« Seule compagne » – wakas – 5/6

°

Ikkyû Sôjun:

(1394-1481) un des plus grands poètes et maîtres Zen de toute la littérature japonaise. Nommé à la tête du gigantesque complexe du temple Daitokuji, à Kyoto, il y régna neuf jours avant de dénoncer l’hypocrisie des moines et de les inviter à débattre leurs différents « dans les bordels et maisons de saké » où on pouvait le trouver. Grand musicien, il fut aussi l’un des plus grands calligraphes. A soixante-dix ans il tomba amoureux d’une chanteuse aveugle de quarante ans plus jeune que lui et scandalisa la communauté bouddhiste en l’hébergeant dans son temple. Il revint au Daitokuji pour superviser sa reconstruction après un terrible incendie. Lui et son entourage contribuèrent grandement à approfondir la culture japonaise: son ami Murata Shuko était le théoricien principal de la cérémonie du thé; son ami Iio Sôgi était le plus grand maître des versets liés; son ami Komparu Zenchiku apporta le Zen dans le théâtre Nô; l' »Ecole de Sôgi » de peinture était constituée entièrement d’élèves d’Ikkyû, et il révolutionna la musique du shakuhachi (flûte en bambou).

Hajime naku / owari mo naki ni / waga kokoro / umare shisuru / mo ku no ku nari

Without beginning, / utterly without end, / the mind is born / to struggles and distresses, / and dies — and that is emptiness.

Sans début,

totalement sans fin,

l’esprit est né

pour les luttes et les détresses,

et meurt — et c’est le vide.

°

Ikkyû Sôjun:

Tsuyu to kie / maboroshi to kie / inazuma no / kage no gotoku ni / mi wa omou beshi

Like vanishing dew, / a passing apparition / or the sudden flash / of lightning — already gone — / thus should one regard one’s self.

Comme de la rosée s’évanouissant,

une apparition rapide

ou l’éclair soudain

d’un orage — déjà passé —

ainsi devrait-on se considérer soi-même.

°

Ikkyû Sôjun:

Tsuki wa ie / kokoro wa nushi to / miru toki wa / nao kari no yo no / sumai naru keri

The moon is a house / in which the mind is master. / Look very closely: / only impermanence lasts. / This floating world, too, will pass.

La lune est une maison

dans laquelle l’esprit est le maître.

Regarde très attentivement:

seule l’impertinence dure.

Ce monde flottant, aussi, passera.

°

Ikkyû Sôjun:

Kokoro towa / ikanaru mono wo / iu yaran / sumie ni kakashi / matsukaze no oto

And what is mind / and how is it recognized? / It is clearly drawn in sumo ink, the sound / of breezes drifting through pine.

Et qu’est-ce que l’esprit

et comment le reconnaît-on?

Il est clairement tracé

à l’encre sumi, le son

de brises passant à travers les pins.

°

Sôgi:

(1421-1502) fut un maître du renga (versets liés) dont les journaux de voyage furent une source d’inspiration et un  modèle pour Bashô (particulièrement pour le Oku no hosomichi, ou Le chemin étroit vers l’intérieur). Son nom est lié pour toujours à l’île de Kyushu (qu’il appelait par son nom ancien de Tsukushi) et de la Frontière septentrionale de Shirakawa.

Nagakeji yo / mono yo wa tare mo / uki tabi to / omoinasu no no / tsuyu ni makasete

Everyone’s journey / through this world is the same, / so I won’t complain. / Here on the plains of Nasu / I place my trust on the dew.

Le voyage de chacun

à travers ce monde est semblable,

alors je ne me plaindrai pas.

Ici, dans les plaines de Nasu

je me fie à la rosée.

°

Sôgi:

Onozukara naru / kotowari o miyo / yadosu to mo / mizu wa omowanu / tsuki sumite

To each thing its own / true deepest inner nature: / water does not think / of itself as the consort / of the bright moonlight it hosts.

A chaque chose sa propre

véritable nature interne la plus profonde:

l’eau ne pense pas

qu’elle est l’épouse

de l’éclatant clair de lune qu’elle accueille.

°

Sôchô:

(1448-1532), élève et compagnon de Sôgi pendant plus de 40 ans, adepte d’Ikkyû, auteur de journaux de voyage qui influencèrent Bashô et d’autres. Si ses renga sont moins policés que ceux de Sôgi, son esprit est plus original. Comme Ikkyû il faisait un pied-de-nez aux conventions, étant le père de deux enfants bien qu’appartenant à une secte célibataire Shingon.

Ika ni sen / mono kakisusabu / te wa okite / hashi toru koto to / shiri noguu koto

Now what can I do? / My writing hand in a cast / is useless — / can’t manipulate chopsticks, / can’t even wipe my ass!

Maintenant que puis-je faire?

ma main qui écrit dans un plâtre

est inutile —

ne peut pas manipuler les baguettes

ne peut même pas torcher mon cul!

°

(à suivre…)

 

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :