« Le code de communication… » par Florina Dobrescu (Roum.)

« Le code de communication dans les journaux de Bashô » par Florina Dobrescu, in « Round the Pond », de. Muntenia (Roumanie), 1994, pp. 162-4.

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Toute oeuvre artistique présente un message offert par son créateur au déchiffrage du public qui l’apprécie selon sa propre manière d’interpréter imposée par la tradition ou libérée des préjudices. Toute création artistique doit s’intégrer dans le circuit général de communication. Le code de communication se rapporte au transfert du message d’un transmetteur à un receveur, entre les pôles desquels un échange d’informations se fait. « Toute communication serait impossible sans un certain répertoire de possibilités préconçues ou de représentations préfabriquées. » (Roman Jakobson, in Essais de linguistique générale.) Le code de communication est le code de destination (Roland Barthes, dans « Analyse textuelle d’une Histoire d’E.A. Poe« , in Sémiotiques narratives et textuelles.), soulignant la relation entre le narrateur et le lecteur; c’est le point d’incidence partielle entre le répertoire de signes du transmetteur et celui appartenant au receveur.

Le narrateur s’adresse au lecteur afin de lui donner l’illusion d’une participation réelle dans l’oeuvre scripturale du narrateur : « J’ai rassemblé ici quelques passages qui rendent compte des moments particulièrement mémorables de mon voyages. J’espère que mes lecteurs me pardonnèrent de faire ceci, considérant ceci comme rien de plus que le délire d’un homme ivre ou les marmonnements d’un dormeur. » (The Records of a travel-worn satchel); ou : « Qui ne voit pas la fleur est semblable à un barbare… Délaissez les barbares et les bêtes. Suivez la nature et retournez à la nature. » (id.) On questionne directement le lecteur et l’invite à la table de travail du narrateur : « Ce monde n’est-il pas une demeure d’illusion ? » (Notes de la demeure d’illusion.) Le créateur demande la contribution consciente du lecteur; il doit prendre part au processus créatif afin de réinventer l’oeuvre par ses propres moyens.
Avec un véritable respect pour son lecteur, le narrateur des Journaux de Bashô ressent la nécessité de lui donner une impression de véracité, d’authenticité, lui offrant la garantie d’un témoin sincère des événements; Bashô rencontre un ermite qui vit dans l’ombre d’un châtaignier et il écrit dans son journal : « J’ai noté quelque part ce que m’a inspiré cette vision paisible Voici le texte… » (La Sente étroite du Bout-du-Monde), ou dans les Records of a Weather-Exposed Skeleton, il note : « chose qui a été vue » et il continue avec une explication détaillée.
D’autres fois le dialogue avec le lecteur est discret, implicite, les intrusions du narrateur ayant la valeur d’interférences métatextuelles qui introduisent des commentaires à significations différentes : « campanules, graminées, roseaux communs s’interpénètrent et le cerf appelle sa femelle, vision excitante! » (Notes d’un voyage à Kashima); ou : « Que la vertu des dieux soit présente, c’est sûrement ce qui est spécifique à notre pays. » (La sente étroite…)

Dans la même zone de code de communication on peut nommer un autre aspect, suggéré par P. Lejeune dans ses études (Le pacte autobiographique, éd. du Seuil, 1975), l’ineffable, qui fait référence à la tristesse de l’auteur à propos de son impossibilité à faire comprendre au lecteur les instants poétiques, les moments mystérieux, exceptionnels, au-delà des mots. La beauté naturelle est au-delà des moyens de l’artiste, il ne peut la décrire en mots, mais il l’absorbe dans son âme : « Clair de lune et bruit de la pluie, ce spectacle excitant remplit mon coeur et je ne trouve pas les mots pour l’exprimer. » (Notes d’un voyage à Kashima); ou : « la tristesse, la désolation sont inexprimables et si vous imaginez que je ne peux exprimer qu’une partie de ce que je ressens, cela signifie que vous ignorez les limites de mon talent. » (Notes d’un votage à Kashima).

L’art représente les moyens les plus économiques et denses de préserver et de convier un message. « Ayant la possibilité de concentrer une information énorme dans un petit texte, le texte artistique donne à différents lecteurs une information différente – à chacun selon sa compréhension – et un langage différent à partir duquel il peut assimiler une certaine quantité d’information pendant une relecture. » (: Iouri Lotman : La structure du texte artistique, Gallimard, 1973.)

Le lecteur doit abandonner certains critères et certains mythes auxquels il est accoutumé, au profit d’une nouvelle perspective, grande et libératrice : « Forçant le public à délaisser ses vieilles conventions et à élargir le répertoire de ses signes afin de faire le décodage, chaque nouvelle oeuvre artistique n’est pas seulement l’expression d’une liberté artistique in acto, mais elle est également une libération. » (: V.E. Masek, in : Art a Hypostasis of Liberty,U.P.S. Bucarest, 1977).

°

Pluie d’automne. / Prière murmurée / dans le vieil ermitage

Champ en fleur. / Sur le chapeau de paille / des coquelicots en papier

Tant de visages / dans le long glaçon – / Maison vide

Florina Dobrescu.

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