De Bashô à Barthes – Lee Gurga – 75-76 – (5)

Un regard vers l’avant :

Au début du XXIè siècle, on peut dire que le haïku a survécu à son enfance et est parvenu à son adolescence. Un certain nombre de principes-clés, quelques uns plutôt basiques, ne font pas encore l’unanimité. De nouveaux défis arrivent. Quelques uns ont même récusé la nécessité de la référence saisonnière. Observant que la plupart des gens, en Occident, vivent maintenant dans des villes et ont peu de contact avec la nature, certains ont décidé que le système du mot-de-saison était hors-sujet. Ces gens disent qu’un mot-clé « culturellement approprié » pourrait remplacer la référence saisonnière dans le haïku. Cela nous semble une tâche douteuse de réfuter la sensibilité-haïku de l’exploration de la relation humaine à la nature pour se concentrer sur des affaires purement humaines. Cela ne va pas dans le sens d’élargir les potentialités du haïku mais plutôt dans celui de les restreindre.

Un autre défi pour le haïku concerne le développement de la poésie fondée sur le langage, qui, pour certains, a remplacé la poésie fondée sur la perception. La perception est impliquée dans la poésie fondée sur le langage, mais elle est d’une variété intellectualisée, pas de celle basée sur l’expérience qu’encourage le haïku « saisonnier ». Dans une société qui a de plus en plus tendance à vivre dans sa tête, le haïku procure du soulagement. Les poètes de haïku devraient résister à la pression d’accepter la poésie fondée sur le langage présentée comme d’une esthétique équivalente .

(…)

Bashô dit : « Allez vers le pin, pour apprendre du pin. » Shiki trace les progrès du haïkiste depuis les croquis d’après nature au réalisme esthétique, et jusqu’à la vérité poétique. Barthes observe le haïku, voit le Zen de nouveau, et, au point où finit le langage, cherche à aller au-delà d’une simple expérience d’illumination :

(…)

Le haïku occidental évoluera-t-il d’une compréhension du haïku en tant qu’art zen jusqu’à un haïku postmoderne qui transcende le langage ? Quelque direction qu’il prenne, il serait bon que ceux qui essaient de faire du haïku dans leur propre langue retiennent que, comme l’érudit Kirby Record l’écrit :

« le sujet des conventions du haïku est important pour le mouvement du haïku anglais, s’il veut avoir une chance de survivre en tant que mode poétique viable et durable. Il est évident que le haïku anglais doit développer sa propre forme et son propre jeu de conventions, mais ce doivent

être des développements qui ont des principes, basés sur une compréhension du haïku classique, et qui se modèlent sur la fonction esthétique de l’oeuvre conventionnelle dans le prototype. » (Record 225).

Les pensées de Record font écho à Harold Henderson, le « parrain » du haïku américain :

« Quelle sorte de poèmes (les haïkus) deviendront éventuellement dépendra principalement des poètes qui les écriront. Il semble évident qu’ils ne peuvent pas être copie conforme des haïkus japonais – ne serait-ce que par les différences de langages. En même temps, ils ne peuvent pas en être trop différents, et encore être des haïkus. »

La tâche des poètes du XXIè siècle qui créeront les traditions du haïku occidental sera d’adapter l’esthétique du haïku japonais à nos cultures. J’espère que vous nous rejoindrez pour apporter une contribution originale à cette littérature exceptionnelle. Des lendemains excitants nous attendent. »

: Lee Gurga, in « Hermitage » 2004, pp. 65-77.

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