« L’esprit du haïku » par Brian Tasker (Gde Bretagne)

dans « Round the Pond », ed. Muntenia, Roum., 1994, pp. 246-7.

Les trois cents ans passés depuis la mort de Bashô ont vu le haïku se développer et changer de bien des manières. Peut-être la chose la plus improbable a été son arrivée et son développement en Occident. Je ressens fortement que Bashô aurait été à la fois satisfait et amusé de constater que le médium poétique qu’il aimait ait pris si fortement racine en dehors du Japon. L’esprit ou élément universel du haïku ne connaît sûrement aucune frontière, et, où qu’il y ait langage, il peut y avoir haïku. A cause de diverses différences de langues, la forme physique dépendra des conditions locales.

Mais, comme nous avons vu, le haïku échappe à la définition. Cependant l’esprit du haïku reste constant aussi longtemps que nous lui demeurons constants. Cela porte avec soi une responsabilité, pour s’assurer que l’esprit n’est pas submergé par nos personnalités occidentales. Tristement, le résultat a été que, au lieu de nous questionner, nous et nos attitudes, nous avons questionné le haïku. Il y a une forte résistance à accepter l’influence du zen, comme si c’était à teinter de quelque sorte de dogme religieux. Le zen est simplement une école directe du bouddhisme; et le bouddhisme est simplement un chemin vers la vérité de notre existence à travers les vérités de notre existence. Le bouddhisme ne réclame aucun monopole sur la vérité et, dans ce sens, il n’opprime personne. Aucun autre chemin spirituel n’est aussi direct que le zen, et c’est un fait que sans le zen le Japon serait un endroit très différent de ce qu’il est. Il est accepté de dire que les haïkus concernent la vérité des choses : telles qu’elles sont. Accepter ce fait demande que nos personnalités et nos égos, nos goûts et nos dégoûts soient mis en suspens, au moins temporairement.

Je sens que le haïku occidental va vers son déclin avant même d’avoir réellement fleuri. Je sens que ce déclin va continuer jusqu’à ce que nous possédions le fait qu’UN moment de haïku questionne toutes nos hypothèses sur nous-mêmes et à propos de comment nous voyons les choses. Un moment de haïku, un moment de vraie talité, et nous pouvons voir que la vérité est la même pour nous tous et que, véritablement, rien n’a besoin d’être rejeté.

L’aveugle / fleur après fleur / respire le bouquet

A la porte / s’arrêtant un instant / la pluie d’automne 

Au crépuscule / regardant l’espace / où le train a disparu

Brian Tasker.

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