17 expériences de haïku : Kai Falkman – Extraits. (in « Albatros/s » 2000-2001). 1/2.

 » J’aimerais partager avec vous quelques expériences récentes lors de l’élaboration d’une anthologie de haïkus – suédé-japonaise : »Aprilsnö (/ « Neige d’avril » / « Shigatsu no yuki »). »

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2) L’image. Quand l’image du haïku est claire, la traduction est généralement facile.

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L’essence de ce haïku, comme dans tout bon haïku, est la transformation de l’image. Ce que vous imaginez à la première ligne devient quelque chose de très différent à la troisième ligne.

3) Références culturelles. Un poème suédois de l’anthologie : « torr och ublommad / fär gela balkongsommarn / rum i en plastsäck » (Ingrid Eklund). En anglais : « Parched and faded / the whole balcony summer / fits into a plastic bag. »  (en français : « désséché et fané / tout le balcon d’été / tient dans un sac plastique.) La traduction japonaise est la suivante : « Berando no tsui no natsubana hitofukuro. »

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4) 17 syllabes. En sélectionnant les poèmes, nous mîmes l’accent sur l’image et sur la transformation de l’image. Nous avons négligé les 5/7/5 syllabes.

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Dans le haïku anglais, on dit que le  5/7/5 rend le poème anglais verbeux et défie la loi de brièveté du haïku. C’est moins le cas avec la langue suédoise qui est plus proche du japonais que de l’anglais, parce que nous pouvons placer les mots de la même manière que le font les Japonais, ex. : « snömöln », « yukigumo » (nuages de neige), « mänskenskväll », « tsukiyo » (soir de clair de lune), etc. Nous n’avons pas besoin de particules telles « the » (le/la/les), « of » (de), et d’autres mots qui encombrent le texte. Cependant, les syllabes suédoises – comme les syllabes anglaises – sont différentes des syllabes japonaises, ce qui a pour résultat que le contenu japonais est plus court, délaissant certains mots et par conséquent des signifiés dans plusieurs traductions japonaises des haïkus suédois.

Personnellement, je ne pense jamais au nombre des syllabes, quand j’écris un haïku.

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5) Kigo, mot de saison.

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La poésie suédoise, en général, s’inspire de la nature, comme la poésie japonaise. Les Suédois se sentent très proches de la nature – de fait, nous avons une tradition panthéiste, qui a beaucoup de points communs avec le shintoïsme japonais. Par conséquent, les thèmes traditionnels du haïku conviennent à la mentalité suédoise. De plus, nous avons de fortes divisions entre les saisons, ce qui nous conduit à observer de très près les changements de temps, de végétation, de vie animale, etc.

6) Les métaphores. Contrairement au haïku, la poésie suédoise est remplie de métaphores. Nous avons essayé d’éviter les poèmes métaphoriques dans l’anthologie – certains, cependant, y figurent. Par exemple :

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Dans la partie japonaise de l’anthologie, j’ai découvert une traduction :

« telle une écriture horizontale / ma soeur aînée / fait la sieste » (Uda Kiyoko). Cependant, dans l’original, j’ai trouvé le mot « gotoki », qui signifie « comme », « comme si » : « Yokomoji no / gotoki gosui no / oneesan. Une véritable métaphore, éloignée de la scène – mais intéressante  parce que la position horizontale de la soeur qui dort fait que le poète pense à l’écriture occidentale horizontale. Ici, nous pouvons parler de références culturelles !

Pourquoi les métaphores sont-elles étrangères au haïku ? Parce que la métaphore est un hélicoptère – comme l’a souligné un poète suédois – qui s’envole de la scène du poème et atterrit ailleurs, où il va chercher quelque chose pour ornementer la scène première. « Elle a les yeux sombres / comme de l’eau dans une vieille mare. » Le lecteur est transporté par l’hélicoptère des yeux de la dame jusqu’à une vieille mare, puis il revient aux yeux et voit qu’ils sont vraiment sombres, obscurs et peut-être boueux. Ce voyage en hélicoptère est étranger à l’expérience de l’ici-et-maintenant du haïku.

7) L’anthropomorphisme. Un autre trait caractéristique de la poésie suédoise, comme pour toute autre poésie occidentale, est la prédilection à donner à la nature des qualités humaines, telles « un lac triste », « une tourterelle mélancolique », un élan ennuyé ». Cela peut se décrire également comme un voyage en hélicoptère, allant de la Nature à l’homme et de retour vers la nature. Il faut l’éviter dans le haïku pour la même raison que la métaphore, mais aussi parce qu’il place l’homme au centre de l’univers – il est anthropocentrique.

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(A suivre : 8) Les Abstractions (p. 22))

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