Senryû : Animaux, végétaux, objets – 61-66)

Chapitre XVI : Animaux, végétaux, objets.

Les fourmis se cognent l’une dans l’autre
soupirent
et se séparent

Au royaume des fourmis
il n’y en a pas
qui ne soient terrassières
(: Torakô)

Les fourmis
autour du corps d’un papillon :
on dirait un carnaval
(: Tombo)

Un insecte
n’a pas mauvaise conscience
si on le taxe de nocif
(: Shôtarô)

Comptant sur son nom
d’ « insecte empoisonneur »,
il se protège ainsi
(: Fûryûjin)

La tactique des vers :
ils prétendent également
être morts
(: Ryûji)

Tous les bébés-araignées
ont l’intention d’aller
quelque part
(: Yadaijin)

La mante religieuse
meurt
avec résolution
(: Shôtarô)

Tous les insectes qui peuvent chanter
chantent –
une magnifique nuit de lune
(: Kenjô)

Profitant du soleil :
une mouche
sur le dos d’un vieillard
(: Ukichi)

La mouche arrive
se courbant
et frottant sa tête

: Satire de la servilité des humains qui, au Japon, se courbent et frottent l’arrière de leur tête pour exprimer un respect embarrassé. Le haïku d’Issa est totalement différent :
« Ah!, ne tuez pas la mouche !
elle se frotte les pieds,
elle se frotte les mains ! »

Battant précipitamment en retraite
et chassant sa guêpe
avec un recueil de poèmes
(: Amembô)

Les papillons
prennent leur temps
pour voler droit
(: Kahô)

Le voleur de fleurs –
un papillon vole derrière lui
en silence

Le papillon
soulève le chat
de deux ou trois pieds

Les oiseaux chantent
les papillons dansent –
il a raté son examen
(: Nobuko)

L’alouette en s’élevant
trébuche
le troupeau de vaches
(: Kenkabô)

coincée
la poule s’envole
de deux mètres

La grue dit :
« je suis fatiguée
de la Félicité »

: Au Japon, la grue est symbole de bonheur et on dit qu’elle vit mille ans. Le senryûiste pense que la grue en a assez de ce bonheur éternel.

De l’amateur d’oiseaux :
ceux qui sont vendus et ceux qui restent
chantent les uns pour les autres
(: Kijirô)

La taupe
fait parfois un faux-pas
vers le haut

Les rats de (la) bibliothèque vivent
mangeant
ceci ou cela
(: Junjirô)

Il donne au chat
un peu plus à manger –
fleurs de cerisiers épanouies

le chat qui s’ennuie
a quelque part
où aller
(: Jakurô)

Avec tes coussinets,
que veux-tu me dire,
chaton ?

(: Schôichi)

Le chat s’étire
comme s’il allait laisser
ses pattes derrière

Tandis que ma femme était sortie
je chassai
trois chats différents
(: Suco)

Le poissonnier semble être venu
dit le chat
en se levant
(: Genbô)

Le chat voleur
le regarde longuement
puis se sauve
(: Kaishinji)

Sur le toit
le chat écoute
les remontrances de la femme
(: Yasuko)

le chien
se résigne
à n’être que flatté
(: Chikujin)

Chiens
se reniflant :
« Qui es-tu ? »
(: Shôkan)

Le chien arrête d’aboyer
après l’homme
quand il tombe de vélo
(: Shimpei)

Chien errant :
de quelque nom que je l’appelle,
il se retourne
(: Santarô)

le cheval, mangeant :
son oeil
est si doux
(: Tessenka)

les poules
viennent timidement
pour les restes de la nourriture du cheval
(: Suzumaru)

Bien que le cocher soit soûl
le cheval
le ramène chez lui
(: Torakô)

La mare aux poissons rouges :
commençant par le plus cher,
ils meurent l’un après l’autre
(: Shiegeo)

Le gobant
la carpe s’enfonce
brusquement
(: Ginrô)

indolent
il bouge ses nageoires
dans l’aquarium
(: Gokason)

le crabe
rentre ses yeux
chaque fois qu’il s’en sert

les grenouilles sont silencieuses
un seigneur
passe
(Rakukyo)

: voir le haïku d’Issa :
« Ô ! petit moineau
ôte-toi, ôte-toi de là
seigneur cheval passe ! »

Un crapaud paraît :
l’école des filles
est sur la pointe des pieds
(: Santarô)

ce crapaud
est calme et maître de lui –
mais il commence à avoir faim
(: Sittarô)

la vrille du pois
pense :
« où vais-je aller maintenant ? »
(: Kijiro)

seulement ce peu de vent
et les herbes
penchent à l’est, penchent à l’ouest
(: Gikô)

: cela correspond de près au haïku de Ryôkan :
« Le vent apporte
assez de feuilles tombées
pour faire un feu »

Cela rappelle également Buson:
« Fleurs de colza
à l’est la lune
le soleil à l’ouest »

ou bien encore, du même Buson :
« Quand la lune passe à l’ouest
l’ombre des fleurs
s’avance à l’est »

Bien qu’elles fleurissent
on arrache
les mauvaises herbes
(: Kôhô)

Le rameau le plus élevé
croit en la vie secrète
de la racine
(: Shôichi)

Les feuilles tombées
rappellent
le balayeur
(Anon.)

les kakis séchés
sur leurs fils de paille
se balancent au vent
(: Shiran)

: c’est un senryû très semblable à un haïku (, mais un bon).

La responsabilité pour qu’elles restent invendues
reposent sur les pommes :
vingt yen le tas
(: Shômenshi)

Le bout de paille
allait s’accrocher à la pile du pont
mais il passa
(: Shiran)

La roue à aube
sans y penser
avale l’eau
(: Hosan)

Pour le réservoir à essence
c’est si monotone :
« vais-je éclater ? »
(: Itako)

Les nouvelles chaussures
ont peur
de l’heure de pointe
(: Tairô)

°°°

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