« Quelques spéculations sur Bashô » par Makoto Ueda (USA)

dans « Round the Pond », pp. 247-8.

 

Quelle sorte de personne était Bashô ? Quelle apparence avait-il ? Aimerions-nous l’inviter à une fête s’il vivait dans notre voisinage aujourd’hui ? Trois siècles après sa mort, personne n’est capable de donner des réponses définitives à ces questions. Cependant, sur la base d’évidences qui survivent, nous pouvons faire quelques suppositions cultivées.
Selon toute vraisemblance, Bashô avait les traits physiques typiques d’un Japonais. Il n’était définitivement pas grand, puisque son ami Yamaguchi Sodô rapporta ses paroles : « bien que je sois de petite taille… » Mais il ne semble pas avoir été particulièrement petit non plus, parce que son élève Sawa Rosen a observé qu' »il n’était ni grand ni petit. » D’après une estimation érudite, la taille moyenne d’un mâle japonais au XVIIè siècle avoisinait les un mètre soixante. On n’a pas de précisions concernant son poids, mais il ne semble pas avoir été corpulent. D’après Rosen, Bashô avait « une apparence émaciée ».

Des portraits de Bashô, particulièrement ceux peints par ses disciples les plus proches tels Sugiyama Sanpû, Morikawa Kyoriku et Ogawa Haritsu, nous aident à nous former une image visuelle du maître. Ils montrent en général un homme  visage ovale, à grands sourcils, à nez proéminent, petite bouche et lèvres fines. L’impression générale est celle d’un homme doux, sincère et intelligent, bien que cette impression soit celle voulue par les artistes, tous admirateurs de Bashô.

Son apparence affable, cependant, cachait un esprit extrêmement sensible, caractéristique d’un poète. Après tout, son nom d poète était Bashô, signifiant littéralement un bananier, qui a de grandes feuilles, délicates, douces. « J’adore le bananier parce que ses feuilles sont facilement déchirées par le vent », écrivit-il. Son chagrin à la mort de ses proches, tels que sa mère, ses amis, ses disciples lui inspira l’écriture de haïkus très émouvants. Il aimait son neveu Tôin comme un véritable fils, empruntant même une grosse somme d’argent quand celui-ci attrapa la tuberculose. Bashô pouvait être émotionnellement bouleversé; il pouvait aussi devenir sarcastique, appelant en une occasion son disciple Esa Shôhaku « une mauviette »; en une autre occasion attaquant quelques professeurs de haïkaï à Edo comme « n’ayant pas plus de talent poétique qu’un enfant de trois ans. » Quelques unes de ses lettres aujourd’hui préservées le montrent comme étant une personne excitable, versatile.

Cependant Bashô lui-même connaissait cet aspect de sa personnalité et essaya de la discipliner de deux manières. L’une était « fûga », une manière de vivre en artiste, une vie recluse dévouée à la quête de la vérité et de la beauté dans la nature. Aidé en partie par le taoïsme et le bouddhisme zen, il s’efforça d’amener son esprit hypersensible sous contrôle en le détachant des entreprises de la vie mondaine. L’autre manière était l’humour, un type d’humour « haïkaïs » qui émerge quand la vie terrestre est vue avec un certain détachement. La vie humaine a tendance à paraître tragique pour toute personne sensible, mais la perspective changerait s’il pouvait y apporter de l’humour. La philosophie d’un genre littéraire comme le haïkaï se basait sur cette idée même. Bashô, un maître du haïkaï et du haïku, fait un bon sens de l’humour et il le montrait à profusion lors de séances d’écriture de poésie. Il est vrai qu’il adorait la solitude, mais il adorait également les gens qui aimaient la solitude, et il écrivait des haïkaï avec eux, mangeait avec eux, parlait avec eux et riait avec eux. Je sais que je l’inviterais à ma fête, s’il habitait dans mon voisinage aujourd’hui.

Makoto Ueda.

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