De Bashô à Barthes – par Lee Gurga – 72-73 / 77 – (3)

Barthes : Trouver les Plis dans la Soie de la Vie :

« Un haïku est un poème à prétention zéro. »

: Robert Spiess, « Speculations # 118 »

(Extraits :)

En 1970, le sémioticien et critique littéraire français publia L’Empire des signes. (…) Trois chapitres sont consacrés au haïku. Comme l’écrivit Edmund White pour la revue de livres du New York Times : « Si le Japon n’existait pas, Barthes aurait dû l’inventer. » De même, si Barthes n’avait pas existé, les poètes de haïkus auraient dû l’inventer.

(…)  Barthes prend l’idéal bouddhique du silence et le voit comme une fenêtre sur la sorte de perception du langage qui l’intéresse. Il trouve dans le haïku une sorte de moment particulier, dans lequel le langage cesse et où nous restons avec… quoi ? Ce qui reste après que les mots sont partis questionne autant Barthes que les Bouddhistes. Barthes veut un haïku qui n’a dans sa manche ni surprise ni profondeur.

Le haïku attire Barthes en partie à cause de son évitement des astuces littéraires. Sa critique de la métaphore et du syllogisme est brillante.

(…)

La signification dans le haïku « n’est qu’un flash, une balafre de lumière… c’est le flash d’une photographie qu’on prend très soigneusement… mais en ayant négligé de charger une pellicule dans l’appareil. » (83 Empire of Signs). Comme dans ce haïku qui tisse son et sens de telle manière que nous ne savons pas où finit l’un et où commence l’autre  :

crow

crow

or echo

: Don Eulert :

crooa

crooa

ou écho

Ou cette synchronicité dansante de saison, soleil et ombre :

summer sunset —

the baby finds its shadow

on the kitchen wall

crépuscule d’été —

le bébé trouve son ombre

sur le mur de la cuisine

Les spéculations fondées sur le haïku de Barthes à propos de la nature du langage ont plusieurs éléments en commun avec la critique bouddhique du langage telle que celle de Nâgârjuna dans le Mülamadhyamikakârikâ, au IIIè siècle de notre ère. Leurs spéculations reconnaissent que le langage peut être soit un outil d’esclavage ou de libération. (…)

Si Barthes snobe la culture contemporaine, la critique bouddhique procure un aperçu de comment une compréhension unique du langage (une de celle qu’on pourrait développer par l’écriture du haïku) facilite une approche du but ultime du Bouddhisme – une compréhension du monde tel qu’il est réellement – en employant le langage lui-même pour renverser la tyrannie des catégories linguistiques.

Du Croquis d’après nature au  Poème sans mots :

« Le conflit parfois apparent  entre l’innovation et la tradition dans le haïku est, de fait, salutaire : il peut être une tension créatrice, un système de contrôles et d’équilibres dans lequel la tradition empêche l’innovation de partir dans tous les sens à la fois, et l’innovation empêche que le haïku ne se pétrifie. »

Robert Spiess : « Spéculations du 10 septembre ».

°°°

(A suivre : « L’attrait universel du haïku » p. 73)

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2 Réponses to “De Bashô à Barthes – par Lee Gurga – 72-73 / 77 – (3)”

  1. Marcel Peltier Says:

    Voir aussi :

    Roland BARTHES, La préparation du roman 1 et 2, Cours au Collège de France 1978-1980, éditions 2003.

    On y trouve de nombreux chapitres consacrés à l’analyse du haïku.

    Amitiés. Marcel P.

  2. danielpy Says:

    merci Marcel ! As-tu lu aussi -ici – sous le titre : « Pour contrer Barthes (et autres Sieffert…) ? » – des extraits de Jean Sarocchi dans la revue « Daruma » n° 1 du printemps 1997 – posté sur HCT en nov. 2011 ?… je ne pense pas me (re)plonger dans Barthes !…

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