Senryû – L’ère Meiji – 39-41 :

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Chapitre XI : L’ère Meiji (1868-1911)

Beaucoup de ceux qui rendirent l’ère Meiji remarquable naquirent un an avant qu’elle ne débute. Natsume Sôseki, Masaoka Shiki, etc. Aucun d’entre eux cependant ne fut célèbre pour son humour, excepté peut-être Sôseki. Il y eut un renouveau du senryû grâce à Inoue Kenkabô et Sakai Kuraki.

Le garde-barrière
quand il est saoul :
son récit de comment il sauva quelqu’un
(: Santarô)

Le caissier
se sépare de l’argent
avec autant de réticence que si c’était le sien
(: Bunshô)

: On voit cela dans chaque bureau et dans chaque banque partout dans le monde.

Seule la mère en est folle :
lui faisant mettre plus de poudre,
plus d’ornements
(: Kume)

: Plus la fille se poudre et se maquille, plus elle utilise de barrettes, de peignes, de bagues, plus elle s’enlaidit. Mais l’amour est aveugle et sa mère l’admire.

Les veines de ses tempes
ressortent comme de la corde à fouet :
seul au téléphone
(: Ichian)

: L’homme est en colère et ses veines bleues saillent, mais son interlocuteur ne peut pas le voir !

Criant
et reprochant :
voilà la véritable mère
(: Tetsunobô)

Mettant la selle sur un autre cheval,
elle montre à sa mère
la capitale
(: Iiko)

: « Changer de selle » signifie changer de patron, parce que les affaires du précédent ne sont pas prospères. En faisant cela, elle peut appeler sa mère de la campagne et lui montrer la vue de la ville avant de mourir.

Le pousse-pousse
attend sur la berge
les mues abandonnées
(: Shishôshi)

: La berge est celle qui mène à Yoshiwara, quartier des plaisirs. Les « peaux abandonnées » sont les hommes moins fiers et vaillants au retour qu’à l’aller, à la sortie de Yoshiwara. On les compare aux mues des cigales dans leur manque de vigueur.

On connaît
le métier de ma Lady
d’après les brûlures de la poudre
(: Saiki)

: Jusqu’à l’ère Meiji, la poudre pour le visage contenait du plomb, ce qui peu à peu rendaient cou et visage jaunes. Bien qu’elle se soit mariée à un riche de haut rang, on connaît son passé de geisha à cause de la coloration de la partie supérieure de son corps.

Flatterie et flagornerie –
comme elles brillent désagréablement,
les dents en or !
(Kanehiko)

: Quand une personne flagorneuse sourit, on voit son caractère de mercenaire, d’opportunisme et d’hypocrisie.

Mieux que le théâtre,
mieux qu’une ceinture de kimono,
l’argent !
(: Ryueishi)

: Une Japonaise adore le théâtre et préfère pour cela un obi de prix pour son kimono. Mais par-dessus tout au monde, au-dessus de la vérité, de la beauté, de la bonté, au-dessus de la vie même, il y a l’argent.

Les vieilles Européennes
ont l’air
de chats métamorphosés
(: Karai)

: Bizarre, mais vrai. Les vieux Japonais commencent à avoir l’air de singes ; c’est peut-être mieux !

Le ciel sait, la terre sait,
les voisins savent –
mais pas les parents
(: Shishôshi)

Le vendeur au marché de nuit
vend
comme à regret
(: Fujibô)

: L’art consommé d’un vendeur : avoir l’air d’avoir vendu quelque chose trop bon marché après l’avoir vendu cher.

Le coucou :
même s’il chante,
le prix du riz baisse-t-il ?
(: Bunshô)

« Qu’est-ce qu’une dette ?
Pas de quoi s’effrayer ! » :
il boit et reprend un verre
(: Ippachi)

« Le Bouddha… »
dit le fossoyeur
d’une manière désinvolte
(: Shôjuen)

Une beauté
qui fait que sa mère
l’appelle poliment
(: Hakuma)

: Témoignage remarquable des pouvoirs de l’esthétique sur la morale et les habitudes.

On savait
qu’ils n’étaient pas mari et femme
au moment de changer de voiture
(: Kumeichi)

: Chacun dans la même voiture se demandait s’ils étaient ou non mariés. Si familiers, mais un soupçon de trop d’intérêt l’un pour l’autre… Mais, à l’endroit où ils changent de voiture, leur façon de se séparer montra qu’ils n’étaient pas mari et femme, et la curiosité de chacun fut satisfaite.

Il y a des traces
de morsure
sur le kaki astringent
(: Busshukan)

Le caissier
donne une chiquenaude au dernier billet
avec vigueur
(: Hitenshi)

Un gros homme
chantant des hymnes
est une vision pitoyable
(: Hamajô)

: Jurer lui conviendrait mieux !

Sur la plus haute branche
un kaki
résigné
(: Menuki)

°°°

(A suivre : L’ère Taishô…)

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