Ogiwara Seisensui – 7/19 – pp. 294-5/334.

En une occasion, Seisensui écrivit son propre verset libre pour faire contraste avec son haïku de style libre :

vers le ciel / les épis de blé / doivent grandir / je tiens un enfant

A ce rendu en vers libre il donna le titre approprié – peut-être trop approprié – de « paraphrase » :

(…) (…)

La « paraphrase », bien qu’un peu exagérée, illustre cependant bien la différence structurelle entre haïku et shi : le dernier retrace l’expérience mentale du poète, tandis que le premier se concentre sur le point focal de cette expérience.

Les deux traits distinctifs du haïku, une submersion dans la nature et la pénétration instantanée, sont reliés. Seisensui commenta, à ce propos, dans un de ses écrits antérieurs, un essai intitulé « Poésie d’illumination » : « Nous voulons voir la nature à l’intérieur de nous, ou, disons différemment, nous voulons contempler la nature de l’intérieur. Au lieu de l’interpréter par la connaissance ou de l’apprécier par goût esthétique, nous voulons la sentir instinctivement, avec notre être tout entier. Nous voulons poser les bases de notre vie spirituelle sur une telle « illumination »…

Si nous prenons une fausse approche, nous ne serons pas capables d’avoir cette sorte d’illumination, peu importent nos efforts même désespérés. Nous devons vivre intensément avec un coeur humble, après quoi, comme une révélation divine, elle apparaît mystérieusement, mais clairement, dans notre miroir mental. Ce sera un symbole précieux. Une telle illumination apportera une joie comparable à l’exaltation religieuse. Une expérience similaire a été décrite par Goethe :

A cet instant joyeux / je me sens si petit et si grand

(: Faust, I,1)

Une personne se sent si petite parce qu’elle est tissée dans la nature; elle se sent si grande parce qu’elle inclut toute la nature.

Nous ne devons pas rater cet éclair (de lumière). Nous devons capturer la sensation de cet instant précieux. Nous devons constamment essayer d’approfondir notre perception et obtenir une plus grande illumination en notant et en exprimant nos sentiments de ces moments.

La forme du haïku est brève, pointue et intense parce qu’elle vise à noter le moment de lueur rare où notre vie rayonne. C’est très petit et c’est très grand, cela reflète ce que nous sommes. »

Ici Seisensui unifie le panthéisme et la poétique. Le but du poète est d’arrêter la nature qui est soudain dans en en dehors de lui. Il doit noter le précieux moment d’illumination en quoi le soi et tous les autres, hommes et nature, subjectif et objectif se fondent. Une telle expérience ne dure qu’un instant à cause de la pression consciente de l’esprit conscient, d’où il découle que la forme d’un verset qui vise à le transcrire doit être courte.

(à suivre…)

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