Masaoka Shiki, par Makoto Ueda – PP. 40-1

(…)

« Shiki était réceptif à toutes formes de versets. La considération la plus importante pour lui était que le contenu corresponde à la forme. « En bref », dit-il, « différentes sortes de versets devraient être permises, chacune dans la situation qui lui est appropriée. Il n’y a pas de raisons qu’un poète soit restreint à des lignes en 5-7 ou 7-5, ni de besoin d’essayer de créer un rythme inhabituel avec des lignes extra-longues ou extra-courtes. Un bon poème émergera quand la forme sera assortie au sentiment. » Sans le savoir, Shiki prônait le vers libre, car c’est dans le vers libre que la forme aspire à refléter exactement les sentiments. Un des principaux disciples de Shiki, Hekigodô, poussa cet argument plus loin, par la suite, et avec Ogiwara Seisensui, devint un supporter important du « haïku de style libre ».

Shiki lui-même ne conçut jamais le haïku ou le tanka comme n’étant pas restreints par le comptage des syllabes, mais il était plutôt généreux en permettant des syllabes supplémentaires. Il écrivit – et encouragea d’autres personnes à écrire – des haïkus de 18 syllabes ou plus, et des tankas de 32 syllabes ou plus, si une occasion particulière le justifiait. Quand des poètes plus conservateurs attaquèrent ces pratiques, il défendit sa position au motif que la forme devrait être déterminée par le contenu. Il argumentait aussi que des formes en 17 et 31 syllabes existaient depuis tant de siècles, que quelques variations créeraient des effets rafraîchissants. De plus, le rythme traditionnel 5-7 lui semblait si lisse, mélodieux et élégant qu’il voulait parfois s’en éloigner pour produire quelque chose d’irrégulier.

(…)

« Quand j’écris des haïkus », expliquait-il, « je ne dirige jamais mes efforts vers l’écriture d’un haïku. Je les dirige vers l’expression de mes sentiments. Que les efforts résultent en 17, 18 ou plus de trente syllabes, c’est quelque chose que je ne peux pas moi-même prédire. »

Beaucoup des haïkus et des tankas de Shiki ont des syllabes en plus. Des 920 haïkus tirés d’une sélection standard de ses oeuvres, 155, soit un sur six, a 18 syllabes ou plus. La proportion est encore plus grande pour les tankas : Sur 544 poèmes inclus dans Tankas du village de bambous, 164 présentent plus de trente-et-une syllabes. C’est environ trente pour cent, un grand pourcentage, effectivement. »

(…)

Makoto Ueda, in Modern Japanese Poets, Stanford University Press, chap. 1. (pp. 9-52).

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Makoto Ueda, professeur de japonais et Directeur du Centre pour les Etudes de l’Asie Orientale, à l’université de Stanford. Publia Ecrivains modernes japonais et la Nature de la Littérature, duquel Modern Japanese Poets, est la séquelle.

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