« Seule compagne » – wakas – 1/6

D’après Only CompanionJapanese Poems of Love and Longing,

traduits par Sam Hamill, Shambhala Centaur Editions, 1997.

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Bashô :

Omokage ya / oba hitori naku / tsuki no tomo

Now I see her face, / the old woman, abandoned, / the moon her only companion.

Maintenant je vois son visage, / la vieille femme, abandonnée, / la lune pour seule compagne.

« L’observateur, l’observée, la lune — ce ne sont pas trois choses, mais une seule : un moment d’épiphanie, un petit éclair de kenshô ou illumination soudaine. Mais le sens, l’expérience authentique du poème, se trouve seulement en nous-mêmes. Et commence avec la qualité de notre écoute. » (Sam Hamill).

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Sugawara Michizane :

Furu yuki-ni / iro madowasru / ume no hana / uguisu nomi ya / wakite shinoban

When the snow begins / to fall, it has the color / of white plum blossoms — / only the bush warbler knows / the one from the other.

Quand la neige commence

à tomber, elle a la couleur

de blanches fleurs de prunier —

seul le rossignol distingue

l’une de l’autre

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Otomo Kuronushi :

Kagamiyama / iza tachiyorite / mite yukamu / toshi henuru mi wa / oi ya shinuru to

On Mirror Mountain / I pause a while to reflect / on all I have done — / survived these many years / just to become an old man

Sur la Montagne du Miroir

je m’arrête un moment pour réfléchir

à tout ce que j’ai fait —

survécu ces nombreuses années

pour seulement devenir un vieil homme

°

Furu no Imamichi

(fin du IX siècle), occupa différents postes gouvernementaux pendant plus de quarante ans.

Ominaeshi / ushi to mitsutsu zo / yukisuguru / otokoyama ni shi / tateri to omoeba

Traveling this road, / one suspicious eye / watches the maiden flowers: / here, on a mountain named Man, / they prosper and multiply.

Voyageant sur cette route,

un oeil méfiant

regarde les valérianes:

ici, sur un mont appelé L’Homme,

elles croissent et prospèrent

NB: « ominaeshi », « fleur-de-demoiselle »…

°

Ôshikôchi no Mitsune

(début du Xè siècle), connu pour avoir écrit des poèmes avec Tsurayuki, Tadamine, et d’autres poètes de cour, et pour ses excursions sur les différents sanctuaires et autres sites célèbres. 193 de ses poèmes ont survécu dans différentes anthologies.

Tsuma kouru / shika zo naku naru / ominaeshi / ono ga sumu no no / hana to shirazu ya

Filled with his longing, / the stag cries from the mountain: / he is unaware / of the fields where he roams: / blossoming maiden flowers.

Empli de langueur,

le cerf brame de la montagne:

il est inconscient

des champs qu’il parcourt:

valérianes en fleur.

°

Ariwara no Narihira

(825-880) Cinquième fils du Prince Abo, lui-même fils de l’Empereur Heizei et de la Princesse Ito. Mais Narihira et ses frères perdirent leurs titres de nobles en 826. Elégant et totalement complaisant, il figure en bonne place dans les Contes d’Ise. C’était l’un des « six génies poétiques » (« rokkasen »).

Tsuki ya aranu / haru ya mukashi no / haru naranu / wa ga mi hototsu wa / moto no mi no shite

Is that the same moon ? / Is this the same old springtime, / the same ancient spring? / And is this not my body, / the same body you once knew?

Est-ce la même lune?

Est-ce la même vieille époque du printemps,

le même vieux printemps?

Et n’est-ce pas mon corps,

le même corps que tu connus autrefois?

°

(à suivre…)

 

 

 

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