Haïkus japonais modernes – 7/8 – L. Stryk

Sekitei (1886-1951) :

Dans deux coins

du jardin de mon temple

les insectes continuent

imaginant la neige fondue

criblant

mon cadavre

Shachiku (1872-1913) :

rafale d’hiver –

les fientes des corbeaux

blanches sur les pierres

Ippekiro (1887-1946) :

regardant vers le haut

comme il est calme

l’arbre que j’abats

orge vert –

vient l’aube,

quelle débandade!

dans l’écurie,

doux, tranquille, le cheval

qui a tué le fermier

Akutagawa Ryunosuke (1892-1927) :

grenouille si verte,

vient-on

de te peindre ?

vent d’hiver –

la sardine encore

de la couleur de l’océan

chrysanthèmes blancs –

lumière / ombre,

même leur parfum

Yofu (XXè S.) :

fleurs de cerisiers nocturnes

colorées

par le feu de joie

Kasho (XXè S.) :

je vis avec le Bouddha

mais quand j’ai froid

je me languis des mortels

Seisu (1892- ?) :

ours sauvage

accroché là-haut,

lourd de neige

Hajime (XXè S.) :

chant d’oiseau –

une fine poussière

sur le piano

Fujio (XXè S.) :

comme gracieusement

les vaches piétinent

les champs de violettes

Utsuji (1881- 1920) :

chaussettes séchant

dans un soleil glacial

brrr!

pensée du soir,

brûlant des ordures,

oreille à l’affût du rossignol

Seishi Yamaguchi (1901- 198?) :

plus vite, plus vite –

coquille spiralée

de l’escargot

clair de lune

gelé

à mi-hauteur

ici, au carrefour,

partout,

le même soir d’automne

grillon –

à chaque stridulation

la maison vieillit

alouette morte,

me laissant

ouvrir ses ailes

fourneau en fusion

sous la montagne

verte de juillet

à chaque cri

de la pie-grièche

je sais que je suis

mante religieuse

enfourchant une guêpe

comme croque chaque bouchée!

dans ce champ désolé

dans ma paume

le coucher du soleil

s’enfonçant

dans la rivière en été

une chaîne rouge en fer

nuit de rosée,

étoiles flamboyantes –

je vivrai éternellement

approfondissant ma peine,

le claquement

d’une branche

où s’est-elle envolée

la couronne de neige

du mont Ibuki ?

je m’arrêtai

le cours d’eau

poursuivit seul

il y a longtemps

que je l’utilise, ce corps

mouillé de rosée

aussi longtemps que je me tiens

au bord de la falaise

les crabes ne bougent pas

(à suivre : Tatsuko)

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :