Takamura Kôtarô, par Makoto Ueda

Extraits de Modern Japanese Poets, SUP, 1983, pp. 232-283 :

p. 233 :

Toute sa vie Kôtarô (1883-1956) insista pour être considéré comme sculpteur plutôt que comme poète.

p. 235 : Le concept de représentation artistique de Kôtarô sous-entend de copier le coeur essentiel du sujet.

p. 236 : L’art ne devrait pas copier la nature en surface, mais représenter son essence.

p. 238 : Dans un essai appelé « Caractéristiques du Poème Japonais », il définissait la poésie comme de l’énergie et considérait l’émotion comme rien de plus qu’un des média qui aidaient à transmettre cette énergie. (…) Dans le poème « Montagnes sous l’orage » :

Aucune poésie ne réside dans la signification

La signification n’est rien de plus qu’un medium qui transporte de l’électricité.

p.239 : dans « Ma Vue de la Poésie » :

« La poésie n’est rien de plus qu’une émanation du coeur de la manière dont un homme vit sa vie.
Elle n’a ni forme fixe, ni théorème, ni maison. Elle ne peut pas être capturée, et cependant elle abonde chez l’homme. D’où il s’ensuit que la poésie se transforme en une manière infinie de chemins. »

De ces aphorismes, nous pouvons déduire que Kôtarô croyait que l’énergie poétique était identique à la source même de la vie, l’énergie qui maintient une chose en vie.

p. 252 : « Quelque chose écrit selon un plan prédéterminé ne me satisfait pas (…) Dans cette optique, une oeuvre d’art devrait être une manifestation spontanée de la Nature, libre de toutes règles artificielles. Seul un poète de second ordre, pensait-il, est concerné part l’art de la composition.

p. 261 : D’autres écrits de Kôtarô indiquent qu’au moins quatre types principaux d’effets esthétiques émergeraient d’une oeuvre d’art qui exprimait la Nature. Par commodité, on pourrait les appeler l’équilibre, le manque de sensiblerie, une beauté hivernale (un dépouillement vers l’essentiel), et la sincérité. Ils sont en inter-relation et quelques fois leurs implications se chevauchent.

p. 264 : La répugnance de Kôtarô pour l' »aware » et le « yûgen » se reflète dans deux articles titrés « Les charmes du sentimentalisme » et « L’automne et la littérature du Japon. » Dans le premier, il déclarait que chacun avait tendance à céder aux émotions excessives, et il citait l’exemple de Verlaine, dont il pensait que la poésie était généralement libre de sentimentalisme, mais dont les journaux écrits en prison et quand il était malade faisaient clairement montre. La vraie cible de Kôtarô, cependant, était la littérature japonaise contemporaine, qui, selon lui, contenaient encore plus de sentimentalisme que les journaux de Verlaine.

p. 266 : « La beauté de l’hiver est la beauté du squelette. » (…) En tant que sculpteur, il créait une forme artistique en rasant toutes les parties non nécessaires de son matériau; la saison de l’hiver lui semblait un gigantesque burin qui dégageait de tout ce qui était inutile de tout sur terre. « Comme une lame, l’hiver est arrivé » (…) « Un ciseau n’aime pas l’humidité de l’été. » « Un ciseau affûté abhorre même le plus léger signe de transpiration. »

p. 267 : L’hiver dépouille tout sur terre, dénudant leur être essentiel.

« Une certaine dose d’habileté est nécessaire pour écrire de la poésie, mais je tiens une abondance de véracité en plus haute estime qu’un peu d’habileté seulement. (…) Je recherche des poèmes qui contiennent de vrais flots venant du coeur. » Selon son opinion, un poète préoccupé de technique est moins que parfaitement sincère pour laisser libre cours à de vraies émotions. « Aucun artiste », recommandait Kôtarô, « n’a besoin de penser à son produit final à l’avance. » (…) Son attirance pour ce qui semblait rugueux et spontané (…) Il était dur avec les artistes reconnus dont le travail montrait, selon lui, trop d’habileté et trop peu de sincérité.

p. 268 : Traditionnellement, les lecteurs japonais ont détesté l’artifice et apprécié la nature et le naturel. Dans ce contexte, la prédilection de Kôtarô pour la sincérité était enracinée dans la tradition littéraire japonaise.

pp. 269-70 : « Un désir de lyrisme » s’intensifia graduellement en lui, l’éloignant du haïku pour le rapprocher du tanka. (…)  L’esprit critique du poète affecte le lyrisme de ses tankas.

p. 271 : Pour lui, toute poésie écrite sous forme traditionnelle semblait hantée par ce qu’il appelait « les fantômes du passé ».

p. 272 : le vers libre, une nouvelle forme libérée des fantômes du Japon traditionnel.

La liberté (…) également de tout comptage des syllabes conventionnelles doit avoir été  (…) la raison la plus immédiate de Kôtarô de choisir le vers libre. (…)

Il croyait que la poésie n’est « rien de plus qu’une émanation du centre de la manière avec laquelle un homme vivait sa vie. » et donc qu’elle n’a « ni forme fixe, ni théorème, ni maison. » Le vers libre semble plus proche de l’émotion crue et donc, pour Kôtarô, de la réalité. Dans un poème de deux lignes intitulé « Réalité », il suggérait aux poètes en devenir :

Coupez les branches et les feuillages de l’émotion.
Saisissez les racines du sentiment. »

De telles branches, feuilles et racines ont des myriades de formes et de couleurs et Kôtarô ne souhaitait pas les couler dans quelque moule prédéterminé.

p. 273 : « Le poème détruit une forme et donne naissance à une forme. » (…) En disant que le poème « détruit une forme », Kôtarô sous-entend qu’un poète devrait s’affranchir du style ordinaire désigné pour exprimer une pensée routinière. Il pourrait même suggérer que les formes poétiques traditionnelles telles que le tanka et le haïku devraient être détruites, puisqu’elles sont inextricablement enlacées des sentiments stéréotypés des Japonais. Kôtarô voulait que chaque poète ou plutôt chaque poème crée une nouvelle forme.

(…) Un poème suit si fidèlement sa propre logique émotionnelle, qu’il peut sembler contradictoire ou même incohérent pour ceux qui sont habitués à la structure syllogistique d’un traité ou aux motifs syllabiques du haïku et du tanka.

Deux tankas de Kôtarô : (p. 275) :

Dans ma main

la cigale ne cherche pas

à s’envoler…

elle rampe doucement, laissant

un chatouillement sur ma paume.

(p. 276) :

Y a-t-il quelque chose

que je puisse donner à cette cigale

dont je ne peux 

localiser la bouche ? Non,

Je n’ai rien à lui donner.

(p. 277) : En théorie il aspirait à des poèmes qui avaient une structure physiologique, des poèmes si proches de la source de la vie qu’ils sembleraient désordonnés et incohérents pour un homme de raison. Il s’éloigna donc des formes fixes de la poésie traditionnelle.

p. 278 : Les formes poétiques traditionnelles japonaises, dans leur extrême brièveté, défient souvent les règles de la grammaire et empêchent qu’entre dans le poème une formulation logique.

p. 280 : Il considérait que la sculpture était un art plus directement mimétique que la poésie et essayait d’exclure toute pensée subjective de son oeuvre sculptée. (…) « Je devrais dire que j’écris de la poésie parce que je ressens de la douleur. La douleur s’évanouit quand je la transforme en mots. »

°

(tr. dp.)

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