Senryû – L’ère Showa – 45-48)

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Chapitre XIII : l’ère Showa : de 1926 jusqu’au début de la guerre, 1941, et jusqu’à 1957.

Le senryû de cette époque évite tous sujets de controverses, et traite des trivialités de la vie. De temps en temps seulement on retrouve une étincelle de cette « pitié impitoyable » qui est l’âme du senryû.

L’orchestre
fait de grands pas
au-dessus des flaques
(: Kasendô)

Les canards :
leurs cous tendus
veulent voir le monde
(: Kôji)

Quand on réprimande sa mère
l’enfant aussi
pleure
(: Shirô)

L’aristocrate
dans un quartier pauvre
le chien aboie après elle
(: Ujô)

Vous payant
votre argent
ils vous le jettent
(Michio)

: Nous prêtons gentiment notre argent durement gagné à la banque, et elle nous le prend assez dédaigneusement, mais quand nous le redemandons humblement, elle nous le renvoie simplement à la figure

Les deux mains
dans les poches
un gentil policier
(: Kaoru)

: Depuis la dernière guerre, au Japon, il y a eu une nouvelle impulsion vers l’humour. On a écrit des senryûs trop proches des haïkus, trop tendres, en grand nombre. Il y a eu un boom de la caricature…

Prêtant ma femme à son pays natal,
je me tiens immobile
devant la froideur des arbres du jardin
(: Kaichi)

Revenant du bain
père et fils
passent par-dessus le même fossé

L’enfant laisse son père
dans le vent froid
tandis qu’il cueille de l’herbe des pampas
(: Kaichi)

Nous ne devenons jamais sentimentaux
quand nous regardons la lune
nus
(: Sankichi)

Pelant le kaki,
la mère le partage
sans se prendre en compte
(: Reinosuke)

Le vieux couple
vécut avec deux ou trois jours
avec cette bonne pièce qu’ils trouvèrent
(: Chôfu)

Regarde comme elles n’ont pas de sens
ces lettres sur la pierre tombale
en ce beau jour !
(: Fusanjin)

Ils réunirent ses mains
des mains qui étaient crevassées :
toute sa vie
(: Akahiko)

Dans mes rêves
ceux de mon pays natal
ne vieillissent jamais
(: Jakurô)

Les feux d’artifice
avec des noms différents –
tous de la fumée
(: Keisen)

Le milieu de l’automne –
les poules gloussent
parce qu’elles gloussent toutes
(: Hakushi)

Une goutte de pluie
fait trembler mon coeur
(: Hakushi)

Le rire
des travailleurs :
un même son
(: Hakushi)

Les nuages, les enfants aussi :
comme ils courent, comme ils courent !
– la mer dans l’après-midi
(: Hakushi)

L’admonestant,
je vais au lit
père esseulé
(: Bontei)

Une feuille de paulownia tombe :
ça me rappelle
mon porte-monnaie
(: Kojika)

Derrière celui qu’on réprimande
passe quelqu’un
délicatement
(: Shôdô)

Le discours qui donne
une apparence de vérité
nous le prononçons avec grand soin
(: Takashi)

Le prêtre est mort
juste comme s’il avait
tout compris au monde
(: Kôjyaku)

Un long jour de printemps :
il lit
les gribouillis sur le mur
(: Masabô)

Disant :
« eh bien, qui a oublié ceci ? »
il s’évente
(: Bonshô)

Avant toutes choses
un homme devient intime
avec une femme laide
(: Hôdai)

chatons
à la queue-leu-leu
chacun avec le visage de son destin
(: Shôjôan)

seul en voyage,
mangeant ces produits spéciaux
d’un air contrarié
(: Shôju)

Un chien
fermant la marche
d’une courte procession funèbre
(: Soei)

Elle prie :
la longueur
de ses cheveux noirs !
(: Shunsô)

« Ne prenons pas le chemin le plus étroit ! »
à ceci je m’aperçus
que mon père vieillissait
(: Konami)

Les fleurs n’ont jamais su
qu’elles tombèrent et s’éparpillèrent
sur l’alcôve
(: Hirobô)

Oui, dis-je,
la pauvreté m’importe peu,
mais…
(: Yoshiko)

Ayant admonesté quelqu’un
il rentre à la maison
pour être admonesté par sa femme
(: Yachô)

Nous sommes serrés
dans l’ascenseur
et on se penche pour nous saluer
(: Kason)

Ouvrant la fenêtre
le propriétaire de la maison
veut lui vendre la vue aussi
(: Okaki)

°°°

(A suivre : « Psychologie ».)

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