Ogiwara Seisensui, par M. Ueda – 4/19 – pp. 289-90/334.

Le même désir ardent de rendre le poème fidèle à son sujet incita Seisensui à critiquer l’usage du mot de saison requis dans le haïku traditionnel. Il croyait que cette pratique anciennes présentait quelques qualités pour des élèves débutants parce que cela les forçait à être conscients de la nature; mais trop fréquemment cela les incitait à donner une réponse stéréotypée, ou de falsifier leurs observations ou leurs sentiments réels. Beaucoup de professeurs de haïkus demandaient encore à leurs étudiants d’écrire des haïkus sur les battoirs-à-linge et les coucous, qui étaient des thèmes favoris dans le haïku classique, mais avaient peu à voir avec la vie moderne urbaine. Les étudiants devaient donc concocter des haïkus en utilisant un savoir livresque. Même quand le thème saisonnier était quelque chose qu’ils pouvaient observer personnellement, telles la lune ou les jeunes feuilles, les étudiants étaient enclins à se restreindre aux associations de mots de saison traditionnels. Des poètes vivants loin de la région de Kyoto-Osaka, d’où provenaient les mots-de-saison, avaient beaucoup de mal pour concilier leurs observations factuelles avec les images évoquées par les mots-de-saison. Le vent du nord, par exemple, était traditionnellement un mot-de-saison d’hiver, parce que généralement le vent souffle du nord dans la région de Kyoto-Osaka durent les mois d’hiver. La même expression implique l’été pour des gens qui vivent au nord de Honshu, mais les « nordistes » qui suivaient la règle traditionnelle devaient employer néanmoins « le vent du nord » dans leurs haïkus d’hiver.

Seisensui pensa que même Shiki, l’innovateur, était parfois victime de cette convention déraisonnable. Bien qu’il fût conscient des maux des réponses toutes faites (/ en stock), et prônait le « shasei », Shiki adhérait à la convention de la référence saisonnière. Avec pour résultat, ressentait Seisensui, qu’il ne poursuivait pas l’application du « shasei » jusqu’à sa conclusion ultime. Seisensui croyait que Shiki devint vaguement conscient de la contradiction d’insister sur le shasei, tout en observant les exigences des mots de saison, et pour cette raison, Shiki semblait plus désireux d’écrire des tankas que des haïkus, vers la fin de sa vie. Seisensui sentait que les haïkus tardifs de Shiki étaient nettement inférieurs à ses tankas tardifs, et il mit en garde les poètes de haïkus qu’ils rencontreraient les mêmes difficultés, s’ils suivaient les traces de Shiki.

La position de Seisensui contre les exigences formelles arbitraires ressemble à celle d’Ezra Pound, qui aida à promouvoir un mouvement vers libriste anglo-américain tôt dans le XXè siècle, autant que les opinions des poètes modernes de vers libres au Japon.

(A suivre, p. 290, l.2.)

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