

La queue du faisan

touche doucement

les violettes

Pressant l’enfant

contre mon corps,

la neige froide tombe

Sortant de mon rêve,

quelle couleur 

avaient les iris !

Parent et enfant

sous la même couverture –

le gel de la séparation

(: pour la mort de la plus jeune fille de Kikaku, un an avant sa propre mort.)

°

KANA-JO (? – ?), « femme » de Kyorai :

Le ratisseur de sel entend la nuit

la voix proche

du coucou

Près du lys plantain

la sauterelle

chante son soutra

Les épis d’orge

suivent

les papillons qui oscillent

°

CHINE-JO (XVIIe siècle), soeur de Kyorai :

Aucun petit oiseau

ne passe à travers

ces forêts profondes

Lespédèzes et herbes de la pampa 

comme j’émerge de la route de montagne,

comme mon kasa est lourd !

Si longue est la nuit

que fatiguée du voyage,

je la traverse en dormant

°

CHIYO-JO (et CHIYO-NI), 1701-75 :

Champ ou montagne,

rien ne bouge

ce matin de neige

Comme est vivant et digne d’intérêt

l’endroit où se repose le mendiant,

des insectes chantant tout autour !

La lune d’été

touche

la canne-à-pêche

La fleur du prunier

donne son parfum

à celui qui casse la branche

Le rossignol

essaie encore,

essaie encore !

Me levant

et me couchant –

comme la moustiquaire est grande !

(: Supposé avoir été écrit lors de la mort de son mari (?)

°

(CHÔWA (mort en 1715 à 78 ans) :

Je t’ai attendu

coucou, coucou,

mais me suis endormi)

Une nuit de lune ;

venant sur une pierre

un grillon stridule

Sous la pluie de printemps

toute chose bénie

devient encore plus belle

Les traces de pas

sont celles d’un homme :

premiers flocons de cerisier

°

SHÔFU-NI (1688-1758), femme de Ryôhin, un disciple de Basho (mort en 1730) :

La lune d’automne !

M’appuyant au pilier de la véranda

et en faisant le tour

°

(A suivre, ch. XIV, p. 226 : « Haïkus entre Bashô et Buson »)

 

 

 

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