« L’esprit du zen dans le haïku » par F.H. Noyes (USA-Grèce)

 » Avec l’assistance majeure de R.H. Blyth, j’aimerais partager avec vous quelques unes des qualités zen que – additionnées a une indication de saison – je considère comme fondamentales pour un haïku authentique.

  1. Le haïkuiste choisit généralement une chose ou une impression (ou l’interrelation de deux choses observées simultanément) pour écrire à son propos – souvent si PETITE et si SIMPLE que pour un occidental elle peut sembler insignifiante.

Regardant

un nuage qui passe,

une grenouille change de position.

: Buson.

2. Dans les meilleurs haïkus il y a une ACCEPTATION NATURELLE de la-vie-telle-qu’elle-est et de notre relative insignifiance  dans le processus des choses. (On exprime l’inverse seulement par l’humour.)

Au-dessus de mes jambes

étalées à leur aise

les nuages tourbillonnants.

: Issa.

3. L’EMERVEILLEMENT s’exprime le plus efficacement avec une ingénuité toute enfantine ou une sensibilité subtile.

L’oiseau aquatique

a l’air pesant –

mais il flotte !

: Onitsura.

Voyez ce qu’une étoile

brillant à travers les feuilles de vigne

peut ciseler !

: Wallace Stevens

(d’après « Six Significant Landscapes » / « Six paysages significatifs »).

4. Les étonnantes CONCOMITANCE et INTERPENETRATION que nous observons accentuent notre sens de l’unité.

Un oiseau chante –

faisant chuter

une baie rouge

: Shiki.

Tranquillité 

La voix des cigales

pénètre les rochers.
Bashô.

5. La SOLITUDE – l’ISOLEMENT imprègne(nt) la plupart de la littérature du haïku. Dans le haïku qui suit, de Chora, cela prend la forme d’une présence palpable :

Admirant les étoiles

à travers les branches de saule,

je me sens solitaire.

6. L’EMPATHIE, qui est le « point fort » d’Issa, est exprimée ici par Bashô :

L’automne est profond –

mon voisin…

comment vit-il ? je me le demande.

7. Un de mes propres haïkus, publié dans la revue « DRAGONFLY », servira comme exemple d’INSTANTANEITE, qui est toujours rehaussée de simplicité :

Perdant une chaussure

dans ma hâte de le voir –

ce ciel de la fin du jour

8. C’est virtuellement du SILENCE ou du « SANS-PAROLES », que chaque haïku apparaît :

Ils ne dirent pas un mot :

l’hôte, l’invité

et le chrysanthème blanc

: Ryôta.

L’âme des choses :

Un haïku illustre occasionnellement une sorte particulière de beauté spontanée, à la fois de pénétration et de langage – sa fraîcheur dérivant de l’inconscient comme d’une source sauvage. Celui-ci, de Virginia Egermeier (dans « Modern Haiku », Automne 1989) en est un bel exemple :

Une devanture de magasin –

de rares coquillages

sans leurs âmes.

La citation partielle qui suit, de James Joyce, vient de l’élucidation par Dee Evett de ce que Joyce nommait une épiphanie : le moment dans lequel l' »âme » d’une chose – sa qualité  d’être « telle qu’elle est » – « saute vers nous du vêtement de son apparence » (: dans « Modern Haiku », été 1990 : « The Significance of Trivial Things » – « La signification des choses triviales ».) Dans le haïku de Egermeier, nous sommes accordés aux âmes des coquillages, étrangement, par leur absence même.

Haïku et Mort :

Comment la pensée de ce qui se passera après la mort peut-il être le sujet d’un haïku ? Günther Klinge réussit cette alchimie magique dans ce verset (in « Drifting with the moon, tard. Ann Atwood) :

Aujourd’hui ça m’a frappé –

la pensée de soleils rouges se couchant

après que je sois parti.

Le mot « frappé » procure l’immédiateté vitale, et les « soleils rouges se couchant » sont une image si irrésistiblement vivide que la passivité de la pensée est transcendée. Le haïku est, avant tout, riche de nostalgie sabi, sans cependant une ombre d’apitoiement.
Dans ce haïku en « écho », les deux fins – du soleil et de la vie – s’interpénètrent. Le sens saisissant d’être « frappé » participe à la paix bienfaitrice du crépuscule. Le lecteur ne reste pas avec la douleur qu’une vie peut finir, mais avec un sens fort de la bénédiction d’une continuité : jour-nuit, vie-mort, vers l’éternité. Je me rappelle une interprétation d’aware par Alan Watts (dans « The Way of Zen » – « La Voie du zen ») comme étant « le moment d’une « crise » entre voir le caractère transitoire du monde avec douleur et regret, et le voir comme la forme même de la Grande Vacuité. »  »

F.H. Noyes : « L’esprit du zen dans le haïku », in « Albatros/s », 1995, pp.156-8.

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