Senryû – L’humour – 70-74)

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Chapitre XVIII : L’humour du senryû :

  1. L’humour macabre :

A peu près remis
mais son nez
est tombé

Allant abandonner son enfant
elle lui donne
tout le lait qu’elle a

La deuxième
est une créature paresseuse
de vingt-sept ou vingt-huit ans

: Un homme avait divorcé d’une femme gentille, obéissante, diligente, mais pas très attirante. Sa deuxième femme, à l’opposé, est sexy mais inutile. « Vingt-sept ou vingt-huit ans » signifie qu’elle a été courtisane. Celles-ci, après l’âge de 28 ans, devaient faire autre chose, ou se marier.

Déshérité :
le double-suicide
devint mensonge
(: Nompû)

: Déshérité par son père, il perdit toute valeur aux yeux de sa compagne qui dit qu’elle avait blagué en parlant de double suicide.

Le toit de l’entrepôt fuit
avec les larmes
des courtisanes

Contre les yeux
tournés vers sa femme
le mari tourne ses yeux

2) L’humour tragique :

Il se pendit
à Ueno
faisant face à Yoshiwara

3) L’ironie :

C’est bien sûr son cousin,
mais il vient vraiment souvent
quand le maître est (parti) en voyage !

Apprenant qu’elle était folle de moi
cinquante ans
plus tard
(: Kenkabô)

La première bonite
passa
méprisant les riches

Elle partage la gaufre
pour ceux qui jouent à la dînette
en si petites parts !
(: Monsen)

Quelle belle personnalité !
il cède son siège à quelqu’un
juste avant de descendre
(: Ryûsei)

tous deux
ont des favoris,
amours de chats

4) L’humour linguistique :

fils aigre,
père poivré,
mère douce

A qui se lève tard
la belle-de-jour
fait la grimace

5) L’humour bienveillant :

« Nous allons admirer les fleurs de cerisiers ! »
répond la domestique
en se frottant les mains à la pierre ponce

« Vachement bon ! »
s’exclame
le grossier visiteur

Les insectes annoncent
que quelqu’un approche
de la hutte d’herbes

C’est le soir,
mon bien-aimé devrait venir
après avoir porté quelque chose en gage

: Ceci est inspiré d’un waka de Sotohoshino-iratsume, maîtresse de l’Empereur, extrait du Kokinshû :
« C’est un soir
où mon bien-aimé devrait venir,
car l’araignée
toute à sa tâche
le prédit »

: On croyait qu’une araignée faisant son nid le soir était le signe que l’amant allait venir. Dans le senryû la femme est, bien sûr, une courtisane et son amant doit gager quelque chose pour avoir un peu d’argent pour elle.
– Jean Cholley cite également ce waka, in Un haiku satirique, op. cit. p. 83, sous cette forme :
« Au soir où doit venir mon amant, la démarche de l’araignée me fait bien savoir que c’est pour cette nuit »

N’ayant rien attrapé,
il cache le panier de pêche
quand on veut y jeter un oeil

6) L’humour shakespearien :

Quelquefois quand c’est une épouse –
D’autant plus
quand c’est une veuve !

: Même une épouse peut s’égarer sur le chemin du vice. C’est encore plus facile et compréhensible pour une veuve.

7) L’humour de comédie jouée / de prétention :

Quand il ne sera plus
amoureux de lui-même,
qui l’aimera ?

Le docteur assistant répond
« La vie et la mort
dépendent de la volonté des Cieux ! »

: L’assistant singe les paroles de Confucius en débitant les mots du Livre de Médecine Chinoise, Pentsao Kangmu, par Li Shichen (1578).

Le docteur assistant
jacasse
selon les Materia Medica

Une fois les présentations finies,
son regard redevient
froid
(: Tôkan)

Quand le Bouddha naquit,
il fit immédiatement
son propre éloge

: On dit que Shakamuni, dès sa naissance s’écria : «  Au-dessus et en dessous des Cieux, Seul je suis le Saint ». Chanter ses propres louanges semble hors de propos avec la vertu bouddhique d’humilité. Traduction de Jean Cholley in Un Haiku satirique, le senryû, op.cité, p.57 : « Dès qu’il est apparu au monde, le Bouddha s’est mis à se vanter »

8) L’humour indirect :

Pas un mot de blâme –
mais elle fait l’éloge
de l’épouse voisine

: Les paroles d’une belle-mère.

N’en sachant strictement rien :
« Mille mercis pour votre bonté
pendant mon absence ! »

: « en » représente la relation entre l’homme qu’il remercie et sa propre femme

9) L’humour de stupidité :

En tête-à-tête au-dessus du brasero
ils jouèrent tous deux avec le feu
et l’éteignirent

Montrer le chemin du doigt
à un shampouineur aveugle
nous expose à moquerie

Les créatures qui pêchent !
Les créatures qui regardent les créatures qui pêchent !
: Quelles créatures ce sont !

On devrait sûrement voir
Echigoya d’ici
disent-ils de sur le Mont Fuji

: Echigoya : nom du plus célèbre marchand de nouveautés d’Edo. Le Mont Fuji était visible du magasin Echigoya ; certains pensaient qu’ils pouvaient donc voir ce magasin depuis le Mont Fuji ! Traduction de J. Cholley, in Un haiku satirique…, op. cit. p.91 : « On devrait voir Echigo-ya, dit-on sur le Mont Fuji ».

La sieste la plus noble
est la sieste
avec un livre

Poudre médicinale :
il demande de l’eau
comme s’il était muet
(: Dokushimbô)

10) La parodie :

Si le vieillard
ne tombe pas,
son admiration de la neige ne cessera pas

: Hyperbole poétique de Bashô :
« Maintenant
allons admirer la neige
jusqu’à en tomber »

Quand je pense qu’il est mien,
comme il semble léger,
ce gros paquet !

: Cela provient du haïku de Kikaku (qui est déjà pratiquement un senryû) :
« Quand je pense qu’elle est mienne,
comme elle est légère
la neige sur ma coiffe ! »

La tête d’un honnête homme
s’allège
en octobre

: Octobre est aussi le mois des-dieux-absents, tous les Dieux du Japon se réunissant à Izumo pour parler de ce qui s’est passé l’année précédente, de ce qui se passera l’année suivante.

Emprisonné à la maison
mes rêves errent
dans le quartier des prostituées

: C’est blasphématoire, et une excellente parodie du verset de Bashô :
« Malade en voyage
mes rêves errent
sur une lande desséchée »

J. Cholley en a donné cette version, in Courtisanes du Japon, éd. Picquier, 2001, p.167 :
« Bouclé dans sa chambre / en rêve encore il parcourt / le quartier des filles »

Les hommes de la chambre verte
dorment, se couvrant
de la mer féroce de l’obscurité

: Sur la scène du kabuki, la nuit est représentée par un rideau noir descendant du plafond. La mer, par un tissu bleu tressé çà et là, par terre. « Araumi ya » (le premier vers) est probablement repris du célèbre tercet de Bashô, mais ici « ya » n’est pas une exclamation, qui signifie « et ».

Le charpentier du théâtre
déchire le rocher
et se mouche

: Le rocher de scène est fait de papier.

L’homme de la chambre verte
cherche ses sandales
avec la torche du fantôme

: Sur la scène du théâtre de kabuki, le fantôme d’un mort est représenté par une torche agitée comme un feu follet

Pour couper le potiron
la jeune fille emploie
une force herculéenne

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