Le haïku et les objets du quotidien : Fuitsu Hazumi – « Albatros/s » 1998-9.

 » Le haïku est bien connu pour sa forme en 5.7.5 syllabes, sur trois lignes et avec des mots se référant aux saisons. Quand j’écris des haïkus en japonais, je respecte ce style. Cependant, quand j’écris des haïkus en anglais, Je l’ignore. Parce que les syllabes de 5 ou de 7 sont naturelles pour les phrases japonaises. La plupart des phrases courtes se distinguent par leur rythme en 5 ou 7 syllabes. Par exemple, je vais lire mon haïku en japonais ici :

Ho Okatsugu wakoudonosena kurenokoru

Dans ce cas, j’ai gardé le style en 5.7.5 en japonais. Je vais maintenant le lire en anglais :

The setting sun remains

Behind the youth

Who carries a surfboard.

(Le soleil couchant demeure

derrière le jeune

qui porte une planche de surf.)

La chose la plus importante est la signification, pas le style. Il n’est pas nécessaire d’imiter strictement le style du haïku japonais moderne. Si quelqu’un utilise 5+7+5 syllabes, trois lignes et des mots de saison aveuglément, cela ne sera qu’un puzzle. J’appelle ça un « puzzle-haïku », pas de l’art véritable.

En ce qui concerne le haïku moderne, le Japon a donné naissance à quelques grands poètes de haïku (tels Hosai Ozaki, Santôka.) Ce sont toujours des poètes de haïku de style libre. Qu’est-ce que le haïku ? (…) Le haïku, c’est la reconnaissance de vous-même en tant que faisant partie de la nature (Dieu), et d’avoir du discernement à propos de l’existence humaine dans la vie quotidienne. Le haïku de base est un poème en phrase courte qui comprend un sujet et un prédicat. Le haïku ne fait pas trois lignes en japonais, mais une seule.
Quant au thème du jour « La poésie des objets journaliers », je vous donne quelques exemples :

Arraché du fil à linge

le bruit du drap

devient vent

: Christopher D. Herold (USA).

Dans ce haïku, un poète nous dit comment des objets quotidiens peuvent entrer dans l’éternité, et le lecteur s’apercevra que chaque moment est une parcelle d’éternité. D’un autre côté, un autre poète de haïku voit la même situation différemment :

Printemps venteux

Les bas de grand-mère sur le fil

dansent le french can-can

: Caroline Zegerman (Hollande).

« La poésie des objets quotidiens » fait partie de la poésie du haïku, cela doit bien aller dans notre vie journalière. Les femmes mariées vont apprécier le haïku suivant :

la joie

de devenir une mère

tricotant

: Mrs Junko Kanbayashi (Japon).

Je pense qu’il est temps que j’arrête ma lecture maintenant. Je vais vous lire enfin mon haïku qui utilise un objet usuel :

Dans la flaque –

La trace d’une charrette

disparue de la vue

Je ferais mieux de ne pas l’expliquer. Mon ami en haïku me dit que les Haïkus doivent parler par eux-mêmes. Vous ne devriez pas beaucoup expliquer parce que « Parlant les lèvres se refroidissent dans le vent d’automne » (: Bashô).

Je devrais mieux en rester là, comme la « trace d’une charrette » dans mon haïku. Merci de m’avoir prêté attention. »

: Fuitsu Hazumi, in « Le haïku et les objets du quotidien », in « Albatros/s » (Magazine de la Société de Haïku de Constantza, Roumanie), 1998-1999, pp. 116-8.

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2 Réponses to “Le haïku et les objets du quotidien : Fuitsu Hazumi – « Albatros/s » 1998-9.”

  1. Marcel Peltier Says:

    +
    fougères
    un balancement
    dans le vent
    +

  2. danielpy Says:

    merci Marcel pour ce haïku tout champêtre de connivence !

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