Kondô Yoshimi (1913-2006), par Makoto Ueda

in Modern Japanese Tanka, pp. 181-192.

(Extraits)

°°°

Prix Shaku Chôkû en 1969.
Dans l’équipe éditoriale de la revue de tanka « Mirai » (« Futur ») depuis son commencement, en 1951.

A publié 16 recueils de tanka (jusqu’en 1996).

°°°

ayant écrasé

sur mon papier à dessin

un moucheron tombé

j’essuie la tache avec du pain

le lendemain matin 

parce que 

j’ai déchiré la photo

et l’y ai lancée

un poisson vient à la surface

des profondeurs bleues

une cuiller

près de mon oreiller

grouille de fourmis

je les tue toutes

au milieu de la nuit

ayant grandi

dans une culture dépourvue

de religion

inspiré par quelle foi

dois-je faire cette guerre ? *

* ce poème et le suivant furent écrits pendant le service militaire du poète en Chine.

des ciseaux

ont découpé mon uniforme militaire

taché de sang

d’un bruit

qui s’est répété quelques moments

le long d’une rue

sous le ciel encore brumeux

après une averse

quelqu’un portant sur son dos

un panneau de verre transparent

l’océan

luit comme du mercure 

au loin

tandis que je travaille à notre bureau

vêtu d’un imperméable

puisque je travaille avec ceux

qui ne parlent pas ma langue

ce sentiment de vide

je sors acheter une copie

du Manifeste Communiste *

* Sur ordre de sa compagnie, le poète travailla dans une base de l’Armée d’Occupation à Tokyo, en 1945.

au moment

où une autre fenêtre se brise

nous rions tous

retrouvant l’instant suivant

nos visages impassibles *

* Dans le Japon de l’après-guerre, les trains étaient si bondés qu’il n’était pas rare de voir une fenêtre cassée accidentellement.

soldats au sol

balayés par une fusillade venant du ciel

encore et encore

pendant la séquence entière

les spectateurs restent assis en silence *

* Ecrit en 1950, après le déclenchement de la guerre de Corée.

projetant leur ombre

sur le lit blanc de la rivière

de lourds bombardiers descendent

chacun d’entre eux comme s’il n’y avait

âme qui vive à bord

LE CIEL BLANC *

leur voix qui jurait

est maintenant devenue 

la voix des faibles

grâce à la magnanimité

apportée par le passage du temps

* La note de tête se réfère aux nuages de champignon blanc qui s’élevèrent dans le ciel au-dessus d’Hiroshima après l’attaque atomique de 1945. Ceux qui survécurent souffrirent de conséquences désastreuses pour le reste de leurs vies. Le poème fut écrit en 1957.

combien de personnes vinrent

aux funérailles de Pasternak

elle me le dit

mais ne répondit pas à ma question

une enseignante, une nuit *

* Ecrit pendant un voyage en Union Soviétique en 1961. Boris Pasternak décéda en 1960, deux ans après avoir été forcé de refuser le Prix Nobel.

la rue

qui renferme les richesses du monde

et ses ambitions

s’étire dans un silence étouffé

comme une allée dans le cimetière *

* Ecrit à Wall Street (N.Y.) pendant un voyage en 1962.

des nuages blancs d’avions

étirés au-dessus de la jungle

et puis le bombardement

pas de comptage des victimes

parce que ce sont des paysans *

* Ce poème, et les deux suivants, furent écrits en 1965, pendant la guerre du Vietnam.

un rêve

à propos du ciel noir de l’aube

où un dieu pleure

sur l’odeur putride

qui s’étend jusqu’à la fin de l’espace

pluie lugubre

qui trempe le pays

quelque chose qui incite

une race à faire cette guerre

presque sans un mot

°°°

(Tr. fr. D. Py).

 

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