« Rencontres » avec l’esprit du haïku de Bashô, par M. Buerschaper, M.A. (Allemagne)

«  »Rencontres » avec l’esprit du haïku de Bashô »,

par Margaret Buerschaper, M.A. (Allemagne)

dans Round the Pond, pp. 149-51.

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Il y a quinze ans, quand – presque par accident – je fus confrontée à mon premier haïku, je pensais qu’il était problématique de composer des poèmes de trois lignes sur la nature. D’avoir à me coltiner avec un certain nombre de syllabes était un challenge littéraire qui me stimula dans la direction d’un choix de mots mieux formulés et vers une expansion, un enrichissement et une réflexion à propos du vocabulaire allemand. C’est seulement quand je commençai à m’intéresser plus intensément au haïku et que le Professeur Carl Heinz Kurz m’introduisit à ses secrets, que j’eus de sérieuses réserves quant à ma légèreté du début et que je commençai à ressentir que plus était caché derrière la forme, l’image de nature et la saison.

Je cherchai en vain dans la littérature secondaire allemande des informations satisfaisantes et approfondies, et lus de R-H. Blyth : Haiku, vol. I, la culture orientale, et Une histoire du haïku, avec quelque difficulté, maisavec un intérêt grandissant. A travers Bashô, sa philosophie de la vie et ses haïkus, je crois que je me rapprochai de la signification de la poésie du haïku. Son exemple clarifie qu’écrire du haïku ne n »nécessite pas une vision ou une compréhension scientifiques, mais qu’il tient son origine dans une « attitude » formée par la personnalité entière et la nature du poète. A ces traits caractéristiques appartiennent l' »expérience » humaine, la diversité des forces intérieures, la bonté, combinées avec un sens de la beauté et du caractère unique et exceptionnel de chaque moment.

En me familiarisant avec le Oku no hosomichi (La sente étroite du bout du monde) je me rendis de plus en plus compte que les haïkus ne se développent pas à partir de l’obstination et du rassemblement de belles métaphores lyriques, mais qu’ils vous rencontrent « sur votre route », qu’ils se manifestent dans une vie toujours consciente de la nature et de tout ce qu’elle nous apporte journellement.

Je considérai donc comme un pas important de cesser de « vouloir écrire ». Je commençai à acquérir des attitudes d’attente, de perception avec un oeil ouvert et un coeur prêt, de pratiquer la patience et d’observer le monde environnant avec une compréhension plus profonde. Lisant des haïkus de Bashô, je me rendis de plus en plus compte que les contenus et la transparence du haïku dépendaient de la condensation sans lourdeur, d’un art de la langue sans artifices, de philosophie sans méditation et d’humour sans ridicule.

Deux haïkus de Bashô me touchent particulièrement, qui m’aidèrent à me souvenir, encore et encore, de ce qui est essentiel. Quand on me demanda, lors de la Discussion Internationale sur le Haïku à Matsuyama, en 1990, quel était mon haïku préféré, je citai le haïku de la cigale, de Bashô, qu’il écrivit lors de sa visite à Ryushkuji près de Yamagata :

 

silence…

la voix des cigales

pénètre le rocher

 

(cf Blyth : Haiku, vol III, p. 298.)

Ce haïku illustre ce que l’observateur et poète ressent à deux niveaux de conscience : le silence devient conscient par le chant fort et rauque des cigales, et qu’il est surpris dans la régularité du son constant, une déception paradoxale des sens qui montre que la conscience qui reste en repos rend le son « incapablement surpris d’être entendu par hasard ».

La tension de ce poème, causée par les pôles opposés du silence t du bruit devient pour le poète l’entité cosmique du moi et de la nature.

Je fis l' »expérience » du deuxième haïku à Gifu, inscrit sur une pierre à haïku sur la montagne en face du château :

Même quand je viens l’été

la plante-à-une-feuille

n’a qu’une feuille.

Ce qu’on peut voir sur cette montagne historique ! Lors de sa visite en ce lieu beaucoup de choses ont dû émouvoir Bashô. Tout pâlit, devient sans importance à la vue de cette merveille biologique de la plante-à-une-feuille. Ce poème exprime l’étonnement. Même en été cette plante ne produit qu’une feuille, bien que son espèce couvre de grandes étendues du sol de la forêt. La capacité à persévérer devant cette plante insignifiante est causée par les caractéristiques d’un haïjin mentionnées plus haut, qui lui permettent d’observer, de s’étonner, et de percevoir réflexivement. Dans un lieu historique, lié à la construction et au déclin, au passé et au futur, la plante-à-une-feuille reste un microcosme survivant aux générations et aux époques.

Je sais que j’ai encore un long chemin à faire pour devenir « maître » de haïku et que je réussis seulement rarement à réaliser dans le haïku la connaissance obtenue grâce à Bashô. Mais avec la patience et l’expérience de la perspicacité, je pourrai, en m’exerçant et en écrivant, attendre le moment qui me donnera un haïku dans lequel tout convergera : ce qui est perçu et ce qui est caché, ce qui est ressenti et ce qui est exprimé, l’infiniment petit et l’infiniment grand.

Côte dans le miroir. / A travers les branches de l’arbre / les poissons sautent.

Nuit silencieuse… / Seul quand tombe une feuille d’érable / le bruit de la tige.

Un jour gris et pluvieux! / Seul le vent remue aujourd’hui / la cloche de la maison

 

Margaret Buerschaper

(Traduction en anglais : Pr. Werner Manheim)

(tr. fr. dpy. janvier 2016).

 

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