de Michelle Tennison,

dans Hermitage vol III, 2006, un extrait de son article « A Haiku-A-Day and the Haiku Shift » (pp. 84-91) :

pp. 87-8 :

(…)

Parce que je me voyais séparée et différente de mon environnement, je jugeais souvent, ce qui est une barrière évidente à la sensibilité-haïku, et la tendance que j’avais de tirer le haïku vers la sentimentalité avait un sens particulier pour moi. Robert Spiess dans sa série des « Speculations » publiée dans Modern Haiku écrivit : « Les haïkus doivent être la vérité complètement ressentie des choses, pas des concepts romantiques ou sentimentaux d’elles. » (Modern Haiku, vol. 32.1, p. 111). La sentimentalité est une forme de désir, et pour moi, pendant « mon année de haïku », le désir pour ce qui n’était pas présent obscurcissait souvent la vérité de ce qui l’était.

Cette tendance s’exprima au printemps, pendant une exploration du thème du chèvrefeuille dans mon haïku quotidien. Qu’est-ce qui pouvait être plus doux que l’odeur du chèvrefeuille, particulièrement en conduisant dans le New-Jersey, les fenêtres baissées, en continuant ma vie, essayant de ne pas maudire les autres conducteurs et la venue d’un autre magasin, essayant de réaliser ce projet et de maintenir l’esprit du haïku ? Le haïku qui suit est un exemple entre plusieurs autres haïkus de qualité semblable, que je postai cette semaine :

 

dîner avec un ami solitaire

odeur de chèvrefeuille

tout le long du retour

(28 mai 2002)

 

Et avant bien longtemps, le haïku suivant de mon frère arriva, ne me visant pas forcément, mais me donnant matière à réfléchir à son sens d’éveil équilibré et de vérité :

bord calme de l’eau

odeur de chèvrefeuille

et de merde

(Modern Haiku, vol 34.1, 2003)

daté du 29 mai 2002.

Ceci est un bon exemple de l’échange qui se faisait constamment de l’un à l’autre, bien que pas toujours directement, pendant ce projet d’un-haïku-par-jour, qui m’a aidé à affiner ma propre pratique du haïku. Ce n’était définitivement pas l’expérience solitaire habituelle d’écriture du haïku. Je pensai d’abord que son haïku était plutôt cynique, mais je réalisai ensuite qu’il était en fait équilibré et honnête dans ce qu’on peut appeler une manière bouddhiste. Dans Pure Land Haiku : The Art of Priest Issa, David Lanoue parle des qualités de jinen, du naturel, dans le bouddhisme Shin, et comment Issa l’exprime dans la plupart de ses haïkus. (pp. 80-99). Le haïku du chèvrefeuille de mon frère reconnaissait la valeur des choses telles qu’elles sont simplement, sans mise au point de la perception. Il représente un niveau d’acceptation bien plus profond que celui que je vivais, et présente un cadeau de « réalisme sans jugement » (Lanoue, p. 97). A travers cet échange, je pus reconnaître ma propre sentimentalité et ma tendance vers une observation sélective, même à l’intérieur d’une pratique journalière du haïku. J’avais besoin d’être aussi ouverte que possible à la totalité de mon environnement, pas aux seuls éléments les plus plaisants, indépendamment de comment ils ne remplissaient pas mes attentes.

 

la même tristesse cette année aussi –

serpentant dans les bois

le chèvrefeuille

(12 juin 2002)

 

La sentimentalité est aussi une peur. Le penchant vers la sentimentalité peut être considéré comme un manque de foi si nous croyons que nous allons être blessé(e)(s) d’une certaine manière par la totalité des expériences plutôt que de grandir par elles. Il y a un saut de la foi à franchir pour être ouvert au milieu du chaos, ou même dans ce qu’on juge être un environnement moins qu’idéal. J’avais besoin d’apprendre à faire ce saut.
Tandis que la sentimentalité ne produit pas des haïkus d' »éveil », il peut faire partie du voyage vers la prise de contact. Peut-être que la sentimentalité et les observations de la douceur peuvent paraître comme les larges composantes d’un coeur sensible sur le chemin de la compassion, et je crois que la compassion est la qualité de conscience auxquels ceux d’entre nous aspirons à posséder quand nous considérons le haïku comme un chemin vers une conscience plus élevée, ou une « Voie ». J.W. Hackette décrit cela magnifiquement dans son article dans l’Hermitage de l’année dernière : « That Art Thou : A Spiritual Way of Haiku. » (: « Tu es ceci : Une Voie Spirituelle du Haïku »). Le haïku, en profondeur est bien plus qu’un exercice littéraire. »

(…)

Michelle Tennison.

 

 

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